Quelles sont les causes de l'anxiété sociale et sont-ils beaucoup à en souffrir ?
Question d'origine :
Est-ce qu'il y a beaucoup de personnes qui souffrent d'anxiete sociale? Quelles sont les causes?
Réponse du Guichet
L’anxiété sociale, ou phobie sociale, est un trouble fréquent touchant environ 5 à 13 % de la population, selon les études et les pays. Elle se caractérise par une peur excessive du regard de l'autre et une dépréciation de ses capacités à agir dans des situations sociales sociales précises. Les études soulignent un risque élevé de dépression ou d’addictions associées.
Ses causes sont multiples (hérédité, éducation, facteurs cognitifs, environnementaux, biologiques). Tout récemment les chercheurs s'intéressent au rôle du microbiote intestinal dont la composition pourrait avoir un impact considérable sur l'avènement des symptômes.
Bonjour,
Selon A. Pelissolo, professeur des Universités, praticien hospitalier, chef de service du service de psychiatrie sectorisée, de hôpital Albert-Chenevier, l'anxiété sociale toucherait environ 5 à 7 % de la population générale, sur une durée longue le plus souvent. C'est l'un des troubles anxieux les plus fréquents :
La phobie sociale, dénommée également anxiété sociale, est un des troubles psychiques les plus fréquents, puisqu'il touche environ 5 à 7 % des sujets de la population générale, sur une durée longue le plus souvent.
Cette pathologie est définie par une peur excessive et gênante du regard de l'autre dans les situations d'interactions simples ou plus formelles, que ce soit devant un groupe ou une seule personne, avec des conséquences importantes en termes d'anxiété anticipatoire et d'évitements sociaux. Il existe plusieurs sous-types (anxiété circonscrite aux situations de performance, phobie sociale généralisée) et différentes formes cliniques, dont la peur obsédante de rougir en public, dénommée éreutophobie. Les principaux diagnostics différentiels, qui peuvent être aussi des troubles comorbides, sont les troubles schizoïdes et paranoïaques, la personnalité évitante et l'agoraphobie. Les complications les plus fréquentes sont les dépressions, qui surviennent dans au moins 50 % des cas sévères, et les addictions. Les bases psychopathologiques des phobies sociales sont cognitives (peur du jugement négatif d'autrui, faible estime de soi, perfectionnisme), tempéramentales (timidité, émotivité, inhibition), et comportementales (évitements sociaux renforçant les peurs, autocentration excessive). Ce trouble est associé à une hyperréactivité amygdalienne, avec défaut de régulation émotionnelle, aux stimuli sociaux perçus comme menaçants.
Source : Anxiété sociale et phobie sociale, A. Pelissolo (EM Consulte, 2023)
En 2017 une enquête transnationale, menée par des chercheurs du monde entier, présentait des résultats légèrement différents. Avec plus de 142 000 répondants répartis entre dizaines de pays classés selon leurs niveaux de revenu, l'enquête s'était donnée les moyens d'appréhender globalement ce phénomène. Elle concluait qu'environ 4% de la population mondiale était sujette à l'anxiété sociale au moins une fois dans sa vie, que 2,4% l'avait expérimenté pendant ces 12 derniers mois et qu'ils étaient 1,3% a l'avoir ressenti durant les 30 jours qui précédaient l'enquête.
Pour ce qui est de la France, le pays est légèrement au-dessus de la moyenne internationale, car l'étude rapporte 4,3 % sur la vie, 2,6 % sur 12 mois et 1,8 % sur 30 jours.
Notez que les taux de prévalence sont les plus faibles dans les pays à revenu faible ou intermédiaire et dans les régions africaines et méditerranéennes orientales tandis que les plus hauts se trouvent dans les pays à revenu élevé et dans les Amériques et dans le Pacifique occidental.
Source : The cross-national epidemiology of social anxiety disorder: Data from the World Mental Health Survey Initiative (2017)
Ces chiffres concordent à peu près avec ceux donnés par l'OMS, qui estime qu'en 2021, 4,4 % de la population mondiale était touchée par des troubles anxieux, en faisant la catégorie des troubles mentaux la plus répandue. Elle comprend dans ces 4,4% une plus large palette de troubles, allant de l'agoraphobie au mutisme complet, en passant par l'anxiété sociale :
L’essentiel
- Les troubles anxieux sont les troubles mentaux les plus courants dans le monde. Ils touchaient 359 millions de personnes en 2021.
- Les troubles anxieux touchent davantage les femmes que les hommes.
- Les symptômes d’anxiété apparaissent souvent pendant l’enfance ou l’adolescence.
