Les températures élevées ont-elles un effet sur la fertilité humaine ?
Question d'origine :
Bonjour,
Se peut-il que les températures élevées et prolongées telles que nous les connaissons et sommes amenés à les connaitre dans le futur aient un effet sur la fertilité humaine et notamment la qualité du sperme
merci braves guichetièr•es
Réponse du Guichet
Les vagues de chaleur ont effectivement des conséquences directes sur la fertilité humaine, surtout masculine, en altérant la qualité du sperme produit lors de la spermatogenèse. Les températures élevées et prolongées peuvent réduire leur nombre et leur mobilité, altérer leur forme et endommager leur ADN, avec des effets constatés surtout 2 à 3 mois après l’exposition thermique. La fertilité féminine peut elle aussi être affectée, même si les résultats restent variables selon les contextes.
Toutefois, ces effets semblent le plus souvent réversibles : lorsque l’exposition à la chaleur diminue, la qualité reproductive peut s’améliorer en quelques mois grâce au renouvellement des cellules et aux capacités d’adaptation de l’organisme.
Bonjour,
La chaleur perturbe la spermatogenèse qui désigne le processus de fabrication des spermatozoïdes.
Les conséquences d'une augmentation de température sont multiples : diminution du nombre de spermatozoïdes, baisse de leur mobilité, anomalies de leur forme et dommages constatés sur leur ADN. On remarque cette dégradation lorsque l’exposition thermique a eu lieu 2 à 3 mois précédant l’éjaculation. C'est ce qu'indique cet article du magazine Futura Sciences :
Quelles conséquences sur la fertilité masculine ?
Une augmentation de la température au niveau des testicules, même d'un seul degré, a un impact négatif sur la qualité et la quantité de spermatozoïdes produits :
- ils sont moins nombreux ;
- ils sont moins mobiles D'abord outil professionnel un peu austère, le smartphone est devenu un produit grand public phare, notamment sous l’impulsion de l’iPhone et de son écran tactile. © Maxx-Studio, Shutterstock
;- ils peuvent présenter des anomalies au niveau de leur forme et des dommages sur leur ADN.
[...]
Des effets plus importants au-delà de 29°C…
Une vaste étude argentine publiée en 2024 avait analysé le sperme de près de 55 000 hommes âgés de 18 à 60 ans, sur une période de 19 ans. Les chercheurs ont découvert que les dommages les plus importants sur la fertilité avaient lieu quand les hommes étaient exposés à des vagues de chaleur au début du développement des spermatozoïdes (la production d'un spermatozoïde dure environ 90 jours).
Pour les hommes qui essaient d'avoir un enfant, les chances de fécondation pourraient donc être influencées par les températures subies plusieurs mois avant une tentative de conception. Les auteurs de cette même étude ont constaté que les effets semblent plus importants quand les vagues de chaleur durent plusieurs jours et que la température dépasse 29°C.
source : Pourquoi les spermatozoïdes détestent-ils autant les vagues de chaleur ? / Annabelle Iglesias - Futura Sciences - 28 juin 2026
Lire aussi la thèse intitulée Facteurs environnementaux et qualité séminale / Yara Mileth Carrejo Gironza - Thèse présentée et soutenue à Rennes, le 30 Janvier 2023
et ces articles scientifiques en anglais :
- The Impact of High Ambient Temperature on Human Sperm Parameters : A Meta-Analysis / Ai-Phuong Hoang-Thi, Anh-Thu Dang-Thi , Sang Phan-Van, Thong Nguyen-Ba, Phuong-Lan Truong-Thi, Tam Le-Minh, Quoc-Huy Nguyen-Vu, Tung Nguyen-Thanh - Iran J Public Health - 2022 Apr;51(4):710-723
- Effects of temperature anomaly on sperm quality : A multi-center study of 33,234 men / Lina Xiao, Qiling Wang, Haobo Ni, Ting Xu, Xiaoyan Cai, Tingting Dai, Lingxi Wang, Chunying Song, Yushan Li, Fuping Li, Tianqing Meng, Huiqiang Sheng , Xiaolin Yu, Qinghui Zeng, Pi Guo, Xinzong Zhang - Heliyon - 2024 Feb 22;10(5):e26765.
- Impact of heat waves on semen quality : A retrospective study in Argentina between 2005 and 2023 / Gustavo Luis Verón, Ania Antonella Manjon, Lidia Arévalo, Jorge Santiago, Mónica Hebe Vazquez-Levin - Sci Total Environ. 2024 Sep 15;943:173813
Une étude, publiée en mars 2025, évoque également un stress oxydatif provoqué par la chaleur, capable d'endommager directement les cellules testiculaires.
Lire : The consequences of climate change and male reproductive health: A review of the possible impact and mechanisms / R.E. Akhigbe, P.A. Oyedokun, T.M. Akhigbe, M.A. Hamed, F.B. Fidelis, A.I. Omole, A.E. Adeogun, M.D. Akangbe, A.A. Oladipo - Biochemistry and Biophysics Reports - Volume 41, March 2025
Le changement climatique figure parmi les facteurs de risque émergents de l'infertilité masculine.
• Le changement climatique résulte des émissions de gaz à effet de serre et entraîne plusieurs effets néfastes tels que le stress thermique (chaleur ou froid), la pollution atmosphérique, le cancer et les infections.
• Le changement climatique déclenche une signalisation sensible aux espèces réactives de l'oxygène (ROS), inhibe les marqueurs stéroïdogènes et provoque des dommages directs aux cellules testiculaires.
