Quid si des français envisageaient de supprimer les échanges monétaires de leur territoire
Question d'origine :
Que se passerait-il si, demain, un groupe de Français (comme un hameau français, un village français, une ville française, une agglomération française ou une métropole française) ne reconnaîtrait plus la valeur de l'Euro (en gros pour cette communauté les billets d'Euro ne serait qu'un bout de papier imprimé sans valeur monétaire) et envisagerait de supprimer les échanges monétaires de son territoire ? (en gros les choses coûteraient du temps et non de l'argent par exemple le boulanger qui dit pour m'acheter une baguette tu me dois une heure de travail au sein de ma boulangerie à préparer le pain)
Car la réflexion que je me fais, c'est que la monnaie n'a de la valeur uniquement parce que cette valeur est accepté par nous et fait consensus entre tous les Français (pour tous les français un billet de 500 euros correspond à une valeur de 500 euros et je peux m'acheter des choses pour 500 euros) mais le jour où ce consensus est rompu, que se passerait-il (si un groupe décide que le billet de 500 euros a une valeur correspondant à 0) ?
Réponse du Guichet
La monnaie est une institution sociale fondée sur la confiance collective et sa disparition n'entraînerait pas automatiquement l'adoption d'un système reposant sur le temps de travail. Celui-ci ne constitue pas une unité universelle de valeur. Les enquêtes ethnographiques remettent en cause l'idée héritée d'Adam Smith et d'une certaine lecture de Marx selon laquelle les sociétés anciennes échangeaient leurs biens en fonction du travail incorporé (quantité de travail qui a été nécessaire pour produire un bien). Elles indiquent que les échanges reposent plus souvent sur des conventions sociales, des volumes, l'utilité, le prestige ou des croyances religieuses que sur le temps de travail.
À l'échelle d'un hameau, une communauté pourrait renoncer volontairement à la monnaie et privilégier le troc, les banques de temps ou les dons. Toutefois, elle resterait dépendante de l'économie nationale pour l'achat d'énergie, de médicaments, de carburant ou pour le paiement des impôts et ses obligations légales. Une telle organisation ne serait envisageable que pour une communauté très autonome et de petite taille. À l'échelle de la France, la suppression totale de la monnaie entraînerait une désorganisation majeure de l'économie, des échanges, des entreprises, des finances publiques et du commerce international. Le troc serait rapidement limité par la double coïncidence des besoins. Les prix et la comptabilité disparaîtraient, les entreprises et l'État ne pourraient plus fonctionner normalement, les chaînes logistiques seraient rompues et le commerce international serait fortement perturbé. Si la monnaie disparaissait, elle serait vraisemblablement remplacée par d'autres formes d'organisation des échanges (troc, crédits mutuels, unités de compte, banques de temps ou autres conventions), le temps de travail n'étant qu'une possibilité parmi d'autres. Le véritable problème n'est pas la disparition de l'euro mais la naissance d'un nouveau consensus.
Bonjour,
Dans Repenser la monnaie : transformer les territoires, faire société, pages 17-18, Marie Fare écrit que notre système monétaire et financier est la source d'instabilités majeures : concentration et accumulation infinie de richesses, augmentation des inégalités, prévalence des placements de court terme au détriment d'une vision à long terme, développement du shadow banking, monopole bancaire de l'émission monétaire, financiarisation généralisée, etc. Autant de dérèglements issus de la globalisation financière qui souligne le besoin de réorienter ce système. Plus loin, pages 20-21 :
Repenser la monnaie dans toutes ses dimensions suppose [...] de sortir d'une perspective d'unicité monétaire pour appréhender la pluralité historique des pratiques et des formes monétaires. Cette pluralité, loin d'être l'apanage des sociétés anciennes, est un fait constitutif des sociétés contemporaines.
[...]
... la pluralité monétaire suppose également de déconnecter souveraineté monétaire et souveraineté politique ou du moins souveraineté monétaire et souveraineté étatique : l'émission de monnaie est réalisée par des acteurs multiples (Etat, banques, sociétés privées, associations, etc.), ce qui appelle à repenser, dans sa complexité et dans ses formes, la souveraineté.
A l'instar de Friedrich A. Hayek, considéré comme l'un des penseurs les plus importants du libéralisme au XXe siècle (Wikipédia), auteur de Pour une vraie concurrence des monnaies, essai rédigé en 1971, elle pense que la création monétaire par les banques centrales sape le bon fonctionnement du marché et nourrit la croissance de l'État, que le contrôle par l'État de l'émission monétaire conduit à des crises économiques récurrentes (Pour une vraie concurrence des monnaies, 4e de couverture).
Afin de trouver une (bonne) alternative aux crises économiques, sociales et environnementales actuelles, serait-il bon de repenser ce monopole de la création monétaire ? Ou bien, en suivant votre raisonnement, la monnaie n'ayant de valeur que parce qu'elle est collectivement acceptée, les échanges monétaires ne devraient-ils pas être tout bonnement supprimés et remplacés par un système fondé sur le temps de travail (par exemple, une baguette vaudrait une heure de travail à la boulangerie) ? Et quelles seraient les conséquences si ce consensus était rompu et que cette communauté considérait qu'un billet de 500 € ne vaut plus rien ?
