Quels mots décrivent l'abandon des clichés sur l'Amazonie chez un enfant ?
Question d'origine :
Bonjour,
J'aimerais raconter à un enfant l'histoire d'un garçon qui rend visite à sa mère anthropologue en Amazonie. Celle-ci s'interesse à un peuple isolé. Quels termes pourrais-je utiliser pour montrer que le héros de mon histoire est partagé entre les clichés véhiculés par les films, livres etc sur les peuples premier et l'apprentissage d'un regard respectueux et sans surplomb d'une communauté. Cet apprentissage serait porté par sa mère, mais j'ai du mal à trouver les mots adaptés pour le formuler.
Merci de votre aide !
Réponse du Guichet
Votre question interroge la transmission de connaissances et la communication avec les enfants, notamment sur le regard à porter sur les communautés autochtones. Pour éviter les clichés, privilégiez les termes "peuple autochtone" ou le nom spécifique de la communauté, et valorisez leurs savoirs, traditions et résilience face aux menaces extérieures. Nous proposons aussi une petite liste de mots et d'expressions pouvant qualifier la prise de conscience, le tiraillement et le cheminement de l'enfant.
Bonjour,
C'est une question complexe, qui interroge la manière de transmettre des connaissances et de communiquer avec nos enfants. Si nous comprenons bien, vous avez peur de mal formuler certains propos de votre histoire et en particulier ceux qui concernent le regard de l'enfant sur ces communautés autochtones, lesquels devront s'extraire des clichés traditionnels pour lui permettre de les observer sans préjugés et lui faire découvrir toutes leurs richesses.
Premièrement, votre histoire doit prendre soin de bien nommer ces communautés. Le lexique colonial s'est tellement imposé dans les imaginaires que nous oublions parfois ce que ces mots trahissent de nos représentations. "Indiens", "peuples premiers", "indigènes" etc. ces mots sont aujourd'hui proscrits et remplacés par la notion de peuple ou de communauté "autochtone". Un article du Monde revenait en 2023 sur la reconnaissance de ce terme, parti de la recherche pour s'imposer dans le droit international. C'est donc un indispensable pour débuter votre histoire sur de bonnes bases. On parle de peuple autochtone ou alors, on nomme directement ce peuple par son nom.
Pensez à valoriser les connaissances, les savoir-être et savoir-faire de ces individus. En leur reconnaissant par exemple une expertise de la nature, des astres et une connaissance parfaite de leur territoire. Ces facultés peuvent très bien faire contrepoint aux défauts de notre monde dont le rapport à la nature, et en particuler celui des enfants, s'étiole ou évolue. Voir : On a coupé les enfants de la nature (Le Monde, 2018), « Tous les enfants ne font pas la même expérience de la nature » de Léa Dousson sociologue (2026, Openedition).
Dans une expérience en miroir, la narratrice pourrait également présenter les rites, traditions et festivités qui marquent les temps communs de la communauté. Cette découverte offrirait la possibilité d'interroger nos propres coutumes pour comprendre que ce qui nous semble banal, naturel, est en réalité tout aussi étrange pour qui n'y est pas familier.
Peut-être pourriez-vous laisser à certains représentants de cette communauté le soin de se présenter eux-même et expliquer avec leurs mots leurs coutumes, l'origine et le sens de ces pratiques. Cela permettrait de sortir du schéma traditionnel où la connaissance est apporté par un individu occidental extérieur, même si nous comprenons bien l'intérêt pédagogique de la maman anthropologue à la narration de votre histoire.
Les menaces que le monde extérieur fait peser sur ces sociétés doivent également s’intégrer au récit, afin d’aider l’enfant à prendre conscience de leur fragilité comme de leur capacité de résilience face à l’adversité. Leur forêt sacré et leurs lieux de vie sont parfois à la merci d'entreprises et d'industriels. Voir : Face aux bûcherons et aux évangélistes, les peuples « non contactés » menacés de toute part (Reporterre, 2026), L'intimidation vécue par les populations autochtones (Institut national de santé publique du Québec, 2025)
Enfin, au-delà des différences, vous pourriez insister sur les similitudes que partagent ces enfants, qu'ils viennent de France ou du coeur de la forêt amazonienne. Car tous les enfants du monde partagent des points communs, indépendamment de leurs différences culturelles, géographiques ou sociales. La curiosité, le rire et le besoin de jouer, les peurs etc. font partie d'un bagage commun qu'une histoire comme la votre permettrait d'illustrer à merveille.
En psychologie, le « décentrement » désigne l’idée d’« éloigner de soi le centre d’intérêt de quelque chose ». Cette définition peut faire écho à la question des rapports entre « soi » et « l’autre », et de la nature de ces rapports. En l’occurrence, « l’autre » pourrait notamment se référer à celui ou celle qui entretient une relation avec le centre (cf. alter), mais désignerait aussi celui ou celle qui s’écarte radicalement du centre (cf. alius). Dans les deux cas, la question des relations entre les « périphéries » et les centres est essentielle[1].
Une bibliographie de la BNF sur les peuples et coutumes des populations autochotones pour vous donner de l'inspiration et vous montrer ce qui a déjà été écrit et comment. Mais aussi : 15 livres pour faire découvrir les peuples autochtones à votre enfant (naitre et grandir)
En raison de leur histoire, de nombreuses ressources canadiennes et québécoises sont disponibles en ligne. Vous pourriez vous en imprégner : Voici comment parler des cultures autochtones avec vos enfants et Plus de 30 idées pour s’ouvrir aux savoirs et aux perspectives des Premiers Peuples en contexte scolaire et préscolaire.
Prévenir le racisme dès la petite enfance
Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (Wikipedia)
Droits des Peuples autochtones (Amnesty international)
Bonne journée.
Le boom des retraductions