• Les mesures préventives ciblant ces mécanismes sont essentielles pour atténuer l'infertilité masculine associée au changement climatique.
Mais les effets négatifs de la chaleur ne semblent pas être irréversibles. On observe que lorsque la température redevient normale, la qualité du sperme s'améliore :
D’abord parce qu’à moins d’arriver avant la puberté et de manière intensive, les effets de la chaleur ne sont pas irréversibles. Le cycle de formation d’un spermatozoïde est de 74 jours, et les « lignées » (les millions de spermatozoïdes fabriqués dans une journée) impactées sont ensuite remplacées. Si vous réglez ce problème de chaleur, ça peut s’améliorer sous 3 à 6 mois », explique William Akakpo [chirurgien urologue, andrologue et spécialiste de la fertilité masculine].
Ensuite parce que le corps humain est capable d’une grande adaptation. Par exemple, la production spermatique ne diffère pas entre l’hiver et l’été. « Regardez les populations qui vivent dans des pays où il fait chaud toute l’année, les pays du Golfe, la Nouvelle-Calédonie ou encore les Antilles. Ils n’ont pas plus de problème de fertilité qu’ailleurs. Il y a ce qu’on appelle des modifications épigénétiques, des changements dans l’activité des gènes, n’impliquant pas de modification de la séquence d’ADN », illustre Samir Hamamah [président de la Fédération française d’étude de la reproduction].
source : Canicule : La fertilité masculine peut-elle chuter à cause des fortes chaleurs ? / Romarik Le Dourneuf - 20 minutes - 29/05/2026
La fertilité des femmes semble aussi être menacée par la chaleur :
Les fortes températures ont aussi un impact sur la fertilité des femmes. La chaleur peut diminuer la réserve ovarienne, rendant plus difficile la fécondation lors des tentatives de conception. Les vagues de chaleur peuvent aussi diminuer l'efficacité des techniques de procréation médicalement assistée (PMA).
source : Pourquoi les spermatozoïdes détestent-ils autant les vagues de chaleur ? / Annabelle Iglesias - Futura Sciences - 28 juin 2026
Ces articles scientifiques indiquent que la fertilité féminine semble souvent diminuer lors des vagues de chaleur, surtout au moment de la conception et des FIV, mais les résultats ne sont pas uniformes dans toutes les études ni tous les contextes :
- Ambient temperature in relation to ovarian reserve and early outcomes following ovarian stimulation and in vitro fertilization / Sarah LaPointe, Meg McAloon, Jaqueline C. Lee, Sarah Thornburgh, Zsolt P. Nagy, Daniel B. Shapiro, Howard H. Chang, Heather S. Hipp, Audrey J. Gaskins
- Association between ambient temperature exposure and pregnancy outcomes in patients undergoing invitro fertilization in Shanghai, China: a retrospective cohort study / Lulu Geng, Yan Yang, Yifeng Chen, Tingting Ye, Andong Qiu, Orhan Bukulmez, Ben W Mol, Robert J Norman, Xiaoming Teng, Jianjun Xiang, Miaoxin Chen - Hum Reprod - 2023 Dec 4;38(12):2489-2498.
- The Effects of Heat Stress on the Ovary, Follicles and Oocytes: A Systematic Review / Luhan T Zhou, Dilan Gokyer, Krystal Madkins, Molly Beestrum, Daniel E Horton, Francesca E Duncan, Elnur Babayev - bioRxiv - [Preprint]. 2024 Dec 5:2024.12.04.626831
D'autres facteurs sont néfastes pour la reproduction.
L'impact combiné des perturbateurs endocriniens présents dans les plastiques avec le réchauffement climatique produisent des effets bien supérieurs à la somme des deux. C'est ce qu'indique une étude publiée dans npj Emerging Contaminants où plusieurs équipes de chercheurs ont passé en revue 177 études scientifiques : Impacts of environmental stressors on fertility and fecundity across taxa, with implications for planetary health / Susanne M. Brander, Shanna H. Swan, Alvine C. Mehinto, Karen A. Kidd, Judith S. Weis, Scott M. Belcher, Jamie C. DeWitt, Stacey L. Harper & Caren C. Helbing - npj Emerging Contaminants - volume 2, Article number: 12 (2026)
L’exposition aux produits chimiques synthétiques se produit entre les espèces. Ces substances sont souvent non testées, très persistantes et manquent de réglementation. Associées au changement climatique, elles peuvent provoquer un déclin démographique. Beaucoup agissent comme des perturbateurs endocriniens, interférant avec les hormones à faibles concentrations. Les polluants émergents, notamment les microplastiques et les substances per- et polyfluoroalkylées, y contribuent également. Les impacts incluent une baisse de la fertilité, de la fécondité et même des dommages multigénérationnels. Les preuves inter-espèces soulignent la nécessité d’approches systémiques pour protéger la biodiversité et la santé planétaire.
Lire aussi cet article : lastiques, chaleur, PFAS… les perturbateurs endocriniens accélèrent la chute de la fertilité chez les humains et les animaux, révèle une étude / Auriane Polge - Science & vie - 10/05/2026
Enfin, voici une étude présentant des données sur les effets directs et indirects du changement climatique sur la santé humaine, en mettant l’accent sur les processus et les résultats reproductifs, sur la base d’expériences :
Climate Change and Reproductive Health / Anna Claire G Fernandez , Sanika Pelnekar , Joshua F Robinson , Gary M Shaw , Amy M Padula , Tracey J Woodruff , Linda C Giudice - Endocrine Reviews, Volume 46, Issue 6, December 2025, Pages 908–921
Bonne journée.
Faire de l’expérience collective un atout