Question d'origine :
qui étaient les moines grignaciens ?
Réponse du Guichet
Au Ve siècle, les premiers évêques de Vienne fondèrent des couvents et monastères sur la rive droite du Rhône alors appelée Griniacus. Florissants au VIIe siècle, les principaux étaient ceux de St-Ferréol (400 moines) et de Sainte-Colombe (30 à 50 religieuses) qui obéissaient à la règle de Saint-Benoît. Ils furent détruits par les Sarrasins au VIIIe siècle.
Bonjour,
La rive droite du Rhône à l'emplacement de l'actuelle commune de Sainte-Colombe s’appelait Griniacus. Certains monastères bâtis par les premiers évêques de Vienne reçurent le nom de Griniacensium coenobia.
Voici quelques extraits de documents qui nous renseignent sur l'histoire de ces couvents et monastères :
Ces monastères (Griniacensium, Grinianen, Grinincen, Grinien) d'hommes et de femmes avaient été fondés par les évèques de Vienne dans la partie de leur diocèse située sur la rive droite du Rhône. Sidoine Apollinaire avait en égale estime leurs statuts et ceux de Lérins (epist. VII, 27: Patrol. lat. LVIII, 588). Ils étaient très florissants vers le milieu du VIIe siècle, au témoignage du biographe de St Clair (Acta ss. Bolland., jan. I, 55b Mabillon, Acta ss. Bened. II, 483) ; les principaux étaient ceux de St-Ferréol et de Sainte-Colombe. Il en sera question dans deux chartes de l'archevêque Léger (1036 et 1037). Voir encore Gallia christ. nova, XVI, 147-9 ; Terrebasse (A. de), Insa: 1, 104-8, et Opusc. 154-62.
source : Regeste dauphinois, ou Répertoire chronologique et analytique des documents imprimés et manuscrits relatifs à l'histoire du Dauphiné, des origines chrétiennes à l'année 1349. T1, fascicules 1-3 / par le chanoine Ulysse Chevalier,... (Valence : Impr. valentinoise, 1913-1926)
Ces religieux obéissaient à la règle de Saint Benoît : consulter la page 129 et suivantes de cet ouvrage de Nicolas Chorier : Les recherches sur les antiquitez de la ville de Vienne, métropole des Allobroges - 1659
Les moines grignaciens ne semblent pas avoir de lien direct avec la ville de Grigny située non loin de là :
L'auteur anonyme qui a écrit la vie de saint Clair, longtemps après sa mort (2), nous apprend qu'à l'époque où vivait cet abbé Viennois, vers le milieu du VIIe siècle, il existait sur la rive droite du Rhône un certain nombre de monastères d'hommes et de femmes, fondés par les évêques de Vienne et connus sous le nom collectif de monastères Grenencenses, Grinianenses, Grinincenses. Le plus considérable de ces monastères était celui dans lequel reposaient les restes du bienheureux martyr Ferréol. Il nomme ensuite le monastère de Sainte Colombe, qui renfermait trente religieuses, et ajoute que dans les divers monastères Grinianenses, vivaient alors plus de quatre cents moines.
(2) Vita sancti Clari abbatis Viennensis; Acta sanctorum ord. sancti benedicti, saeculum secundum. Cette vie ne peut être du milieu du VIIIe siècle, comme le pense Mabillon, puisqu'il y est question de l'église de Saint-Sevère, qui, du temps de l'archevêque Adon, mort en 874, était encore sous le vocable de Saint-Etienne.
Ces monastères étaient si renommés, deux cents ans auparavant, qu'Apollinaire Sidoine proposait pour modèle de la régularité, à son ami Volusien, les statuts, soit des Pères de Lérins, soit des Pères Grinincenses (1). Avitus, évêque de Vienne, dans une lettre à l'évêque Maxime, lui raconte qu'occupé à la visite des monastères Grenencenses, il avait été obligé de s'absenter de Vienne et qu'en conséquence il n'était point en état de répondre à certaines questions qu'il lui adressait (2).
Ces monastères, dont il n'existe plus de traces depuis des siècles et dont le nom même s'est perdu, fleurirent jusqu'à l'époque des invasions Sarrazines. Mais alors, comme nous l'apprenons de la chronique d'Adon, la remarquable église de Saint-Ferréol, située au-delà du Rhône, ayant été incendiée par ces barbares, l'archevêque Willicaire, qui siégeait vers 736, transféra dans la ville de Vienne les restes de saint Ferréol et la tête du martyr Julien, et les déposa pieusement dans une église qu'il fit bâtir à la hâte et selon la modicité des ressources que lui avaient laissées les malheurs du temps (3).
