Auriez-vous des articles sur l'explosion d'un commissariat de la Guillotière en 1951 ?
Question d'origine :
Bonjour,
Je cherche une trace dans la presse locale d'une explosion dans un commissariat de la Guillotière supposément en 1951. Mon grand-père aurait participé à cette grosse bêtise avec ses amis lorsqu'il avait 12 ans. Il m'a raconté que l'événement avait été décris dans la presse. Pour l'instant je n'ai pas réussi à retrouver d'archives pour cette année précise. Si vous pouvez m'aider, j'en serais grandement reconnaissant.
Réponse du Guichet
Dans les années 50, le maintien de l'ordre étant l'apanage de la Sûreté nationale sous l'autorité directe de la Préfecture, le lieu privilégié pour consulter les archives des affaires policières locales est donc les ADRML. Des sources complémentaires se trouvent aux AML.
Le commissariat de la Guillotière, crée en 1896, était aussi appelé Hôtel de police Desaix, ce que confirment les annuaires lyonnais. La presse locale lyonnaise des années 50 n'étant pas numérisée, ni indexée en ligne, nous vous conseillons de préciser la période de votre recherche pour dépouiller sur place des documents régionaux dont Le Progrès de Lyon ou Le BMO conservés à la BmL.
Notre recherche avancée sur la base de presse de la BnF Retronews a été vaine pour l'année 1951. En revanche, plusieurs attentats visant des commissariats lyonnais, dont des attaques à l'explosif, eurent lieu en 1958 dans le contexte la Guerre d'Algérie et sont documentés ci-dessous.
Bonjour,
Vous cherchez des articles de la presse locale relatant une explosion dans un commissariat de la Guillotière qui aurait eu lieu au cours de l'année 1951.
La Guillotière est un quartier de la ville de Lyon, situé sur la rive gauche du Rhône. Le quartier, essentiellement situé dans le 7e arrondissement, s'étend aussi sur le 3e arrondissement vers la place Gabriel-Péri. Le quartier actuel ne couvre qu'une petite partie de l'ancienne commune de La Guillotière, entièrement rattachée à la ville de Lyon le 24 mars 1852. Pour plus de précisions sur ce quartier, consultez Secteur urbain de la Guillotière (Patrimoine Auvergne Rhône-Alpes).
Dans les années 1950, les commissariats lyonnais appartiennent à une police d’État, héritée de l’étatisation de 1851 :
Sauf à Paris (dotée d’un statut particulier depuis la loi du 28 pluviôse an VIII – 17 février 1800) et sauf dans les villes de l’agglomération lyonnaise (où une police d’État est en place depuis 18513), le maire dispose de pouvoirs de police étendus. [...]
(3) La loi des 19-24 juin 1851 dispose dans son article 1er que « le Préfet du Rhône remplira, dans les communes de Lyon, La Guillotière, la Croix-Rousse, Vaise, Caluire, Oullins et Sainte-Foy les fonctions de préfet de police, telles qu’elles sont réglées par les dispositions actuellement en vigueur de l’arrêté des consuls du 12 messidor an VIII ». Les fonctions de police sont déléguées à un secrétaire général pour la police (art. 5).
Source : Le maire et son commissaire. Une histoire des polices municipales sous la Troisième République - Institut des hautes études du ministère de l'Intérieur (IHEMI).
À Lyon, dans les années 50, le maintien de l'ordre et le secours étaient ainsi l'apanage de la Sûreté nationale, sous l'autorité directe de la Préfecture, comme le confirme l'étude de Mathieu Perrin : Les personnels de police à Lyon à la fin des années 1950. In: Bulletin du Centre Pierre Léon d'histoire économique et sociale, 1999 n°1-2,1999. Métiers et statuts. pp. 82-95.
