Existe-t-il un mot pour désigner les différences de ressentis face au changement climatique ?
Question d'origine :
Existe t il un mot pour désigner les différences de ressentis vis à vis du réchauffement climatique?
Par exemple, une personne qui utilise des services climatisés régulièrement (travail, maison) ne vit pas la même chose que la personne qui n'en a pas. Cela crée une forme de décalage de ressentis. De fait les uns auront plus de facilité à encaisser physiquement et psychologiquement les canicules que les autres. Et par conséquence auront peut être moins de motivation à s'engager pour la cause climatique.
Merci !
Réponse du Guichet
Les différences de perception et d’engagement face au changement climatique peuvent être liées à la vulnérabilité climatique des territoires et des personnes (GIEC). Elle dépend notamment de l’exposition aux risques, de la sensibilité des personnes et de leur capacité d’adaptation.
Il n’existe pas à notre connaissance, de mot en français synthétisant précisément ces écarts individuels de perception même si une expression allemande pourrait s'approcher de ce que vous souhaitez exprimer.
Bonjour,
Vous nous interrogez sur les différences de perception du changement climatique qui se manifestent d'une personne à l'autre en raison de ses conditions matérielles d'existence, et les conséquences de celles-ci sur son engagement pour la cause climatique.
Vous cherchez en particulier un terme qui permettrait de retranscrire ce décalage dans notre langue.
En raison des canicules à répétition liées au changement climatique qui se sont abattues sur la France durant l'été 2026, le sujet des inégalités environnementales est revenu avec récurrence dans l'espace médiatique.
Mais le sujet est étudié de longue date. Pour qualifier ces différents ressentis, les rapports du GIEC se sont, au fil des ans, attachés au concept de "vulnérabilité", qui permet d’évaluer la manière dont les personnes et les territoires subissent, résistent ou s’adaptent aux conséquences du changement climatique. La thèse de Hiago Pereira Barbosa s'intéresse dans l'une de ses parties (p. 57 et après) à l'élaboration de ce concept au fil des publications (le dernier en date est sorti en 2022). Selon le GIEC cette vulnérabilité se comprenait traditionnellement par l’interaction de trois composantes majeures que sont l'exposition, la sensibilité et la capacité d'adaptation, bien que le réchauffement climatique généralisé ait conduit les chercheurs à minimiser le premier pour surtout s'intéresser aux deux autres notions.
En conclusion, nous retiendrons les éléments suivants pour caractériser les trois composantes de la vulnérabilité :
La composante exposition est principalement caractérisée par des indicateurs liés à la température et aux précipitations (exposition climatique). La composante sensibilité est principalement caractérisée par des résultats en santé (indicateurs de mortalité et de morbidité) et des facteurs pouvant influencer la gravité et le type de risques climatiques sur la santé (indicateurs sociodémographiques et socioéconomiques, ainsi que l’accès aux services de base).
La composante capacité d’adaptation est caractérisée par une plus grande variété d’indicateurs : données de santé (hors résultats en santé), caractéristiques individuelles, collectives et institutionnelles, caractéristiques sociodémographiques et caractéristiques socioéconomiques.
Source : Estimer la vulnérabilité des territoires aux impacts potentiels des changements climatiques sur la santé des populations: Développement et application d’un modèle d’aide multicritère à la décision à la région Bretagne, France de Hiago Pereira Barbosa (Rennes 1, 2023)
Voir aussi : Magnan, Alexandre. « 2. Vulnérabilité et capacité d’adaptation ». Changement climatique : tous vulnérables ?, Éditions Rue d’Ulm, 2013.
S'il ne semble pas exister en français de mot capable de synthétiser à lui seul l'ensemble de ces composantes individuelles et collectives, le terme de "vulnérabilité climatique" pourrait convenir. Cette vulnérabilité (ou invulnérabilité) contribuant à façonner la perception des individus du danger que représente le changement climatique.
Reste à trouver un mot qui résume, au niveau individuel, ces écarts de perception... Et ce n'est pas facile. A notre connaissance, il n'en existe pas en langue française. Même si le terme n'est pas parfaitement adapté au changement climatique, la langue allemande, innovatrice intarissable en matière de vocabulaire, possède un concept intéressant qui mérite d'être évoqué. Klima blindheit (composé de Klimat, climat, et de Blindheit, la cécité) qui peut se traduire par "cécité climatique" ou "aveuglement climatique". Il désigne l'incapacité ou le refus psychologique, social ou politique de voir, de reconnaître ou de mesurer la réalité et l'urgence du changement climatique.
C'est un terme plutôt journalistique. Il est ici utilisé dans cet article du journal Der Spiegel : Töpfer rechnet mit Klimapolitik der Union ab.
Bonne journée.
La grande histoire du climat