(1) Apollinaris Sidonii epist. lib. vii, ep. xvi.
(2) Alcimi Aviti epist. LXV.
(3) Adonis Viennensis archiepiscopi breviarium chronicorum, Parisiis, 1561, in-12, p. 211.
Il est encore question de l'ancien monastère de Saint-Ferréol ou des Grinienses, dans deux chartes de l'archevêque Léger, données en 1036 et 1037, en faveur de la nouvelle église, dont il rappelle avec tristesse la splendeur passée (1) ; mais de tous les monastères connus sous cette dénomination, le couvent des religieuses de Sainte Colombe ayant été le seul qui fut relevé et qui survécut aux autres, le nom de Sainte-Colombe finit par l'emporter et par rester exclusivement à cette partie du rivage du Rhône qui regarde la ville de Vienne.
Chorier prétend que tout cet espace de terre qui s'étend de ce côté, depuis un quart de lieue au-dessous de Sainte Colombe, jusques à environ trois lieues auprès de Lyon, s'appelait Grenniacus ou Griniacus, nom qui s'est arrêté au lieu de Griny, sur le même rivage (2). Cette assertion, que n'accompagne aucune preuve, nous paraît fort hasardée et ne repose probablement que sur la ressemblance fortuite du nom de Grinianenses avec celui de Grigny, que porte un petit village situé à une lieue au-delà de Givors. La circonscription territoriale des anciens diocèses n'a pas, en général, subi de modification sans qu'il en soit resté quelque trace dans l'histoire locale. Or, de toute ancienneté, le diocèse de Vienne ne s'étendait pas, sur la rive droite du Rhône en remontant ce fleuve, audelà du village de Loire, et le diocèse de Lyon commençait au village de Bans ou Baon, dont Givors n'était alors qu'une dépendance.
(1) Martene et Durand, Amplissima collectio, t. 1, p. 402.
(2) Chorier, Histoire générale de Dauphiné, t. 1, p. 621, et Antiquitéz de Vienne, liv. 11, ch. VI.
Il est dit dans un échange fait du temps de l'archevêque Adon, qui monta sur le siége de Vienne en 860, que les choses échangées et données sont situées dans le pagus de Lyon, dans le territoire de Baon, aux lieux nommés le village de Baon et Chaponost (1). Nous apprenons des savantes recherches de M. Aug. Bernard sur le diocèse de Lyon, que l'espace de terre dont parle Chorier faisait partie du territoire de Goiffieux et du pays de Jarez, devenu l'un des plus vastes archiprêtrés de ce diocèse, sous le nom d'archiprêtré de Jarez, qu'il tirait de la rivière du Gier, anciennement appelée Jarius (2). S'il a existé quelque abbaye à Grigny, comme le veulent les almanachs historiques de Lyon, elle dépendait, comme l'église du lieu, de l'abbaye d'Ainay, et n'avait rien de commun avec les célèbres monastères Grinianenses, fondés par les évêques de Vienne et soumis, ainsi que nous l'avons vu, à leur juridiction. Pour qu'il en fût autrement, il faudrait trouver un texte qui permît de croire que le village de Grigny a jadis été compris dans le diocèse de Vienne, et jusqu'ici ce texte ne s'est pas rencontré, ni dans les cartulaires de Vienne, ni dans ceux de Lyon.
(1) Cum consensu et cohortante domno Adono episcopo, dedit et tradidit, quae sunt in pago Lugdunense, in agro Baonense, in locis nominandis, in Baone villa et in Caponarias, etc., XVII Kal. febr. anno VI, regnante domno nostro Karolo filiú Judit. (Ex cartulario Viennensi, Manuscrits de Baluze à la Bibliothèque Impériale. Arm. I, p. 2).
(2) Appendices aux cartulaires de Savigny et d'Ainay. IIe partie du cartulaire de l'Abbave de Savigny; 2 v. in-4o.
source : Inscriptions antiques & du moyen âge de Vienne en Dauphiné Volume 1 / Auguste Allmer, Alfred de Terrebasse · 1875
Pour en savoir plus :
L'abbaye de Saint-Ferréol / Pierre Cavard (Vienne (Isère) : Blanchard frères, 1982)
Géographie de la Gaule au VIe siècle / Auguste Longnon (Hachette (Paris), 1878)
L'estat politique de la province de Dauphiné / Nicolas Chorier (Grenoble : R. Philippes, 1671-1672)
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