Quels albums de rock progressif se mêlant à la musique classique me conseillez vous ?
Question d'origine :
Bonjour,
Je cherche des albums de rock progressif qui se mêlent à la musique classique, pour moi le meilleur étant ... Di Terra de Banco Del Mutuo Soccorso.
Je préfèrerais des albums avec un mélange organique et non pas juste des reprises comme ici ou là, même si elles sont appréciables à leurs justes valeurs également.
Merci 🎼🎸
Réponse du Guichet
À partir de l'album…di terra de Banco del Mutuo Soccorso, nous vous avons sélectionné des références de rock progressif symphonique, notamment italien, mais aussi européen et international. Notre liste privilégie les albums proches stylistiquement de Banco, tout en proposant quelques classiques du genre et des créations plus récentes.
Bonjour,
Vous vous intéressez aux mélanges des genres musicaux et en particulier aux connexions entre le rock et la musique classique et vous citez ... di terra, l'album du groupe de rock italien Banco del Mutuo Soccorso paru en 1978 comme votre référence absolue.
En tant que représentant de la scène rock progressive italienne des années 1970 et exemple concret du sous-genre "rock progressif symphonique", nous avons effectué quelques recherches à partir de ces styles pour vous compiler quelques titres d'albums italiens et européens, ainsi que plusieurs références internationales qui devraient satisfaire votre demande. Les albums ont été sélectionnés pour leur proximité stylistique avec "... di terra" mais aussi pour la renommée des artistes et l'impact laissé dans l'histoire du rock progressif.
Le label Retroforge records, spécialisé dans le rock progressif, psychédélique et expérimental a rédigé plusieurs articles intéressants sur le rock progressif italien et le rock symphonique.
Le site rappelle que cette scène italienne est unie par le lieu et l’époque et non par un son unique. Qu'il faut considérer le prog italien comme un réseau d’approches plutôt qu’un sous-genre uniforme. Voici néanmoins quelques mots pour la catégoriser et ainsi la démarquer de sa grande sœur britannique :
Le rock progressif italien se développa parallèlement à la scène britannique mieux connue, tout en forgeant sa propre identité. L’orgue Hammond, le Mellotron, le synthétiseur, le piano et les structures influencées par le classique sont importants, mais la langue chantée, la forme mélodique et l’intensité théâtrale donnent à cette musique un caractère impossible à réduire à une imitation du prog anglais.
De nombreux disques passent rapidement de passages acoustiques intimes à une pleine puissance symphonique. Couleur folk, interprétation opératique, rythme jazz et sections électriques plus dures peuvent coexister dans une même pièce. La langue italienne ne fait pas obstacle à la franchise émotionnelle de la musique ; la voix fonctionne souvent comme mélodie et drame avant même que chaque mot soit compris.
La scène est vaste plutôt qu’uniforme. Certains groupes privilégient des pièces concises et très arrangées ; d’autres construisent des suites occupant toute une face ou des formes expérimentales plus sombres. Le meilleur point d’entrée est le contraste : beauté et abrasion, précision et instabilité, images anciennes et électronique moderne réunies sur un même album.
(...)
Le rock progressif italien ne développa aucune formule unique. Écriture symphonique, mélodie méditerranéenne, force du hard rock, expérimentation électronique et voix théâtrale y apparaissent toutes, souvent avec un accent plus marqué sur le drame vocal et les changements rapides de température émotionnelle que dans les modèles britanniques habituellement associés au prog.
Écoutez un contraste qui paraît autant chanté que composé. Un délicat passage acoustique peut soudain se tourner vers l’orgue et les percussions ; une mélodie lyrique peut rester centrale dans un arrangement complexe ; l’influence classique peut apparaître sous forme de couleur, de contrepoint ou d’architecture dramatique plutôt que d’imitation.
Source : Rock progressif italien - Retroforgerecords.
Nous insistions sur le sous-genre Rock progressif symphonique, car il est particulièrement indiqué dans votre cas. Les morceaux de Banco del Mutuo Soccorso se distinguent par une influence de la musique classique dans la manière de jouer du rock bien que cette étiquette "désigne une manière d’organiser l’ampleur musicale, non l’obligation d’imiter un orchestre".
Les exemples les plus nets traitent une chanson, une face d’album ou un disque entier comme un vaste espace musical. Les thèmes reviennent sous une forme modifiée ; des passages acoustiques calmes répondent à des sommets électriques ; tempos, mesures et centres tonals changent sans rompre l’arc général. Une pièce de vingt minutes peut être divisée en sections nommées, mais la durée ne prouve rien à elle seule. L’essentiel est que le contraste et la récurrence produisent la structure.
L’influence classique peut passer par l’harmonie, le contrepoint, la citation ou l’adaptation, mais le résultat demeure une interprétation rock. Basse électrique et batterie apportent poids et élan ; guitare, voix et claviers échangent les thèmes ; les superpositions en studio élargissent la palette sonore. L’orgue Hammond, le piano, le synthétiseur et le Mellotron occupent une place importante sur de nombreux disques majeurs, mais aucun de ces instruments ne constitue un critère d’admission dans le genre
Source : Rock progressif symphonique - Retroforgerecords.
