Quelle était l'entreprise dont l'adresse était au 48 rue des Charmettes en 1941 ?
Question d'origine :
Pour une recherche historique: quelle était l'entreprise dont l'adresse dans les années 1941 /1943 était au 48 rue des Charmmettes ? J'ai une vague indication EP HB (non garantie). Les indicateurs Henry ou Fournier avec entrée par rue peuvent donner lé réponse. Ensuite si l'entreprise est trouvée, serait il possible d'avoir une information basique sur son activité (quel secteur)? Par avance merci!
T
Réponse du Guichet
Le Répertoire des Archives des services régionaux du ministère de la Production industrielle (circonscription de Lyon) 1941-1953, référence l'entreprise H. Bullot, située au 48 rue des Charmettes à Villeurbanne, sous l'activité de « constructions aéronautiques ». Cet entreprise faisait vraissemblablement partie du tissu industriel de l'Est lyonnais et de Villeurbanne, qui comptait de nombreux sous-traitants, ateliers de pièces détachées ou fabricants d'accessoires pour l'aviation durant les deux guerres mondiales.
La source la plus prometteuse pour plus de précisions est donc le dossier original 130 W 85, n° 2381, à consulter aux ADRML, tout comme leur base de données des entreprises accessible in situ. Pour les années 1941-1943, une autre source pertinente conservée aux ADRML est le périodique L’Informateur du commerce et de l’industrie.
La collection de l'Indicateur Henry étant lacunaire pour cette période, nous avons pu consulter sur place, au Silo régional, l'année 1942, qui malheureusement ne contient pas d'index par noms de rue mais seulement un index par noms d'habitants et professions. Sachez que d'autres exemplaires sont conservés aux Archives municipales de Lyon ainsi qu'aux ADRML. À noter que les Archives municipales de Lyon permettent l'accès dans leur salle de lecture à plusieurs annuaires numérisés.
Bonjour,
Vous souhaitez savoir quelle était l'entreprise dont l'adresse dans les années 1941 /1943 était au 48 rue des Charmettes, à Villeurbanne.
Le répertoire en ligne des Archives départementales du Rhône et de la Métropole de Lyon (ADRML), Archives des services régionaux du ministère de la Production industrielle (circonscription de Lyon) 1941-1953 : Versement 130 W effectué par les directions régionales du ministère de l'Industrie et du Commerce, propose un index des dossiers d'entreprises classés par raison sociale pour la période 1941-1953 :
Ce répertoire, précédé d'une introduction historique de M. Robert et accompagné, notamment, de très importants index des dossiers thématiques, des dossiers d'administrations, d'établissements publics ou d'organismes professionnels et, surtout, des dossiers d'entreprises conservés sous les cotes 130 W 24 à 106, ouvre désormais l'accès à une mine d'informations sur l'activité industrielle et la vie des entreprises de 1942 à 1953.
Ce versement effectué par le ministère de l’Industrie et du Commerce réunit les archives des services régionaux du secrétariat d’État à la Production Industrielle de la circonscription de Lyon, de leur création, en avril 1941, jusqu’à la suppression du service des délégations, le 31 décembre 1953. Ce fonds, versé le jour même de la fermeture du service, comporte 248 articles et occupe 20 mètres linéaires. [...]
On a utilisé pour le classement alphabétique des noms d’entreprises la méthode dite « par terme directeur » décrite dans la norme NF Z 44-001. Pour chaque entreprise, on trouvera la dénomination, l’activité, l’adresse, la localité, le département, la cote et le numéro de dossier. Quand le dépouillement du dossier n’a pas permis d’identifier l’un de ces critères, la zone n’est pas renseignée. Les index par département et par groupe d’activité ne comprennent que les entreprises dont le dossier permettait de renseigner ces critères.
Une base de données consultable aux archives départementales donne des éléments plus complets sur chaque dossier d’entreprise2.
Florence BEAUME
Conservateur du patrimoine
2. Nombre de pièces du dossier, dates extrêmes, contenu, etc.
Ainsi page 279 de ce répertoire, l'entreprise "H. Bullot, constructions aéronautiques", située au 48 rue des Charmettes à Villeurbanne, est référencée sous la cote : 130 W 85, dossier n° 2381. Le repertoire ne donne pas de raison sociale plus développée que "Bullot (H.)". L’activité de l'entreprise relevait donc des constructions aéronautiques, sans que l'on sache si si H. Bullot fabriquait des avions complets, des pièces, des cellules ou travaillait comme sous-traitant.
La source la plus prometteuse est donc le dossier original 130 W 85, n° 2381, à consulter aux ADRML, tout comme leur base de données des entreprises accessible in situ. Si vous ne pouvez pas vous déplacer, demander aux ADRL la reproduction du dossier 130 W 85/2381.
