Pourquoi l'agriculture biologique en France ne contient pas moins de cadium ?
Question d'origine :
Bonjour,
Les scientifiques ont alerté sur les méfaits du cadium. Ils ont indiqués que le cadium est très présent dans les engrais. Ils ont aussi déclaré que l'agriculture biologique n'est pas une bonne protection contre le cadium. Pouquoi ? A-t-on des chiffres sur la teneur moyenne en cadium dans l'agriculture ordinaire en France et en moyenne dans l'agriculture biologique en France ? A-t-on des statistiques comparatives sur certains produits en agriculture en France ordinaire et en agriculture biologique en France ?
Merci d'avance.
Bonne journée.
Réponse du Guichet
Les plantes cultivées en agriculture biologique contiennent moins de cadmium que celles issues de l'agriculture conventionnelle. Les intrants utilisés tendant à réduire la quantité de cadmium présent naturellement mais ne peuvent rien contre un sol contaminé antérieurement. Quoiqu’il en soit, il vaux donc mieux manger bio et éviter de fumer.
Bonjour,
Les deux seules occurrences « cadium » que j’ai trouvé se situent sur le site « clp-info.ineris » renvoyant vers le cadmium, ainsi qu’un retranscription automatique générée par une IA d’une interview d’un représentant de la FNSEA sur France Inter.
Nous répondrons à votre question en partant du principe qu’elle porte sur le cadmium et qu’il s’agit d’une faute de frappe.
Tout d’abord, qu’est ce que le cadmium ? Selon Wikipédia, il s’agit de :
l'élément chimique de numéro atomique 48, de symbole Cd. Le corps simple cadmium est un métal, sans rôle biologique et hautement toxique même à faible dose. [...]
[Il] est un élément du groupe 12 et de la période 5. Stricto sensu, c'est un métal pauvre, qui ne répond pas à la définition des éléments de transition par l'IUPAC[7] ; en pratique cependant, il est très souvent assimilé aux métaux de transition dans les manuels et de très nombreux ouvrages. Il fait partie du « groupe du zinc », ou groupe IIB, qui comprend, par numéro atomique croissant, 30Zn, 48Cd et 80Hg, éléments caractérisés par deux électrons sur la sous-couche s au-delà d'une sous-couche d complète. La configuration électronique du cadmium est [Kr] 4d10 5s2. Zinc et cadmium sont des métaux électropositifs assez semblables.
De nombreuses sources s’accordent sur sa dangerosité tels l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) qui dans un article intitulé : Qu’est-ce que le cadmium et quels sont les risques pour la santé ? explique :
Le cadmium est classé comme cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction. Il est reconnu comme cancérogène certain pour le poumon en milieu professionnel. Il est aussi suspecté d’induire d’autres cancers (pancréas, vessie, prostate et sein).
En cas d’exposition prolongée, même à faible dose par voie orale, principalement par l’alimentation, le cadmium entraîne des atteintes rénales, pouvant évoluer à terme vers une insuffisance rénale et une fragilité osseuse, augmentant le risque d’ostéoporose et de fractures.
D’autres effets indésirables sont également identifiés notamment sur le neurodéveloppement et le système cardio vasculaire.
D’autres publications institutionnelles complètent et renforcent le rapport de l’ANSES telles AMELI ou le site Santé.fr
Concernant l’agriculture biologique, l’Agence Bio explique dans une courte publication qu' :
En bio quand on utilise des engrais phosphatés, on a une obligation réglementaire qu’il y ait des teneurs en cadmium plus faible qu’en non bio :
Les pratiques des agriculteurs montrent qu’ils utilisent très peu d’engrais phosphatés, ils utilisent d’autres formes d’engrais organiques. C’est une pratique pas une obligation réglementaire
La limite de la teneur en cadmium des engrais phosphatés est de 60mg/kg en bio (90mg/kg en conventionnel)
Vous pouvez compléter cette information lapidaire par un article très complet produit par l’INRAE Pourquoi y a-t-il du cadmium dans les sols et comment le retrouve-t-on dans l’alimentation ?
