Comment les fresques de la gare de Lyon à Paris ont-elles été choisies ?
Question d'origine :
Bonjour.
Que pouvez-vous me dire des fresques de la Galerie des fresques de la Gare de Lyon à Paris ? Comment les villes ont-elles été sélectionnées ?
Cordialement.
Réponse du Guichet
Cette galerie des fresques d'une vingtaine de peintures qui s'étire sur 100m de long a été réalisée en deux temps : dans les années 1900-1907 puis en 1980 avec deux styles différents. Les villes choisies, localisées sur la ligne Paris Lyon Marseille Menton avaient pour but d'inviter au voyage et d'assurer la promotion de la compagnie ferroviaire.
Bonjour,
On peut aujourd'hui observer, dans la "Galerie des fresques" de la gare de Lyon à Paris, des peintures datant de 1907, représentant neuf villes du Sud desservies par la compagnie PLM : Lyon, Avignon, Nîmes, Montpellier, Marseille, Toulon, Nice, Monte-Carlo et Menton. L'objectif était d'inviter au voyage.
"Véritables incitations au voyage, ces paysages idylliques de la Méditerranée à proximité des guichets de vente valorisent les destinations de la compagnie PLM". Nous dit ce dossier de presse de la SNCF intitulé LA GALERIE DES FRESQUES LÈVE LE VOILE.
En 1980, à l’occasion de la mise en service de la ligne à grande vitesse sud-est, le peintre Jean-Paul Letellier a réalisé onze nouvelles peintures représentant des villes se trouvant entre Paris et Paray-le-Monial : Paris, Fontainebleau, Auxerre, Vézelay, Semur-en-Auxois, Dijon, Beaune, Autun, Tournus, Cluny, Paray-le Monial.
"Ces toiles seront réalisées par l’atelier Genovesio-Lemercier et par le peintre Jean-Paul Letellier. Effet de la grande vitesse, les peintures de 1980 se font moins réalistes et plus imaginaires." [...]
"Les façades et les toitures du bâtiment principal ainsi que la Salle des Fresques sont inscrites depuis 1984 à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques."
Pourquoi représenter ces villes ?
L'ouvrage intititulé A la recherche des pas perdus : une histoire des gares parisiennes écrit par Stéphanie Sauget explique qu'à la fin du XIXe siècle, la publicité est entrée en gare. Les stations deviennent d'importants supports pour la réclame qui offre aux compagnies de chemin de fer une nouvelle source de bénéfices. Elles développent aussi leur propre publicité. Il cite l'exemple de la gare du Nord :
"Les premières campagnes publicitaires sont mises au point par les compagnies pour faire leur propre promotion. [...] Des techniques publicitaires sont testées dans les gares. Les archives de la Compagnie du Nord indiquent ainsi plusieurs initiatives approuvées par le comité de direction. En 1890, M. Sartiaux propose au comité d'engager les services de M. Bordès, artiste peintre à Paris, pour réaliser "une série de tableaux à l'aquarelle gouachée, représentant les sites les plus pittoresques des plages, villes d'eaux et localités importantes desservies par le chemin de fer du Nord". Il rappelle que le PO a déjà accepté une telle offre. C'est approuvé."
Le PO désigne la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans.
Comment les villes ont-elles été sélectionnées ?
Les villes choisies sont celles qui sont accessibles depuis cette gare grâce à la ligne Paris-Menton et au réseau PLM. Un article écrit par Martine Tabeaud et Vincent Moriniaux nous en dit plus sur ce choix :
La fresque juxtapose dix-neuf paysages. Au-dessus de chacun, des plaques indiquent plusieurs destinations accessibles avec la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée (PLM) créée en 1857 de la fusion de la compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et de la compagnie des chemins de fer de Lyon à la Méditerranée. La PLM a été intégrée en 1938 au réseau sud-est de la Société Nationale des Chemins de Fer Français. Les gares nommées sont : Fontainebleau, Auxerre, Vézelay, Semur-en-Auxois, Dijon, Beaune, Autun, Tournus, Cluny, Paray-le-Monial, Lyon, Avignon, Nîmes, Montpellier, Marseille, Toulon, Nice, Monte-Carlo, Menton. Noms et images sont souvent décalés. Certaines villes sont représentées sans être nommées sur le fronton. Pour la plupart, il s’agit d’embranchements de la ligne principale. C’est le cas de Tarascon, lieu de la bifurcation ferroviaire vers le Languedoc ou vers la Provence Côte d’Azur. Pour d’autres comme Vézelay, il s’agit de villes desservies par une ligne secondaire du réseau PLM (figure 1). D’autres villes importantes, aux gares fréquentées pourtant situées sur la ligne, sont totalement absentes. Citons parmi elles : Sens, Montbard, Macon, Vienne, Valence, Montélimar…[...]