Pour les années 1941-1943, une autre source pertinente conservée aux ADRML est le périodique L’Informateur du commerce et de l’industrie, conservé sous la cote PER 447/1 (1942) et PER 447/2 (1943). Source : journaux des ADRML.
Voici le contact des ADRML pour plus d'informations sur l'accès aux archives :
Archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon
34 rue Général Mouton-Duvernet, 69003 LYON
Tél. : 04 72 35 35 00
Email : archives@rhone.f
Durant l'Occupation sous le régime de Vichy, la loi a profondément réorganisé l'ancien ministère du Commerce et de l'Industrie pour créer ce secrétariat d'État. Ses délégations régionales, comme celle de la circonscription de Lyon créée en 1941, avaient pour rôle de recenser les entreprises, d'allouer les matières premières et de contrôler l'activité industrielle locale. Ce service supervisait et recensait l'activité des industries stratégiques, dont les ateliers aéronautiques de la région lyonnaise, fortement sollicités ou contrôlés à cette époque.
En effet, l'industrie aéronautique à Lyon se délocalise durant la grande guerre sur la rive gauche dans les 3ème et actuel 8ème arrondissements et à Villeurbanne :
Dès les premiers mois du conflit, menacés par l’avancée allemande, de nombreux constructeurs aéronautiques se délocalisent en région lyonnaise, où existe un tissu industriel favorable, en particulier dans la construction automobile et le travail du bois. Quinze usines des éléments d’avion, huit des moteurs et plusieurs fabricants d’accessoires sont ainsi implantées principalement sur la rive gauche dans les 3ème et actuel 8ème arrondissements et à Villeurbanne.
Source : Association du patrimoine militaire de Lyon et sa région
Nous avons voulu avoir la confirmation de l'existence de l'entreprise "H. Bullot, constructions aéronautiques", située au 48 rue des Charmettes à Villeurbanne, en consultant les annuaires lyonnais, et notamment l'Indicateur lyonnais Henry [Revue] : annuaire commercial, administratif et judiciaire de la ville de Lyon et du département du Rhône.
La collection étant lacunaire, nous avons pu consulter sur place, au Silo régional, l'année 1942, qui malheureusement ne contient pas d'index par noms de rue mais seulement un index par noms d'habitants et professions.
Parmi les noms d'habitants, nous retrouvons une personne du nom de H. Bullot :
"Bullot (H), ingén. empl." domicilié 131 rue Moncey (Lyon 3).
Les volumes des années 1944 et 1945 donnent la même information. Le volume de l'année 1945 qui contient un index par noms de rue, indique qu'au 48 rue des Charmettes à Villeurbanne, se trouve :
Guerre, gareur.
Liblin, fabr. jouets.
Il est plausible que H. Bullot résidait au 131 rue Moncey et travaillait (ou dirigeait un atelier) au 48 rue des Charmettes. Mais le terme « empl. » peut aussi signifier qu’il était salarié d’une entreprise : le dossier des ADRML (130 W 85/2381) est nécessaire pour savoir si « Bullot » était réellement une société indépendante ou simplement un atelier/établissement placé sous sa responsabilité.
L'Annuaire Fournier. Lyon et Rhône 1867-1971 est lacunaire pour les années 1941-1943. Sachez toutefois que d'autres exemplaires sont conservés aux archives municipales ainsi qu'aux archives départementales du Rhône. À noter que les Archives municipales de Lyon permettent l'accès dans leur salle de lecture à plusieurs annuaires numérisés :
Les AML conservent une collection d'almanachs, annuaires et indicateurs de Lyon et du Rhône, qui couvre la période 1659-1972. Cette collection est incomplète, tout comme celles des Archives départementales du Rhône et de la Métropole de Lyon et de la Bibliothèque municipale de Lyon.
Du fait de la fragilité des originaux, cette collection a été numérisée en 2015 à partir de copies (microfilms et microfiches) abîmées. La qualité des 85 000 images (plus de 170 000 pages) est très inégale et dans l'ensemble peu satisfaisante : c'est pourquoi elles sont consultables sur place et non en ligne.
Le test de numérisation des originaux étant satisfaisant, plusieurs séries d'annuaires conservés aux AML sont d'ores et déjà numérisées. Les images seront intégrées progressivement dans un inventaire méthodique à partir de 2025.
Annuaires numérisés :Quelques titres isolés.
- Annuaire du cercle du divan (entre 1879 et 1899).
- Indicateur annuel Fournier (1887, 1890).
- Indicateur Coste-Labaume (1861-1882, 1889, 1893-1894, 1903, 1913, 1936, 1945).
- Indicateur annuel Henry (1861-1862, 1864-1865, 1867-1870, 1872, 1875, 1876-1888, 1890-1891, 1901-1905, 1907-1913, 1915, 1937, 1941, 1967).
