Je mène des recherches sur le Nord-Isère sur le site Gallica de la BnF, et je viens de découvrir un article de 1908 évoquant une conférence s'étant tenue pour le compte de la Société industrielle de Rouen, au sujet du procédé de photographie en couleur par autochrome, alors récemment mis au point par les frères Lumière, établis à Lyon. Le texte en question, disponible ici, est très intéressant car on y apprend que la communication était visiblement accompagnée d'une projection d'exemples dont les titres nous sont présentés. A partir de la page 257 en effet, et surtout la page 259, sont évoquées plusieurs plaques à travers des noms évocateurs de lieux réels à Lyon et aux alentours (Ambérieu, Bugey, Montalieu, Pont-de-Beauvoisin, Torcieu...)
Ma question est sans doute naïve, mais savez-vous s'il existe une chance que ces documents anciens soient visibles quelque part ? Le cas échéant, auprès de qui pourrais-je me renseigner selon vous ?
Je vous remercie par avance.
Réponse du Guichet
gds_eg
- Département : Equipe du Guichet du Savoir
Le 03/08/2026 à 15h09
Les épreuves de plaques autochromes, dont des photographies de paysages du Nord-Isère, projetées lors d'une conférence de la Société industrielle de Rouen en 1908, appartiennent manifestement aux collections privées des Frères Lumière, inventeurs de ce nouveau procédé d’obtention de photographies en couleur.
Le Musée de l'Institut Lumière conserve de nombreuses plaques autochromes issues des collections privées des Frères Lumière et reproduites dans des catalogues disponibles à la BmL. Celle-ci possède une collection patrimoniale de plaques autochromes, héritée en grande partie de la Fondation Nationale de la Photographie en 1994 et documentant des paysages de la région. Le Musée Albert-Kahn, la SFP et la MPP conservent également un patrimoine historique et national de vues autochromes.
Sur le plan local, le Musée Dauphinois de Grenoble possède plusieurs centaines de plaques autochromes de paysages isérois. Il serait enfin judicieux de consulter les collections patrimoniales iconographiques de la Bibliothèque municipale de Grenoble et des Archives départementales de l'Isère.
Bonjour,
Dans le cadre de vos recherches sur le Nord-Isère, vous avez découvert sur le site Gallica un article de 1908 du Bulletin la Société industrielle de Rouen, évoquant une conférence au sujet de l'autochrome mis au point par les frères Lumière, accompagnée d'une projection de vues situées notamment dans le Nord-Isère :
Où donc retrouver les épreuves de ces plaques autochromes de paysages du Nord-Isère, appartenant manifestement aux collections privées des Frères Lumière ?
C'est ainsi que notre sympathique collègue, M. G.-A. Le Roy, secrétaire de notre Comité de Chimie, après avoir obtenu de la maison Lumière l'envoi parmi nous de l'un de ses habiles opérateurs, s'est assuré le concours de M. Petiton, membre de notre Comité des Beaux-Arts et Arts Photographiques, dont le talent est justement réputé, pour faire la conférencé accompagnant les projections. [...]
Avant de faire défiler sous vos yeux les magnifiques épreuves en couleurs de MM. Auguste et Louis Lumière, je vous demanderai d'exposer, très rapidement, le principe qui a permis de réaliser le problème si complexe de la photographie en couleur. Nous n'étudierons pas les divers procédés qui ont été tentés avant l'apparition des plaques autochromes; mais il est bon de rappeler, qu'en 1898, MM. Lumière avaient exposé dans cette même salle, lors de notre Exposition des Arts Photographiques, leurs premiers travaux sur la photographie en couleur alors réalisés par le procédé trichrome, c'est-à-dire parla superposition de trois positifs de couleur primaire jaune rouge bleu. C'est une heureuse application de ce principe qui a fait qu'en réunissant en une seule plaque les trois éléments du procédé trichrome MM. Lumière ont été conduits aux résultats qui vont vous être présentés dans un instant.