Jean-Michel Servet aborde cette question du temps de travail comme unité de valeur pour les échanges dans Les monnaies du lien, 2014, au chapitre Echanges de biens entre communautés et genèse externe des pratiques monétaires. Temps de travail et mesure des contreparties, pp.177-185. Il remet en cause l'idée, souvent héritée d'Adam Smith et d'une certaine interprétation de Marx, selon laquelle les sociétés dites « primitives » auraient réglé leurs échanges en fonction du temps de travail nécessaire à la production des biens. De nombreux exemples ethnographiques montrent que les marchandises sont souvent échangées selon leur volume, contenu d'un récipient, conventions locales ou utilité sociale ou des croyances religieuses, et non en fonction du travail qu'elles incorporent. Il explique que comparer les temps de travail est pratiquement impossible lorsque les groupes ne disposent pas des moyens de comparer les conditions de production de biens fabriqués par des travailleurs éloignés car ils ignorent souvent les conditions de production des marchandises échangées ; ils ne peuvent donc pas établir une équivalence fondée sur le travail. De plus, la valeur d'un bien dépend d'autres facteurs que le travail. Dans de nombreuses sociétés, la production est pensée comme le résultat de pratiques rituelles, de pouvoirs magiques ou d'interventions surnaturelles. L'efficacité symbolique et l'utilité du bien comptent davantage que le temps consacré à sa fabrication. Cela influence fortement la valeur des objet. En outre, même dans des sociétés relativement égalitaires, le temps de travail ne constitue pas une unité de régulation inconsciente des échanges. Les déséquilibres éventuels sont limités par l'abondance du temps libre, par le faible volume des échanges et par l'existence d'intermédiaires commerciaux pouvant réaliser des profits importants. L'auteur ajoute qu'il peut exister exceptionnellement des systèmes où les rapports d'échange sont approximativement proportionnels au temps de travail, mais cette correspondance ne résulte pas d'une "loi de la valeur" universelle : elle relève d'autres mécanismes sociaux. Il conclut que même lorsque les échanges sont inégaux en termes de temps de travail, ils ne conduisent pas nécessairement à une exploitation ou à un déséquilibre économique.
Pour approfondir cette question vous pourriez être intéressé·e par la lecture des livres indiqués ci-dessous car ils mettent en évidence ces deux conceptions très différentes de la valeur fondée sur le travail : l'économie classique (Smith, Ricardo, Marx), pour laquelle le temps de travail constitue la meilleure mesure théorique de la valeur des marchandises ou du moins de leur valeur d'échange, et l'anthropologie économique (Sahlins, Godelier), qui montre que, dans les sociétés historiquement observées, notamment non capitalistes, les échanges reposent généralement sur d'autres critères que le temps de travail. Ils reposent plutôt sur des normes sociales, des conventions, l'utilité, le prestige, les obligations réciproques ou des croyances religieuses et symboliques comme indiqué dans le texte de Servet.
Le capital / Karl Marx, 1867-1894, accessible sur Gallica dans lequel il écrit que le temps de travail socialement nécessaire constitue la mesure de la valeur des marchandises : seule la quantité moyenne de travail nécessaire à leur production crée de la valeur, et non le temps effectivement dépensé par chaque producteur.
Critique du programme de Gotha / Karl Marx ; traduit de l'allemand par Sonia Dayan-Herzbrun ; introduction, appareil critique, bibliographie et index par Sonia Dayan-Herzbrun et Jean-Numa Ducang, 2008. Rédigé en 1875 en réaction au projet de programme adopté lors du congrès d'unification des socialistes allemands à Gotha, ce texte est resté inédit du vivant de Marx. Il a été publié plus tard en 1891 par Friedrich Engels. Marx évoque, pour une société post-capitaliste, des certificats de travail. Ces certificats permettraient de retirer des biens de consommation correspondant à la quantité de travail fournie. Ils ne sont toutefois pas une monnaie, mais un dispositif de répartition. Mis en ligne par l'Université de Bourgogne Europe.
An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations = Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations d'Adam Smith, publié en 1776. Cet ouvrage majeur d'économie politique consacre le chapitre V du Livre I à la distinction entre le prix réel et le prix nominal des marchandises. Dans ce chapitre, Smith distingue le prix nominal, exprimé en monnaie, du prix réel, qu'il relie à la quantité de travail qu'un bien peut commander ou représenter. Il souligne que la valeur de la monnaie varie avec les circonstances économiques, alors que le travail offre un point de comparaison plus pertinent pour analyser la richesse sur de longues périodes. Cette distinction a profondément influencé les débats ultérieurs sur la théorie de la valeur. C'est l'un des passages fondateurs de la réflexion moderne sur la valeur, le travail et les échanges.
Principles of Political Economy and Taxation = Des principes de l'économie politique et de l'impôt / David Ricardo, 1817. Ouvrage fondateur de l'économie politique. Il a profondément influencé la pensée économique classique grâce à ses analyses de la valeur, de la répartition des revenus et du commerce international, et demeure une référence majeure dans l'histoire de la théorie économique. Normalement il est accessible librement sur Numelyo mais aujourd'hui le site dysfonctionne. Vous pouvez le lire sur Anthropomada.
