Je cherche des informations sur le magicien Joseph Buatier dit "Buatier de Kolta"
Question d'origine :
Bonjour,
Je travaille actuellement sur un magicien du nom de Joseph Buatier (dit Buatier de Kolta). Je voulais savoir si vous possédiez des informations à son sujet, et notamment si il y a un lien entre lui et Méliès.
Merci pour votre aide !
Réponse du Guichet
Il est très probable que Buatier et Méliès se soient rencontrés. Néanmoins nous ne pouvons affirmer la nature exacte de leur relation ; a priori, celle-ci ne dépasse pas le stade de la connaissance mutuelle.
Bonjour,
Vous recherchez des informations sur le magicien Joseph Buatier, souvent considéré comme le successeur du père de la magie moderne, Robert-Houdin. Si sa popularité en France reste modeste, il est tout de même reconnu internationalement pour ses illusions qui inspireront de nombreux magiciens. Inventeur prolifique, certains de ses numéros sont encore utilisés aujourd’hui par de grands professionnels comme le fameux tour de la disparition de la cage à oiseau.
Joseph Buatier est né dans une famille de soyeux à Caluire en 1847. Il suit une éducation classique dans l’un des meilleurs collèges de Lyon. Alors qu’il est âgé de 6 ans, il assiste à un spectacle de magie où il se propose volontairement comme assistant. Dès lors, il ne cessera d’être fasciné par cet art. Adolescent, il monte ses propres petits spectacles, incluant notamment l’utilisation de la soie dans ses tours, ce qu’il continuera tout le long de sa carrière : fil de soie, foulards en soie. Buatier est pionnier dans leur utilisation en magie.
Ses parents étant des catholiques fervents, il suivit des études dans un séminaire à Saint-Étienne jusqu’à ses 21 ans. Il fut ensuite serveur dans un café lyonnais où il put démontrer ses talents d'illusionniste en faisant des petits tours auprès des clients. C’est ainsi qu’il se fit remarquer en 1870 par Julius Vido de Kolta, un imprésario hongrois. Avec l’accord de ses parents, Joseph accepta son offre et partit accompagné de musiciens dans une tournée européenne : Italie, Espagne, Allemagne, Pays-Bas. Inspiré par les succès qu’il y rencontre, il ne cesse créer de nouveaux tours notamment le célèbre tour de la disparition de la cage à oiseau qu’il dénommait « La Cage Eclipsée ». Après cette tournée, il décide de rompre son partenariat avec De Kolta pour vivre sa carrière en solo. Il fit ses débuts en 1875 en Angleterre où il rencontra très vite un grand succès grâce à un numéro de cartes mais aussi son célèbre tour de la Cage Eclipsée. C’est pendant ce voyage qu’il rencontra sa femme, Alice, musicienne. Elle sera pendant longtemps son assistante.
En 1878 il rentre à Paris où il se produit dans une salle au 11 faubourg Poissonnière qui est renommé Théâtre Buatier de Kolta. Il inventa de nouveaux tours mettant en scène des illusions d’optique. Il repartit en 1881 en Hollande mais ne rencontra pas le succès escompté. Pour pallier aux pertes financières, il doit vendre les plans de sa Cage Eclipsée. Après un détour en Belgique, il rentre en France en 1883 où il invente un nouveau numéro, « Le Cocon » qui marque un tournant dans sa carrière. Le tour prévoit l’éclosion d’un cocon géant en femme papillon.
A partir de ce moment, Buatier consacra une grande partie de sa carrière à développer des numéros d’apparition et de disparition de personnes. C’est ce qui fera d’ailleurs sa renommée notamment avec son tour de « La Femme Évanouie » dans lequel une femme (vivante, précisons-le...), assise sur une chaise est recouverte d’un draps, puis, disparaît totalement en quelques secondes seulement. Il continua à voyager en Angleterre où il se produisit de nombreuses fois à l’Egyptian Hall, une salle reconnue dans le monde de l’illusionnisme et du spiritisme, tenue par le célèbre inventeur et magicien John Nevil Maskelyne. Là-bas, il inventa un nouveau tour spectaculaire : « La Prisonnière Évanouie ». Dans ce numéro son assistante entre dans une cage à taille humaine, cage que Buatier recouvre d’un draps et fait ensuite disparaître en quelques secondes. C’est un numéro jugé spectaculaire. Fort de ce succès, Buatier se rendit aux Etats-Unis pour présenter ses tours dont ce nouveau puis de nouveau en Angleterre où il perfectionna ses tours et en créa de nouveaux comme celui du « Dé grossissant » qui ne fit qu’accroître son prestige dans le domaine.