L'Autochrome — inventé en 1903/1904 par Louis et Auguste Lumière et commercialisé à partir de 1907 — repose sur une fécule de pomme de terre teintée formant une mosaïque microscopique sur plaque de verre, permettant de capter et filtrer la lumière. Le Musée de l'Institut Lumière, situé dans la villa familiale du quartier Monplaisir à Lyon, conserve dans ses collections permanentes les objets personnels, les brevets, les boîtes de plaques et de nombreuses plaques autochromes :
Situé dans la demeure familiale au style art nouveau, le Musée Lumière présente l’histoire des frères Lumière et de leurs inventions, dont la pièce maîtresse, le Cinématographe n°1. Découvrez également les Autochromes (les premières photographies en couleur), des pièces de collections rares, des objets du pré-cinéma (jouets optiques et lanternes magiques) et d'autres appareils insolites.
Dans une section consacrée à l'histoire des autochromes, le site Web du musée présente les collections des plaques autochromes présentées lors de l'exposition 'La Vie en Couleur !" de 2004, et maintenant intégrées aux collections de l'Institut Lumière :
Des milliers de photographies ont été réalisées dans le monde entier au début du XXe siècle avec ce procédé que Louis Lumière considérait comme son chef-d’œuvre. Aujourd’hui encore, sa restitution minutieuse des couleurs et ses qualités de conservation nous permettent d’apprécier la beauté de ces prises de vues. Les photographies de l'exposition "La Vie en Couleur!" sont composées de nombreuses scènes privées mais également de clichés offerts à Louis Lumière par des amis autochromistes, comme les images de la Grande Guerre prises par Jean-Baptiste Tournassoud. [...]
Louis Lumière était déjà le père de la plaque photographique instantanée et du Cinématographe lorsqu’il déposa fin 1903 avec son frère Auguste un brevet pour un nouveau procédé d’obtention de photographies en couleur : l’Autochrome. Simplifiant le procédé complexe de trichromie obligeant à trois prises de vues successives ensuite superposées, l’Autochrome utilise pour filtrer la lumière un seul écran trichrome composé de millions de grains de fécule de pomme de terre teintés en trois couleurs. Ce mélange était étalé sur une plaque de verre enduite de vernis, puis recouvert d’une émulsion noir et blanc. La plaque ainsi obtenue était prête à l’emploi et son développement, identique au procédé noir et blanc de l’époque, ne nécessitait en sus qu’une inversion en positif de l’image négative impressionnée. Au final, l’œil ne perçoit ainsi à travers l’émulsion que les grains de fécule correspondant aux couleurs du sujet.
Après le brevet, Louis Lumière poursuivit ses recherches afin de mettre au point la complexe fabrication industrielle des plaques. Après des années d’efforts, la commercialisation de l’Autochrome commença en 1907. Ce fut un succès immédiat et durable : l’Autochrome resta sans réelle concurrence durant une trentaine d’années, jusqu’à l’apparition des procédés couleurs chimiques remplaçant sur pellicule cette fragile diapositive sur verre.
Grâce aux milliers de clichés réalisés par des autochromistes amateurs ou professionnels, et conservés notamment au Centre Albert Kahn, à la Société française de photographie, à l’Institut Lumière, à la Library of Congress, à la National Geographic Society [Washington DC] et à d'autres... les couleurs du premier tiers du 20e siècle nous sont parvenus quasiment intactes. A la fois par ce regard rétrospectif qu’il nous offre et par ses qualités formelles, c’est un véritable et singulier patrimoine photographique qui a pu être constitué de par le monde avec le procédé autochrome Lumière dorénavant centenaire.
Publié à l'occasion de l'exposition "La vie en couleur, centenaire de l'autochrome", cet ouvrage présente une centaine de photographies issues de l'invention par les frères Lumière en 1903 de ce premier procédé industriel de photographie des couleurs.
Source : éditeur.
Les Archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon (ADRML) conservent égalementun fonds de 31 tirages papier couleur (65Fi 1-65Fi31), issu de l'exposition « La Vie en Couleur ! ». Différents photographes ont réalisé les clichés originaux. Les tirages ont ainsi été regroupés selon leur origine, la famille Lumière en premier lieu, puis les 4 autres photographes, classés par ordre alphabétique. Les documents sont librement communicables uniquement sous leur version numérisée.