- L'annuaire du Tout-Lyon (1903-2021).
Source : Archives municipales de Lyon
Un Article de la Ville de Villeurbanne sur l’histoire aéronautique locale, Villeurbanne, capitale de l’aviation (7 novembre 2012), cite précisément dans ses sources le dossier 130 W 85/2381 et replace l’industrie aéronautique villeurbannaise dans le contexte des deux guerres mondiales :
Août 1914. La France entre en guerre contre l’Allemagne. Très vite l’ennemi bouscule nos frontières et met Paris à portée de ses canons. L’avion étant devenu une arme stratégique, il faut déménager d’urgence les usines aéronautiques de la région parisienne. Mais où ? Loin des obus allemands, près d’un aéroport militaire, d’usines déjà existantes et d’une main-d’œuvre compétente : dans l’Est lyonnais. Pendant la durée du conflit, plus de 53 000 avions sortent des usines implantées à Monplaisir, à Bron et pour beaucoup d’entre elles à Villeurbanne. Ainsi la société Louis Clément, située 34 cours Emile-Zola, emploie plus de 600 ouvriers dans ses ateliers. Venues de Meudon, les usines Letord s’installent rue Léon-Blum où elles sortent un avion par jour. Créée en novembre 1914 rue Racine, la compagnie Paris-Rhône fabrique pour sa part des radios et des équipements électriques. Ajoutez à la liste les fabricants de moteurs Burlat et Salmson, rue Poizat, l’usine Gnome et Rhône du 188 cours Émile-Zola, et vous comprendrez que la Première guerre mondiale ait fait de Villeurbanne un immense arsenal aéronautique.
La paix revenue, les compétences acquises attirent dans la ville les investissements d’une industrie promise à un bel avenir. Ainsi en avril 1935, le maire Lazare Goujon annonce « qu’une firme d’aviation envisage l’installation à Villeurbanne d’une vaste usine pouvant occuper de 1000 à 1200 ouvriers ». Elle arrive effectivement quelques années plus tard, dans les mêmes circonstances qu’en 1914. Le déclenchement de la Seconde guerre mondiale provoque un nouveau repli des usines stratégiques, parmi lesquelles figurent les Ateliers d’Études Aéronautiques. Cette entreprise d’État quitte Villacoublay, en région parisienne, pour emménager en juin 1940 dans une ancienne entreprise textile de Croix-Luizet vite reconvertie en usine modèle : l’Arsenal de Villeurbanne. Ses 800 employés conçoivent les plans des appareils, en fabriquent les pièces et les expédient vers la base aérienne d’Ambérieu-en-Bugey pour leur assemblage final. L’arsenal produit d’abord des chasseurs-bombardiers destinés à l’armée française, mais après 1942 il est contraint de livrer tous ses avions à la Luftwaffe, l’armée de l’air du IIIe Reich. Pourtant l’arsenal limite autant qu’il peut sa collaboration. Son directeur, Marius Vernisse, réduit la qualité des pièces, les fournit avec des mois de retard, tout en poursuivant secrètement les études d’un prototype ultramoderne, le VB10. Lorsque sonne la Libération, l’usine est prête à livrer ce nouvel avion à l’armée française. Hélas l’échec du VB10 et les difficultés budgétaires de l’État obligent l’arsenal à cesser la fabrication d’avions pour produire des voitures, après des débats houleux à l’Assemblée Nationale. À partir de 1953, 300 autos « Inter » sortent des chaînes de fabrication – trop peu pour faire vivre l’usine, qui licencie à tour de bras puis est vendue en 1956 à une firme privée. Ses locaux existent toujours, rue du Pérou. Les pavillons d’entrée, l’immeuble de la direction et les immenses toits en dents de scie de ses ateliers en font le plus grand bâtiment de notre ville.
Sources : Archives du Rhône, 4 M 615 ; PER 210/1 ; 130 W 66/1246, 85/2381 et 54/976. Assemblée Nationale, journaux des débats parlementaires, 1947-1956. Livre Mémoire d’usine, 1924-1985. 60 ans de production d’avions et d’engins techniques, édité par l’Aérospatiale en 1985.Merci à la Société lyonnaise d'histoire de l'aviation et de documentation aéronautique (SLHADA) pour les photos de cet article.
Source : Villeurbanne, capitale de l’aviation (7 novembre 2012)
Aller plus loin avec les collections de la BmL
Mémoire d’usine, 1924-1985. 60 ans de production d’avions et d’engins techniques, édité par l’Aérospatiale en 1985 ;
L'aviation militaire à Lyon-Bron de 1912 à 1972 [Livre] / Société lyonnaise d'histoire de l'aviation et de documentation aéronautique, 2005.
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