Quels sont les effets de l'épandage d'oxyde de soufre sur un territoire ?
Question d'origine :
Bonjour,
Quel est l'effet d 'épandre de l'oxyde de soufre sur un territoire ?
Qelles sont les retombées de cet épandage sur la météo, sur les populations ??
Merci de votre réponse
Réponse du Guichet
Le dioxyde de soufre (SO₂) est un gaz incolore, irritant et toxique, produit à la fois par les activités humaines (combustion des énergies fossiles, industrie) et par des phénomènes naturels comme les volcans ou la fermentation. Il est utilisé dans certains domaines industriels, alimentaires et agricoles, notamment sous forme de composés soufrés. La géo-ingénierie solaire propose une solution utilisant également le dioxyde de soufre pour limiter le réchauffement climatique. Cette technique pourrait refroidir temporairement la planète mais elle présente de nombreux risques : perturbation des précipitations, pluies acides, atteinte à la couche d’ozone, impacts sur les écosystèmes et effets nocifs pour la santé humaine, notamment sur l’appareil respiratoire. Le dioxyde de soufre est un polluant atmosphérique dangereux, responsable d’irritations, de maladies respiratoires et d’accidents industriels, comme celui survenu à la raffinerie de Feyzin en 2011.
Bonjour,
Le dioxyde de soufre et non d'oxyde de soufre également appelé anhydride sulfureux (nom qui n’est plus employé en chimie) et additif E220 dans l’industrie alimentaire, est un composé chimique (1 atome de soufre et 2 atomes d’oxygène) de formule SO2 (sources : Dioxyde de soufre, Wikipédia et E220 : qu'est-ce que l'anhydride sulfureux ou dioxyde de soufre ?, Santé magazine). C'est un gaz ininflammable, incolore, plus lourd que l'air, d'odeur piquante très irritante et perceptible dès 1,1 ppm, très soluble dans l'eau et soluble dans un grand nombre de composés : alcools, acides acétique et sulfurique, éther éthylique, acétone, toluène... selon la fiche toxicologique synthétique n° 41 - Édition Novembre 2022 de l'INRS. Le Larousse le décrit ainsi :
L'anhydride sulfureux est un gaz incolore, d'odeur suffocante et de saveur acide, qui bout à −5 °C et dont la liquéfaction est réalisée industriellement par compression à 3 atmosphères. Il est difficile à réduire et n'entretient pas les combustions, d'où son emploi pour l'extinction des feux de cheminée. Il s'oxyde aisément, surtout en solution, pour donner l'acide sulfurique H2SO4. Il est donc, en même temps que sa solution, un réducteur énergique, employé (de même que les sulfites) comme agent de blanchiment. Cette solution aqueuse a aussi les propriétés de l'acide sulfureux H2SO3, donnant avec les bases des hydrogénosulfites ou bisulfites, comme NaHSO3, ou des sulfites, tel Na2SO3. La majeure partie du gaz sulfureux préparé dans l'industrie (par combustion du soufre ou grillage des pyrites) est transformée en acide sulfurique. Outre son pouvoir décolorant, il est utilisé comme antiseptique.
Source : anhydride sulfureux, Larousse
La fiche Dioxyde de soufre (SO2) du DRIRE Nord - Pas-de-Calais précise ses origines industrielles :
Composé d’un atome de soufre et de deux atomes d’oxygène, le SO2 est un gaz incolore, d’odeur piquante très irritante, plus lourd que l’air. Il est hydrosoluble et donne par réaction avec la vapeur d’eau l’acide sulfurique. Le dioxyde de soufre ou anhydride sulfureux est le plus abondant des composés soufrés. Il provient de la combustion des combustibles fossiles (charbons, fiouls) au cours de laquelle les impuretés soufrées sont oxydées par l’oxygène de l’air en SO2 . Ce polluant est émis par des sources mobiles et des procédés industriels (fabrication de l’acide sulfurique et des plastiques, raffinage du pétrole, grillage et frittage de minerais sulfureux tels que blende, galène, pyrites, etc.). Globalement, on peut considérer que la production thermique est le principal responsable des émissions de dioxyde de soufre dans l’atmosphère. Ainsi, la combustion d’une tonne de fuel lourd de qualité moyenne est à l’origine d’une émission d’environ 50 kg de dioxyde de soufre. Sous l’action du rayonnement solaire, le SO2 peut se transformer par oxydation en anhydride sulfurique (SO3 ) puis, en présence d’eau, en acide sulfurique (H2 SO4 ). À ce titre, il intervient de manière prépondérante dans le phénomène des pluies acides qui contribue à l’appauvrissement des milieux naturels et participe à la détérioration des bâtiments.
