A quelle(s) famille(s) appartient ce blason : "D'argent, à trois losanges de gueules, rangés 2 et 1" ?
Question d'origine :
Bonjour,
Pourriez-vous me dire à quelle(s) famille(s) appartient ce blason : "D'argent, à trois losanges de gueules, rangés 2 et 1" ?
Merci
Réponse du Guichet
Le blason d'argent à trois losanges de gueules, rangés 2 et 1 relève d'une combinaison géométrique assez simple, plutôt caractéristique de l'héraldique médiévale. De nombreuses familles sans liens de parenté évidents peuvent partager le même blason au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime, surtout avant la régulation de l'édit de Louis XIV de 1696.
Nos recherches nous ont mené vers deux noms de familles relevant de la noblesse : la famille de Lespinay (Beauvaisis) et la famille Le Maire de Parisy-Fontaine (Picardie). Nous avons aussi retrouvé deux familles non nobles (Joseph Thomas, receveur du tabac à Vannes et N., recteur de Trefbabu).
Nous vous proposons ci-dessous des sources numériques pour une recherche plus systématique en France et au niveau régional, car ce blason semble avoir une forte résonance dans l'Ouest de la France.
Bonjour,
Vous souhaitez savoir à quelle(s) famille(s) appartient ce blason d'argent, à trois losanges de gueules, rangés 2 et 1.
Les armoiries familiales, communément appelées blasons familiaux en héraldique, constituent une ressource précieuse pour les généalogistes. Ils permettent non seulement d’identifier une lignée mais aussi de la situer dans un contexte social, géographique et historique.
Apparue au XIIe siècle au sein de la chevalerie, [l'héraldique médiévale] s'est rapidement diffusée dans l'ensemble de la société occidentale : nobles, clercs, bourgeois, corporations de métiers et également paysans. L'héraldique médiévale se caractérise par des blasonnements simples et facilement visibles (Fig. 1). L'héraldique moderne se complexifie à partir de 1450 (Fig. 2).
Source : Wikipédia
Commençons par déchiffrer le langage technique de votre citation.
Le blasonnement appliqué à votre description pourrait être le suivant : un fond blanc/argent, sur lequel sont posés trois losanges rouges ou hachurés (trois losanges de gueules) disposés deux en haut et un en bas (rangés 2 et 1).
Le Dictionnaire de la Langue Française précise les deux sens possibles de "losange" dans le domaine de l'héraldique. Nous retiendrons ici le premier.
(Héraldique) Meuble [petites pièces ornementales d'un blason] en forme de diamant ou de carreau posé sur une pointe, utilisé dans les armoiries. Si sa largeur est réduite, il est désigné sous le terme de fusée. Lorsque la surface est pavée de ces figures, elle est qualifiée de losangée.
(Héraldique) Désigne abusivement la forme d’un écu souvent appelée 'écu des demoiselles'. Toutefois, la forme spécifique de l’écu n'est pas un élément blasonné et reste un choix stylistique non obligatoire; le blasonnement demeure inchangé quelle que soit cette forme.
Nyrop Kr. Gueules, dans histoire d'un mot. In: Romania, tome 48 n°192, 1922. pp. 559-570, nous dit que "le mot Gueules est un terme de blason bien connu, indiquant la couleur rouge ; à défaut de couleur le gueules était figuré par des hachures verticales". On retrouve cette définition dans Wikipédia :
Le gueules est un émail héraldique de couleur rouge. En représentation monochrome, il est symbolisé par des hachures verticales, selon la méthode attribuée au jésuite héraldiste Silvester Petra Sancta, publiée en 1638.
Le gueules est appelé gules en héraldique anglaise (au vocabulaire d'origine anglo-normande), et keel (soit « gorge ») en héraldique néerlandaise.
Enfin, en héraldique, rangés 2 et 1 décrit la disposition spatiale des trois meubles sur l'écu :
Deux et un. C’est la disposition la plus usitée en armoiries, de trois pièces dont les deux premières sont en chef et la troisième en pointe.
