Quels sont les impacts de l'acétamipride et du flupyradifurone sur l'environnement ?
Question d'origine :
Quels sont les impacts de l'acétamipride et du flupyradifurone sur l'environnement? Qui pourrait décider de leur autorisation et sur quels critères?
Réponse du Guichet
De nombreuses études scientifiques documentent précisément les impacts de l'acétamipride et du flupyradifurone sur l'environnement mais l’autorisation de leur utilisation s’effectue dans un cadre réglementaire sur lequel les élu.es ont le pouvoir de légiférer.
Bonjour,
Il existe beaucoup de sources et d’informations sur le sujet qui font l’objet d’un débat public récurrent. Quelques articles très récents font parfaitement le point sur les impacts de ces molécules et les procédures d’autorisations notamment concernant l’articulation entre l’union européenne et les états la composant.
I/ Les impacts
Le 29 juin 2026, une tribune a été publiée dans le journal Le Monde signée, entre autre, par 16 sociétés savantes médicales et scientifiques, comme par exemple la Société Française de Microbiologie, la Société Française d'Endocrinologie, la Société Française d'Anesthésie et de Réanimation ou encore la Société Française de Pédiatrie. Ce texte fait notamment un point sur l’étendue des connaissances scientifiques concernant les impacts de l’acétamipride et du flupyradifurone en renvoyant l’ensemble de ses affirmations aux articles scientifiques de référence. Vous trouverez ci-dessous les principaux paragraphes avec les liens.
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« (…) il importe de revenir aux faits. L’acétamipride et le flupyradifurone ciblent les mécanismes de transmission de l’information entre les cellules nerveuses. Ils sont utilisés pour leur action insecticide, notamment pour la culture de la betterave sucrière, des noisettes, des cerises, etc.
Le problème de ces molécules, c’est que leur mécanisme de toxicité n’est en rien spécifique aux insectes ciblés. Leurs effets sur les abeilles et autres pollinisateurs sont avérés et, en cascade, c’est toute la biodiversité terrestre et aquatique qui est gravement atteinte. Des travaux ont même mis en évidence une amélioration significative de certains indicateurs de biodiversité après la réduction de l’usage de ces substances.
Le problème de l’acétamipride, c’est aussi sa diffusion dans l’environnement, et notamment son incorporation au cycle de l’eau : on en retrouve même dans l’eau de pluie. Cette diffusion environnementale se traduit également par une exposition humaine : on retrouve l’acétamipride ou ses métabolites dans le sang, les urines, le sperme. On retrouve aussi dans le liquide céphalorachidien d’enfants cette molécule conçue pour agir sur les mécanismes biologiques de la transmission de l’information entre les neurones.
Quels sont les effets pour la santé humaine ? Les données disponibles pointent en premier lieu des effets sur le développement du cerveau. L’exposition maternelle à l’acétamipride est associée à un périmètre crânien diminué à la naissance, et à des troubles du comportement (hyperactivité) chez l’enfant de 3 à 6 ans. L’Autorité européenne de sécurité des aliments a constaté que « la plausibilité biologique de la neurotoxicité développementale est élevée » et attend toujours de plus amples études sur le neurodéveloppement, qu’elle a demandées en 2014.
Au-delà du système nerveux, l’acétamipride est dangereux pour le système reproducteur : l’exposition est associée à une diminution du nombre d’ovocytes et à des retards de croissance intra-utérine (rappelons que cette molécule traverse la barrière placentaire…). De plus en plus de travaux suggèrent un effet perturbateur endocrinien de son métabolite. A la différence d’autres pesticides, il y a peu d’éléments pour suspecter un effet cancérigène, mais cela n’atténue en rien les multiples dangers exposés plus haut. »
Source : Retour de l’acétamipride : « Le vote des sénatrices et sénateurs constituera un véritable test pour nos institutions démocratiques », Le Monde
Avant d’en venir au processus des décisions réglementaires de l’union européenne ou des états la composant, un article synthétique sur le site de France Info reprend les propos d’un chercheur qui explique que :
« Une distinction doit être faite entre les décisions réglementaires et les études scientifiques, d'après Philippe Grandcolas. Le chercheur affirme ainsi que "les articles scientifiques sont parfaitement cohérents sur les dangers que représentent les pesticides". "Il y a de très nombreux éléments qui montrent que cette molécule [l'acétamipride] présente des dangers potentiels pour le développement du système nerveux de l'enfant et du fœtus", pointe Marc Billaud, cancérologue et chercheur émérite au CNRS. "Elle peut aussi s'accumuler dans des organes clés : le foie ou les reins. On suppose aussi, avec des éléments qui sont plutôt convaincants, qu'elle pourrait être aussi toxique pour la reproduction", ajoute-t-il. »
Source : Que dit la science sur l'acétamipride et le flupyradifurone, les deux pesticides qui pourraient être réintroduits après l'adoption de la loi d'urgence agricole ? – franceinfo
II/ Autorisation et critères
Dans un article daté du 27 juillet 2026, la représentation de la commission européenne en France détaille les procédures d’autorisation en défendant l’exigence et le sérieux de celles-ci.
