Quels posologie et risques pour ces plantes pour améliorer du sommeil ?
Question d'origine :
Bonjour,
Que disent les publications médicales sur l'utilisation de la valériane, de la passiflore et de l’Eschscholzia californica pour dormir ?
Quelles sont les posologies, l'efficacité et les dommages causés par l'utilisation de ces plantes ?
Merci d'avance.
Bonne journée
Réponse du Guichet
Nous vous indiquons des études cliniques anglophones documentant l'efficacité de ces trois plantes, traditionnellement utilisées pour leurs effets calmants, sur le sommeil. Elles n’ont pas le même niveau de preuve. La valériane est la mieux étudiée, mais la forte variabilité des résultats pourrait s’expliquer par la qualité variable des extraits de plantes. Pour la passiflore, quelques essais donnent des signaux modestes notamment en terme de durée totale de sommeil, tandis que l'usage de l’eschscholtzia repose surtout sur l’usage traditionnel et sur des essais de combinaisons avec la valériane.
Les sources sérieuses à privilégier pour les usages médicinaux, les posologies et les effets indésirables sont les monographies de l'Agence européenne des médicaments (EMA). La Base de données publique des médicaments (ANSM) est également utile pour les compositions, notices et effets indésirables de spécialités précises. Une sélection bibliographique issue de nos collections complète cette réponse.
Bonjour,
Vous souhaitez connaître l'avis des publications médicales sur l'utilisation de la valériane, de la passiflore et de l’Eschscholzia californica pour dormir, notamment quelles sont les posologies, l'efficacité et les dommages causés par l'utilisation de ces plantes.
Ces trois plantes ont effectivement en commun d'être traditionnellement utilisées pour leurs effets calmants. La valériane (Valeriana officinalis) est une plante originaire d'Europe et des régions tempérées d'Asie. Son usage pour favoriser un sommeil de qualité remonte à l'Antiquité. La poudre de valériane est obtenue par séchage du rhizome (tige souterraine) et des racines suivi d’un broyage. Parce que son odeur est très appréciée des chats, elle est souvent appelée « herbe à chat ». La passiflore (Passiflora incarnata), communément appelée fleur de passion, est une plante originaire du Mexique et d’Amérique du Sud. Ses propriétés sédatives étaient connues des Aztèques. La passiflore est aujourd’hui cultivée en Amérique du Nord et en Europe. On utilise ses feuilles et parfois ses fleurs et ses fruits. L'Eschscholtzia ou pavot de Californie est une plante médicinale traditionnelle des Indiens, utilisée par la population rurale de Californie pour ses propriétés analgésiques et sédatives. Elle est également un cousin proche du pavot somnifère (dont on tire opium, morphine et héroïne), et contenant comme lui des alcaloïdes.
Que disent les publications médicales sur l'efficacité de leur utilisation pour dormir ?
Les trois plantes n’ont pas le même niveau de preuve. La valériane est la mieux étudiée, mais son efficacité reste incertaine. Pour la passiflore, quelques essais donnent des signaux modestes. Pour l’eschscholtzia, l’usage pour le sommeil repose surtout sur l’usage traditionnel et sur des essais de combinaisons avec d’autres ingrédients. Voici des études récentes sur ces trois plantes :
1/ La valériane
>> Valerian Root in Treating Sleep Problems and Associated Disorders - A Systematic Review and Meta-Analysis [La racine de valériane dans le traitement des troubles du sommeil et des troubles associés - Revue systématique et méta-analyse]. Journal of Evidence-Based Integrative Medicine, 2020.
Outre le recensement de 60 publications pertinentes concernant l’efficacité de la valériane dans le traitement des troubles du sommeil et des troubles associés, les résultats d'une méta-analyse de 10 essais contrôlés, totalisant 1 065 personnes, suggèrent que la forte variabilité des résultats entre études, pourrait s’expliquer par la qualité variable des extraits de plantes. Il pourrait donc s'avérer nécessaire de revoir les processus de contrôle qualité, notamment les méthodes de normalisation et la durée de conservation.