Jusque dans les années 1970, la fresque commençait, il vaudrait mieux dire s’achevait non pas à Paris, mais à Lyon, le « L » du PLM, jonction des deux compagnies initiales. Dans la galerie, la peinture murale ne donnait pas l’air d’être inachevée, pour la bonne et simple raison que le mur commençait là… Et d’ailleurs, au début du XXe siècle, le train de nuit qui quittait Paris à 8 heures du soir, atteignait Lyon le matin. C’est seulement à partir de là que les voyageurs pouvaient regarder par la fenêtre. Ils contemplaient alors les paysages de la vallée du Rhône jusqu’à leur arrivée à Marseille en milieu de journée (les horaires du guide indicateur illustré des chemins de fer sont consultables sur Internet sur le site de Gallica).
À la fin de la décennie 1970, la salle des guichets a été prolongée, en abattant une cloison. Sa longueur a doublé, passant d’une cinquantaine à une centaine de mètres. L’idée est donc apparue de continuer la fresque depuis Lyon vers Paris dans le prolongement du mur. Le coin de la salle initiale était occupé par un faux pilier en staff. Une entreprise a supprimé ce faux pilier et a préparé le support pour la peinture avec d’autres encadrements en staff, à intervalles réguliers, identiques à ceux des périodes précédentes (figure 2). Cette dernière étape a été réalisée par l’atelier Genovesio, qui existe toujours et a conservé documents et esquisses. La commande de la SNCF date de 1979, les travaux ont duré un an, d’avril 1980 à mars 1981. Il s’agissait de poursuivre la fresque au-delà de Lyon jusqu’à Paris, en 11 stations, sur 150 m² (50 x 3 m) en respectant la technique de la toile marouflée utilisée jusqu’alors. Les peintres de l’atelier (en particulier J.P. Letellier) ont aussi restauré la partie ancienne de la fresque en refaisant le vernis très jauni.
source : Martine Tabeaud et Vincent Moriniaux, « Vers « les cieux imbéciles… où jamais il ne pleut » », Géographie et cultures, 85 | 2013, 111-128.
Le choix de ces villes a probablement été opéré par les maitres d'ouvrage et maîtres d'oeuvre en lien avec les artistes mais nous n'avons pas trouvé de documents attestant de cette prise de décision, ni pour 1906-1907 ni pour 1979-1980.
Voici ce qu'indiquent Martine Tabeaud et Vincent Moriniaux :
Les fresquistes sont sélectionnés par les maîtres d’œuvre retenus par la compagnie PLM. Pour cette galerie, un artiste peintre marseillais, spécialiste des paysages et des marines méditerranéennes, Jean-Baptiste Joseph Olive (1848-1936) est choisi. Il reçoit avec 26 autres peintres, en 1900, la commande de Stéphane Adolphe Dervillé, Président du Conseil d’Administration du PLM.
Le Procès-verbal de la Commission de construction du 12 décembre 1907 de la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée (PLM) mentionne bien ces travaux de peinture sans indiquer comment s'est opéré le choix des villes. Les procès verbaux du Conseil d'administration semblent être manquant pour la date de décembre 1907. Les Rapports aux assemblées générales ne rentrent pas dans ce type de détail.
Pour en savoir plus sur cette prise de décision, nous vous conseillons de contacter le Centre national des Archives historiques du Mans et d'explorer les archives en ligne de la Compagnie des Chemins de Fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée conservées par les Archives nationales du monde du travail (ANMT).
Bonne journée.
La zone