Source : Dioxyde de soufre (SO2), DRIRE Nord - Pas-de-Calais – IRE 2006 – AIR
Il est aussi produit naturellement par les volcans et la fermentation :
Dans l’histoire de la Terre, les éruptions volcaniques explosives les plus importantes ont été suivies d’un refroidissement. Ce constat est désormais bien visible dans l’étude des carottes de glace effectuées en Antarctique ou au Groenland, ou dans l’étude des cernes des arbres qu’est la dendrochronologie. Ce phénomène est dû principalement à la grande quantité de dioxyde de soufre (SO2) éjectée jusqu’à la stratosphère, entre 20 et 50 kilomètres d’altitude. Quand le SO2se mélange avec la vapeur d’eau de l’atmosphère, ce gaz se transforme en acide sulfurique (H2SO4) et devient un aérosol, c’est-à-dire qu’il contient de fines gouttelettes de quelques dixièmes de micromètres, qui finissent par former un « voile ». Les vents forts qui règnent dans la stratosphère peuvent entraîner ce voile tout autour de la Terre et ceci pendant plusieurs années aux latitudes moyennes. Ces aérosols absorbent et réfléchissent la lumière du soleil, réchauffant ainsi la stratosphère mais refroidissant la troposphère, la couche la plus basse de l’atmosphère où nous vivons.
Source : TAMBORA, volcan, Encyclopédie Universalis
Selon la notice Wikipédia Dioxyde de soufre, la dernière éruption majeure du Pinatubo a relâché jusqu'à 5 000 t de SO2 dans l'air (17 Mt au total, la quantité la plus importante jamais mesurée par des instruments modernes), ce qui a affecté la couche d'ozone et modifié la météo en refroidissant significativement la planète et en modifiant la pluviométrie durant au moins deux ans.
On trouve également une petite quantité de dioxyde de soufre naturellement produite par les levures au cours de la fermentation alcoolique. Cette production résulte de leur métabolisme du soufre : les levures assimilent les sulfates présents dans le moût afin de synthétiser les acides aminés soufrés (méthionine et cystéine). Lorsque cette voie métabolique est perturbée ou saturée, une partie des composés soufrés intermédiaires est libérée sous forme de SO₂ (source : Charrier frédéric, Cottereau Philippe, Camponovo Alexandre et al., Les sulfites en œnologie, Cahier Itinéraires n° 31, Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV), novembre 2021)
Venons en à votre question.
L'épandage ou l'injection de dioxyde de soufre (SO₂) évoque principalement la géo-ingénierie climatique pour refroidir la Terre ou l'utilisation d'engrais soufrés en agriculture, bien que le SO₂ pur soit un gaz hautement toxique plutôt qu'un produit d'épandage direct :
Selon l'académicien Iouri Israël, directeur de l'Institut d'études du climat mondial et de l'écologie de Russie, il suffirait de disperser dans les basses couches de la stratosphère, soit de 10 à 14 km d'altitude, une mince couche d'aérosol constitué de gouttelettes de dioxyde de soufre (0,25 à 0,50 microns), dont l'albédo élevé contribuerait à réfléchir une partie du rayonnement solaire avant qu'il ne puisse réchauffer la Terre.