Il continua ainsi à se produire régulièrement dans différentes salles américaines et notamment de grandes salles, non pas sans critiques mais tout de même avec succès. Il fut emporté subitement le 7 octobre 1903 d’une néphrite aiguë. En 1968, un hommage lui est adressé en renommant une rue de Caluire à son nom.
L’illusionniste et père du trucage cinématographique Georges Méliès a-t-il eu un lien avec Buatier ?
S’il est difficile de pouvoir l’affirmer de manière certaine, il est cependant aisé d’affirmer que Méliès fut inspiré par les numéros de Buatier et ai pu assister à ses spectacles voire même le rencontrer. Méliès étant lui-même magicien, il apprend l’illusionnisme à l’Egyptian Hall au moment où Buatier invente son tour de magie, le Cocon.
De même, en 1888 Méliès rachète à la veuve de Robert-Houdin son théâtre ainsi que les automates créés par le magicien lui-même, date à laquelle Buatier se produit régulièrement à Paris dans diverses salles et où son succès est attesté par la presse du divertissement de l’époque.
On retrouve également l’influence de Buatier dans les réalisations cinématographiques de Méliès. En 1896 Méliès reprend le numéro de la Femme Évanouie au cinéma : il remplace la trappe par un trucage. Dans un film documentaire de 1898 intitulé Hommage à Méliès, on peut apercevoir une scène dans laquelle une chenille rampant au sol est poussée à l’intérieur d’un cocon géant, se transformant alors en jeune femme qui s’envole. Cette scène n’est pas sans rappeler le tour célèbre du Cocon pratiqué par Buatier 13 ans plus tôt.
Enfin, Frédéric Tabet, spécialiste des premiers temps du cinéma et des échanges entre cinéma et magie explique dans un ouvrage collectif intitulé « Méliès, carrefour des attractions » (Presses universitaires de Rennes, 2014) que Méliès a certainement été influencé par Buatier mais aussi possiblement vu en lui un rival, d’où son aspect critique à son égard :
« La nature des influences entre les deux hommes est délicate à saisir. Selon toute vraisemblance, ils se sont rencontrés. Buatier aurait même été auditionné par Mélièd qui garde un avis réservé et critique sur son confrère. En effet, dans la revue de l’année Passez Muscade présentée en 1899 au Théâtre Robert-Houdin, Buatier de Kolta est caricaturé sous les traits du personnage « Moitié de Polka ». Georges Méliès a même intégré dans la revue, déposée à la censure en mars, une parodie de l’illusion de Buatier « Le Miracle » présentée en janvier. Il en profite pour critiquer vivement le succès de son confrère et opposer son arrogance et son élitisme à la popularité des forains. Il va même jusqu’à attribuer le départ de Buatier pour l’Amérique à l’échec de cette illusion. Méliès reprendra ce nom de personnage pour titrer une vue animée en 1908 : Moitié de polka. Mais avant cela, de nombreux effets magiques sont repris du répertoire de Buatier et l’analyse des effets présentés dans les vues animées montre de multiples reprises qui vont bien au-delà des deux seules vues souvent relevées : Escamotage d’une Dame chez Robert-Houdin (1897) et La Chrysalide et le Papillon d’or (fin 1900 - début 1901). »
Voir article ici : Méliès et les artistes magiciens, éléments de lecture d’une écriture magique virtuose / Frédéric Tabet.
Pour aller plus loin nous vous recommandons ces ouvrages :
- Buatier de Kolta : génie de l'illusion de Peter Warlock, éditions Joker de Luxe, 1997.
- Le livre de la magie, 1400s-1950s essais et légendes par Mike Caveney et Jim Steinmeyer, éditions Taschen, 2018.
- Georges Méliès : le premier magicien du cinéma : 1896-1913. (DVD)
- Ecrits et propos : du cinématographe au cinéma de Georges Méliès, éditions Ombres, 2016.
Pour des ressources plus précises et complètes nous vous recommandons de vous rendre à la bibliothèque de l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Lyon.
En vous souhaitant de bonnes recherches ! :)
Les petits malheurs de Totote