Sartre a-t-il dit ou écrit ceci : Vous êtes responsable non seulement de vous-même...
Question d'origine :
Jean-Paul Sartre a-t-il dit ou écrit ceci: «Vous êtes responsable non seulement de vous-même, mais aussi de l'image de l'humanité que vous donnez par vos actes.»
Réponse du Guichet
Cette phrase ne semble pas être une citation exacte de Jean-Paul Sartre. Il s'agirait plutôt d'une reformulation ou d'une paraphrase de plusieurs passages de sa conférence de 1945 à La Sorbonne, L'Existentialisme est un humanisme, où il développe l'idée que chacun est responsable de lui-même et, par ses choix, engage toute l'humanité.
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Il semblerait que cette phrase ne soit pas une citation exacte de Jean-Paul Sartre. Il s'agirait plutôt d'une reformulation ou d'une paraphrase de plusieurs passages de sa conférence donnée en 1945 à La Sorbonne, L'Existentialisme est un humanisme, où il développe l'idée que chacun est responsable de lui-même et, par ses choix, engage toute l'humanité. Elle constitue une synthèse assez fidèle des idées énoncées à ce sujet :
- En se choisissant l'homme se choisit et choisit tous les hommes
- Nos actes créent l'homme que nous voulons être et en même temps une image de l'homme tel que nous estimons qu'il doit être
- Notre responsabilité engage l'humanité entière
- L'homme est responsable de tout ce qu'il fait
- Il y a une universalité de l'homme ; mais elle n'est pas donnée, elle est perpétuellement construite
Voici les principaux extraits :
L'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait.
p.2
Mais si vraiment l'existence précède l'essence, l'homme est responsable de ce qu'il est. Ainsi, la première démarche de l'existentialisme est de mettre tout homme en possession de ce qu'il est et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de son existence. Et, quand nous disons que l'homme est responsable de lui-même, nous ne voulons pas dire que l'homme est responsable de sa stricte individualité, mais qu'il est responsable de tous les hommes. Il y a deux sens du mot subjectivisme, et nos adversaires jouent sur ces deux sens. Subjectivisme veut dire d'une part choix du sujet individuel par lui-même, et, d'autre part, impossibilité pour l'homme de dépasser la subjectivité humaine.
C'est le second sens qui est le sens profond de l'existentialisme. Quand nous disons que l'homme se choisit, nous entendons que chacun d'entre nous se choisit, mais par là nous voulons dire aussi qu'en se choisissant il choisit tous les hommes. En effet, il n'est pas un de nos actes qui, en créant l'homme que nous voulons être, ne crée en même temps une image de l'homme tel que nous estimons qu'il doit être. Choisir d'être ceci ou cela, c'est affirmer en même temps la valeur de ce que nous choisissons, car nous ne pouvons jamais choisir le mal ; ce que nous choisissons, c'est toujours le bien, et rien ne peut être bon pour nous sans l'être pour tous.
Si l'existence, d'autre part, précède l'essence et que nous voulions exister en même temps que nous façonnons notre image, cette image est valable pour tous et pour notre époque tout entière. Ainsi, notre responsabilité est beaucoup plus grande que nous ne pourrions le supposer, car elle engage l'humanité entière. Si je suis ouvrier, et si je choisis d'adhérer à un syndicat chrétien plutôt que d'être communiste, si, par cette adhésion, je veux indiquer que la résignation est au fond la solution qui convient à l'homme, que le royaume de l'homme n'est pas sur la terre, je n'engage pas seulement mon cas : je veux être résigné pour tous, par conséquent ma démarche a engagé l'humanité tout entière.
Et si je veux, fait plus individuel, me marier, avoir des enfants, même si ce mariage dépend uniquement de ma situation, ou de ma passion, ou de mon désir, par là j'engage non seulement moi-même, mais l'humanité tout entière sur la voie de la monogamie. Ainsi je suis responsable pour moi-même et pour tous, et je crée une certaine image de l'homme que je choisis ; en me choisissant, je choisis l'homme.
p.3
... l'homme est condamné à être libre. Condamné, parce qu'il ne s'est pas créé lui-même, et par ailleurs cependant libre, parce qu'une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu'il fait.
p.5
En outre, s'il est impossible de trouver en chaque homme une essence universelle qui serait la nature humaine, il existe pourtant une universalité humaine de condition. Ce n'est pas par hasard que les penseurs d'aujourd'hui parlent plus volontiers de la condition de l'homme que de sa nature. Par condition ils entendent avec plus ou moins de clarté l'ensemble des limites a priori qui esquissent sa situation fondamentale dans l'univers. Les situations historiques varient : l'homme peut naître esclave dans une société païenne ou seigneur féodal ou prolétaire. Ce qui ne varie pas, c'est la nécessité pour lui d'être dans le monde, d'y être au travail, d'y être au milieu d'autres et d'y être mortel. Les limites ne sont ni subjectives ni objectives ou plutôt elles ont une face objective et une face subjective.
En ce sens nous pouvons dire qu'il y a une universalité de l'homme ; mais elle n'est pas donnée, elle est perpétuellement construite. Je construis l'universel en me choisissant ; je le construis en comprenant le projet de tout [71] autre homme, de quelque époque qu'il soit. Cet absolu du choix ne supprime pas la relativité de chaque époque. Ce que l'existentialisme a à cœur de montrer, c'est la liaison du caractère absolu de l'engagement libre, par lequel chaque homme se réalise en réalisant un type d'humanité, engagement toujours compréhensible à n'importe quelle époque et par n'importe qui, et la relativité de l'ensemble culturel qui peut résulter d'un pareil choix.
p.10
Source : Jean-Paul Sartre, L’existentialisme est un humanisme, Nagel, Paris 1970, Facultad de Filosofía de San Dámaso Seminario de profesores de filosofía: Las cuestiones metafísica, antropológica y ética en el existencialismo de J.-P. Sartre y M. Heidegger, Psycha analyse
Voir aussi
Sartre : L’existentialisme est un humanisme (commentaire et résumé), Julien Josset, La-Philo
Jean-Paul Sartre, "L'Existentialisme est un humanisme", Comment les livres changent le monde, Épisode 2/30 · 194, France culture, 6 juillet 2021
Bonne journée
Peine Kapital