Maria Deraismes a-t-elle milité pour l'abolition de l'esclavage comme Victor Schoëlcher ?
Question d'origine :
Bonjour !
Maria Deraismes était proche de Victor Schoëlcher . A-t-elle, comme lui , milité pour l'abolition de l'esclavage ?
Merci pour votre réponse.
Bluduck2
Réponse du Guichet
Les sources consultées ne montrent pas que Maria Deraismes ait milité pour l’abolition de l’esclavage, malgré sa proximité et ses combats communs avec Victor Schœlcher. Son abolitionnisme concernait principalement la prostitution tandis que ses engagements portaient surtout sur les droits des femmes et la laïcité.
Bonjour,
Les ressources consultées n'indiquent pas que Maria Deraismes a porté un combat en faveur de l'abolition de l'esclavage en France ou dans le monde. Sa relation avec Victor Schoelcher, l'homme qui donna son nom au décret abolissant l’esclavage dans les colonies françaises en 1848, s'articule principalement autour des droits des femmes et de la laïcisation de la société. Encore une fois, cela ne prouve pas qu’elle n’ait jamais exprimé d’opinion sur le sujet mais il est certain que son "abolitionnisme" se portait davantage sur une autre cause : l'abolition de la prostitution.
Plusieurs sources nous permettent d'affirmer que Maria Deraismes à Victor Schoelcher se sont cotoyés et ont mené des luttes ensemble. Dans son article La politique, « cet élément dans lequel j’aurais voulu vivre » : l’exclusion des femmes est-elle inhérente au républicanisme de la Troisième République ? » (Clio. Histoire‚ femmes et sociétés, en ligne, 2006), Charles Sowerwine indique que Schoelcher, répondant en 1872 à l’invitation de Maria Deraismes, aurait prononcé un discours en faveur de l’émancipation des femmes lors d’un banquet organisé par L’Avenir de la femme au restaurant Corazza, dans le Palais-Royal.
Le rapprochement de ces deux cautions morales est aussi documenté dans l'article Victor Schoelcher, républicain et franc-maçon d'Anne Girollet, paru dans l'ouvrage Franc-maçonnerie et histoire : bilan et perspectives (Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2003). Si l'autrice n'est pas en mesure d'affirmer que Schoelcher serait l'initiateur maçonnique de Maria Deraismes, elle étaye une fructueuse collaboration, engagés ensemble pour les droits des femmes et dans les luttes anticléricales. Rien en revanche n'est spécifié au sujet de l'abolition de l'esclavage :
elon Janine Alexandre-Debray, Schœlcher aurait aidé l’ardente féministe, Maria Deraismes à se faire initier en 1882 à la loge des Libres Penseurs du Pecq36. Là encore, nous n’avons trouvé aucun élément corroborant cette affirmation et Schœlcher n’était cité ni par La Chaîne d’Union37 rapportant l’initiation qui suscita les passions, ni dans l’ouvrage de Gisèle et Yves Hivert Messeca38. Il est vrai cependant que Schœlcher connaissait bien Maria Deraismes. En effet, Schœlcher assista au banquet de l’Avenir des Femmes au Palais-Royal (9 décembre 1872), il adhéra à la Société pour l’amélioration du sort des femmes (1875), il présida la réunion annuelle de la Société nationale des Amis de l’enfance (1878), il fut membre de la commission d’initiative au Congrès du Droit des femmes (1881) et présida le Congrès anticlérical (dont Maria Deraismes est vice-présidente) qui se tint au Grand Orient de France39, et enfin, en 1882, Schœlcher fut le premier à adhérer à la Ligue française pour le droit des femmes.
Source : Victor Schoelcher, républicain et franc-maçon d'Anne Girollet (p. 77-91) dans Franc-maçonnerie et histoire : bilan et perspectives (Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2003)
Chez Maria Deraismes, le terme abolitionnisme est surtout lié à l'abolition de la prostitution, grande cause de ses engagements féministes. La prostitution est selon elle une "manifestation de l'opression de la société masculine" (cf. Jean-Louis Debré dans Ces femmes qui ont réveillé la France, 2013 sur Google Livres) et s'oppose donc aux maisons closes comme concession faite aux exigences masculines (cf. L’abolitionnisme prostitutionnel, Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe).
Le fait que Maria Deraismes et Victor Schoelcher n'ont pas milité ensemble en faveur de l'abolition de l'esclavage s'explique peut-être par leurs parcours personnels et l'époque à laquelle leurs trajectoires ont convergé. Maria Deraismes n'avait que 20 ans en 1848 lorsque l'abolition de l'esclavage a été proclamée par la IIème République et Victor Schoelcher. Ce dernier fut ensuite expulsé sous le Second Empire en raison de son soutien au député Baudin, mort sur les barricades à Paris, tué en tentant de s'opposer au coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte en décembre 1851. Il ne reviendra en France qu'en 1870 (voir sa biographie sur Le Maitron - Victor Schoelcher). C'est donc peu de temps après son retour en France qu'il commenca à cotoyer Maria, mais l'époque était davantage aux combats anticléricaux et féministes qu'à la question de l'esclavage.
Victor Schoelcher, abolitionniste mais colonialiste (cf. Victor Schœlcher, mythe et réalité de Nelly Schmidt sur Persée) consacra la fin de sa vie aux questions coloniales (droit du travail, représentation politique etc.) mais cependant sans avoir à revenir sur la question de l'esclavage, théoriquement abolit depuis 1848. A ce sujet vous invitons à lire la page Wikipedia sur l'engagisme pour comprendre toutes les vicissitudes du colonialisme français. La colaboration de Schoelcher entre les années 1870 -1890, évite donc logiquement ce sujet.
Bonne journée.
Tekoha.