Les troubles du sommeil sont très répandus et associés à diverses comorbidités, notamment l’anxiété. La valériane (Valeriana officinalis L.) est une plante médicinale couramment utilisée comme somnifère ; toutefois, les résultats des études cliniques antérieures sont contradictoires. Cette étude a été menée afin de mettre à jour et de réévaluer les données disponibles, dans le but de comprendre les raisons de ces résultats contradictoires et d’offrir une vision plus globale de l’utilisation de la valériane pour le traitement des troubles associés. Des recherches ont été effectuées dans PubMed, ScienceDirect et la Cochrane Library afin de recenser les publications pertinentes concernant l’efficacité de la valériane dans le traitement des troubles du sommeil et des troubles associés. Au total, 60 études (n = 6 894) ont été incluses dans cette revue, et des méta-analyses ont été réalisées pour évaluer l’efficacité de la valériane dans l’amélioration de la qualité subjective du sommeil (10 études, n = 1 065) et dans la réduction de l’anxiété (8 études, n = 535). Les résultats suggèrent que l’incohérence des résultats pourrait s’expliquer par la qualité variable des extraits de plantes et que des effets plus fiables pourraient être attendus de la racine ou du rhizome entier. De plus, les bénéfices thérapeutiques pourraient être optimisés lorsqu’elle est associée à des plantes complémentaires appropriées. Aucun effet indésirable grave n’a été associé à la prise de valériane chez des sujets âgés de 7 à 80 ans. En conclusion, la valériane pourrait constituer une plante sûre et efficace pour favoriser le sommeil et prévenir les troubles associés. Toutefois, en raison de la présence de plusieurs composants actifs et de la nature relativement instable de certains d'entre eux, il pourrait s'avérer nécessaire de revoir les processus de contrôle qualité, notamment les méthodes de normalisation et la durée de conservation.
Traduit avec DeepL.com (version gratuite)
2/ La passiflore
>> Lee, J., Jung, H.-Y., Lee, S. I., Choi, J. H., & Kim, S.-G. (2020). Effects of Passiflora incarnata Linnaeus on polysomnographic sleep parameters in subjects with insomnia disorder: a double-blind randomized placebo-controlled study [Effets de Passiflora incarnata Linnaeus sur les paramètres polysomnographiques du sommeil chez des sujets souffrant d'insomnie : une étude randomisée en double aveugle contrôlée par placebo]. International Clinical Psychopharmacology, 35(1), 29–35. Dans cet essai de 110 adultes atteints d’insomnie, après deux semaines, le temps total de sommeil mesuré en laboratoire a augmenté d’environ 23 minutes de plus que sous placebo mais les autres critères importants n’étaient pas significativement meilleurs que sous placebo.
L'objectif de la présente étude clinique randomisée, en double aveugle et contrôlée par placebo était d'évaluer les effets de la passiflore sur les paramètres polysomnographiques du sommeil chez des sujets souffrant d'insomnie. Au total, 110 participants adultes (âge moyen = 40,47 ± 11,68, femmes = 53,6 %) répondaient aux critères d’inclusion relatifs à l’insomnie selon le DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux). Après randomisation, les patients ont reçu soit l’extrait de passiflore, soit le placebo pendant 2 semaines. Les patients ont subi une polysomnographie nocturne et ont rempli des carnets de sommeil, l’indice de gravité de l’insomnie (ISI) et l’indice de qualité du sommeil de Pittsburgh (PSQI). Les comparaisons au sein d’un même groupe ont été analysées à l’aide de tests t appariés ou de tests de Wilcoxon, et les comparaisons entre groupes ont été analysées à l’aide de tests t indépendants ou de tests U de Mann-Whitney, selon le cas. La durée totale du sommeil (DTS) a augmenté de manière significative dans le groupe passiflore par rapport au groupe placebo (passiflore vs placebo, 23,05 ± 54,26 vs −0,16 ± 53,12 ; P = 0,049). L’efficacité du sommeil et le temps d’éveil après l’endormissement (WASO) se sont significativement améliorés après 2 semaines dans le groupe « passiflore », mais aucune différence n’a été observée par rapport au groupe placebo. La présente étude a démontré les effets positifs de la passiflore sur les paramètres objectifs du sommeil, notamment la TST mesurée par polysomnographie, chez des adultes souffrant d’insomnie. Des études supplémentaires sont nécessaires pour évaluer l’efficacité clinique de la passiflore dans le traitement de l’insomnie.
