Que signifie la mention E/T sur cette statue en bronze ?
Question d'origine :
Bonsoir,
Je vois sur une sculture de bronze une mention E/T en plus de la signature de l'artiste...
Pouvez-vous me dire ce que cela signifie ?? J'imaginais Epreuve Test (du fondeur ?) comme il y a des E.A. pour les lithos par exemple, mais je n'arrive pas à trouver précisément ... Je joins une image de cette "marque"...
Merci d'avance de votre aide !
Réponse du Guichet
Nous n'avons pas élucidé la signification de la mention E/T sur votre sculpture. Nous pensons qu'il s'agit du cachet du fondeur mais sans aucune certitude. Nous attendons des réponses d'expert·es en la matière que nous avons contacté·es et vous informerons s'ils et elles nous donnent une explication. Enfin nous vous indiquons quelques outils qui pourraient vous aider dans votre recherche.
Bonjour,
L'article 8 et l'article 9 du Décret du 3 mars 1981 sur la répression des fraudes encadrent la reproduction d'œuvre d'art. Ils indiquent :
Article 8
Tout fac-similé, surmoulage, copie ou autre reproduction d'une oeuvre d'art ou d'un objet de collection doit être désigné comme tel.
Article 9
Tout fac-similé, surmoulage, copie ou autre reproduction d'une oeuvre d'art originale au sens de l'article 71 de l'annexe III du code général des impôts, exécuté postérieurement à la date d'entrée en vigueur du présent décret, doit porter de manière visible et indélébile la mention "Reproduction".
Le Code déontologique des fonderies d'art qui s'appuie entre autres sur ces articles, précise quels marquages doivent être portés sur une oeuvre :
1. PRINCIPE
Toute œuvre d'art obtenue par Fonderie, quel que soit l'alliage métallique utilisé, doit obligatoirement comporter, inscrits dans l'épaisseur du métal, de façon indélébile et normalement visible, les marquages suivants :
- la signature du sculpteur (éventuellement suivie, s'il le demande, de la date de création de son œuvre),
- le numéro de l'épreuve,
- la marque du fondeur, ou sa signature,
- LE MILLESIME DE L'ANNEE DE LA FONTE (en quatre chiffres).
2. APPELLATIONS
Toute œuvre d'art obtenue par Fonderie peut être produite :
- soit sous l'appellation d' "ORIGINAL",
- soit sous celle de "MULTIPLE",
- soit sous celle de "PIECE UNIQUE".
Ce choix dépend de l'Artiste. Il doit être déterminé avant la réalisation de la première pièce et il est irrévocable.
3. ORIGINAL
Lorsqu'elle est produite sous l'appellation d' "ORIGINAL", toute œuvre d'art en alliage métallique fondu ne peut être réalisée, selon la réglementation actuelle, qu'au nombre maximum de 12 exemplaires, même si la composition ou la couleur de l'alliage utilisé ne sont pas les mêmes pour chacune des 12 pièces.
Parmi ces originaux, quatre, appelés "Epreuves d'Artiste", doivent être numérotés EA I/IV, EA II/IV, EA III/IV, EA IV/IV en chiffres romains, les 8 autres seront numérotés 1/8, 2/8 etc. en chiffres arabes.
Les fondeurs s'interdisent tout autre marquage et notamment O, plusieurs O, HC, etc.
Il est possible par contre de produire un nombre d'originaux inférieur à 12, le choix de ce nombre devant alors être déterminé, de façon irrévocable, par l'artiste, avant la première fonte.
La limitation du nombre d'épreuves originales n'affecte que les 8 œuvres numérotées en chiffres arabes et n'exclut pas la réalisation des 4 épreuves d'artistes.
Lorsque la quantité, prédéterminée par l'artiste, est atteinte, elle ne peut en aucun cas être dépassée.
4. MULTIPLE
Lorsque l'artiste décide dès la première fonte d'éditer son œuvre sous forme de "multiples" ceux-ci seront numérotés dès l'original 1 (puis 2, puis 3, etc.) sur le nombre de multiples déterminés par l'artiste (par exemple 1/100 ou 1/300 etc.).
Comme pour les originaux, une fois atteint le tirage de la quantité prédéterminée (100/100 ou 300/300) aucun autre tirage ne sera possible, même si la couleur ou la composition des alliages utilisés ne sont pas les mêmes pour l'ensemble de la série.
En cas de tirage d'une œuvre sous forme de "multiples" il n'y a ni originaux ni épreuves d'artiste.
5. PIECE UNIQUE
Lorsqu'une œuvre aura été coulée en un seul exemplaire, par exemple à partir d'une cire directement réalisée par l'artiste, elle sera marquée "PU" (Pièce Unique) avec la précision, le cas échéant "Cire directe". Cette œuvre particulière ne pourra faire l'objet d'aucune épreuve d'artiste ni évidemment de multiples.
