Pourquoi la loi de Jean-Baptiste Say est-elle appelée « loi des débouchés » ?
Question d'origine :
Bonjour, nous aimerions savoir pourquoi la loi de Jean-Baptiste Say, né à Lyon en 1767, est appelée « loi des débouchés ». Merci beaucoup !
Réponse du Guichet
La loi des débouchés est ainsi appelée parce que, pour Jean-Baptiste Say qui fut le premier à la formuler, la production crée les moyens d’acheter d’autres produits et ouvre donc des possibilités de vente... des débouchés.
La loi des débouchés repose sur l’idée que la production crée le pouvoir d’achat nécessaire pour acheter d’autres produits. Lorsqu’un producteur vend un bien, la valeur de cette vente devient un revenu pour ceux qui ont participé à sa production : salaires, bénéfices, dividendes, etc. Ces revenus permettent ensuite d’acheter d’autres biens et services. Ainsi, pour Say, les produits s’échangent contre d’autres produits. Produire crée donc simultanément des débouchés pour les autres productions. C’est pourquoi sa pensée a été résumée, plus tard, par la formule célèbre l’offre crée sa propre demande. Mais Say écrit plutôt que c’est la production qui ouvre des débouchés aux produits et qu’un produit terminé offre [...] un débouché à d’autres produits pour tout le montant de sa valeur. En bref, chez Say, ce n’est pas la demande qui crée en premier lieu le débouché, c’est la production, en créant des revenus et donc une capacité d’échange, qui permet l’achat d’autres productions.
Bonjour,
Un débouché est un nom masculin qui désigne principalement une issue vers un espace plus large, un marché pour des produits ou une perspective professionnelle.
Pourquoi la loi Say est appelée loi des débouchés ?
Jean-Baptiste Say est né à Lyon en 1767. Il est issu d'une famille protestante de Florac en Lozère, aujourd'hui siège du parc national des Cévennes créé en 1970. Après avoir quitté la région lors de la révocation de l'édit de Nantes, ses grands-parents vont vivre à Genève. Son père s'installe à Lyon où il se marie en 1765 puis à Paris. Jean-Baptiste a trois frères dont Louis (1774-1840), créateur des sucreries Say devenues en 1973 Beghin-Say (source : Jean-Baptiste Say, Wikipédia).
Il est considéré comme le principal économiste classique français selon, Jean-Baptiste Say, Ministère de l'Economie. On reconnaît aujourd'hui en Say l'un des promoteurs de la pensée libérale. Les questions qu'il a posées, encore discutées dans tous les pays, comme sa fameuse « loi des débouchés », dépassent le cadre de l'histoire des idées économiques écrit Pierre-Louis Reynaud dans l'Encyclopédie Universalis, SAY JEAN-BAPTISTE (1767-1832) qui résume son parcours professionnel :
il commença sa carrière comme commis de banque, et alla dès l'âge de dix-neuf ans en Angleterre, où il assista avec enthousiasme à la « révolution industrielle ». Il admire vivement l'ouvrage d'Adam Smith, La Nature et les causes de la richesse des nations ; aussi, dans son Traité d'économie politique...* (1803), Say opère-t-il une synthèse entre le libéralisme économique de Smith et les idées politiques et philosophiques de la Révolution française, qu'il avait louées dans une revue, La Décade. Pendant l'Empire, qu'il refuse de soutenir, il devient filateur de coton, et son entreprise prospère, mais ce n'est qu'à la Restauration qu'il peut à nouveau publier ; son Traité connaît alors de multiples éditions. Nommé en 1819 professeur au Conservatoire des arts et métiers, il édite en 1828 et 1829 les leçons qu'il y a données sous le titre : Cours complet d'économie politique pratique. En 1830, il est nommé professeur d'économie politique au Collège de France, chaire créée pour lui. À sa mort, survenue à Paris, il est l'économiste français le plus célèbre du temps.
* Le Traité d’économie politique/1841 est en lecture accessible sur Wikisource.
L'article du Ministère de l'Economie explique que la « loi de Say » (ou « loi des débouchés ») est essentielle pour les économistes libéraux et peut se résumer ainsi : toute offre crée sa propre demande. En pratique une entreprise qui met un bien sur le marché donne l’équivalent de sa valeur à ses salariés sous forme de salaires et à ses propriétaires sous forme de dividendes.