Stone Age Economics / Marshall Sahlins, 1972 présent dans les collections de la BmL sous le titre Âge de pierre, âge d'abondance : l’économie des sociétés primitives. Marshall Sahlins (1930–2021) était un anthropologue culturel américain parmi les penseurs les plus influents de l'anthropologie de la seconde moitié du XXᵉ siècle. Ses travaux sur l'économie, l'histoire, la parenté et les sociétés du Pacifique ont profondément renouvelé la manière de comprendre les relations entre culture, histoire et comportement humain. D'après Servet, pour Sahlins, les populations ne comparent pas deux temps de travail mais le travail fourni pour le bien offert avec l'utilité du bien reçu. L'ouvrage est accessible en pdf, après inscription sur BNFA, Bibliothèque Francophone numérique accessible.
La production des grands hommes : pouvoir et domination masculine chez les Baruya de Nouvelle-Guinée / Maurice Godelier, 1982. Ouvrage d’anthropologie. Fondé sur un long travail de terrain en Papouasie–Nouvelle-Guinée, il est considéré comme une œuvre majeure de l’anthropologie sociale pour son analyse des rapports entre pouvoir, genre et organisation sociale. Godelier montre que les échanges sont également déterminés par les rapports sociaux, les obligations et le prestige, et non uniquement par le travail incorporé. Il insiste sur le fait que les échanges ne peuvent être réduits à un simple calcul économique. En lecture sur Internet Archive.
Système des contradictions économiques ou philosophie de la misère / P.J. Proudhon ; dir. de publication C. Bouglé, H. Moysset ; préfacé par et annot. par Roger Picard. Publié en 1846. Proudhon, célèbre pour sa proclamation, la propriété, c'est le vol ! développe celle-ci dans ce titre. Cet ouvrage constitue une critique implacable des fondements de l'économie politique classique et une plongée au cœur des antagonismes qui structurent la société bourgeoise. P.J. Proudhon y démontre comment les catégories économiques – valeur, division du travail, concurrence, monnaie – sont traversées par des contradictions insolubles, des « antinomies » qui engendrent nécessairement la misère au sein même de la richesse. Il ne propose pas un nouveau système utopique, mais une « philosophie » de la misère, une analyse dialectique de ces mouvements contradictoires qui font à la fois le progrès et le malheur de l'humanité. Ce livre, qui provoqua la fameuse réplique de Marx dans Misère de la Philosophie, reste un pilier de la pensée socialiste non-étatique et un outil puissant pour comprendre les crises récurrentes du capitalisme. Il provoqua la colère de Marx et la rupture entre les deux hommes. Une œuvre majeure, toujours actuelle, pour qui cherche à penser les contradictions de notre temps et les voies d'une émancipation réelle. Le tome 1 et le tome 2 sont en versions numérisées sur Gallica.
Maintenant, voyons ce qu'il se passerait si un hameau français supprimait les échanges monétaires de son territoire.
Dans toute économie, les acteurs économiques sont interdépendants et entretiennent des relations d'échange mutuelles (Le circuit économique [En ligne]). Des biens sont cédés par des entreprises à des consommateurs (des ménages) qui les reçoivent. En échange du bien cédé le consommateur donne de la monnaie car nous ne vivons pas à l'heure actuelle, dans une économie de troc, nous vivons dans une économie monétarisée. Mais cela n'a pas été toujours le cas. Il a existé et existe encore différentes formes de monnaies :
Avant que les pièces de monnaie ne soient frappées, les échanges se réalisaient par l'échange de denrées ou de marchandises entre elles (le troc), qui faisaient office de monnaie. Par exemple, une bête contre un outil fabriqué. Au début, certains produits particulièrement rares, comme le sel, ou des objets symboliques, comme des coquillages, ont également servi de monnaie. Le terme de monnaie marchandise est alors employé.
Les premières pièces de monnaie métalliques, qualifiées de monnaies à valeur intrinsèque, sont constituées par les espèces frappées avec du métal précieux et dont la valeur est celle du métal qu'elles contiennent. Si la datation des premières monnaies métalliques est imprécise, l'état actuel des découvertes archéologiques semble trouver les premières traces de cette monnaie vers le milieu du premier millénaire avant notre ère. Cette forme de monnaie subsiste actuellement à travers les pièces de collection, alors que la valeur métallique des pièces en circulation aujourd'hui est négligeable.
Ainsi, la monnaie à valeur intrinsèque est remplacée par la monnaie fiduciaire, constituée de pièces et de billets dont la valeur n'est plus fixée par la valeur matérielle qu'ils contiennent mais par la confiance que l'usager donne à leur valeur inscrite.
La monnaie scripturale fait son apparition avec la création des comptes bancaires. Il s'agit d'une écriture inscrite sur une ligne de compte. La monnaie scripturale peut être transformée en monnaie divisionnaire ou fiduciaire.