Le commissariat de la Guillotière, crée en 1896, était aussi appelé "hôtel de police Desaix", selon La Lettre de la Société lyonnaise d’histoire de la police, n° 13, 2014. L'inventaire des ADRML (4332W 1-257) Commissariats et postes de police de Lyon (1852-1981) comporte d'ailleurs la note suivante :
Dans le 3ᵉ arrondissement, Desaix ou Dunoir
L'Indicateur lyonnais Henry de 1951, conservé au Silo régional de la BmL, confirme l'existence de l'Hôtel de Police, rue Desaix, n°28, en tant que Commissariat spécial près de la Préfecture. L'indicateur liste aussi tous les postes de police par arrondissement. Pour les 3e et 7e arrondisements sont notées les adresses suivantes :
3e arrondissement
Rue Molière, 97 (caserne)
Rue Pierre-Corneille, 100 (Préfecture)
Rue Sévigné, 25
Rue Tête d'Or, 123
Rue Desaix, 28
Rue St-Théodore, 14
7e arrondissement
Place Jean-Macé, 16 (Mairie)
Ch. Culattes, 232
L'Annuaire Fournier de 1951 indique également pour le commissariat de police du quartier Guillotière :
M. Mazard, 28, rue Desaix.
Les mots clés à repérer pour votre recherche sont ainsi :
Commissariat / Hôtel de police / Poste de police
Lyon / Guillotière / Desaix / Dunoir / 3e arrondissement / 7e arrondissement
explosion, détonation, bombe, grenade...
1951
Étant donné que la police lyonnaise relevait dans les années 50 de la Sûreté nationale sous l'autorité directe de la Préfecture, nous vous invitons à consulter les Inventaires des Archives Départementales du Rhône et de la Métropole de Lyon (ADRML) de la série Police et du Cabinet du Préfet (Séries W) qui recevait quotidiennement les rapports de la Direction Générale de la Sûreté Nationale (bulletins d'information, rapports sur le maintien de l'ordre, surveillance des mouvements politiques/syndicaux, affaires criminelles majeures). Voici quelques pistes :
- Préfecture du Rhône. Cabinet du préfet 1935-1964 : 437W 1 - 437W 260 ;
- Administration générale du département. Versement du cabinet du préfet. Préfecture du Rhône 1940-1970 : 668W 1-127 ;
- Affaires criminelles. Service régional de police judiciaire de Lyon (SRPJ) 1936-1983 : 3849W 1-7 ;
- Commissariats de police de Lyon. Police urbaine 1906-1975 : 3857W 1-3857W73 ;
- Commissariats et postes de police de Lyon 1852-1981 : 4332W 1 - 257.
Pour plus de précisions et d'informations, n'hésitez pas à contacter directement les ADRML.
Outre les inventaires des ADRML, il conviendrait de dépouiller sur place à la BmL, l'année 1951 du Progrès. Edition de Lyon [Revue] 1859 - , laquelle n'est malheureusement pas accessible en ligne.
En effet, la presse lyonnaise numérisée sur Numelyo, la bibliothèque numérique de la Ville de Lyon couvre la période 1790-1944 et la base Europresse (consultable via un abonnement BmL) recense tous les articles des différentes éditions du Progrès depuis janvier 1997. De même Gallica met à disposition 60 titres de presse ancienne de la région, interrogeables en texte intégral, des années 1807 à 1944...
Aussi, avant de vous lancer dans le dépouillement sur place du Progrès de Lyon, serait-il préférable de connaître la période exacte ou du moins le mois de l'année 1951 où a eu lieu cette explosion.
Le Progrès de Lyon est en tout cas accessible sur demande pour une consultation dans la salle régionale du 4e étage de la BmL :
Comment ?
Une pièce d’identité est exigée.
Il faut compter environ 30 minutes d’attente.
Il est possible de réserver un document en écrivant à bm@bm-lyon.fr avant de passer à la Bibliothèque pour le consulter. Le document vous attendra à la banque d’accueil de la salle et vous sera remis dès votre arrivée.Où ?
Leur consultation se fait dans la salle sur des tables réservées à cet usage.
