Que sont devenus les lions d'un concours de sculpture en 2004 ?
Question d'origine :
Bonjour à l'Equipe du Guichet,
En 2004 (il me semble), à la suite d'un concours de sculptures de lions, certaines ont été achetées, ornant quelques lieux de la ville. Si certains lions décorent encore le Palais du Commerce côté place de la Bourse, ou la cour du Musée des Miniatures et du Cinéma, d'autres ont disparu et j'aimerais savoir ce qu'ils sont devenus.
Par exemple, il y en avait un dans le hall de l'Office du Tourisme, mais lorsque j'ai posé la question, seules des stagiaires étaient présentes et elles n'ont pu me répondre, n'ayant jamais connu la présence d'une telle sculpture..
Le deuxième lion, que je croisais régulièrement rue Neyret, devant "Léon de Lyon", a disparu lui aussi depuis le rachat du restaurant.
Vous serait-il possible de retrouver la trace de ces deux lions ?
Bonne recherche, et merci pour votre réponse.
Cordialement
kalichat
Réponse du Guichet
Les deux lions proviennent vraisemblablement de la vente aux enchères de la biennale « 60 Lions, 60 lieux, 60 artistes », organisée à Lyon en 2004. Le lion ailé de Renato Montanaro, acheté par l’Office du tourisme aurait servi à sa communication. Il avait été acheté dans l'intention de l'offrir à la ville de Lyon. Cette sculpture réapparait mystérieusement dans le catalogue de l'ultime édition de la biennale des lions en 2023, mais nous ignorons où celle-ci se cachait entre temps.
Le second, œuvre de l’artiste lyonnaise Sylvie Margot, fut probablement acquis par le Bistrot de Lyon. Il aurait ensuite été installé devant le restaurant Léon de Lyon, rue Pleney, avant de retrouver, en 2021, la rue Mercière et son établissement d’origine, où il semble toujours trôner aujourd’hui. Nous avons pris contact avec la biennale et le Bistrot de Lyon pour plus d'informations.
Bonjour,
Votre question fait référence à l'événement artistique "60 lions, 60 lieux, 60 artistes" qui s'est déroulé à Lyon du 4 juin au 4 septembre 2004. Initialement porté par l'association Emma Productions sous un format plus modeste, "21 Lions pour Lyon - Hommage au Monde", sensé célébrer l'entrée de la ville dans le XXIème siècle, ce projet a finalement reçu un soutien décisif de la mairie pour devenir l'événement que l'on connait.
Redimensionné à la hauteur de ses nouvelles ambitions, la ville a transformé ce projet en manifestation internationale sensée célébrer les 60 représentations diplomatiques de la ville. Peintres, sculpteurs, plasticiens etc. ont été sélectionnés pour interpréter à leur manière cet emblème de la ville, réalisé à partir d’un même moule en résine. 45 artistes rhônalpins et français, ainsi qu'une quinzaine d'artistes internationaux ont pu exprimer leurs talents, certains travaillant sous les yeux du public le temps d'une résidence artistique d'une semaine qui a eu lieu en mai sous le grand dôme de l'hôtel Dieu. Les oeuvres ont ensuite été disséminées aux quatre coins de la ville sur les places, dans les rues, dans les parcs et même au sein d'institutions publiques.
Toutes les sculptures présentées lors de cet événement sont visibles sur le site de la biennale des lions.
Enfin, l'événement s'est clôturé au mois de septembre par la vente aux enchères des lions qui s'est tenue dans le Salon d'Honneur de l'hôtel de ville, plein à craquer pour l'occasion. Entreprises, institutions et particuliers se sont fait acquéreurs des 60 scultpures pour une somme totale de 544 500 euros. Les 130 000 euros de bénéfices (le reste revenant aux artistes ou couvrait les investissements de l'association) ont alors été répartis au profit d’œuvres caritatives : l'association Mornantaise pour personnes handicapées, l'association Schams (Soleil), en soutien à l'Algérie, et la Maison des cultures amérindiennes du Québec.
Une partie du détail de la vente a été révélé par Mohamed Attia, président de l'association Emma productions, dans un entretien accordé à Regis Neyret, en introduction de l'ouvrage commémoratif Lyon ou le rêve des lions, Mohamed Attia ; préf. de Jacques Lacarrière (Emma productions, 2004), que nous avons pu consulter dans nos collections.
Nous pouvons vous citer quelques noms d'entreprises et institutions ayant achété des lions ce soir là : L'Olympique lyonnais (qui exposa l'oeuvre dans sa boutique), la Cegid (Compagnie européenne de gestion par l'informatique décentralisée, société créée par Jean-Michel Aulas), Aventis Pasteur (aujourd'hui Sanofi Pasteur), les laboratoires Boiron, les casinos "Le Lion vert" (Pasino Grand Partouche) et "Le Pharaon" (Casino Partouche Lyon), la Brasserie Georges, le Bistrot de Lyon, Lyon Parc Auto (Hôtel de ville), l'aéroport Saint-Exupéry ou même encore une pharmacie de Villeurbanne. Mohamed Attia précise que la vente s'est partagée entre 20 particuliers et 40 institutions/entreprises.