6. DIVERS
6.1.- MODELES
Lorsqu'une pièce doit servir de "MODELE" elle portera cette indication avec, éventuellement la mention de la technique utilisée (par exemple : modèle – cire directe suivie de : nom du sculpteur, EA I/IV, nom du fondeur, année de la fonte).
Les "MODELES" font partie de la série des quatre épreuves d'artiste et numérotés comme indiqué ci-dessus.
La mention E/T n'y figurant pas, nous avons pensé qu'il pourrait plutôt s'agir de la signature du fondeur car les signatures sur les bronzes se démocratisent à l’époque de la production de bronze en série c’est-à-dire au début du XIXe siècle. Les signatures qui y sont apposées renseignent alors sur le nom du fondeur ou de la fonderie, [...] Le cachet du fondeur, au même titre que la signature de l’artiste est un élément essentiel du bronze explique mr-expert dans Quelles sont les principales signatures pour les sculptures en bronze ?. Le site explique encore que les fonderies prestigieuses apposent souvent leur cachet sur les bronzes, ce qui permet d’identifier leur provenance et de renforcer l’authenticité de l’œuvre dans Comment reconnaître un bronze ?. L’intervention de fondeurs professionnels et spécialisés devient nécessaire au moment où se développe le bronze d'édition car ils jouent un rôle essentiel dans le rendu artistique d’une sculpture pensée par un artiste (source : Qui sont les grands fondeurs de bronze ?, mr-expert).
Sur sa page Marques et signatures des bronzes d'art, le site meubliz explique comment interpréter les différentes marques sur un bronze :
Les types de marques
- La signature du sculpteur ou de l'artiste
Elle est inscrite très souvent à la pointe dans le plâtre maître, visible en façade sur le bas de la sculpture ou sur le tertre.
- Le cachet du fondeur
Cette marque se généralise à partir des années 1830 avec le début des bronzes d'édition. Elle est très rares sur les bronzes antérieurs (comme par exemple celle de Jean-Jacques Keller, fondeur royal sous Louis XIV).
On la retrouve soit sous forme de cachet (tampon en creux), soit à la pointe comme Susse Frères par exemple, avec parfois avec le lieu de la fonderie (Paris, Bruxelles,...).
Le cachet du fondeur est soit apposé sur le modèle en plâtre ou en résine (fonte au sable), soit sur le modèle intermédiaire en cire (fonte à la cire perdue). Avec cette dernière méthode, l'empreinte du cachet ou timbre (ou pastille si ronde) dans la cire est très reconnaissable (bordure qui remonte).
Les fondeurs de bronzes d'ameublement dont certains sont également ébénistes comme Beurdeley ou Linke, insculpent généralement leurs initiales au revers de ces bronzes.
- La marque du ciseleur
Cette indication est beaucoup plus rare et généralement que sur des pièces de grande qualité.
- L'indication de taille
Il s'agit généralement d'une lettre dont la correspondance en taille est décrite dans les catalogues ou contrats d'édition.
- La date ou millésime
Cette indication est généralement ajoutée pour les séries limitées ou épreuves originales
- Les indications de tirage (numéros)
- Les indications marketing (cachet de médailles aux Expositions, cachet de technique de réduction Collas,...)
- Le titre du sujet et le nom du revendeur
Ces indications ne font pas à proprement parlé de la sculpture en elle-même. Elles sont généralement soit gravées, soit sur une plaquette en laiton sur le socle indépendant en marbre ou en bois.
Comment lire les inscriptions de tirage limité
Le prix d'un bronze dépend énormément du nombre de pièces identiques coulées mais également de la notion d'original.
Ainsi, les artistes et fondeurs produisent volontairement des "originaux" et des séries limitées pour faire monter les prix.
- Les séries limitées des bronzes d'édition
La notion de tirage limité apparaît sur les bronze d'édition à la fin du XIXe siècle. Ils sont coulés avec la technique de la fonte au sable.
L'inscription se compose du numéro d'ordre en chiffre arabe suivi généralement du nombre total d'exemplaires identiques fondus.
On a par exemple: 2 / 12 correspondant au 2ème exemplaire d'une série de 12.
- Les épreuves originales et les épreuves d'artiste
Leur numérotation est visible en façade. La technique de fonte est principalement celle de la cire perdue.
Les épreuves originales sont des tirages limités (limite de 8 par taille) numérotés en chiffre arabe.
On a par exemple: 2/8 correspondant au 2ème tirage d'épreuve originale sur un total de 8.
Les épreuves d'artistes sont des tirages supplémentaires (limités à 4 par taille) dont l'artiste dispose à sa convenance.
Elles sont précédées des lettres E.A. (Epreuve d'Artiste) avec le numéro d'ordre en chiffre romain suivi du total des épreuves existantes.
On a par exemple: EA II / IV correspondant au 2ème tirage d'épreuve d'artiste sur un total de 4.
Les épreuves d'artistes sont les plus rares.
Dans les pays anglo-saxons, les épreuves d'artistes sont indiquées par les lettres "AP" (artist's proof). La quantité autorisée est d'environ 10 à 15% du tirage initial (Par exemple 5 épreuves d'artiste pour une série limitée de 50-60 pièces).