- Il existe des traitements très efficaces contre les troubles anxieux.
- Une personne touchée sur quatre, environ, reçoit un traitement contre ces troubles.
Vue d’ensemble
Il arrive à tout le monde de ressentir de l’anxiété par moments. Chez les personnes atteintes de troubles anxieux, cependant, la peur et l’inquiétude sont fréquentes, intenses et excessives. Ces sentiments s’accompagnent fréquemment d’une tension physique et d’autres symptômes comportementaux et cognitifs. Ils sont difficiles à maîtriser, entraînent une détresse importante et peuvent durer longtemps en l’absence de traitement. Les troubles anxieux perturbent les activités courantes et peuvent entraver la vie quotidienne sur le plan familial, social, scolaire ou professionnel.
D’après les estimations, les troubles anxieux touchent actuellement 4,4 % de la population mondiale (1). En 2021, 359 millions de personnes dans le monde en étaient atteintes, ce qui en fait la catégorie de troubles mentaux la plus répandue (1).
Alors qu’il existe des traitements très efficaces contre ces troubles, seule une personne sur quatre qui en auraient besoin (27,6 %) en bénéficie actuellement (2). Plusieurs facteurs font obstacle aux soins, notamment le manque d’informations sur le caractère traitable de ces troubles, l’insuffisance des investissements dans les services de santé mentale, la pénurie de soignantes et de soignants qualifiés et la stigmatisation sociale.
Symptômes et typologie
Les personnes présentant un trouble anxieux peuvent ressentir de la peur ou des inquiétudes excessives par rapport à une situation donnée (par exemple, une attaque de panique ou une situation sociale) ou, dans le cas du trouble anxieux généralisé, par rapport à un large éventail de situations du quotidien. Généralement, elles présentent ces symptômes pendant une longue période (plusieurs mois au moins) et cherchent à éviter les situations qui suscitent leur anxiété.
Les troubles anxieux peuvent également entraîner d’autres symptômes, tels que :
- des difficultés à se concentrer ou à prendre des décisions ;
- de l’irritabilité, des tensions ou de l’agitation ;
- des nausées ou des douleurs abdominales ;
- des palpitations cardiaques ;
- de la transpiration, des tremblements ou des frissons ;
- des problèmes de sommeil ;
- un sentiment de danger imminent ou de panique, l’impression de ne pas avoir d’issue.
Les troubles anxieux majorent le risque de dépression et de troubles liés à l’usage de substances psychoactives, ainsi que le risque de pensées et de comportements suicidaires.
Il existe plusieurs types de troubles anxieux, tels que :
- le trouble d’anxiété généralisée (une inquiétude persistante et excessive au sujet d’activités du quotidien ou de certains événements) ;
- le trouble panique (qui se traduit par des attaques de panique et la peur que celles-ci persistent) ;
- l’anxiété sociale (une peur et des inquiétudes marquées face à des situations sociales susceptibles d’engendrer, chez la personne, de l’humiliation, de la gêne ou le sentiment d’être rejetée) ;
- l’agoraphobie (une peur et des inquiétudes excessives face à des situations susceptibles de créer, chez la personne, une panique, de l’embarras ou le sentiment d’être piégée ou de ne plus avoir d’issue, et évitement de telles situations) ;
- l’anxiété de séparation (une peur et des inquiétudes excessives à l’idée d’une séparation d’avec des personnes avec qui il existe des liens affectifs forts) ;
- les phobies spécifiques (des peurs intenses et irrationnelles de certains objets ou de certaines situations, qui entraînent un comportement d’évitement et une souffrance importante) ; et
- le mutisme sélectif (incapacité systématique de la personne à s’exprimer dans certaines situations sociales, alors qu’elle y parvient aisément dans d’autres contextes ; ce trouble touche surtout les enfants).
Source : Troubles anxieux - Organisation mondiale de la santé
D'après une étude menée par Santé Publique France et parue dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire, les femmes seraient plus sensibles aux troubles anxieux que les hommes.
Le manuel MSD, ressource incontournable des professionnels de santé, avance des chiffres plus importants encore : "Environ 13 % des personnes souffrent de trouble d’anxiété sociale à un moment donné de leur vie. Ce trouble touche environ 9 % des femmes et 7 % des hommes chaque année." Les situations où s'exprime cette gêne seraient extrêmement disparates d'une personne et d'une situation à l'autre :
Certains adultes souffrant de trouble d’anxiété sociale étaient timides quand ils étaient enfants, tandis que d’autres n’ont développé aucun symptôme d’anxiété important jusqu’à après la puberté.