Pour des éléments d'analyse musicaux et en apprendre davantage sur le contexte socio-culturel qui a vu émerger cette scène voir l’article : Soft Machine, la « Scène de Canterbury » et le rock progressif italien Concerts, échanges et influences au cours des années 1970 de Ruben Marzà et Nicolò Palazzetti dans Volume ! (Revue de musique populaire, 2022). Extraits :
La recherche du métissage stylistique, l’évocation de pratiques artistiques d’avant-garde et l’engagement politique grandissant vont de pair avec la popularité et la rentabilité économique, entérinant ainsi le succès du prog italien. Il s’agit d’une nouvelle koinè stylistique qui s’insère bien dans les réseaux de cultures sonore et visuelle novatrices qui animent la société italienne de l’époque – du cinéma de Fellini, Antonioni, Leone et Argento aux artistes de l’Arte povera, aux nouvelles formes de théâtre musical (Mattioli, 2016) – et qui auront, par ailleurs, un important succès à l’étranger. Dans le célèbre livre Rocking the Classics, paru en 1997, Edward Macan tente de tracer les caractéristiques du prog italien dans le contexte du prog international. Selon lui, les groupes continentaux, c’est-à-dire, non britanniques, apportent des caractéristiques nationales à l’idiome progressif. Les groupes italiens, en particulier, « ont mis l’accent sur le lyrisme, l’effusion vocale et le mélodrame » (Macan, 1997 : 183), des aspects qui les rendent différents de leurs collègues anglais. Cette description de Macan risque certes de stéréotyper le prog italien, qui devient une sorte d’équivalent d’opéra rock. Il est vrai, cependant, qu’un morceau comme « Impressioni di settembre » du groupe Premiata Forneria Marconi (connue aussi avec l’acronyme PFM), sorti d’abord en tant que single en 1971, est devenu le symbole le plus réussi de la koinè progressive italienne. La pièce, dont le texte fut écrit par le célèbre parolier italien Mogol, est une évocation intimiste et introspective de la nature juste avant l’aurore et commence par des simples accords de guitare acoustique qui accompagnent la voix. La pièce se caractérise par son refrain iconique, confié entièrement aux sonorités, à l’époque presque inouïes, du synthétiseur Moog, utilisé comme une sorte de substitut de la voix. « Impressioni di settembre » contribue fortement au succès de l’album Storia di un minuto, sorti en 1972 et traduit en anglais sous le titre The world became the world en 1974.
En effet, Premiata Forneria Marconi figure parmi les groupes de rock progressif italien les plus connus sur le plan international (Zoppo, 2006) et il a popularisé la dimension « symphonique », selon Anderton, du prog italien, basée sur la construction de « suites en plusieurs mouvements », l’usage d’« arrangements complexes » et le « mélange entre instruments acoustiques, électriques et électroniques (notamment les nouvelles technologies liées aux synthétiseurs) » (Anderton, 2009 : 103).
Source : Soft Machine, la « Scène de Canterbury » et le rock progressif italien Concerts, échanges et influences au cours des années 1970 de Ruben Marzà et Nicolò Palazzetti dans Volume ! (Revue de musique populaire, 2022).
Voici certaines des meilleures illustrations du rock progressif symphonique italien :
- Banco del Mutuo Soccorso - Banco del Mutuo Soccorso (1972)
- Banco del Mutuo Soccorso - Darwin ! (1972)
- Premiata Forneria Marconi - Per un amico (1972)
- Premiata Forneria Marconi - Storia di un minuto (1972)
- Quella Vecchia Locanda - Quella Vecchia Locanda (1972)
- Le Orme - Uomo di pezza (1972)
- Latte e Miel - Passio secundum Mattheum (1972) (rock chrétien)
- Le Orme - Felona e sorona (1973)
- Quella Vecchia Locanda - Il tempo della gioia (1974)
Rock progressif italien avec des sonorités de rock progressif symphonique :
- Alphataurus - Alphataurus (1973)
- Museo Rosenbach - Zarathustra (1973)
- Maxophone - Maxophone (1975)
Musiques de film :
- Goblin - Profundo Rosso (1975)
- Goblin - Suspiria (1977)
Quelques classiques anglais du genre :
- Genesis - Selling england by the pound (1973)
- Camel - Mirage (1973)
- Renaissance - Ashes are burning (1973)
- Renaissance - Scheherazade and Other Stories (1975)
- Renaissance - Novella (1977)
Et un petit chef d'œuvre américain oublié : Yezda Urfa - Boris (1975)
Rock progressif symphonique espagnol :
- Crack - Si todo hiciera crack (1979)
Rock progressif symphonique hollandais :
- Focus - Focus II (1971)
- Focus - Focus - III (1972)
Rock progressif symphonique brésilien :
- Bacamarte - Depois do film (1983)
Rock progressif symphonique portugais :
- José Cid - 10.000 anos depois entre Vénus e Marte (1978)
Rock progressif symphonique québécois :
- Harmonium - Les cinq saisons (1975) (avec de belles touches folks)
- Harmonium - L'Heptade (1976)
Et parce que le style n'a pas complètement disparu, voici pour terminer quelques références de rock progressif symphonique au XXème siècle :
- La Maschera di Cera - Il grande labirinto (2004)
- Neal Morse - ? (2005)
- Egonon - Risveglio (2011)
- Phideaux - Snowtorch (2011)
Cette liste créée sur Senscritique vous permettra de compléter notre liste avec d'autres noms importants arbitrairement choisis par cet utilisateur.
Et si vous souhaitez vous perdre dans les affres du rock progressif et notamment de sa composante symphonique, le tag Symphonic Prog sur la base de données Rate your Music vous guidera vers les profondeurs du style avec un catalogue interminable de références.
Et pour aller plus loin à la bibliothèque :
- Progressive rock vinyls : histoire subjective du rock progressif à travers 40 ans de vinyles de Dominique Dupuis (Ereme, 2009)
- Rock progressif de Aymeric Leroy (Le mot et le reste, 2010)
- Prog 100 : le rock progressif, des précurseurs aux héritiers de Frédéric Delâge (Le mot et le reste, 2014)
Bonne journée.
Souffles I – Anima