Qui est l'auteur de "Le vrai tombeau des morts, c'est le cœur des vivants" ?
Question d'origine :
Bonjour,
Je cherche l'origine exacte de la citation "Le vrai tombeau des morts, c'est le coeur des vivants". On l'attribue tantôt à Jean Cocteau, tantôt à Edouard Herriot, parfois à Tacite. Pourriez-vous m'indiquer l'auteur original et l'oeuvre dont elle est extraite? MUn grand merci d'avance
Réponse du Guichet
Les recherches dans de nombreuses bases de citations n'ont pas permis d'identifier l'auteur de la formule Le vrai tombeau des morts, c'est le cœur des vivants. Si plusieurs attributions existent (Cocteau, Tacite, d'Aguesseau…), les sources consultées montrent surtout qu'il s'agit d'une maxime fréquemment reprise dans des discours funèbres. La citation est souvent associée à Édouard Herriot mais un article rappelle qu'elle figurait déjà sur une pierre tombale en 1871, avant la naissance de l'ancien maire de Lyon, ce qui remet en cause sa paternité.
Bonjour,
Vous recherchez l'auteur et l'oeuvre dont est extraite la citation Le vrai tombeau des morts, c'est le coeur des vivants.
Les différents sites consultés, Wikiquote, Wikisource, Bubo Quote, Citations célèbres, Dicocitations, Frantext, Internet Archive, europeana et Quote Investigator n'ont donné aucun résultat contrairement à Google livres et Gallica, bibliothèque numérique de la BnF. Ceux de Google livres ne sont pas pertinents. Gallica indique 115 notices contenant cette phrase. Certaines d'entre elles que nous avons explorées plus que d'autres, l'attribuent à un de nos hommes politiques, Cocteau, Tacite et au chancellier d'Aguesseau mais il s'agit plutôt d'une maxime souvent prononcée lors d'éloges funèbres ou d'hommages aux morts pour la patrie comme celui d'Edouard Herriot adressé aux écrivains morts à la guerre en 1927, par celui qui fut Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts à cette époque et maire de Lyon de 1945 à 1957.
Ces paroles furent effectivement prononcées par le Président en 1927, au cours d'une cérémonie dédiée au souvenir des écrivains morts au combat (7).
On remarquera qu'aucun des trois recueils cités n'a retenu l'alexandrin déclamé par Herriot. Si sa forme est parfaite, la pensée ne manque pas d'ambiguïté, car les optimistes et les pessimistes peuvent lui donner deux interprétations contraires. La formule a donc, à maintes reprises, été « rectifiée » par des citateurs qui l'ont rendue plus prosaïque mais moins équivoque. Ainsi nous avons encore pu lire dans la presse locale : « La vie des morts consiste à survivre dans l'esprit des vivants, disait Cicéron » (8).
Mais d'autres tenaient à conserver l'alexandrin dont, après tout, l'ancien normalien, féru des « Méditations » de Lamartine, pouvait bien être l'auteur.
Or, on put voir un docte périodique (9) mettre en doute cette paternité en 1954.' Pendant plusieurs années, des chercheurs s'évertuèrent alors à proposer des sources possibles de l'alexandrin funèbre. Nul ne songea, malheureusement, à interroger l'orateur.
Mais la Providence finit souvent par récompenser les amateurs de littérature comparée. C'est dans un cimetière qu'elle conduisit un érudit niçois à l'époque de la mort d'Herriot. Et, trois mois plus tard (10), les lecteurs du périodique mensuel apprirent que la phrase avait été gravée sur une pierre tombale en 1871, soit, dès avant la naissance du père putatif !
Non content de rester solitaire, le fameux vers était donc devenu orphelin !
(7) Circonstances rappelées par Guy MOLLET, lors des obsèques d'HERRIOT où il cita cette phrase.
(8) Bernard ELUY, L'Est-Eclair, 22 janvier 1969, p. 1.
(9) L'Intermédiaire des Chercheurs et Curieux, nov. 1954.
(10) Ibid., juillet 1957. Communication signée J. GIORDAN.
Les ouvrages Le Mémorial de Georges Clemenceau : 1841-1929 : le livre du cinquantenaire / Henri Renaudin, 1979, disponible à la BM Choiseul de Versailles ou celle de La Roche-sur-Yon et Les punis. Récit / Philippe Boegner, 1978, disponible à la BmL, apporteraient peut-être d'autres réponses car les chapôs de la 93ème notice en 7ème page de notre recherche sur Gallica et celui de la 98ème, indiquent respectivement :
93ème notice
98ème notice
Nous n'avons pas réussi à consulter plus avant ces ouvrages dont la lecture est limitée sur Google livres et Gallica. Vous pourriez peut-être les consulter en bibliothèque. A noter toutefois que Philippe Boegner est aussi l'auteur de Un dîner en ville, 1984, en partie consultable en ligne, dans lequel il écrit, page 14 de la version électronique, que Herriot serait l'auteur de ce vers.
Bonne journée
Les larmes d’Isabela