Cet épandage atmosphérique pourrait s'effectuer au moyen d'avions, et l'académicien estime qu'un million de tonnes de soufre ainsi répandues pourrait réduire l'impact du rayonnement solaire de 0,5 à 1 %, et la température de 1 à 1,5°C. Mais il ajoute qu'une telle méthode ne constituerait qu'une mesure d'urgence et que son utilisation ne pourrait avoir lieu sans une décision au niveau international.
"Je ne veux en aucune manière contredire le Protocole de Kyoto mais à côté des méthodes existantes, des méthodes moins chères devraient être élaborées. Je suis favorable au travail sur plusieurs méthodes à la fois", exprime Iouri Israël, qui insiste qu'outre le fait que cette méthode est la moins onéreuse de toutes celles envisagées jusqu'ici, il s'agit aussi de la seule qui permette d'agir dans l'urgence avec une quasi-garantie d'effets immédiats, et de plus, elle est susceptible d'être stoppée à tout instant.
Source : Du dioxyde de soufre pour lutter contre le réchauffement climatique ?, Futura
L'utilisation et l'avantage d'engrais soufrés en agriculture est développé dans L'intérêt du soufre dans la fertilisation des cultures - avec Anthony Frison, AgroLeague :
Pour se développer, la plante a besoin d’eau, de soleil et d’éléments minéraux (macro et oligo éléments) qu’elle prélève dans l’air via ses feuilles et dans le sol via ses racines. Au même titre que l’azote, le phosphore, le potassium, le calcium et le magnésium, le soufre est classé dans les macro éléments, indispensables à la productivité et à la qualité des cultures. Jusqu’aux années 1990, les dépôts atmosphériques dus à la pollution de l’air couvraient les besoins en soufre des cultures par les phénomènes de pluies acides. Depuis, l’épuration des fumées a fait retomber le taux de soufre dans l’atmosphère à un niveau qui ne répond plus à ces besoins.
Intérêt de la fertilisation soufrée
Environ 90 à 96% de la matière sèche des plantes est composée de carbone, hydrogène et d’oxygène. Le reste est réparti entre les macro et les oligo-éléments. Parmi eux, le soufre représente 0,1 à 0,5% de la matière sèche selon les cultures.
Le soufre est un élément indispensable à la vie car c’est un constituant de 3 acides aminés essentiels (méthionine, cystéine et homocystéine) que l’homme ne peut synthétiser. Ses fonctions sont multiples : c’est un composant des chloroplastes, il active les enzymes dans les processus biochimiques pour la fabrication d’énergie, d’acides gras et de métabolites secondaires d’autodéfense tels que les glucosinolates. Il favorise également le processus de fixation symbiotique, notamment pour permettre aux légumineuses de capter l’azote de l’air via les nodosités.
Pour comprendre la nécessité d’avoir une gestion correcte de la fertilisation soufrée, il faut d’abord bien concevoir le cycle du soufre dans le sol.
La forme préférentielle d’assimilation du soufre par les cultures est l'ion sulfate (SO42-). Le sulfate, tout comme le nitrate (NO3-), est chargé négativement, donc est lessivable. Dans le sol, le complexe argilo-humique, également chargé négativement, ne peut retenir cet ion en cas de forte pluviométrie. La majeure partie du soufre du sol se trouve sous des formes organiques, donc non directement utilisables par les racines. Il le devient par le processus de minéralisation, qui permet de le transformer en sulfate.
Sur ce sujet voir aussi la vidéo Le soufre, pourquoi et comment apporter cet engrais - 2016, Chaîne Agricole.
Cependant les effets du SO2 ne sont pas sans conséquences ajoute l'article de Futura :
Mais cette solution risque de provoquer bien des réactions, et une levée de boucliers de la part des scientifiques. En effet, le dioxyde de soufre (SO2 ou anhydride sulfureux), un gaz incolore mais toxique et corrosif, provoque une altération de la fonction pulmonaire chez les enfants et une exacerbation des symptômes respiratoires aigus chez l'adulte (toux, gêne respiratoire...). Les personnes asthmatiques y sont particulièrement sensibles. Mais même à faible concentration, il est aussi une des principales causes (avec le dioxyde d'azote) des pluies acides susceptibles de détruire des écosystèmes fragiles.