Source : Quelles sont les formes et les fonctions de la monnaie ?, Vie Publique
Si un hameau français ne reconnaissait plus l'euro sur son territoire, ce qui en pratique n'est pas réalisable car cette monnaie qui a cours légal en France (voir Article L111-1 du Code monétaire et financier et l'Article 34 de Constitution du 4 octobre 1958), il devrait tenter d'organiser sa vie économique autrement, sur une base volontaire. On peut distinguer plusieurs scénarios si les habitants renoncaient volontairement à utiliser l'argent entre eux. Ils pourraient échanger des biens et des services par le troc (pain contre légumes, réparation contre bois de chauffage, etc.), des banques de temps (une heure de travail contre une heure de travail), des dons réciproques, des biens mis en commun.
À petite échelle, cela pourrait renforcer les liens sociaux et réduire certaines inégalités de revenus. Des expériences similaires ont existé dans diverses communautés intentionnelles ou écovillages. Lire à ce sujet Une vie sans argent … Réalité ou utopie ? ou Eotopia, un écovillage vegan et presque sans argent, au pays des cigognes en France, Eco-villages - L’économie de l’écovillage de Pourgues : l’argent sans tabou, Coopérative Oasis - Uli Alto, le village où les gens veulent vivre sans argent et sans stress, Toits alternatifs - L’utopie « Piracanga » : cette communauté durable et autonome qui fonctionne, MrMondialisation). En revanche, plusieurs difficultés apparaîtraient rapidement car il faudrait trouver quelqu'un qui sache exactement ce que l'on propose en échange ; l'évaluation de la valeur de biens très différents est compliquée tout comme l'épargne et les investissements et peut-être que la rémunération des activités spécialisées (médecin, artisan, mécanicien) et non spécialisées resterait toujours difficile à estimer.
De plus, la limite principale se situerait dans les relations avec le reste de la France car le hameau aurait toujours besoin d'acheter de l'électricité, des médicaments, du carburant, des matériaux de construction, des équipements agricoles, l'accès à Internet, au téléphone, etc. Tous ces fournisseurs exigeraient des paiements en euros. Les habitants devraient donc obtenir des euros en travaillant à l'extérieur, en vendant leur production ou grâce à des revenus (retraites, salaires, prestations sociales). Autrement dit, même si les échanges internes étaient non monétaires, l'économie du hameau resterait reliée à l'économie nationale. N'oublions pas non plus les impôts et les obligations légales telles que cotisations sociales et taxes qui continueraient d'être dus en euros. Les commerces, entreprises ou exploitations agricoles du hameau devraient également respecter les règles comptables, les obligations fiscales, le droit du travail. La disparition de la monnaie locale n'effacerait pas les obligations juridiques. Cela pourrait être viable si la communauté était très petite (20 à 100 personnes), très autonome et produisait une grande partie de sa nourriture, son électricité... Elle pourrait fonctionner en grande partie sans argent entre ses membres mais pas totalement. En revanche, si la population venait à augmenter, il risquerait d'y avoir un retour d'une unité de compte (points, jetons, heures, crédits) permettant d'évaluer les échanges, la réapparition d'intermédiaires facilitant les échanges et une spécialisation croissante des activités. Dans son ouvrage fondateur Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Adam Smith explique que l'augmentation de la taille d'une communauté stimule la division du travail (spécialisation), rendant le troc direct impossible en raison de l'absence de double coïncidence des besoins :
Mais dans les commencements de l'établissement de la division du travail, cette faculté d'échanger dut éprouver de fréquents embarras dans ses opérations. Un homme, je suppose, a plus d'une certaine denrée qu'il ne lui en faut, tandis qu'un autre en manque. En conséquence le premier serait bien aise d'échanger une partie de ce superflu, et le dernier ne demanderait pas mieux que de l'acheter. Mais si par malheur celui-ci ne possède rien dont l'autre ait besoin, il ne pourra pas se faire d'échange entre eux. Le boucher a dans sa boutique plus de viande qu'il n'en peut consommer ; le brasseur et le boulanger en achèteraient volontiers une partie, mais ils n'ont pas autre chose à offrir en échange que les différentes denrées de leur négoce, et le boucher est déjà pourvu de tout le pain et de toute la bière dont il a besoin pour le moment. Dans ce cas-là, il ne peut y avoir lieu entre eux à un échange. Il ne peut être leur vendeur, et ils ne peuvent être ses chalands ; et tous sont dans l'impossibilité de se rendre mutuellement service. Pour éviter les inconvénients de cette situation, tout homme prévoyant, dans chacune des périodes de la société qui suivirent le premier établissement de la division du travail, dut naturellement tâcher de s'arranger pour avoir par devers lui, dans tous les temps, outre le produit particulier de sa, propre industrie, une certaine quantité de quelque marchandise qui fût, selon lui, de nature à convenir à tant de monde, que peu de gens fussent disposés à la refuser en échange du produit de leur industrie.
Autrement dit, même lorsqu'une communauté supprime officiellement la monnaie, elle tend souvent à recréer un mécanisme qui en remplit les principales fonctions : mesurer la valeur, faciliter les échanges et conserver une réserve de valeur.
