Pourquoi la maison sise 94 Rue Maurice Flandin a-t-elle résisté à l'aménagement urbain ?
Question d'origine :
Pourquoi la maison sise 94 Rue Maurice Flandin a-t-elle résisté à l'aménagement urbain de l'esplanade Mandela ?
Les plans d'urbanisme prévoyaient l'aménagement d'une vaste esplanade le long de la ligne du tramway, pourtant une petite maison reste présente.
Quelle est l'histoire urbaine, administrative et sans doute contentieuse de ce tènement ?
Réponse du Guichet
La maison du 94 rue Maurice Flandin à Lyon 3, construite sur le site historique de la première usine automobile Rochet-Schneider installée en 1896, fait office de vestige du passé dans un quartier en perpétuelles mutations. Comme la municipalité n'a pas recouru à une enquête publique pour obtenir une déclaration d'utilité publique, elle ne peut exproprier la maison.
Dans les années 1970, le secteur est frappé d'alignement pour la réalisation du carrefour Paul-Bert/Lacassagne. Les années 2000 amènent plusieurs aménagements, entre rails de tram, redressement de rue, création d'un boulevard, gare de départ pour le Grand Stade et réalisation de la grande esplanade Mandela, nouvel espace vert sur plus de 4 hectares, ouvert depuis 2025.
En consultant les plans parcellaires numérisés sur le site des AML, nous pouvons remonter aux noms des différents propriétaires qui s'y sont succédés depuis 1911. Malgré les pressions, l'actuelle propriétaire des lieux, Mona Vassel, résiste à la démolition de sa maison datant de 1851 et se nommant "Le Chalet" pour sa frise suisse courant le long du toit et du balcon ajouré.
Bonjour,
Vous souhaitez savoir pourquoi la maison sise 94 Rue Maurice Flandin a résisté à l'aménagement urbain de l'esplanade Mandela. Quelle est l'histoire urbaine, administrative et sans doute contentieuse de ce tènement ?
Notre réponse du 29 juin 2025 Avez-vous des informations sur la maison de M. Rochet à Lyon 3e ? nous éclaire sur les raisons de ce vestige du passé. Voici les extraits saillants :
Véritable lieu de résistance à l'urbanisation tous azimuts du quartier de la Part-Dieu, la maison du 94 rue Maurice Flandin a échappé, depuis les années 1970 à diverses entreprises de démolition. La mairie n'a cependant jamais recouru à une enquête pour obtenir une déclaration d'utilité publique, empêchant ainsi son expropriation d'après Mona Vasset, actuelle propriétaire des lieux. Le site sur lequel celle-ci a été construite appartient bien au patrimoine industriel de la ville de Lyon. C'est là que la première usine automobile de la société Rochet-Schneider s'est installée en 1896. Les derniers vestiges de cette époque ont été rasés en 2005 pour être remplacés par un espace de vert de plusieurs hectares : le parc Nelson Mandela.
Cette maison esseulée, située au carrefour des rues Paul Bert et Maurice Flandin et à l'embouchure de l'avenue Lacassagne fait office de vestige du passé dans un quartier en perpétuelles mutations. Les nouvelles lignes de tram, le renouveau du quartier de la Part-Dieu et plus particulièrement l'aménagement du parc Nelson Mandela jusqu'aux travaux d'extension n'ont, pour l'heure, pas eu raison de la maison du 94 rue Maurice Flandin, véritable village gaulois d'un quartier acquis depuis longtemps aux Romains.
En effet, vous visiez juste. Le site sur lequel se tient la bâtisse est le lieu historique d'implantation de la première usine de production de "voiture sans cheval", sortie de l'esprit des entrepreneurs et industriels lyonnais Édouard Rochet et Théodore Schneider qui se sont associés aux alentours de l'an 1892. Ils forment alors l'entreprise Rochet-Schneider, pionnière de l'automobile française et mondiale qui connut un succès considérable au tournant du 19e et du 20e siècle. Pour se donner les moyens de leurs ambitions, ils achetèrent en 1896 un terrain d'une surface considérable capable de lancer à grande échelle la fabrication de vélocipèdes et d'automobiles "made in Lyon".
S'agissant désormais de l'histoire de la maison du 94 rue Marcel Flandin, il est plus difficile d'être aussi précis... En consultant les plans parcellaires numérisés sur le site des archives de la ville de Lyon, nous pouvons remonter, à certaines dates imposées, l'histoire de ce lieu et surtout le nom des différents propriétaires qui s'y sont succédés.
Si l'on se penche correctement sur les cartes du début du 20e siècle, on se rend compte de l'évolution urbanistique du quartier mais aussi des transformations à prendre en compte (avec l'existant d'aujourd'hui) pour comparer ce qui est comparable. Si l'entreprise Rochet-Schneider est bien domiciliée au 202 de la rue Paul-Bert, la maison qui nous intéresse (ou l'ancêtre de celle-ci) était placée au 253 (1906) ou au 94 (1935) selon les époques. Voici en quelques mots ce que disent les plans :
En 1911 l'usine Rochet-Schneider est bien signalée au devant de la maison. Au 202 rue Paul-Bert en revanche, le propriétaire est un certain Mr. Galland.