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Traduit avec DeepL.com (version gratuite)
>> A Double-blind, Placebo-controlled Investigation of the Effects of Passiflora incarnata (Passionflower) Herbal Tea on Subjective Sleep Quality [Étude en double aveugle et contrôlée par placebo sur les effets d'une tisane à base de Passiflora incarnata (fleur de la passion) sur la qualité subjective du sommeil]. 03 February 2011.
Ce petit essai d’infusion chez 41 adultes en bonne santé a trouvé une amélioration subjective de la qualité du sommeil sur une semaine, mais ne prouve pas un effet contre l’insomnie diagnostiquée.
3/ l'Eschscholtzia
>> A combination of Eschscholtzia californica Cham. and Valeriana officinalis L. extracts for adjustment insomnia: A prospective observational study. [Association d'extraits d'Eschscholtzia californica Cham. et de Valeriana officinalis L. pour le traitement de l'insomnie d'adaptation : une étude observationnelle prospective.] Journal of Traditional and Complementary Medicine, March 2020. Les données ne permettent pas d’établir son efficacité seule. Une étude sans groupe témoin d’une association eschscholtzia–valériane a observé une amélioration après quatre semaines sur la durée du sommeil nocturne, mais pas sur la latence du sommeil. Cette association mérite d'être étudiée plus en détail.
L’Eschscholtzia californica Cham. et la Valeriana officinalis L. sont utilisées depuis longtemps dans la prise en charge des troubles du sommeil et de l’anxiété. L’utilisation d’une association fixe de ces deux extraits végétaux (Phytostandard® d’Eschscholtzia et de Valériane, PiLeJe Laboratoire, France) a fait l’objet d’une étude observationnelle. Des adultes souffrant d’insomnie d’adaptation selon les critères de la Classification internationale des troubles du sommeil et présentant un score de l’indice de gravité de l’insomnie (ISI) > 7, recrutés par des médecins généralistes, ont pris au maximum quatre comprimés de l’association d’eschscholtzia et de valériane chaque soir pendant quatre semaines. En l’espace d’un mois, le score ISI a diminué d’environ 30 % (passant de 16,09 ± 3,67 à l’inclusion (V1) à 11,32 ± 4,78 à 4 semaines (V2) ; p < 0,0001). La durée du sommeil nocturne a augmenté de manière significative entre la première et la quatrième semaine de prise du complément, l’efficacité du sommeil passant de 78,4 % ± 12,5 à 84,6 % ± 10,2 (p = 0,002). Aucune amélioration n’a été observée concernant la latence du sommeil. Le nombre de réveils a diminué d’environ 25 % et leur durée totale d’environ 25 minutes. Le score d’anxiété a diminué de manière significative de 50 %, passant de 13,9 ± 7,3 à la V1 à 6,7 ± 6,3 à la V2 (p < 0,0001). Le complément a été bien toléré. Ces résultats suggèrent que l’association testée d’extraits d’eschscholtzia et de valériane pourrait être bénéfique pour la prise en charge de l’insomnie chez l’adulte et mérite d’être étudiée plus en détail.
Un essai contrôlé publié en 2026 a aussi testé une association des deux plantes : l’amélioration de l’indice d’insomnie était supérieure au placebo à la fin du traitement, mais la différence n’était plus significative au suivi après arrêt.
Les sources sérieuses à privilégier pour les posologies et les effets indésirables sont les monographies de l'Agence européenne des médicaments (EMA). Il n’existe pas de dosage universel valable pour toutes les poudres, teintures et extraits.