En résumé, un hameau n'a aucune compétence juridique pour supprimer ou interdire l'utilisation de l'euro, qui est la monnaie ayant cours légal en France. Cependant les habitants peuvent choisir librement de privilégier le troc ou les échanges gratuits entre eux, mais ils ne peuvent pas empêcher quelqu'un d'utiliser l'euro ni se soustraire aux obligations légales qui s'expriment en euros. Il pourrait fonctionner en grande partie sans argent dans ses échanges internes, mais pas sans monnaie au sens économique, car il resterait dépendant des échanges avec le reste du pays.
Et si la France supprimait les échanges monétaires de son territoire ?
Si la France supprimait tout échange monétaire (ni euros, ni monnaie locale, ni monnaie électronique, ni crypto-actifs utilisés comme monnaie), il s'agirait d'une rupture économique sans précédent pour un pays industrialisé. Les conséquences seraient très probablement une désorganisation profonde du fonctionnement de l'économie moderne, non parce que la richesse réelle (les terres, les usines, les compétences) disparaîtrait, mais parce que le principal mécanisme de coordination des échanges serait supprimé.
D'abord les échanges deviendraient extrêmement difficiles car le troc ou d'autres formes d'échange direct est soumis à la double coïncidence des besoins comme on l'a vu plus haut. La Banque de France explique que la monnaie sert précisément à résoudre les difficultés du troc :
Money’s purpose, however, is not limited to measurement: money can also buy any goods or services available in an economy. It is a medium of exchange. This is the second function traditionally assigned to money. Here again, the function’s usefulness is often defined (by Adam Smith, for example) in comparison with a barter economy, in which an agent wanting to trade one commodity for another will not necessarily find a counterparty who owns the commodity sought and is willing to accept the commodity offered in exchange. Using a medium of exchange solves this classic problem referred to as a “double coincidence of wants”, which can limit trading opportunities. According to Irving Fisher, “Any property right which is generally acceptable in exchange may be called money”.
La fonction de la monnaie ne se limite toutefois pas à la mesure : la monnaie permet également d’acheter tous les biens et services disponibles dans une économie. C’est un moyen d’échange. Il s’agit là de la deuxième fonction traditionnellement attribuée à la monnaie. Là encore, l’utilité de cette fonction est souvent définie (par Adam Smith, par exemple) par opposition à une économie de troc, dans laquelle un agent souhaitant échanger un bien contre un autre ne trouvera pas nécessairement une contrepartie qui possède le bien recherché et qui soit disposée à accepter le bien proposé en échange. Le recours à un moyen d’échange résout ce problème classique appelé « double coïncidence des besoins », qui peut limiter les possibilités d’échange. Selon Irving Fisher, « tout droit de propriété généralement accepté en échange peut être qualifié de monnaie ».
Traduit avec DeepL.com (version gratuite)
Source : Payments and market infrastructures in the digital era : Chapter 1 Money, Banque de France, 17 December 2018
Le chapitre 27.1 Defining Money by Its Functions de Principles of Economics 3e / Steven A. Greenlaw, David Shapiro, Daniel MacDonald ; OpenStax, Houston, Texas. Dec 14, 2022 résume ce problème. Dans une économie comptant des millions de biens et de services différents, trouver un partenaire d'échange deviendrait extrêmement coûteux en temps :
Pour comprendre l’utilité de la monnaie, il faut imaginer à quoi ressemblerait le monde sans elle. Comment les gens échangeraient-ils des biens et des services ? Les économies sans monnaie fonctionnent généralement selon le système du troc. Le troc — qui consiste littéralement à échanger un bien ou un service contre un autre — est extrêmement inefficace pour coordonner les échanges dans une économie moderne et développée. Dans une économie sans argent, un échange entre deux personnes nécessiterait une double coïncidence des besoins, c’est-à-dire une situation où chacune des deux personnes souhaite obtenir un bien ou un service que l’autre est en mesure de fournir. Par exemple, si un comptable souhaite une paire de chaussures, il doit trouver quelqu’un qui possède une paire à sa taille et qui soit disposé à l’échanger contre quelques heures de services comptables. Un tel échange serait probablement difficile à organiser. Imaginez la complexité de tels échanges dans une économie moderne, avec sa division du travail très poussée qui implique des milliers et des milliers de métiers et de biens différents.
Traduit avec DeepL.com (version gratuite)
Ensuite, sans monnaie, il n'existerait plus d'unité commune permettant de comparer la valeur des biens. La Banque de France rappelle que la monnaie est définie par trois fonctions principales :
Money can also buy any goods or services available in an economy. It is a medium of exchange.
L'argent permet également d'acheter tous les biens et services disponibles dans une économie. C'est un moyen d'échange.
et
Economic approaches to money tend to be largely instrumental: they define money by the services it provides, echoing Francis Walker’s saying, “Money is what money does”. In other words, money is often seen as a way to eliminate trade frictions that would arise if it didn’t exist, i.e. in a non-monetary economy.