La vidéo Jean Baptiste Say - La loi des débouchés | DME, Draw my economy, 5 septembre 2017 l'explicite ainsi :
L'idée en est simple, simpliste, dirait-on. Le seul moyen pour que Monsieur X vende son ordinateur, et ce n'est pas un placement produit, c'est que quelqu'un, appelons-le Nathalie, puisse lui acheter.
Or, pour que Nathalie lui achète, il y a trois possibilités :
- soit Nathalie touche une aide sociale ;
- soit Nathalie touche un salaire ;
- soit Nathalie touche des dividendes.
Or, le salaire ou les dividendes viennent de la vente d'autres produits ou de services. Et l'aide sociale également, puisqu'elle provient d'impôts sur les revenus ou des sociétés.
Donc, c'est bien la production qui crée des débouchés aux produits.
L'offre crée sa propre demande.
Jean Baptiste Say - La loi des débouchés | DME
Reynaud dans SAY JEAN-BAPTISTE (1767-1832), Encyclopédie Universalis ajoute :
On l'a résumée dans la formule : « Les produits s'échangent contre les produits. » Comme l'écrit Say : « Dans tout État, plus les producteurs sont nombreux et les productions multipliées, et plus les débouchés sont faciles, variés et vastes. » Le pouvoir d'achat créé par le produit nouveau sert à acheter ce dernier plus tard ; il se dégage ainsi un équilibre naturel, car les ressources créées par le produit sont égales à sa valeur ; le débouché se mesure à la production.
C'est dans son Traité d'économie politique de 1803 que Say expose ce qui sera nommé plus tard la loi de Say mais les formulations les plus claires de sa loi sont issues de la 6e édition, livre I, chapitre XV, Des débouchés :
Il écrit que « c’est la production qui ouvre des débouchés aux produits », car « l’achat d’un produit ne peut être fait qu’avec la valeur d’un autre ». De fait, « un produit terminé offre, dès cet instant, un débouché à d’autres produits pour tout le montant de sa valeur ». Par conséquent, « le fait seul de la formation d’un produit ouvre, dès l’instant même, un débouché à d’autres produits ». La phrase, devenue adage, selon laquelle « l'offre crée sa propre demande », n’apparaît pas dans les écrits de l'auteur et n'est qu'une reformulation a posteriori.
Fondamentalement, le producteur d'un produit nouveau ouvre des perspectives nouvelles d'échanges, d'une part du fait qu'il offre quelque chose de plus aux autres, et devient de ce fait plus solvable ; d'autre part parce qu'il offre par son apport l'occasion pour les autres producteurs d'un nouveau débouché pour leurs produits.
Le paragraphe suivant extrait du chapitre sus-cité du Traité d'économie politique de Jean-Baptiste Say résume de manière concise son argumentation :
« Il est bon de remarquer qu’un produit terminé offre, dès cet instant, un débouché à d’autres produits pour tout le montant de sa valeur. En effet, lorsque le dernier producteur a terminé un produit, son plus grand désir est de le vendre, pour que la valeur de ce produit ne chôme pas entre ses mains. Mais il n’est pas moins empressé de se défaire de l’argent que lui procure sa vente, pour que la valeur de l’argent ne chôme pas non plus. Or, on ne peut se défaire de son argent qu’en demandant à acheter un produit quelconque. On voit donc que le fait seul de la formation d’un produit ouvre, dès l’instant même, un débouché à d’autres produits »
Autrement dit, plus il y a de biens produits, plus ces biens peuvent ouvrir une demande pour d'autres biens : en effet ces biens nouvellement produits peuvent être offerts en échange d'autres biens. Inversement, toute nouvelle demande qui n'est pas précédée d'une production préalable n'offre en réalité aucune perspective d'échange. En effet, il n'y a aucun débouché nouveau : cette demande est une demande insolvable qui ne peut stimuler la production.
La loi des débouchés est donc ainsi nommée par John Maynard Keynes car, pour Jean-Baptiste Say, la production crée les moyens d’acheter d’autres produits et ouvre donc des possibilités de vente... des débouchés.
Bonne journée
Ciao les nazes : torpiller son job en 19 étapes