Je cherche des titres d'ouvrages accessibles sur Jankélévitch
Question d'origine :
Bonjour,
Pouvez vous m'indiquer des livres sur Jankelevitch .Je ne susi pas philosophe, donc je cherche des lectures accessibles;
Merci !
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Réponse du Guichet
Nous vous présentons les ouvrages les plus accessibles de Vladimir Jankélévitch, philosophe et musicologue mort en 1985, dont l'écriture est très littéraire, musicale, faite de répétitions volontaires et de jeux sur les mots. Son style peut être plus difficile que ses idées elles-mêmes. Pour débuter la lecture de son œuvre, nous vous conseillons de commencer par L'Aventure, l'Ennui, le Sérieux qui est généralement la meilleure porte d'entrée si vous venez plutôt de la littérature que de la philosophie universitaire. Son ouvrage La Mort, très vivant et concret, est une réflexion qui part de l'expérience humaine ordinaire plutôt que d'un système philosophique abstrait. Si votre intérêt porte sur les questions morales, vous pouvez démarrer par Le Pardon ou Les Vertus et l'Amour. Enfin, lorsque vous serez familiarisé·e avec son style, vous pourrez aborder Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien, qui est sans doute son œuvre la plus représentative mais aussi l'une des plus exigeantes.
Bonjour,
Né à Bourges en 1903, Vladimir Jankélévitch, philosophe et musicologue, est issu d'une famille d'intellectuels juifs russes. Il étudie la philosophie à l'École normale supérieure et y rencontre Bergson dont il présente la philosophie dans son premier ouvrage, Henri Bergson. Pendant 5 ans il enseigne à l'Institut français de Prague. Il rédige sa thèse consacrée à Schelling (que son père à traduit) en 1933, année où il revient en France. Il enseigne dans le secondaire et en classes préparatoires à Caen, Lyon, Besançon, Toulouse et Lille. En 1940, sous le régime de Vichy, il est déchu de la nationalité française et de son poste d'enseignant et s’engage dans la Résistance. C'est en 1947 qu'il peut à nouveau enseigner à l’Université de Lille et en 1951 qu'il devient titulaire de la chaire de philosophie morale à la Sorbonne. Auteur d'une œuvre de philosophie morale considérable, fréquemment présentée comme une philosophie de la vie quotidienne, du temps, de l'amour et de la mort, il rédige aussi des ouvrages essentiels sur la musique des XIXe et XXe siècles listés dans Jankélévitch et la musique / Philippe Grosos, Université de Poitiers (sources : Vladimir Jankélévitch, les-philosophes.fr et Vladimir Jankélévitch, booknode.com).
Dans son article Pour une lecture de Philosophie première de Vladimir Jankélévitch (1954), Coadou présente l'ouvrage du philosophe, Philosophie première : introduction à une philosophie du presque, analyse critique des systèmes philosophique, comme un livre, bâti sur la durée, [qui] se développe plutôt comme un morceau de musique. [...] Philosophie première est une variation sur un même thème :
Qui ouvre pour la première fois Philosophie première est frappé par l’étrangeté de l’univers dans lequel il pénètre. Philosophie première n’obéit pas, comme la plupart des œuvres philosophiques le font, aux règles quasi architecturales de construction logique. Ce n’est pas un édifice radieux, bien proportionné, où chaque élément se trouve à la place qui lui est raisonnablement assignée. Pour Jankélévitch, le modèle de la pensée et de l’écriture philosophique n’est plus un modèle spatial, aux contours bien nets, aux éléments extérieurs, mais un modèle temporel, ou plutôt, pour reprendre un vocabulaire bergsonien, un modèle duratif ; un modèle selon lequel les différents éléments ne sont plus extérieurs – et ne sont donc plus, à proprement parler des éléments – mais sont fondus, enchaînés. Dès lors, il n’est pas étonnant que Philosophie première ne se présente pas comme un édifice architectural : le livre, bâti sur la durée, se développe plutôt comme un morceau de musique. Aussi, dès les premières pages, le lecteur trouve-t-il énoncé le thème de l’œuvre, thème qui sera, tout au long du livre, repris et réélaboré. Philosophie première est une variation sur un même thème.