Les approches économiques de la monnaie ont tendance à être essentiellement instrumentales : elles définissent la monnaie par les services qu’elle rend, faisant écho à la citation de Francis Walker : « La monnaie, c’est ce que la monnaie fait ». En d’autres termes, la monnaie est souvent considérée comme un moyen d’éliminer les frictions commerciales qui surgiraient si elle n’existait pas, c’est-à-dire dans une économie non monétaire.
Source : Payments and market infrastructures in the digital era : Chapter 1 Money, Banque de France, 17 December 2018
Sans unité de compte il est impossible de fixer un salaire, de calculer un coût de production, de savoir si un investissement est rentable, d'établir une comptabilité comparable. Ceci empêcherait les entreprises de fonctionner puisqu'elles dépendent de milliers d'échanges quotidiens comme les matières premières, le transport, l'énergie, la maintenance, les logiciels, les assurances, la sous-traitance. Sans monnaie les fournisseurs ne pourraient plus être rémunérés, les salaires ne pourraient plus être versés, les contrats deviendraient pratiquement impossibles à exécuter. Les chaînes logistiques se rompraient rapidement. Cela se reporterait sur l'État qui ne pourrait plus fonctionner normalement puisque aujourd'hui l'État collecte l'impôt sur le revenu, la TVA, les cotisations sociales, les taxes diverses. Toutes sont payées en monnaie. Sans monnaie, il faudrait remplacer ces prélèvements par des contributions en nature ou en travail, ce qui représenterait une transformation complète de l'organisation administrative. De même les retraites, les allocations, les remboursements de santé, les traitements des fonctionnaires ne pourraient plus être versés sous leur forme actuelle.
Enfin, comme la France importe notamment du pétrole, du gaz, de l'uranium, des composants électroniques, des médicaments et des métaux rares, les échanges internationaux seraient beaucoup plus difficiles mais pas nécessairement impossibles puisqu'ils peuvent exister sous forme de compensation (clearing), troc entre États, accords bilatéraux, paiements en marchandises. Les partenaires commerciaux étrangers accepteraient-ils des échanges sans équivalent monétaire ? Nous voyons mal les entreprises négocier des échanges de marchandises contre marchandises à très grande échelle.
De plus les échanges ne disparaîtraient pas avec la suppression de la monnaie. Même sans monnaie officielle, les individus chercheraient sans doute des substituts : heures de travail, bons d'échange, unités de compte locales, marchandises très recherchées (carburant, alcool, métaux précieux, etc.), crédits mutuels. Autrement dit, une nouvelle forme de monnaie ou de quasi-monnaie aurait de fortes chances d'apparaître puisque l'histoire économique montre qu'une économie complexe tend à recréer spontanément un moyen d'échange largement accepté. En Mésopotamie (IIIe-IIe millénaire av. J.-C.) les échanges existaient déjà sous forme de troc, de paiements en nature (orge, bétail, textiles), mais la complexification économique a favorisé l'utilisation de l'argent métal pesé comme référence commune. En Grèce antique, VIIe-VIe siècles av. J.-C., la multiplication des échanges entre cités a favorisé l'apparition de monnaies métalliques standardisées. Dans des colonies américaines, à certaines périodes où la monnaie officielle manquait, les populations ont créé ou adopté spontanément des moyens d'échange. Par exemple en Nouvelle-Angleterre au XVIIe siècle, le tabac servit de monnaie, en Virginie, le tabac fut utilisé pour payer taxes, salaires et dettes, dans certaines colonies, les peaux de castor, les coquillages (wampum) ou des marchandises importées servirent d'équivalents monétaires. Dans certains camps de prisonniers alliés pendant la Seconde Guerre mondiale, les cigarettes distribuées par la Croix-Rouge devinrent une monnaie que même les non-fumeurs les acceptaient. Elles étaient divisibles, facilement échangeables et leur quantité était limitée. Durant des crises monétaires modernes, lorsque la monnaie officielle perd sa valeur, d’autres supports apparaissent (devises étrangères, marchandises, monnaies locales). De nombreux penseurs de l'économie, depuis Aristote jusqu'à Carl Menger, ont décrit cette tendance à l'émergence d'un moyen d'échange commun.
La suppression totale des échanges monétaires en France ne ferait pas disparaître les besoins économiques, mais supprimerait l'outil qui permet aujourd'hui de coordonner des millions d'échanges quotidiens. Les conséquences probables seraient une forte baisse des échanges, une désorganisation rapide des chaînes d'approvisionnement, l'arrêt d'une grande partie de la production industrielle, l'impossibilité de maintenir les finances publiques sous leur forme actuelle, la réapparition spontanée d'un autre moyen d'échange.
Pour résumer et reprendre votre réflexion qui touche à un point fondamental de l'économie, la monnaie est une institution sociale avant d'être un objet matériel. Un billet de 500 € n'a pratiquement aucune valeur intrinsèque ; sa valeur provient du fait qu'une communauté entière accepte de l'utiliser comme intermédiaire des échanges. Si ce consensus disparaît, le billet cesse effectivement d'être de la monnaie pour cette communauté. En revanche, nos sources conduisent à nuancer l'idée que si la monnaie disparaît, cela ne signifie pas que le temps de travail deviendra automatiquement l'unité de valeur. Comme évoqué plus haut, cette hypothèse est historiquement et anthropologiquement peu vraisemblable. La disparition de la monnaie ne fait pas apparaître spontanément une "économie du temps de travail".