Source : La Documentation Régionale (BmL)
Autres revues et documents administratifs de la Documentation Régionale que vous pourriez dépouiller pour une consultation sur place également :
Le Journal du soir [Revue] : [Lyon] (N°1, 6 mars 1950-n°2965, 30 sept 1959 (qqs lac.) ;
Procès-verbal - Conseil municipal [de Lyon] [Revue] : annexe au Bulletin municipal officiel ;
Bulletin municipal officiel - Lyon (BMO) [Revue] ( n°1, 5 juill 1896 -n°6504, 5 décembre 2022).
Nous avons consulté la rubrique C'est arrivé à Lyon des Archives municipales de Lyon, qui ne mentionne pas un tel événement pour l'année 1951. Nous vous conseillons toutefois de consulter sur place les dossiers de coupures de presse thématiques, conservés aux Archives municipales de Lyon, (voir l'Inventaire), notamment la boîte d'archives 3Cp/103 : Affaires particulières (par année : XIXe à 1986). La salle de lecture des AmL propose également une sélection d’ouvrages sur l'histoire lyonnaise classés par thème et en accès libre qui pourraient vous être utiles.
Grâce à notre abonnement professionnel, nous avons pu effectuer une recherche avancée dans la base de presse de la BnF Retronews, en croisant des critères de date (année 1951) et les mots clés sus-cités, mais en vain.
Nous avons trouvé deux faits divers ayant eu lieu à la Guillotière en 1951, mais sans lien avec votre recherche :
Paris-presse, L'Intransigeant, 12 août 1951, p. 3/6
Auriez-vous des précisions sur le contexte de cette explosion (type de conflit, attentat volontaire, accident, etc.) ?
Des attentats visant des commissariats eurent lieu à Lyon pendant la période de la guerre d'Algérie. Ainsi, l'article universitaire de Marc André publié en 2014, Les groupes de choc du FLN. Particularités de la guerre d'indépendance algérienne en métropole (Revue historique, 669(1), 143-178), fait mention en bas de page (pp. 159-160) de trois attentats en 1958 ciblant des postes de police lyonnais, dont un attentat à l'explosif ayant été déjoué au poste de police de la rue Marc-Antoine Petit (Perrache).
58. Le groupe de choc de Mohamed Achouri lance deux attaques sur des postes de police. Le 5 septembre 1958 à 19 h 30, une première équipe prend pour cible le commissariat de police de la place Jean Macé à Lyon. Deux groupes contournent le poste quand Salah Dehil ouvre le feu avec un pistolet automatique 22 long rifle sur le sous-brigadier Armand Sudon qui traverse la chaussée pour monter dans sa voiture. Atteint à l’abdomen, il meurt sur le coup tandis qu’une chasse à l’homme débute.
Une deuxième équipe attaque au même moment le poste de police de la rue Marc-Antoine Petit. La mèche de l’engin est éteinte par le policier. AJM, Dossier Mohamed ACHOURI*.
59. Une autre attaque spectaculaire est celle menée par Abderrahmane Lakhlifi le 20 septembre 1958 : les postes de police et le commissariat de police de permanence de nuit de la place Antonin Poncet (en plein cœur de Lyon) sont mitraillés. Sept personnes sont blessées.
Source : Les groupes de choc du FLN. Particularités de la guerre d'indépendance algérienne en métropole. Revue historique, 669(1), 143-178 / Marc André, 2014.
Une autre source directement utile est l’article du 8 septembre 1958 du journal Le Monde 1944-1994 [Revue], conservé sous forme imprimée au Silo moderne de la BmL, décrivant trois attaques pour le 5 septembre 1958 : l'attentat à l'arme à feu du poste de police de Jean-Macé et l'attentat au cocktail-Molotov du poste de police rue Marc-Antoine Petit décrits plus haut mais également une bombe retrouvée devant le poste de police de la rue des Remparts-d’Ainay, neutralisée après l’intervention fortuite d'un chien :
Voici la retranscription :
Lyon, 6 septembre. — Les commandos terroristes nord-africains ont mortellement blessé un gardien de la paix en attaquant vendredi soir, vers 20 heures, deux commissariats de police, l'un situé dans le quartier Jean-Macé, l'autre Marc-Antoine-Petit, à Perrache. Un attentat contre un troisième, rue des Remparts-d'Ainay, dans le même quartier, a échoué. Deux des agresseurs ont été atteints par une rafale de mitraillette, trois autres ont été arrêtés.