« Le cadre réglementaire régissant les pesticides dans l'Union Européenne est parmi les plus rigoureux au monde. Il fonctionne en deux étapes. La première étape consiste en une évaluation par l’Union des substances actives qui entrent dans la composition des pesticides, avec, à la clé, leur approbation, leur restriction ou leur interdiction au niveau européen. Depuis 25 ans, plus de 700 substances ont été interdites pour protéger la santé des Européens ! Si une substance est approuvée au niveau européen, la seconde étape consiste alors en un examen par les États membres des demandes d’autorisation des pesticides contenant ces substances actives approuvées lors de la première étape. Ceux-ci restent libres d’encadrer leur usage sur leur territoire après autorisation des pesticides selon des principes harmonisés. Le droit européen encourage par ailleurs une utilisation durable des pesticides, en interdisant par exemple l’épandage aérien, et en imposant la lutte intégrée qui consiste à recommander les mesures de prévention, de surveillance et puis seulement de traitement phytosanitaire en privilégiant en premier lieu les substances de nature biologique avec un moindre impact sur l’environnement et en dernier ressort les produits chimiques de synthèse.
Avant d’être approuvée dans l’Union européenne, une substance active qui entre dans la composition d’un pesticide doit passer par une procédure d’évaluation scientifique extrêmement rigoureuse. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) – en coopération avec les autorités compétentes de tous les États membres – passe en revue toutes les études scientifiques disponibles avant de donner son avis à la Commission européenne.
Celle-ci présente ensuite aux États membres une proposition d’interdiction ou d’approbation de cette substance, accompagnée si nécessaire de recommandations concernant la gestion des risques, comme par exemple l’interdiction de pulvérisation à proximité de cours d’eau. Les États membres sont ensuite invités à voter sur la proposition de la Commission européenne. Ce système est considéré comme un des plus rigoureux au monde. »
« Une substance non approuvée au niveau européen ne peut être ni commercialisée, ni utilisée dans les États membres. En revanche, si une substance active est approuvée au niveau européen, un État membre peut toujours restreindre ou même interdire la commercialisation du pesticide qui la contient, s’il établit, par exemple, la dangerosité d’un co-formulant dans le produit final ou des conditions particulières propres à son application qui demanderaient des restrictions d’usage, des précautions d’emploi, etc. »
« Pourquoi la Commission n’a-t-elle pas interdit l’acétamipride ?
L’acétamipride est le seul néonicotinoïde actuellement approuvé dans l’UE et il est largement utilisé par les agriculteurs européens.
Toutes les autres substances actives néonicotinoïdes ont été interdites en raison de leurs effets néfastes sur les pollinisateurs (notamment les abeilles). En revanche, et conformément à la possibilité reconnue aux États membres d’adopter, au niveau national, des mesures plus restrictives que le cadre européen, la France a interdit l’utilisation des produits phytopharmaceutiques à base de néonicotinoïdes, y compris l’acétamipride, en agriculture depuis le 1er septembre 2018, dans le cadre de la loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine et durable (dite loi « EGalim »).
Cette décision s’inscrit dans une approche fondée sur le principe de précaution, motivée par les préoccupations relatives aux effets des néonicotinoïdes sur les pollinisateurs, la biodiversité et la santé humaine, ainsi que par les incertitudes scientifiques persistantes quant à leurs impacts à long terme.
Des dérogations temporaires et strictement encadrées ont toutefois été accordées jusqu’en 2020 pour certains usages très ciblés (notamment noisettes, navet et figuier), avant d’être définitivement closes. À ce stade, l’interdiction des pesticides contenant de l’acétamipride demeure pleinement en vigueur en France. »
« L’utilisation de l’acétamipride est approuvée jusqu’en 2033
L’approbation de l’utilisation de l’acétamipride au niveau européen a été renouvelée en 2018 et restera valable jusqu’en 2033. En revanche, en 2025, la Commission a adopté le règlement (UE) 2025/1212, qui a relevé les limites maximales de résidus (LMR) d’acétamipride pour sept denrées alimentaires : prunes, graines de lin, graines de pavot, graines de soja, graines de moutarde, graines de cameline et miel. Cette décision fait suite à la confirmation par l’EFSA que les nouvelles LMR étaient sans risque pour la santé humaine. Pour cette évaluation, l’EFSA a pris en compte les valeurs toxicologiques de référence (VTR) révisées, qui ont été abaissées – et donc rendues plus strictes – afin de combler certaines lacunes dans les données.