Les techniques d'assemblage du socle
La technique d'assemblage du bronze au socle est parfois propre à certains fondeurs (Ex: Barbadienne). Le type de vis ou d'écrou donne aussi une information sur l'époque (boulons carrés jusqu'au début XXe,...).
Nous avons donc tenté la recherche de ce cachet avec l'aide de Marques et signatures des bronzes d'art mais sans obtenir de résultat. Nous avons mené la même recherche avec l'aide de underpriced AI, Bronze Foundry Marks: Complete Guide to Identifying Makers, Signatures and Values, mais cela n'a pas donné de résultat probant. Vous pourriez peut-être essayer vous-même cet outil dans lequel il est possible de rentrer plus d'informations. Aucun résultat non plus en recherchant avec l'image sur Google image et sur TinEye.
Une autre piste serait de pouvoir consulter l'ouvrage Signatures des artistes du bronze et fondeurs du XIXème siècle : suivi d'un index de 2500 noms avec références bibliographiques / compilation réalisée par B. de York qui se trouve à la bibliothèque de l'INHA (Institut national d'histoire de l'art), 2 rue Vivienne, 75002 Paris.
Nous avons contacté la Fédération Forge Fonderie ainsi que questionné nos collègues de la salle Arts et Loisirs de la bibliothèque municipale de Lyon Part-Dieu pour avoir leur expertise à ce sujet. Si nous avons une explication à vous apporter nous vous en informerons.
Voir aussi A Collector's Guide to French Bronze Foundry Marks qui propose une application pour identifier les antiquités.
Bonne journée
Complément(s) de réponse
Bonjour,
Nous revenons vers vous pour vous informer de l'hypothèse donnée par nos collègues de la salle Arts et Loisirs. La mention E/T gravée sur une statue en bronze pourrait signifier Épreuve de Tirage.
Il pourrait s'agir d'un exemplaire de contrôle réalisé avant la série définitive pour valider la qualité du tirage en fonderie. Ces épreuves sont généralement réservées au fondeur ou à l'atelier, et non destinées à la vente. Elles permettent de vérifier que le processus de fonte (souvent par la méthode de la cire perdue) produit un résultat fidèle au modèle original (qualité du moulage, de la patine ou des finitions). Elles ne font pas partie des tirages numérotés destinés à la vente.
Nous avons vérifié si cette supposition était confirmée dans
- Moulage et fonderie d'art : du modèle au bronze final / Daniel Lambert, 2002
- Le bronze d'art et ses techniques / Jean-Pierre Rama ; avec la participation de Jacques Berthelot, 2003
- L'art de la fonte de bronze : alchimie de la sculpture / Tony Birks, 2006
Sans succès.
Dans Moulage, tirages, épreuves : quelques précisions terminologiques / François Blanchetière. Archimède : archéologie et histoire ancienne, 2025, 12, pp.83-85, l'auteur revient sur le vocabulaire communément employé par les spécialistes (moulage, tirage, épreuve, œuvre) pour mieux en préciser les contextes d’usages appropriés. Ce qu'il écrit à propos des termes tirage et épreuve ne valide pas l'hypothèse mais s'en approche :
De ce point de vue, le terme « tirage », dont l’usage s’est développé ces dernières années comme une alternative à l’emploi de « moulage », jugé péjoratif, ne résout pas le problème, puisque ce mot désigne lui aussi un processus, celui par lequel un objet positif est réalisé à partir d’un objet négatif. En photographie, en gravure, comme en sculpture, on « tire » une épreuve – grâce à un négatif en papier, en verre ou en gélatine, pour la photo ; d’une plaque gravée, pour l’estampe ; et d’un moule, dans le domaine de la sculpture.
Dans tous ces cas, le mot le plus satisfaisant, parce que toujours juste au plan technique, est donc « épreuve », terme commun aux arts du multiple, et qui désigne simplement un objet positif tiré d’un négatif. En sculpture, les phases de reproduction peuvent se succéder, si bien qu’un objet peut résulter de plusieurs étapes successives de prise d’empreinte et de tirage d’épreuve, et cela aussi bien dans le contexte créatif de l’atelier d’un artiste (le cas de Rodin en donne un exemple sans doute extrême, mais tout à fait frappant) que pour la simple reproduction à l’identique d’une même forme, par un atelier de moulage qui ajoute un nouveau sujet à son catalogue en faisant un moule sur un modèle acquis dans ce but. On voit donc qu’une épreuve tirée d’un moule peut servir de modèle pour la création d’un nouveau moule, dont sortiront plusieurs épreuves identiques entre elles (mais toujours un peu moins détaillées que leur ancêtre commun). « Épreuve » et « modèle » ne sont donc pas des termes désignant la nature immuable d’un objet, mais plutôt des fonctions liées à une position par rapport à un processus de production...
Bonne journée
Des images entre elles : Thibault Tourmente, artiste...