Forte de son succès la biennale a connu plusieurs éditions successives. La dernière en date a eu lieu en 2023. Si cela vous intéresse, nous revenions sur ces précédentes éditions dans cette réponse du GDS : Sculptures de lions de "Lyon ou le rêve des lions" (2017)
Mais revenons à votre question. Que sont devenus les lions qui étaient visibles dans le hall de l'Office du tourisme et devant le restaurant Léon de Lyon, au 1 rue Pleney ?
L'entretien susmentionné révèle que l’Office de tourisme s’est bien procuré un lion pour servir à sa communication. Mais Attia explique que la sculpture avait été achetée pour être ensuite offerte à la ville de Lyon. Il s'agit du lion ailé de l'artiste Renato Montanaro, achété 5800 euros selon ce site amateur qui nous replonge aux origines d'internet. Pendant la biennal, ce dernier était placé au parc de la Tête d'Or, il aurait ensuite été exposé dans divers salons européens (Barcelone, Eurexpo, Londres etc.) couverts par l'Office avant d'être installé dans le Jardin de la Basoche du Vieux-Lyon (p.14 Lyon ou le rêve des lions, 2004). Une photo du lion exposé dans le hall de l'Office du Tourisme est visible sur le site Famille Castelbou (descendre dans l'encarté au bas de la page).

Lion de l'artiste Renato Montanaro (C). Photo extrait du site internet https://www.renato-montanaro.com/
Or, le lion qui est aujourd'hui encore visible place de la Basoche (à côté du musée des miniatures) n'est pas celui de R. Montanaro. Il s'agit en réalité de la seconde oeuvre acquise ce jour-ci, très probablement le lion de l'artiste autrichien Markus Friedemann Strieder, achété par un particulier (un certain Michel Garcia) et offert à la ville de Lyon dans la foulée. Souvent méconnu, nous pouvons authentifier le nom de l'artiste grâce au livre Lyon ou le rêve des lions (p. 118-119). Ce dernier était aussi originellement exposé au parc de la Tête d'Or.
Plus étonnant, nous retrouvons le lion de Montanaro référencé dans le catalogue d'exposition parmi les sculptures exposées lors de l'ultime biennale des lions qui s'est déroulée à Charbonnières-les-bains en 2023. Il est indiqué au numéro 23. D'après les photos de promenade de ce cycliste, ce lion était exposé square verdun entre mars et juin 2023.
Le lion qui trônait devant le restaurant Léon de Lyon au 1 rue Pleney était le lion de Sylvie Margot, artiste lyonnaise décédée en aout 2025. Nous pensons que sa disparition est survenu quelques temps après le rachat de l'établissement et des travaux effectués entre 2018 et 2019 par l'humoriste Laurent Gerra et deux associés. Cet article du Progrès illustre d'une douzaine de photos la réouverture des lieux et inclut à son diaporama un cliché du lion dans la rue. Le lion a donc été retiré après cette date.
Mais tout ceci se complique puisque nous trouvons également des photos de ce même lion devant le Bistrot de Lyon (en bas de ce site, lorsqu'il est question de leur relocalisation) probablement juste après la vente aux enchères en 2004. Le lion de Sylvie Margot serait le lion acheté par le Bistrot de Lyon, qui faisait partie de liste des acheteurs de Mohamed Attia citée plus haut. Comment a-t-il atterri ensuite rue Pleney ? Nous l'ignorons. Mais surprise, il réapparait à nouveau devant le restaurant rue Mercière en 2021 sur cette photo publiée sur Facebook par le Bistrot de Lyon. Il faut croire qu'un arrangement a dû être passé entre les deux établissements pour qu'il revienne à son établissement d'origine. Le petit cartel explicatif avec le nom de l'artiste est même encore là, aux pattes du lion.

Photo (C) Bistrot de Lyon. Facebook et Instagram, 2021.
Une recherche par image révèle que de nombreuses photos du lion publiées sur les réseaux sociaux ainsi que des sites gastronomiques récents continuent de montrer la devanture du restaurant accompagné du majestueux félin. Il est toujours affiché en page d'accueil du diaporama du site du restaurant.
Pour mieux comprendre le parcours de ces lions, nous avons écrit à la biennale pour comprendre comment le premier est réapparu dans les collections de l'édition 2023. Nous avons aussi contacté le Bistrot de Lyon pour comprendre le va-et-vient de la statue entre les deux restaurants et plus largement son histoire depuis 2004.
Nous reviendrons vers vous dès que de plus amples informations nous serons parvenues.
En vous souhaitant une bonne journée.
Reflet dans un diamant mort