Source : Dictionnaire Héraldique (Extrait de « Le Blason & ses secrets » à retrouver sur le sudoc, © Frédéric Luz, 1995-2018).
La description étant faite, tentons d'identifier à quelle(s) famille(s) appartient ce blason.
Notons que les armoiries se constituèrent spontanément à partir du XIIe siècle, sans autorité régulatrice, avant l'édit de Louis XIV de 1696, qui impose l'enregistrement obligatoire de toutes les armoiries du royaume dans un Armorial général. De nombreuses familles sans liens de parenté évidents peuvent donc partager le même blason au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime, surtout lorsqu'il s'agit de combinaisons géométriques simples supposément anciennes, comme celles que vous décrivez. Michel Pastoureau, dans Traité d'héraldique, consacre des développements précis à ce phénomène et à l'histoire de la régulation des armes en France.
Pour identifier formellement votre famille, il sera donc nécessaire de croiser ce blason avec une région géographique ou une alliance matrimoniale précise. Si votre citation fait mention d'un autre blason accolé à celui que vous nous décrivez, il se pourrait qu'il s'agisse d'une alliance matrimoniale, car à partir du XIVe siècle, la coutume veut que les couples affichent leur union en accolant leurs blasons avec l'écu du mari à gauche et l'écu de l'épouse à droite. Ce renseignement permet d'éliminer les homonymes armoriaux possibles.
L’avantage d’avoir des objets gravés, peints, sculptés d’armoiries est qu’il est alors possible d’identifier une appartenance. Lorsqu’il s’agit d’armoiries d’alliance, cela permet alors plus : identifier à qui (quel couple) l’objet a appartenu.
Source : Xavier d'Andeville, héraldiste, peintre armoriste et monogrammatiste
Nos recherches nous ont mené vers deux noms de familles relevant de la noblesse : la famille de Lespinay (Beauvaisis) et la famille Le Maire de Parisy-Fontaine (Picardie).
L'Armorial des familles d'Île-de-France, rassemblant les armoiries des nobles et notables ayant eu une présence significative en Île-de-France sous l'Ancien Régime, comprend un blason d'argent à trois losanges de gueules - dont la disposition correspond à votre citation - appartenant à la Famille de Lespinay :
Source : Armorial des familles d'Île-de-France
On retrouve l'entrée "Lespinay — Pic.,Ile-de-Fr. D'arg. à trois los. de gu". dans Armorial général, précédé d'un dictionnaire des termes du blason, tome 2 (L - Z) / Jean-Baptiste Rietstap, 1837.
Deux occurences de ce blasonnement associé au nom "de Lespinay" apparaissent également dans la Revue historique nobiliaire, héraldique et biographique, tome dixième, 1875, consultable en ligne. Voici les extraits en question :
Charles de Lespinay, seigneur de Bucy.
A produit des titres en bonnes formes de six races depuis 1512.
Les préposés ont donné désistement jugé bon par M. de Machault.
La famille de l'Espinay, éteinte dans plusieurs de ses branches, a encore cependant des représentants. Elle était originaire du Beauvaisis et fort ancienne.
D'argent, à trois losanges de gueules.Page 153, section "Enquête de 1966 sur la noblesse de la Généralité de Soissons".
Et
Thimoléon de L'Epinay, sieur de Brache (Audeville).
Il a représenté un jugement rendu à son profit par M. Colbert, en justifiant du 10 octobre 1476 ; renvoyé de l'assignation par M. Dorieux.
Voir à l'élection de Noyon la note sur cette famille.
Lespinay : D'argent, à trois losanges de gueules.Page 541.
Source : Revue historique nobiliaire, héraldique et biographique, tome dixième, 1875, consultable en ligne.