L'épandage de dioxyde de soufre dans la stratosphère visant à refroidir la Terre en renvoyant la lumière du soleil vers l'espace perturbe les régimes de pluie et fragilise la couche d'ozone. Il a des effets sur les températures et entraine un refroidissement global car les particules de soufre forment des aérosols qui agissent comme un bouclier solaire et baissent la température de la surface de la planète ainsi qu'un réchauffement stratosphérique puisque les couches hautes de l'atmosphère absorbent cette énergie, ce qui modifie les grands courants d'air de la météo :
Refroidissement global
Lorsque le dioxyde de soufre est en suspension dans l'air, il réagit avec d'autres molécules atmosphériques pour former des aérosols. Ces aérosols servent de noyau à la vapeur d'eau, ce qui modifie les propriétés des nuages. Grâce aux aérosols, ces nuages sont plus brillants et plus blancs que les nuages naturels et réfléchissent davantage de rayonnement solaire, contribuant ainsi au refroidissement de l'atmosphère.
Source : Investigating sulphur dioxide's impact on global temperature, University of Cambridge
Réchauffement stratosphérique
L'intervention par aérosols stratosphériques à base de soufre (IAS) peut refroidir le climat, mais réchauffe également la basse stratosphère tropicale si les injections sont effectuées aux basses latitudes. Nous explorons le rôle de ce réchauffement dans la réponse climatique à l'IAS, en utilisant des expériences mécanistes qui éliminent les effets de l'absorption du rayonnement infrarouge par les aérosols de sulfate au-dessus de la tropopause. Si l'absorption du rayonnement infrarouge par les aérosols stratosphériques est désactivée, le réchauffement de la tropopause tropicale et la plupart des effets secondaires associés sont fortement atténués, et le refroidissement par Tg-S injecté est 40 % plus important. Parmi ces effets secondaires, on note l'expansion polaire des courants-jets induits par les tourbillons, l'accélération de la circulation résiduelle stratosphérique et le retard de la reconstitution de l'ozone antarctique. Nos résultats complètent d'autres travaux récents sur les effets secondaires de l'IAS et démontrent que les scénarios d'IAS avec des injections de substances absorbantes aux basses latitudes peuvent entraîner des effets atmosphériques et des changements climatiques régionaux comparables à ceux produits par le réchauffement climatique dû au CO₂
Source : Wunderlin, E., Chiodo, G., Sukhodolov, T., Vattioni, S., Visioni, D., & Tilmes, S. (2024). Side effects of sulfur-based geoengineering due to absorptivity of sulfate aerosols. Geophysical Research Letters, 51, e2023GL107285.
Modification des pluies
Le cycle de l'eau est perturbé, ce qui peut provoquer des sécheresses ou affaiblir les mousses et moussons dans certaines régions du globe :
Régimes de précipitations (pluie et neige) – l’ajout de particules dans la stratosphère peut modifier les cycles hydrologiques, entraînant des changements dans la quantité de précipitations et de sécheresse dans des régions spécifiques.
Source : Impacts potentiels, À propos de la géoingénierie, (United States Environmental Protection Agency (EPA)
Pluies acides
En retombant sur Terre, les composés soufrés risquent d'acidifier les sols et les cours d'eau, nuisant aux plantes et aux animaux. Voir chapitre 4, Les effets de l’acidification sur les organismes vivants, Effets des dépôts atmosphériques de soufre et d’azote sur les sols et les eaux douces en France / Anne Christine Le Gall, Unité de modélisation et analyse économique pour la gestion des risques Direction des risques chroniques, INERIS, Ministère de l’Écologie et du Développement Durable, 22 novembre 2004.
Santé des écosystèmes et rendements agricoles
L’ajout de soufre dans l’atmosphère accroît le risque de pluies acides , de dépôts de soufre en surface et d’aggravation de l’acidité des sols, ce qui pourrait impacter la production alimentaire. La diminution de l’ensoleillement (donc de l’énergie) atteignant la surface pourrait également affecter la productivité des écosystèmes et de l’agriculture. Certains produits chimiques ou matériaux utilisés peuvent présenter des risques, notamment de toxicité, pour les organismes sensibles.