Pour les usages médicinaux de la racine de valériane décrits sur le site de l'EMA, la posologie recommandée par l'EMA est décrite dans European Union herbal monograph on Valeriana officinalis L., radix [Monographie de l'Union européenne sur la Valeriana officinalis L., racine], adoptée par le HMPC le 2 février 2016. Le document distingue deux statuts, l'usage médical bien établi (colonne de gauche) fondé sur des études cliniques et l'usage traditionnel (colonne de droite) fondé exclusivement sur un long usage. Le document pointe aussi les contre-indications, précautions, interactions et effets indésirables d'un usage établi : l'utilisation n'est pas recommandée chez les enfants de moins de 12 ans, faute de données sur la sécurité et l'efficacité. Pour la voie orale, des symptômes gastro-intestinaux (par exemple nausées, crampes abdominales) peuvent survenir après l'ingestion de préparations à base de racine de valériane, mais la fréquence est inconnue. Une dose d'environ 20 g de racine de valériane a provoqué fatigue, crampes abdominales, oppression thoracique, sensation d'étourdissement, tremblement des mains et mydriase (dilatation des pupilles).
Concernant les usages médicinaux de la fleur de la passion ou passiflora incarnata décrits sur le site de l'EMA, la posologie recommandée par l'EMA est décrite dans Community herbal monograph on Passiflora incarnata L., herba [Monographie communautaire sur les plantes médicinales consacrée à Passiflora incarnata L., herba], adoptée par le HMPC le 25 mars 2014. Cette monographie ne concerne que l'usage traditionnel, c'est-à-dire fondé exclusivement sur un long usage. La posologie recommandée est indiquée par type de préparation : tisane (1 à 2 g de substance végétale fragmentée dans 150 ml d'eau bouillante, en infusion, 1 à 4 fois par jour), poudre (0,5 à 2 g, 1 à 4 fois par jour), extrait liquide etc... Par rapport à la valériane, cette monographie est plus courte, car il n'y a pas d'usage « bien établi » et peu de données de sécurité. Il n'y a aucun effet indésirable ni cas de surdosage rapporté.
Enfin, l'Eschscholziae herba possède elle aussi sa fiche sur l'EMA ainsi qu'une monographie European Union herbal monograph on Eschscholzia californica Cham., herba [Monographie de l'Union européenne sur la plante Eschscholzia californica Cham., herba], adoptée par le HMPC le 28 janvier 2015. Comme pour la passiflore, cette monographie ne concerne que l'usage traditionnel, c'est-à-dire fondé exclusivement sur un long usage car il n'y a pas d'usage médical bien établi pour cette plante. Les posologies recommandées sont classées par type d'indication (stress mental léger ou aide au sommeil) et pour une préparation végétale en poudre. Cette monographie est la plus restrictive des trois sur un point : l'EMA ne recommande pas l'usage avant 18 ans (12 ans pour la valériane et la passiflore). Elle ne prévoit qu'une forme, la poudre de plante en voie orale, sans tisane ni extrait liquide.
Autre ressource de référence : la Base de données publique des médicaments (ANSM) pour les compositions, notices et effets indésirables de spécialités précises. Pour la valériane, la notice française d’une spécialité à base de valériane de l'ANSM signale une somnolence possible et des troubles digestifs. Pour la passiflore et l'Eschscholzia, les essais sont trop petits pour estimer correctement la fréquence des dommages. La notice française de l'Eschscholzia de l'ANSM (ELUSANES ESCHSCHOLTZIA, gélule) invite à demander un avis médical en cas de prise d’IMAO ou d’antalgiques.
Pour l’insomnie chronique, l'efficacité d'un traitement par ces plantes n'est donc pas établie. Si les troubles persistent ou s’aggravent, mieux vaut en parler à un professionnel de santé plutôt que prolonger l’automédication. N'étant que bibliothécaires, ces informations bibliographiques sont données à titre indicatif.
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