La famille Le Maire de Parisy-Fontaine (Picardie), branche de la famille Le Maire, est quant à elle répertoriée dans l'Armorial des principales maisons et familles du royaume ..., Volume 2 / Pierre-Paul Dubuisson 1757, avec un blasonnement d'argent, à trois losanges de gueules, dont l'image confirme la disposition rangés 2 et 1. Ici le gueule est symbolisé par des hachures verticales :
Page 4
On retrouve ce blason, associé à ce nom, dans l'Armorial général de Bretagne de Louis Marie Désiré Briant de Laubrière, 1844, à la page 198 :
La consultation de l'Armorial général de France, dressé, en vertu de l'édit de 1696, par Charles D'HOZIER. (1697-1709). IX Bretagne, II, disponible également sur le site Internet du Répertoire breton, nous conduisent vers deux noms ne relevant pas d'une grande lignée noble :
BnF, Français 32202 - page 840
286. Joseph Thomas, receveur du tabac à Vannes.
20 # D’argent à trois lozanges de gueules, 2 et 1.
Et
BnF, Français 32202 - page 723
96. N. , recteur de Trefbabu.
20 # D’argent à trois lozanges de gueules 2 et 1.
Ici, la lettre « N. » pourrait signifier "inconnu", l'administration royale ayant recensé ce blason, sans le patyronyme (Abréviations en généalogie). Il ne s'agit donc pas d'une grande lignée noble mais vraissemblablement de l'individualisation fiscale d'un ecclésiastique de Trébabu sous l'Ancien Régime, dont le nom de famille exact n'a pas été conservé sur la feuille d'enregistrement de l'armorial.
Ces deux attributions de blasons découlent directement de l'Édit royal de 1696. Pour remplir les caisses de l'État, Louis XIV a obligé tous les bourgeois aisés, marchands et officiers de justice ou de finance à enregistrer un blason moyennant une taxe.
Pour entreprendre une recherche systématique de toutes les familles ayant porté le blason d'argent, trois lozanges de gueules, rangés 2 et 1, il faudrait croiser les sources suivantes de manière systématique :
- L'Armorial Général de France (1696) de Charles d'Hozier est la source de référence.
- Le Dictionnaire des figures héraldiques de Théodore de Renesse, disponible sur Gallica, indexe l'immense Armorial général de Rietstap.
Puisque ce blason a une forte résonance dans l'Ouest de la France, des ouvrages régionaux sont consultables sur Gallica :
- Le Nobiliaire et armorial de Bretagne de Pol Potier de Courcy : l'auteur liste souvent les variantes de losanges/macles pour chaque famille bretonne.
- L'Armorial de Bretagne de Pierre d'Hozier : pour la noblesse d'épée bretonne avant la réforme de 1696.
Lors de vos lectures, restez très attentif aux termes "trois macles" ou "trois fusées". Aux XVe et XVIe siècles, la distinction graphique entre un losange (plein), une macle (losange évidé) et une fusée (losange étiré) n'était pas toujours respectée avec rigueur par les scribes.
À noter qu'avec un abonnement payant à Webaldic, vous pouvez rechercher les familles associées à l'image d'un blason.
Pour aller plus loin
L'article L'Armorial général de France (BNF) ;
L'article Héraldique de la Société française d'héraldique et de sigillographie (SFHS) ;
L'Héraldique : les symboles de l'histoire de la Fédération Française de Généalogie ;
Le guide de l'héraldique : histoire, analyse et lecture des blasons / texte et dessins des blasons Claude Wenzler, 2017 ;
Guide Joubert de l'héraldique [Livre], 2022 ;
Les blasons [Livre] : art et langage héraldiques / Pierre Jaillard ; préface Michel Pastoureau, 2013 ;
L'héraldique [Livre] : le blason pour tous / Michel Froger, 2018 ;
L'art héraldique [Livre] : lire, décrire, composer des armoiries / Gérard Audoin, 2009.
Bien à vous


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