En agriculture biologique les engrais de synthèse sont interdits mais pas les engrais naturels. C'est ainsi que les roches phosphatées broyées sont autorisées alors que les engrais phosphatés dérivés de ces roches sont interdits. Selon leur origine géographique et géologique, les roches phosphatées contiennent des quantités variables de cadmium. Donc si des roches phosphatées contaminées au cadmium sont apportées en agriculture biologique, elles vont apporter ce métal au sol tout comme les engrais conventionnels de synthèse.
Cependant les travaux récemment conduits sur le sujet par le projet Phosphobio montrent qu'aucune des 140 exploitations certifiées « agriculture biologique » étudiées n'utilisaient de roches phosphatées. Aussi, l'apport de matière organique en AB rend le cadmium moins disponible pour les plantes, un phénomène qui dépend toutefois du pH du sol. À signaler également, les parcelles reconverties en bio héritent souvent du stock de cadmium naturel et de celui apporté par l'Homme. Ainsi, la contamination au cadmium des sols en AB dépend de la teneur en cadmium du sol et de son pH, du niveau de contamination de la matière organique et de la quantité apportée.
Dans la littérature scientifique, on observe qu'en moyenne, le bio est moins contaminé mais pas systématiquement et pas pour toutes les cultures. Une étude (mobilisant peu de données en France) indique qu'en moyenne les aliments bio sont moins contaminés (-48 %) que les non bio, mais dans le détail si cet effet est assez clair pour les céréales, il l'est moins pour les légumes. Une étude2 plus récente n'a pas pu montrer de différence de teneur en cadmium entre les aliments bio et non bio en France. Des études complémentaires en France sont indispensables pour établir un comparatif plus fiable.
Enfin, un site médical Qare explique qu’en cas d’intoxication grave, seule la chélation hospitalière permettrai d’éliminer le poison. La meilleure des préventions restant
Cependant, mercredi 3 juin 2026, l'Assemblée nationale, contre l’avis du gouvernement et du RN, a adopté la proposition de loi visant à réduire les risques sanitaires liés aux contaminations au cadmium dans l’alimentation, en première lecture.
Le dispositif prévu par l’article unique de la proposition de loi adoptée repose sur une trajectoire de réduction de la quantité de cadmium dans les engrais phosphatés en deux étapes, fondée sur un calendrier progressif :
à compter du 1er janvier 2027, la teneur en cadmium ne pourra excéder 40 milligrammes par kilogramme d’anhydride phosphorique (P₂O₅) ;
à compter du 1er janvier 2030, ce seuil sera abaissé à 20 milligrammes par kilogramme d’anhydride phosphorique (P₂O₅).
Le texte doit désormais poursuivre son parcours législatif et être examiné au Sénat, où une majorité d'élu.e.s devrait être hostiles, si ce n'est à son objectif, du moins à la trajectoire qu'il propose. Pour l'heure, Benoît Biteau [député écologiste, porteur du projet] a invité le gouvernement, au regard de ses mesures réglementaires à venir, "à modifier sa trajectoire, et à respecter la position de la représentation nationale".
Sur les débats que provoque cette proposition de loi et ses conséquences :
Un reportage de France TV : Pourquoi les Français sont-ils autant exposés au cadmium, ce métal lourd toxique pour la santé ?
Une prise de position de la FNSEA : Cadmium : le président de la FNSEA favorable à un abaissement des seuils dans les engrais phosphatés si des alternatives sont possibles
Un avis de la FNAB (Fédération Nationale de l’agriculture Biologique) : Cadmium : la bio injustement mise dans le même sac que le conventionnel
Cadmiument votre
Vous pourrez trouver à la bibliothèque :
Biblio sur la pollution aux métaux lourds
Rapport sur les effets des métaux lourds sur l'environnement et la santé de l’Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques ; présenté par Georges Miquel
Halte aux métaux lourds de Stéphane Tétart ; avec la collaboration d'Alix Lefief-Delcourt
Tous intoxiqués mais le ventre plein ? : dioxine, OGM, nitrates & Co de Vincent Liévin
Le syndrome de l’imposteure [BD]