Les personnes souffrant de trouble d’anxiété sociale s’inquiètent que leurs faits et gestes puissent sembler inappropriés. Elles craignent souvent que leur anxiété n’apparaisse de façon évidente, redoutant de transpirer, de rougir, de vomir, de trembler ou d’avoir la voix tremblante. Elles ont également peur de perdre le fil de leur pensée ou de ne pas parvenir à trouver leurs mots pour s’exprimer.
Certaines anxiétés sociales sont liées à des situations particulières, ne produisant d’anxiété que lorsque la personne doit réaliser une activité particulière en public. La même activité effectuée dans la solitude ne provoque pas d’anxiété. Les situations qui déclenchent souvent de l’anxiété chez une personne atteinte de trouble d’anxiété sociale sont les suivantes :
Parler en public
Réaliser quelque chose en public, tel que lire un texte ou jouer d’un instrument de musique
Manger avec d’autres
Rencontrer des personnes inconnues
Tenir une conversation
Signer un document devant témoins
Se rendre dans des toilettes publiques
Certaines personnes présentent des symptômes d’anxiété sociale dans une ou plusieurs situations spécifiques, tandis que d’autres les ressentent dans un plus grand nombre de contextes. Dans les deux types d’anxiété sociale, la personne craint que si elle ne parvient pas à répondre aux attentes des autres ou si elle est scrutée à la loupe dans ses interactions sociales, elle se sente gênée, humiliée, ou rejetée, ou elle offense d’autres personnes.
Les personnes peuvent ou non reconnaître que leurs peurs sont excessives.
Source : Anxiété sociale - Le Manuel MSD.
L’anxiété sociale s’explique généralement par une combinaison de facteurs, plutôt que par une cause unique. La littérature scientifique fournit des explications biologiques mais aussi des explications sociales telles que l'hérédité, l'éducation, les événements traumatisants etc.
Quelles sont les causes principales de l'anxiété sociale ?
Les causes de l'anxiété sociale sont plurielles et varient d'une personne à l'autre. Selon certaines études, l'hérédité est un facteur identifié comme à risque. Avoir des parents ou des proches souffrant de troubles anxieux peut prédisposer à développer cette anxiété. De même pour le vécu, et notamment les événements traumatisants ou les humiliations répétées. Par exemple, un enfant moqué à l'école pourrait développer une peur persistante des interactions sociales. La rigidité du cadre familial jouerait également un rôle dans le développement de l'anxiété. Des parents stricts ou trop critiques peuvent renforcer le sentiment de crainte ou de peur du jugement chez leurs enfants, et fragiliser leur estime de soi pour le reste de leur vie.
La pression sociale et les normes culturelles sont des facteurs supplémentaires d'anxiété sociale. Les attentes de la société vis à vis des individus, de la performance, de la "normalité" ajoutent une pression supplémentaire chez les individus déjà sensibles.
Source : Anxiété sociale - ELSAN.
Si ces causes sont largement admises aujourd'hui, les études les plus récentes ouvrent une troisième voie, assez fascinante. Dans un article paru cette année, Science et Vie explique que l'anxiété sociale proviendrait aussi d'une forme de "déséquilibre" de notre microbiote intestinal, ouvrant ainsi de nouvelles pistes pour comprendre ce trouble et envisager de futurs traitements :
L’un des résultats les plus marquants concerne le microbiote intestinal. Des analyses comparant des personnes atteintes d’anxiété sociale à des témoins ont mis en évidence une composition bactérienne différente, avec certaines espèces plus abondantes et d’autres moins représentées.
Une équipe dirigée par Mary Butler a franchi une étape supplémentaire en transférant le microbiote de patients à des souris. Les animaux ont alors développé une sensibilité accrue à la peur sociale, sans présenter davantage d’anxiété généralisée, un résultat rapporté dans les travaux publiés dans PNAS.
Ces modifications pourraient agir via le métabolisme du tryptophane. Chez certains patients, cette molécule est davantage transformée en composés comme l’acide kynurénique, capables de perturber la communication entre neurones. Des recherches présentées dans Brain, Behavior and Immunity montrent également une orientation anormale de cette voie métabolique chez les personnes concernées.
L’ensemble de ces résultats suggère ainsi que l’anxiété sociale résulte d’une interaction complexe entre cerveau, microbiote et système immunitaire, plutôt que d’un simple apprentissage psychologique.
Source : Nous savons peut-être enfin ce qui cause réellement l'anxiété sociale – et comment y remédier - Science et Vie (2026)
Affaire à suivre !
Et toi, tu fais ça à ta fille ?