Source : Coadou, F. (2001). Pour une lecture de Philosophie première de Vladimir Jankélévitch (1954) Le Philosophoire, 15(3), 197-202
Si nous avons choisi cette amorce pour vous répondre, c'est pour vous préciser que Jankélévitch est rarement considéré comme un philosophe facile. Son écriture est très littéraire, musicale, faite de répétitions volontaires et de jeux sur les mots. Son style peut être plus difficile que ses idées elles-mêmes. Mais voici quelques ouvrages qui constituent d'excellentes portes d'entrée.
L'aventure, l'ennui, le sérieux / Vladimir Jankélévitch. Le vocabulaire y est relativement accessible, les sujets sont proches de l'expérience quotidienne et le texte est plus structuré que les grands ouvrages métaphysiques.
Paru en 1963, cet essai constitue une première synthèse de la pensée de Jankélévitch. Le philosophe y distingue deux critères qui fondent l'unité de son œuvre, la dignité philosophique donnée à des objets jugés mineurs et la volonté radicale de mettre en lumière la dimension temporelle de l'action. © Electre
« L'Aventure, l'Ennui et le Sérieux sont trois manières dissemblables de considérer le temps. Ce qui est vécu, et passionnément espéré dans l'aventure, c'est le surgissement de l'avenir. L'ennui, par contre, est vécu plutôt au présent : dans cette maladie l'avenir déprécie rétroactivement l'heure présente, alors qu'il devrait l'éclairer de sa lumière. Quant au sérieux, il est une certaine façon raisonnable et générale non pas de vivre le temps, mais de l'envisager dans son ensemble, de prendre en considération la plus longue durée possible. »
Publié en 1963, L'Aventure, l'Ennui, le Sérieux est un jalon majeur de la pensée de Vladimir Jankélévitch. Cet ouvrage constitue une première synthèse de sa pensée, où l'on peut distinguer deux critères essentiels qui fondent l'unité de son oeuvre : la dignité philosophique donnée à des objets jugés mineurs, et la volonté radicale de mettre en lumière la dimension temporelle de l'action. © 4e de couverture
La mort / Vladimir Jankélévitch ; précédé d'un entretien avec Frédéric Worms. Bonne introduction à sa pensée du temps, cet ouvrage est une réflexion sur la finitude humaine, l'irréversibilité du temps et la conscience de mourir. Contrairement à ce que le titre pourrait laisser penser, le livre est souvent très vivant et concret, la réflexion de Jankélévitch part de l'expérience humaine ordinaire plutôt que d'un système philosophique abstrait. Jankélévitch s'intéresse moins à une théorie de la mort qu'à ce qu'elle change dans notre manière de vivre. Le sujet est universel et s'articule autour de nombreux exemples.
Pourquoi la mort de quelqu'un est-elle toujours une sorte de scandale ?
Pourquoi cet événement si normal éveille-t-il chez ceux qui en sont les témoins autant de curiosité et d'horreur ? Depuis qu'il y a des hommes, comment le mortel n'est-il pas habitué à ce phénomène naturel et pourtant toujours accidentel ? Pourquoi est-il étonné chaque fois qu'un vivant disparaît, comme si cela arrivait chaque fois pour la première fois ?
Telles sont les questions que pose ce livre sur la mort. Dans chacun de ses ouvrages, Vladimir Jankélévitch a essayé de saisir le cas limite, l'expérience aiguë : à son point de tangence avec ces frontières, l'homme se situe à la pointe de l'humain, là où le mystère, l'ineffable, le « je ne sais quoi », ouvrent le passage de l'être au néant, ou de l'être à l'absolument-autre.