Source : Impacts potentiels, À propos de la géoingénierie, (United States Environmental Protection Agency (EPA)
Risque pour l'ozone
L'ajout de ces produits chimiques peut détruire une partie de la couche d'ozone qui protège la vie des rayons ultraviolets.
L’ozone – l’ajout de particules dans la stratosphère pourrait entraîner un appauvrissement de la couche d’ozone stratosphérique ; cependant, la baisse des températures due à la réduction de l’ensoleillement pourrait également réduire l’ozone au niveau du sol et ses effets néfastes sur la santé.
Source : Impacts potentiels, À propos de la géoingénierie, (United States Environmental Protection Agency (EPA)
Lire aussi Wells, A. F., Henry, M., Bednarz, E. M., MacMartin, D. G., Jones, A., Dalvi, M., & Haywood, J. M. (2024). Identifying climate impacts from different stratospheric aerosol injection strategies in UKESM1. Earth's Future, 12.
La santé n'est pas épargnée par les impacts potentiels de la géo-ingénierie solaire :
Santé respiratoire
Certaines particules présentes dans la stratosphère finissent par retomber à la surface de la Terre où elles peuvent contribuer à des effets néfastes sur la santé , notamment en rendant la respiration difficile.
Source : Impacts potentiels, À propos de la géoingénierie, (United States Environmental Protection Agency (EPA)
Le SO2 est un gaz irritant pour l’appareil respiratoire : des concentrations importantes en dioxyde de soufre peuvent provoquer, selon la durée de l’exposition et la résistance des personnes exposées, des troubles respiratoires plus ou moins graves. Ainsi, les pointes de pollution historiques telles que celles de Londres en 1952 et 1956 ont provoqué des troubles respiratoires et cardiaques avec accroissement significatif de la mortalité affectant les populations les plus sensibles. Aux niveaux habituels, les conséquences sanitaires sont bien connues et il est probable que la pollution atmosphérique par les oxydes de soufre joue alors le rôle d’un cofacteur de risque associé aux troubles oto-rhino-laryngologiques et respiratoires. Les symptômes respiratoires sont accrus lorsque les oxydes de soufre sont associés à des teneurs simultanément élevées en particules.
Source : Dioxyde de soufre (SO2), DRIRE Nord - Pas-de-Calais – IRE 2006 – AIR
Sur sa fiche toxicologique synthétique n° 41 - Édition Novembre 2022, l'INRS (Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles), indique aussi les dangers :
H280 - Contient un gaz sous pression ; peut exploser sous l'effet de la chaleur
H281 - Contient un gaz réfrigéré ; peut causer des brûlures ou blessures cryogéniques
H314 - Provoque de graves brûlures de la peau et de graves lésions des yeux
- H331 - Toxique par inhalation
A la page Pathologie - Toxicologie de la même fiche, sa toxicité sur l’homme est précisée :
L'exposition aiguë est responsable de troubles respiratoires sévères avec œdème pulmonaire et bronchoconstriction. Une hyperréactivité bronchique non spécifique peut persister longtemps après une exposition aiguë. Les expositions chroniques sont caractérisées par des bronchites et pharyngites chroniques. L'exposition à ce gaz peut également exacerber des affections respiratoires préexistantes. Les données actuelles ne permettent pas de considérer le dioxyde de soufre comme un cancérogène direct chez l'Homme.
Le dioxyde de soufre est un gaz en partie responsable de la pollution atmosphérique des grandes agglomérations industrielles.
Toxicité aiguë
L'inhalation est la principale voie d'exposition. Lors d'un dégagement accidentel, l'exposition massive peut provoquer soit une bronchiolite oblitérante ou un œdème pulmonaire hémorragique rapidement mortel soit une atteinte respiratoire obstructive sévère partiellement réversible, rebelle aux thérapeutiques, soit rester asymptomatique avec ou sans anomalie aux épreuves fonctionnelles respiratoires. Il est donc nécessaire de contrôler la fonction pulmonaire en cas d'intoxication accidentelle au SO2.