Ce règlement est entré en vigueur le 20 août 2025. Au deuxième trimestre 2026, la Commission adoptera un nouveau règlement augmentant davantage la LMR d’acétamipride dans le miel, sur la base de l’évaluation de l’EFSA utilisant les VTR plus strictes. Ce nouveau règlement entrera en vigueur 20 jours après sa publication. Par ailleurs, la Commission travaille sur un projet de mesure visant à relever les LMR d’acétamipride pour dix denrées alimentaires supplémentaires, toujours en se basant sur l’évaluation des risques de l’EFSA avec les VTR révisées et plus strictes. Ces augmentations des LMR pour l’acétamipride sont nécessaires pour permettre aux États membres d’autoriser de nouveaux usages de produits phytopharmaceutiques contenant de l’acétamipride sur les denrées spécifiées. Ces règlements offrent donc aux agriculteurs européens des outils supplémentaires pour lutter contre les ravageurs sur ces cultures.
En parallèle, la Commission a lancé en 2024 un processus de réexamen de l’approbation de l’acétamipride, conformément à l’article 21 du règlement (CE) n° 1107/2009, afin d’évaluer les lacunes persistantes dans les données, notamment en ce qui concerne ses propriétés de neurotoxicité pour le développement et de perturbation endocrinienne. L’EFSA mène actuellement cette évaluation, dont les conclusions sont attendues d’ici fin 2026.Toute proposition relative au renouvellement de l’approbation de l’acétamipride ne sera présentée qu’une fois le processus de réexamen achevé, et uniquement si les résultats le justifient. »
Source : Pesticides, glyphosate, acétamipride : non, l’Europe ne nous empoisonne pas ! - Représentation en France, Commission européenne : représentation en France
En France, le projet de loi d’urgence agricole a été adopté dans la nuit du 20 au 21 juillet et vient remettre en cause la décision prise d’interdire en partie l’acétamipride depuis le 1er septembre 2018 :
« Le texte issu de la commission mixte paritaire assouplit certaines des positions les plus clivantes votées par le Sénat sur la gouvernance de l’eau, qui menaçaient l’adoption finale du texte, mais maintient la possibilité d’un recours dérogatoire à l’acétamipride et au flupyradifurone. »
Source : Le projet de loi d’urgence agricole adopté dans la cacophonie par une Assemblée nationale fracturée sur la question des pesticides, Le Monde
« Sur le sujet sensible des insecticides néonicotinoïdes, interdits en France depuis 2018 en raison de leur persistance dans l’environnement et de risques pour la santé, la version issue de la commission entérine la possibilité d’une réintroduction dérogatoire.
Pour trouver une voie de passage entre les attentes de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), le principal syndicat agricole, et les lignes rouges brandies par les députés du bloc central, les parlementaires ont adopté une rédaction à tiroirs. Ils ont prévu que, saisie par le ministre de l’agriculture, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) puisse accorder une dérogation à l’interdiction de l’acétamipride, la molécule la plus connue depuis la loi Duplomb. En juillet 2025, la proposition de loi du sénateur Laurent Duplomb (Les Républicains, LR) de la Haute-Loire, comprenant notamment la réintroduction de ce pesticide, avait recueilli à son encontre 2,1 millions de signatures avant que le Conseil constitutionnel ne censure la mesure.
Cette fois, la dérogation ne concernerait que la seule production de noisettes, pour une durée pouvant aller jusqu’à trois ans. Pour les cultures plus étendues de betteraves sucrières, de pommes et de cerises, le texte ouvre la voie à l’utilisation, selon les mêmes conditions, du flupyradifurone, une substance apparentée aux néonicotinoïdes. Le corapporteur à l’Assemblée Julien Dive (LR, Aisne) estime que cette version préserve « l’indépendance de l’expertise scientifique » en confiant à l’Anses ces dérogations. « Prétendre que ce texte livrerait les décisions phytosanitaires au pouvoir politique est tout simplement faux », plaide-t-il.
A gauche, cet argumentaire fait bondir la députée (Parti socialiste) du Finistère Mélanie Thomin : « On se cache derrière le petit doigt de l’Anses, alors qu’en réalité c’est la volonté politique, ministérielle, qui permettra de réintroduire ces pesticides. L’Anses n’aura qu’un avis à émettre, dans un délai restreint », estime-t-elle. Ces dérogations sont « une immense régression sanitaire, dont nous ne pourrons même pas débattre à l’Assemblée nationale », fustige la députée (La France insoumise) de la Seine-Saint-Denis Aurélie Trouvé. » (Fin de la citaion)
Source : Loi d’urgence agricole : accord parlementaire pour favoriser la réintroduction de pesticides interdits et le stockage de l’eau, Le Monde
Les députés français en votant la loi d’urgence agricole dans le cadre réglementaire de l’union européenne ont donc décidé selon des critères restreints de permettre l’utilisation de l'acétamipride et du flupyradifurone en dépit des nombreuses alertes des scientifiques.
Pour aller plus loin
- Acétamipride, flupyradifurone : urgence agricole ou alerte sanitaire ? | 28 minutes | ARTE
- Printemps silencieux / Rachel Carson
- Pesticides : le confort de l'ignorance /François Dedieu
- Pour en finir avec les pesticides : des solutions pour y parvenir / Claude Aubert & François Veillerette
- Pesticides : un colonialisme chimique / Larissa Mies Bombardi
Bonne journée.
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