Il s'attache ici à analyser un événement considéré dans sa banalité et dans son étrangeté à la fois, dans son anomalie normale, son tragique familier, bref, dans sa contradiction.
« Si la mort n'est pensable ni avant, ni pendant, ni après, écrit Jankélévitch, quand pourrons-nous la penser ? » Et il entreprend cette tâche périlleuse : conter l'inénarrable, décrire l'indescriptible. © 4e de couverture
Le pardon / Vladimir Jankélévitch. Jankélévitch examine ce qu'est réellement le pardon, ses limites et ses conditions. Le livre est devenu célèbre car il est étroitement lié à sa réflexion sur les crimes nazis et sur l'imprescriptible. L'ouvrage est souvent étudié dans les domaines de l'éthique et de la philosophie morale parce qu'il aborde des questions concrètes plutôt que des problèmes purement spéculatifs. Le thème à forte portée morale et historique est immédiatement compréhensible et est développé dans un style utilisant relativement peu de jargon philosophique.
« Le débat du pardon et de l’impardonnable n’aura jamais de fin. Insoluble est le cas de conscience qui en résulte : car si l’impératif d’amour est inconditionnel et ne souffre aucune restriction, l’obligation d’annihiler la méchanceté n’est pas moins impérieuse que le devoir d’amour ; l’amour des hommes est entre toutes les valeurs la plus sacrée, mais l’indifférence aux crimes contre l’humanité, mais l’indifférence aux attentats contre l’essence même et contre l’hominité de l’homme est entre toutes les fautes la plus sacrilège. »
Lorsque Vladimir Jankélévitch publie ce livre en 1967, alors que le débat sur l’imprescriptibilité des crimes nazis agite l’opinion, il soulève cette question brûlante : qu’est-ce que le pardon ? Cherchant à saisir le cœur de cette notion mal comprise, se heurtant au terrible paradoxe d’un pardon infini, sublime, et pourtant impossible, Le Pardon occupe une place centrale dans la réflexion morale d’un philosophe hanté par les problèmes de son temps. © Site éditions Flammarion
Les Vertus et l'Amour. Tome 1 et 2 / Vladimir Jankélévitch. Réflexion sur les vertus humaines : fidélité, sincérité, générosité, amour. On y retrouve le Jankélévitch moraliste, souvent proche de la tradition française des essayistes. Ce titre peut être apprécié même par ceux qui ne sont pas spécialistes de philosophie académique car les thèmes y sont familiers, le style est parfois lyrique mais généralement abordable et de nombreux exemples de la vie morale sont cités.
Le tome II du Traité des vertus, intitulé Les Vertus et l'Amour, est consacré à la description des « vertus », depuis celle du commencement (le courage) jusqu'à celle de la terminaison (la charité), en passant par celles de la continuation et de la conservation (la fidélité, la justice). Il distingue en outre deux plans tout à fait hétérogènes : celui des vertus de l'intervalle (fidélité, patience, modestie, amitié), que l'homme peut « posséder » et « garder », mais qui, à peine acquises, tournent en mécanique vertueuse, radotage, complaisance pharisienne et hypocrisie ; et les vertus de pointe (humilité, générosité, sacrifice) que l'homme ne possède jamais, qu'il effleure seulement, d'une tangence impondérable, le temps d'une étincelle et d'une « apparition saisissante ». Vaut-il mieux être, au premier sens, un rentier de la vertu et un vertueux gredin, ou, au sens métempirique, le saint ou le héros d'un instant ? L'amour résout peut-être, dans une certaine mesure, cette alternative, qui est aussi celle du bonheur et de la joie. © 4e de couverture
Enfin, parce que c'est l'un des livres les plus célèbres de Vladimir Jankélévitch, probablement son chef-d'œuvre, citons Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien. T 1 : La manière et l'occasion qui tente de penser ce qui échappe aux concepts : le charme, l'instant, la grâce, l'occasion, l'ineffable. En revanche, nous ne le recommandons pas comme première lecture.