A l'occasion de la célébration du centenaire des autochromes (2004-2007), une exposition a été produite et présentée par l'Institut Lumière et par le département du Rhône à l'Hôtel du Département du 25 juin au 15 octobre 2004. Une centaine de reproductions en grand format ont été accrochées aux grilles extérieures de l'hôtel du Département durant 4 mois. Les 31 tirages encadrés, probable complément de l'exposition, ont été conservés par le pôle Education Culture et Tourisme du Département du Rhône jusqu'à leur transfert en janvier 2022 aux Archives du Rhône.
Pour plus d'informations sur la communicabilité numérique de ce fonds, veuillez contacter les ADRML.
Pour une recherche ciblée sur la patrimoine photographique des paysages du Nord-Isère, Le Musée Dauphinois (Grenoble) est le principal conservatoire des autochromes de la région Isère. Il possède plusieurs centaines de plaques autochromes de paysages isérois que vous pouvez revchercher sur leur site.
Banquier d’affaires, passionné de voyages, Albert Kahn (1860-1940) [...] crée alors les Archives de la Planète, entreprise de documentation visuelle et fruit du travail de douze opérateurs envoyés sur le terrain entre 1909 et 1931 afin de saisir les différentes réalités culturelles en France et à l’étranger. Deux inventions des frères Lumière sont mises à contribution : le cinématographe (1895) et l’autochrome, premier procédé photographique en couleur naturelle sur plaques de verre (1907).
Le « Portail Images » du musée départemental Albert- Kahn rassemble plus de 69 000 notices et images d’œuvres issues des collections du musée. Vous pouvez les découvrir grâce au moteur de recherche du portail : https://collections.albert-kahn.hauts-de-seine.fr/ [...]
Les Archives de la Planète du musée Albert-Kahn regroupent 72000 autochromes et 100 heures de film conservés au musée. Il s’agit de la première collection au monde d’autochromes.
Classée Monument historique à la fin du XXe siècle et hébergée par la bibliothèque nationale de France, la collection de la SFP rassemble des centaines de milliers de « perles » photographiques, depuis le fonds Daguerre jusqu’aux expérimentations des avant-gardes et aux succès des premiers photojournalistes, en passant par les dizaines de milliers de plaques d’amateurs réunies au sein des premières associations d’excursionnistes. La variété des supports (métal, verre, papier, tissu, plâtre) des images conservées dans la collection comme la diversité des procédés est remarquable.
Collection de référence sur le plan international, la MPP conserve l’un des plus grands ensembles de fonds photographiques d’Europe. Environ cinq cents photographes, agences ou administrations y ont déposé des documents qui permettent d’éclairer leur travail, depuis la prise de vue jusqu’aux différents états de l’image photographique : archives papier, négatifs, planches-contacts, diapositives, autochromes, tirages d’expositions, publications. Ces fonds ne se limitent pas au patrimoine et à l’architecture, mais concernent aussi les beaux-arts, la Première Guerre mondiale, les studios de portraits, la photographie d’amateurs, de voyageurs et d’auteurs photographes. [...]
Les collections photographiques de la bibliothèque comprennent un riche ensemble historique et patrimonial, hérité en grande partie de la Fondation Nationale de la Photographie en 1994. Parmi les procédés anciens, plusieurs milliers de plaques de verre et d’autochromes caractérisent des donations liées dans la plupart des cas à l’activité de photographes entre XIXe et XXe siècle.
Si l’aspect documentaire est prépondérant (paysages, portraits, monuments), des approches plus proprement artistiques, telles que les plaques autochromes inventées et commercialisées par les frères Lumière à partir de 1907, ne manquent pas.
Autres catalogues d'autochromes conservés à la BmL, présentant les collections du Centre national de la Photographie, du Musée Albert-Kahn, du Musée dauphinois, du Musée Ziem :
Autochromes [Livre] / introd. par Sylvain Roumette ; notices par Michel Frizot, 1985. Paris : Centre national de la photographie ;