En 1935 Rochet-Schneider est cette fois bien domicilié au 202 et l'usine est encore indiquée à ce nom. Au 94 en revanche, c'est la famille Michey, parente de la chanteuse lyonnaise Mick Micheyl, qui sont installés.
En 1944 les Michey sont toujours là mais l'usine appartient désormais à la société cotonnière de Villefranche.
Nous voyons une dernière fois inscrits les Michey en 1979.
Depuis la fin des années 1970/début des années 1980, c'est la famille Vasset, encore propriétaire actuelle de la maison qui est référencée.
Nous avons découvert l'identité de l'actuelle propriétaire des lieux grâce à un article du journal Le Progrès qui s'est intéressé à une poignée d'individus ayant la particularité de vivre dans un lieu pour le moins... atypique : Ils vivent dans des endroits incroyables.
En déroulant les photos, nous sommes alors tombés sur le témoignage très touchant de Mona Vasset, propriétaire du 94 rue Marcel Flandin, retraité et habitante depuis petite de la maison. Elle explique que la propriété était vouée à la démolition, attisant la convoitise des promoteurs et urbanistes dès les années 1970. Elle explique aussi les raisons de sa survie :
Elle était vouée à la démolition. Dans les années 1970, déjà, le secteur est frappé d’alignement pour la réalisation du carrefour Paul-Bert/Lacassagne. Mais seul le grand immeuble, mitoyen par l’arrière, passe finalement à la trappe, la municipalité de l’époque renonçant à détruire le pavillon pour gagner un seul mètre.
Le quartier Villette, à quelques encablures de la Part-Dieu, devient ultra-stratégique. Et dans les plans des urbanistes, la petite maison n’est jamais dessinée ! Mais, comme la municipalité n’a pas recouru à une enquête publique (pour obtenir une déclaration d’utilité publique), elle ne peut exproprier.
Source : témoignage de la propriétaire Mona Vasset, pour Le Progrès.
Elle évoque aussi son platane et la vie du quartier d'antan.
Il est aujourd'hui plus étonnant encore de la voir se démarquer dans le voisinage, tant les travaux d'aménagement urbain ont été nombreux dans le quartier. Le dernier en date étant le projet d'extension du parc Nelson Mandela, ce nouvel espace vert dont la fin des travaux est prévue à l'été 2025, et qui s'étend exactement là où se trouvait les anciennes usines et les vestiges de ce quartier industriel : Parc Mandela - Un nouvel espace vert de 4,4 hectares (sur le site Lyon Part-Dieu.com).
S'agissant enfin de la démolition des anciens bâtiments aux toits en sheds, nous apprenons aussi grâce à un article du Progrès (consultable en ligne sur la plateforme Europresse avec un abonnement BmL), que les travaux ont eu lieu en 2005, promettant, déjà, de transformer les décombres en espace vert : Les locaux de l'usine Rochet-Schneider promis à la démolition (2 août 2005).
Enfin, nous ne résistons pas à vous mentionner l'article du Dauphiné Libéré Elle habite dans la dernière maison de la Part-Dieu (2019) qui attise fort notre curiosité... Et pour cause, l'article n'est jamais sortie en presse papier et nos accès numériques aux archives du journal grâce au dépôt légal web de la BmL sont momentanément indisponibles. Si jamais vous êtes abonné, n'hésitez pas à nous communiquer son contenu !
Nous avons retrouvé l'article en question, sur la base Europresse, accessible avec un abonnement BML. Voici quelques extraits :
Dans les années 1970, déjà, le secteur est frappé d'alignement pour la réalisation du carrefour Paul-Bert/Lacassagne. [...] Les années 2000 amènent dans leurs cartons plusieurs aménagements, entre rails de tram, redressement de rue, création d'un boulevard, gare de départ pour le Grand Stade et réalisation d'une grande esplanade. [...] Mais comme la municipalité n'a pas recouru à une enquête publique (pour obtenir une déclaration d'utilité publique), elle ne peut exproprier.
Malgré les pressions, la propriétaire, Mona Vassel, jeune retraitée, résiste. Car elle y tient à sa maison ! « Mes parents, qui y étaient alors locataires, l'ont achetée en 1953 à M. et Mme Micheyl, les parents de Mick Micheyl [l'artiste est décédée ce jeudi, Ndlr.] », rappelle l'occupante des lieux, « qui y a toujours vécu ». La cour, entourée de murs, est pavée, agrémentée d'un salon de jardin. Comme le Petit Prince a sa rose, Mona Vassel chouchoute son unique platane. "Le Chalet", qui doit son nom à sa frise suisse courant le long du toit, et du balcon ajouré, date de 1851. « Dans le quartier, ouvrier et populaire, il y avait beaucoup de petites maisons, souvent des masures ; elles ont toutes été détruites. »
Source : Elle habite dans la dernière maison de la Part-Dieu dans Le Progrès (Lyon) du dimanche 19 mai 2019, par Sophie MAJOU.
Bien à vous
Lug, pionnier lyonnais des super-héros