Au sein d'une communauté, dans le cas où un consensus réellement partagé amènerait à décider qu'un billet de 500 € vaut désormais 0, l'euro cesserait effectivement d'être une monnaie. Mais par quoi remplace-t-on la monnaie ? Il existe une multitude de possibilités : échange direct de biens (troc), échange de services, comptabilité en heures de travail, comptabilité en unités de biens, obligations réciproques, règles coutumières. Le temps de travail n'est donc qu'une possibilité parmi beaucoup d'autres. Dans votre exemple vous proposez une baguette vaut une heure de travail dans la boulangerie. En théorie, c'est possible. Mais pourquoi une heure ? Pourquoi pas deux heures ? trente minutes ? trois heures de jardinage ? deux poules ? un panier de légumes ? Rien ne démontre que le temps de travail fournisse une mesure naturellement "juste". Cela pose le problème de l'hétérogénéité du travail. Prenons trois personnes. Un chirurgien, un boulanger et un maçon. Une heure de chacun vaut-elle exactement la même chose ? Cette conversion entre travaux différents est extrêmement problématique. Votre communauté devrait également décider si toutes les heures de travail ont la même valeur. Certains systèmes d'échange fondés sur le temps, comme les banques de temps, répondent par l'affirmative : une heure de jardinage vaut une heure de garde d'enfants ou une heure d'aide administrative. Ce choix repose toutefois sur un principe d'égalité sociale plutôt que sur une évaluation économique des compétences ou de la rareté des services. D'autres communautés pourraient au contraire souhaiter distinguer les activités selon leur qualification, leur pénibilité ou leur utilité, ce qui rendrait l'établissement d'équivalences beaucoup plus complexe. C'est loin d'être évident. La monnaie permet de contourner en grande partie ce problème. L'euro ne dit pas une heure de médecin = une heure de boulanger. Il dit simplement une consultation vaut 30 €, une baguette vaut 1,30 €. La monnaie permet donc de comparer indirectement des biens et des services très différents sans avoir à comparer directement les temps de travail.
Supprimer la monnaie ne signifie pas que toute activité économique s'arrête. L'économie continuerait probablement sous d'autres formes. Le véritable problème n'est pas la disparition de l'euro mais la naissance d'un nouveau consensus. Sur quoi allons-nous désormais nous mettre d'accord pour mesurer les échanges ? Ce n'est pas l'euro qui crée la valeur, mais le consensus social qui lui attribue cette fonction. Si ce consensus disparaît, la monnaie disparaît en tant qu'institution pour ce groupe. L'histoire des sociétés montre qu'une communauté peut retenir des critères d'échange très différents selon ses besoins, ses valeurs et son organisation sociale.
En guise de conclusion, rappelons qu'il existe des monnaies locales contemporaines parallèlement aux monnaies nationales. Certaines communautés créent des instruments complémentaires comme des monnaies locales citoyennes. Par exemple la Gonette à Lyon, l'Eusko au Pays basque, le Sol-Violette à Toulouse, la Roue en Provence, la Miel en Gironde, le Chiemgauer en Allemagne, la Bristol Pound au Royaume-Uni, l'Ithaca Hours aux États-Unis.
Autre alternative à la monnaie, les systèmes d'échange local (SEL) ou accorderies qui sont des réseaux d’échange où des personnes d’un même territoire échangent des biens ou des services sans utiliser l’euro (ou avec une unité de compte interne) et reposent généralement sur un principe de réciprocité : chacun peut offrir une compétence et recevoir en retour.
A l'étranger on trouve également des crédits internes entre entreprises comme le WIR en Suisse qui existe depuis 1934. Ce sont des systèmes où des entreprises échangent des biens ou des services en utilisant une unité de compte commune ou un crédit mutuel, plutôt qu’en payant immédiatement en monnaie nationale. Ils apparaissent souvent lorsque la liquidité manque ou pour faciliter les échanges entre membres d’un réseau. Ces expériences montrent que la fonction monétaire peut être reproduite à petite échelle lorsqu'un groupe d'acteurs partage une confiance commune.
Quelques documents qui pourraient vous intéresser
Réinventons la monnaie ! : les premiers pas vers un nouveau paradigme / Bernard Lietaer et Jacqui Dunne ; préface de John Perkins ; [traduit de l'anglais par Marie-Cécile Baland], 2016
Notre vision monétaire archaïque se trouve au croisement des débâcles économiques, sociales et écologiques contemporaines. C'est donc une conception radicalement nouvelle de la monnaie que deux experts internationaux proposent dans cet ouvrage.
Dans un style très accessible, les auteurs apportent des solutions pour une transition vers un avenir paisible, de partage, prospère et durable. Car oui : c'est possible !
Démontant les limites de notre système monétaire actuel avec brio, ils partagent ensuite leur enquête sur des avancées sociales, technologiques et monétaires éprouvées qui peuvent résoudre un grand nombre de problèmes.