La Bibliographie des ouvrages de Vladimir Jankélévitch, la bibliographie d'écrits sur Vladimir Jankélévitch et la bibliographie de critiques et interprétations sur son œuvre présents dans les collections de la BmL pourront peut-être vous intéresser. Pour une introcution à son œuvre vous pourriez aussi lire et écouter :
Un été avec Jankélévitch / Cynthia Fleury, 2023, dont Philosophie magazine fait une présentation sur son site.
Adapté d'une série d'émissions diffusées sur France Inter, l'ouvrage évoque le parcours et l'œuvre de Vladimir Jankélévitch, philosophe du XXe qui a connu un succès médiatique à la fin de sa vie. Ses pensées sur le temps, l'instant et ses paradoxes ainsi que sur la jeunesse d'esprit comme remède contre les passions tristes sont évoquées dans un dialogue entre Vladimir et Alain, son disciple. © Electre 2023
Lire Vladimir Jankélévitch (1903-1985), c'est découvrir l'une des voix les plus charmeuses et envoûtantes de la philosophie. Il est le philosophe du temps, de l'instant, ce battement de coeur. « Ne manquez pas votre unique matinée de printemps », nous dit-il. Il nous invite à l'action, ici et maintenant. C'est pour cette raison que son œuvre va vite : elle court comme une fugue au piano, s'envole comme l'oiseau de la branche, prend conscience de la fragilité des choses et se compose de je-ne-sais-quoi et de presque-rien. Une certitude, on ne s'ennuie pas quand on lit Jankélévitch car il avait l'ennui en horreur : tuer le temps est une occupation indigne à ses yeux ! En revanche, l'auteur du Traité des vertus est le philosophe de l'ironie, de l'amour qui, selon lui, est l'autre nom de la morale, mais aussi le penseur du courage, de l'amitié, de la fidélité, de la justice, de l'aventure. Ne manquez pas ce stimulant et délicieux Été avec Jankélévitch, ce virtuose qui n'a jamais eu l'angoisse de la mort, si vital, si paradoxal, si musical. © 4e de couverture
Jankélévitch et la musique / Philippe Grosos, Université de Poitiers
« Vladimir Jankélévitch, penser la vie », sur LCP : un éternel jeune philosophe, Le Monde, 02 juin 2025, modifié le 02 juin 2025. Cet article accessible en lecture complète via Europresse avec un abonnement à la BmL, présente le film documentaire sorti en 2025, Vladimir Jankélévitch, penser la vie, de Fabrice Gardel et Mathieu Weschler, LCP-Assemblée nationale.
Vladimir Jankélévitch refuse le mythe de la vocation philosophique | INA Culture, 31/08/1969
Comment faut-il lire Vladimir Jankélévitch ?, Le Pourquoi du comment : philo, France culture, 18 octobre 2023
Avoir raison avec Vladimir Jankélévitch - L' amour, France culture, 11 août 2017
Vladimir Jankélévitch ou la mélodie du temps qui passe, Les chemins de la philosophie, France culture, 2014. Quatre épisodes :
- Le temps, ce Je-ne-sais-quoi et ce Presque-rien, 21 avril 2014 - Avec Cynthia Fleury
- La musique et l'ineffable, 22 avril 2014 - Avec Philippe Grosos
- Le mystère de la mort, 23 avril 2014 - Avec Pierre Michel Klein
- Le charme de la morale, 24 avril 2014 - Avec Joëlle Hansel
Jankélévitch : Un amour de morale avec Clément Rosset, Résonance[s], 3 février 2003
Vladimir Jankélévitch en 1980, philosophe du Je-ne-sais-quoi et du Presque-rien, Radio-Canada Archives, Femme d'Aujourd'hui, 12 mai 1980
Vladimir Jankélévitch, un philosophe au piano, France musique, 19 juillet 2023 (Première diffusion le jeudi 9 mars 2023)
Bonne journée
La main qui tremble