Je cherche d'informations sur le le Couvent Saint-Elisabeth situé au 23 rue Saint Pothin
Question d'origine :
Bonjour,
Je suis à la recherche d'informations concernant le Couvent Saint-Elisabeth situé au 23, Rue Saint Pothin à Lyon (4°)
Ce couvent a existé jusqu'au recensement de 1901 où on trouve des religieuses (dont FELIX Marie mon ancètre qui motive ces recherches, notamment le lieu et la date de son décès...).
Au recensement de 1906 (dernier recensement où la Rue Saint Pothin existe avant qu'elle ne devienne la Rue Philippe de Lassalle), il n'y a plus de religieuses au 23, Rue Saint Pothin... mais des instituteurs/institutrices pour ce qui semble être une école (pas d'élèves recensés).
Voilà mes questions :
+ j'aimerais localiser précisement le couvent en 1901 (plan, photos, carte postale...)
+ J'aimerais savoir quel est l'établissement scolaire existant en 1906 et ayant pris la suite du couvent
+ J'aimerais savoir pourquoi le couvent a disparu et où sont allées les religieuses encore présentes en 1901 ?
Merci de votre aide.
Cordialement.
Thierry J.
Réponse du Guichet
Si l'histoire de la congrégation de Saint-Elizabeth est bien connue avant la Révolution, on ne sait pas grand chose de son devenir au XIXe siècle, sinon que les sœurs possédaient un couvent sur le plateau de la Croix-Rousse.
Bonjour,
Si on se réfère aux Plans parcellaires de la ville de Lyon (voir le secteur 69 ci joint), on peut localiser assez facilement le couvent aujourd'hui à l'emplacement de la place Picard sur la rue Philippe de Lassalle dans le IVe arrondissement :

Les religieuses sont établies à cet emplacement depuis 1831:
A la Révolution, les religieuses perdent leur couvent. En 1815, quelques religieuses rescapées de ces couvents disparus voulurent établir un monastère de Sainte-Elizabeth. Elles s'installèrent aux Chartreux, dans une maison qui fut jadis le cellier des Pères, et qui fut plus tard compris dans le bâtiment du pensionnat; elles y restèrent jusqu'en 1831. A cette époque elles se fixèrent, au nombre de trente-deux, dans une propriété qu'elles avaient achetée dans la rue Saint-Pothin, où elles sont encore. (...) Les religieuses actuelles de Saint-Elizabeth suivent encore ces mêmes constituions ; elles se consacrent à l'éducation de la jeunesse, mais leur but principal est la prière pour la conversion des pêcheurs.
source: Les anciens couvents de Lyon, p.359
(D'autres sources attestent de la présence du couvent à cette adresse. Par exemple dans le Guide indicateur de la Ville de Lyon, en 1873 : "Rue Saint Pothin : Ste Elisabeth, 23 : Couvent dames Ste Elisabeth", mais nous n'avons rien trouvé dans La Revue du Lyonnais ).
Nous n'avons pas trouvé grand chose sur le couvent "moderne" de Saint-Elizabeth (avant la Révolution la même congrégation avait trois couvents à Lyon, dont l'histoire est bien documentée). Même dans Google Books, on trouve très peu d'information sur le couvent du XIXe.
La disparition du couvent dans les annuaires de l'époque peut s'expliquer par les évènements qui agitent à l'époque la société Française : la loi de 1901 concernant les associations, puis celle de 1905 sur la séparation de l’Église et l’État - les deux lois s'attaquant à l'influence de l’Église dans les affaires laïques de la France. La loi de 1901 en particulier, interdisant l’enseignement aux congrégations religieuses pourrait expliquer qu'officiellement, Saint-Elizabeth ne soit plus recensé à l'adresse rue Saint-Pothin. Nous avons vu en effet que les sœurs de Saint-Elizabeth se consacraient à l'enseignement, il est possible qu'elles furent forcées après la promulgation de cette loi de présenter leur école sous une façade laïque, ou qu'elles furent dispersées et que leur école fut laïcisée :
Le « petit père Combes », comme on l’appelle, est resté dans l’imaginaire collectif comme un « bouffeur de curés ». Pourtant cet ancien élève du séminaire de Castres n’était pas un antireligieux. D’abord professeur de philosophie dans un collège religieux, il avait perdu la foi et était devenu médecin et franc-maçon. Mais toute sa vie il garda des convictions spirituelles profondes faisant dire à Joseph Caillaux, avec une certaine partialité, qu’il était persuadé « de la nécessité d’un enseignement religieux pour les masses et voulant simplement que les leçons en fussent distribuées par des prêtres séculiers, libéraux, détachés de la Curie romaine, disciples ou émules du vicaire savoyard » (cité par Max Gallo dans son Jaurès, Laffont, Bouquins, 2011, p. 812).
Émile Combes était convaincu que la modération était contre-productive. Il expliqua à son prédécesseur que « les cléricaux ne sauraient aucun gré des ménagements qu’on aurait pour eux. La modération gouvernementale leur apparaîtrait comme un signe de faiblesse » Ibid., p. 805.
Aussi engagea-t-il une politique anticléricale résolue. La loi 1901 fut appliquée avec rigueur. Il refusa la plupart des demandes d’autorisation, fit fermer un grand nombre d’écoles et la loi du 7 juillet 1904 interdit tout enseignement aux membres des congrégations même autorisées. Cent vingt établissements congréganistes furent fermés dès le 27 juin 1902. En octobre 1903 dix mille auront été clos même si la moitié d’entre eux vont rouvrir avec une façade laïque.
source: https://www.philolog.fr/laicite-une-conquete-historique-difficile/
On lit également dans Histoire de l’Église de Lyon :
La politique de défense républicaine qui suit donne la priorité à la lutte contre les congrégations et la séparation de l’Église et de l’État. En même temps l'anticléricalisme populaire atteint son paroxysme. Les lois contre les congrégations entrainent la fermeture de plusieurs écoles et la dispersion souvent dramatique des religieux et des religieuses (1904).
source : Histoire de l'Eglise de Lyon, p.159
On ne peut pas être absolument sûr que les nouvelles lois anti-cléricales successives sont à l'origine du déréglementent de la congrégation, mais la coïncidence est flagrante.
Pistes pour approfondir vos recherches :
- Archives municipales de Lyon : Pour les plans cadastraux.
- Archives départementales du Rhône : Pour d'éventuels dossiers sur la fermeture du couvent et le devenir des religieuses.
- Après 1905, les archives des congrégations sont conservées aux Archives historiques du diocèse de Lyon, situées à l'Archevêché de Lyon, au 7 place Saint-Irénée, 69321 Lyon Cedex 05 (Téléphone : 04 26 20 52 03). La salle de lecture accueille le public uniquement sur rendez-vous le lundi et le mardi (9h30-12h30 et 13h30-16h). Les demandes se font par e-mail à archives@lyon.catholique.fr
Bonne journée.