L'attaque la plus grave a été dirigée contre le commissariat Jean-Macé. M. Armand Sudan, gardien de la paix, était au volant d'une voiture-pie et s'apprêtait à partir en patrouille lorsque trois Nord-Africains surgirent. Plusieurs coups de feu claquèrent. M. Sudan s'affaissa sur son volant et devait succomber à l'hôpital Edouard Herriot où il fut transporté. Les agresseurs tirèrent encore sur deux gardiens qui stationnaient devant la porte du commissariat et s'enfuirent aussitôt.
La présence de piétons empêcha les policiers de riposter sur-le-champ. Ils s'élancèrent à la poursuite des terroristes : d'une rafale de mitraillette ils abattirent l'un d'eux ; les deux autres disparurent. Mais l'alerte avait été donnée entre temps, et le quartier fut rapidement cerné et fouillé. Les deux fuyards furent retrouvés au fond d'une impasse, l'un d'eux avait été blessé à la cuisse.
Le raid effectué contre le commissariat de la rue Marc-Antoine-Petit se solda par un échec. Un « cocktail-Molotov » avait été jeté par les terroristes dans le couloir du poste, mais il n'explosa pas. Les agresseurs réussirent à s'enfuir.L'attentat qui visait le commissariat de la rue des Remparts-d'Ainay échoua grâce à un curieux hasard : un chien apportant en soirée à sa maîtresse un paquet qu'il avait pris devant le volet de fer d'où au poste de police. Ce paquet contenait une boîte d'où dépassait un cordon consumé. La police et le service de déminage alertés découvrirent une bombe à grande puissance dont la mèche s'était prématurément éteinte.
— Trente-cinq Nord-Africains, soit tout l'état-major de la kasma du quartier de Vaise, à Lyon, ont comparu devant le tribunal correctionnel de Lyon. Quatre ont été relaxés à des peines allant de quinze mois à trois ans de prison.
Pourrait-il s'agir d'une de ces quatre attaques, dont voici le récapitulatif :
5 septembre 1958 :
1/ Commissariat de la place Jean-Macé, dans le 7ᵉ arrondissement : attaque à l’arme à feu ; le sous-brigadier Armand Sudon fut mortellement blessé.
2/ Commissariat de la rue Marc-Antoine-Petit, à Perrache : un cocktail Molotov fut lancé, mais n’explosa pas selon Le Monde. L'article académique sus-cité dit que La mèche de l’engin est éteinte par le policier.
3/ Commissariat de la rue des Remparts-d’Ainay dans le 2e arrondissement : une bombe fut découverte, mais la mèche s’était éteinte avant l’explosion.
20 septembre 1958 :
4/ Les postes de police et le commissariat de police de permanence de nuit de la place Antonin Poncet dans le 2e arrondissement sont mitraillés. Sept personnes sont blessées (selon l'article académique sus-cité). Selon le journal Le Monde, il s'agissait d'un raid contre le commissariat de Bellecour et le poste de police voisin, place Antonin-Poncet.
Aller plus loin avec les collections de la BmL
Lyon, les années 50 [Livre] / Gérard Chauvy ; préface de André Mure, 2006 ;
Lyon Algérie 1954-1962 [Livre] : comment le conflit a changé la région lyonnaise / directeur de la publication Pierre Fanneau ; rédacteur en chef Xavier Antoyé ; avant-propos Bruno Galland, 2022 ;
Les personnels de police à Lyon à la fin des années 1950 [Article], 1999 ;
Cent ans de crimes à Lyon [Livre] : Lyon Criminel / Gérard Chauvy, 2005.
Bien à vous




Tekoha.