Ils en tirent des leçons, tant pour les citoyens que pour les gouvernants et les chefs d'entreprise, propres à dynamiser de nouveaux comportements et à créer ainsi le monde plus sain auquel nous aspirons.
Des propositions fascinantes de créativité et d'efficacité sont déjà expérimentées dans de nombreux pays : monnaies locales ou complémentaires, Wir, civic, saber, C3, nouvelles banques...Ces expériences relatées en détail amènent à des modèles sociétaux profondément novateurs. Circulation de la monnaie, relocalisation et dynamisation de l'économie, systèmes d'échanges de services, rôle des citoyens, gouvernance, créations d'emplois, éducation, santé ... tout a changé. 4e de couverture
Les monnaies du lien / Jean-Michel Servet, 2014
Affirmer que les « monnaies primitives » sont un archaïsme peut être compris de deux façons. Soit elles sont un état premier et imparfait de nos propres usages monétaires supposés évolués. Soit elles sont l'expression d'une institution essentielle et commune à l'ensemble des sociétés humaines, et comparable aux langues. Dans ce cas, ces monnaies peuvent nous éclairer pour repenser aujourd'hui l'institution monétaire et contribuer à répondre aux impasses actuelles de la domination de la finance.
Reprenant des travaux qu'il a menés des années 1970 jusqu'à nos jours, l'auteur interroge la nature de la monnaie comme lien et pose notamment la question de l'inaliénabilité de richesses communes et du partage ainsi que celle des limites de la figure du don pour comprendre la réciprocité. En cela, l'ambition de l'ouvrage est d'offrir des outils nouveaux pour la socio-économie et de contribuer à la construction de l'économie solidaire comme une issue théorique et pratique à la crise. 4e de couverture
Repenser la monnaie : transformer les territoires, faire société / Marie Fare, 2016
Monnaies locales citoyennes en France, LETS au Canada et en Grande-Bretagne, banques de temps en Italie et en Grande- Bretagne, Accorderie au Québec, Ithaca Hour aux États-Unis, Chiemgauer en Allemagne, banques communautaires de développement au Brésil, il existe aujourd'hui pas moins de 5000 monnaies sociales et complémentaires dans plus de 50 pays de parle monde.
Si ces monnaies émergent dans des contextes de vulnérabilité, voire de crise économique, sociale ou environnementale, elles parviennent parfois à durer et à se faire reconnaître par les autorités politiques locales qui voient dans leur usage un moyen de soutenir une certaine dynamique de développement territorial. Marie Fare explore dans cet ouvrage les possibilités offertes par ces monnaies, qui permettent de doter les territoires d'une richesse, et qui sont aussi le symbole de la réappropriation d'un droit kidnappé par les autorités économiques. La monnaie est et doit rester un commun, mis au service d'un développement territorial durable. 4e de couverture
Les monnaies locales dans les dynamiques de transition / Yannick Lung, 2022
Depuis une douzaine d'années, on observe en France la diffusion d'un dispositif citoyen nouveau : les monnaies locales complémentaires. L'objectif de ces dernières est triple : relocaliser en partie les échanges sur leur territoire de façon à renforcer le lien social et l'économie locale ; orienter les dépenses des particuliers comme des entreprises vers des achats à faible impact environnemental, éthiques et solidaires ; permettre une réappropriation citoyenne de la monnaie. Ces monnaies peuvent ainsi accélérer les dynamiques de transition, dont l'urgence n'est plus à souligner.
Cet ouvrage vise à permettre à tout citoyen de comprendre le rôle et l'impact des monnaies locales. Il retrace leur émergence et leur diffusion et analyse les différents défis auxquels elles sont aujourd'hui confrontées. 4e de couverture
Mais où va l'argent ? / Marie-Louise Duboin ; préface de René Passet, 2007
D'où vient l'argent ? Quel est son rôle ? Qui décide de la création monétaire ? Comment le crédit est-il attribué ? Ces questions, peu soulevées tant l'argent et son omniprésence nous semblent naturels, méritent de l'être. Car qui sait aujourd'hui qu'il suffit d'une simple écriture pour créer du crédit ex nihilo et que cet énorme pouvoir est aux mains d'organismes d'intérêts privés ? Que même l'État s'est privé de cette possibilité de financement dans l'intérêt général ? L'auteur, proche des milieux altermondialistes, préconise une nouvelle économie de distribution où la monnaie, limitée aux besoins réels, serait consommée comme une marchandise. En soulevant, avec une bonne dose d'humour, ces sales questions d'argent qui nous concernent tous, ce livre iconoclaste remet les pendules à l'heure.
Le circuit de l'économie nationale / Albertini, Jean-Marie, 1975 consultable partiellement sur Google livres
Les mécanismes de la création monétaire [En ligne]
Bibliographies de documents conservés à la BmL à partir de la requête economie monnaie, sur les alternatives à la monnaie et sur l'histoire de la pensée économique.
Bonne journée
DANS NOS COLLECTIONS :
Ça pourrait vous intéresser :
Quelle était la bande son du feu d'artifice de la Sainte-Barbe...
L’acropole des va-nu-pieds. Juin 1848 : l’insurrection...