Au décours d'une intoxication aiguë, on peut voir se développer un syndrome obstructif ou un état d'hyperréactivité bronchique qui peut persister pendant plusieurs années. Une exposition à des doses inférieures à 50 ppm provoque une irritation des muqueuses : rhinite, laryngite, bronchite et conjonctivite.
Les expérimentations humaines réalisées chez des sujets normaux ou asthmatiques ont permis de mettre en évidence qu'une inhalation de courte durée au SO2 à une concentration de 5 à 10 ppm peut produire une bronchoconstriction probablement réflexe chez les adultes sains. Les sujets souffrant d'affection respiratoire, asthme notamment, présentent une plus grande sensibilité aux expositions même modérées au SO2. Chez l'asthmatique, l'effet bronchoconstricteur du SO2 est augmenté par l'effort physique pour des concentrations faibles de 0,1 ppm.
Les autres effets sont liés à la transformation du SO2 en acide au contact de l'eau. On peut observer une forte irritation cutanée et, en cas de contact oculaire, les vapeurs peuvent causer une conjonctivite et le liquide des brûlures cornéennes avec perte de la vue par opacification cornéenne. Le contact avec les muqueuses digestives peut provoquer des brûlures de la cavité buccale, de l'œsophage et de l'estomac.
Toxicité chronique
L'exposition prolongée (pollution atmosphérique, exposition professionnelle) augmente l'incidence de pharyngite et de bronchite chronique. Celle-ci peut s'accompagner d'emphysème et d'une altération de la fonction pulmonaire en cas d'exposition importante et prolongée. Les effets pulmonaires sont augmentés par la présence de particules respirables, le tabagisme et l'effort physique. L'inhalation peut aggraver un asthme préexistant et les maladies pulmonaires inflammatoires ou fibrosantes.
De nombreuses études épidémiologiques ont démontré que l'exposition au dioxyde de soufre, à des concentrations normalement présentes dans l'industrie ou dans certaines agglomérations, peut engendrer ou exacerber des affections respiratoires (toux chronique, dyspnée) et entraîner une augmentation du taux de mortalité par maladie respiratoire ou cardiovasculaire (maladie ischémique).
Effets cancérogènes
On a suggéré que le dioxyde de soufre pouvait jouer un rôle cocancérogène dans le développement de cancer broncho-pulmonaire. Une étude suédoise suggère aussi qu'il pourrait être génotoxique (augmentation de la prévalence d'anomalies chromosomiques chez des ouvriers produisant de la pulpe de bois). Cependant, aucune donnée épidémiologique ne permet de le considérer comme directement cancérogène. Le CIRC estime que les données existantes ne permettent pas de classer le dioxyde de soufre du point de vue de sa cancérogénicité pour l'homme (groupe 3).
Source : Fiche toxicologique synthétique n° 41 - Édition Novembre 2022, Pathologie - Toxicologie, INRS
Et à la page Incendie - Explosion, elle explique que, bien qu'ininflammable, son action corrosive en présence d'humidité doit faire l'objet d'une attention particulière (notamment en cas de fuite ou lors d'une opération d'extinction à l'eau dans un environnent en contenant).
Pour terminer, voici l'accident qui a eu lieu dans la région lyonnaise en 2011 rapporté par Wikipédia dans Incidents majeurs en France, Dioxyde de soufre :
Le 22 juin 2011 à 7 h 45, un problème technique lors de la fermeture d'une vanne à la raffinerie de Feyzin (appartenant au groupe Total) laissa échapper un grand nuage de dioxyde de soufre poussé par un vent du sud au-dessus de l'agglomération lyonnaise. Plusieurs personnes furent hospitalisées et des entreprises évacuées.
La préfecture, qui cherchait à rassurer la population, recommanda « d’aérer les habitations et les bureaux », donnant ainsi des consignes opposées à celles des pompiers qui conseillaient aux personnes de « rester chez elles et de fermer les fenêtres ».
Bonne journée
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