Le bien et le mal ne cachent-ils pas simplement des valeurs différentes ?
Question d'origine :
Peut-on dire qu'il n'y a pas de personnes bonnes ou mauvaises: il y a des personnes avec des valeurs, des priorites differentes?
Réponse du Guichet
Bonjour,
Nos jugements moraux sont en partie façonnés par notre culture, notre éducation, nos expériences et nos priorités. Mais cela ne signifie pas que toutes les valeurs se valent ni que tous les comportements sont également justifiables. Plusieurs travaux de philosophie, d'anthropologie et de psychologie permettent de préciser cette idée.
Certains philosophes français montrent que nos jugements moraux sont façonnés par la société, d'autres invitent à distinguer les intentions, les actes et les personnes.
Au livre I, chapitre 23, « De la coutume et de ne changer aisément une loi reçue » de ses Essais, Montaigne (1533-1592) écrit : Les loix de la conscience, que nous disons naistre de nature, naissent de la coustume. Il ajoute que les opinions et les mœurs admises autour de nous finissent par nous sembler naturelles, voire universelles. Ce qui signifie que nous ne jugeons pas toujours le bien et le mal à partir de principes universels clairement établis. Nos évaluations sont aussi héritées de notre milieu et de notre époque. Deux personnes peuvent donc diverger sincèrement sur ce qui est juste parce qu'elles n'ont pas intériorisé les mêmes normes. Montaigne va toutefois plus loin qu'une simple constatation des différences. Il nous invite à examiner nos propres certitudes au lieu de considérer spontanément nos valeurs comme la mesure absolue de celles des autres. Un autre passage des Essais est particulièrement proche de votre question. Dans le livre II, chapitre 19, « De la liberté de conscience » :
Il est ordinaire de voir les bonnes intentions, si elles sont conduites sans moderation, pousser les hommes à des effects tres-vitieux.
En français modernisé :
Il est fréquent de voir les bonnes intentions, lorsqu'elles sont menées sans modération, aboutir aux pires résultats.
Montaigne observe que des personnes sincèrement convaincues d'agir pour une cause juste peuvent, sous l'effet de leur passion, prendre des décisions injustes ou violentes. C'est une distinction essentielle. Croire défendre le bien ne garantit pas que l'on agisse bien. Les intentions, les actes et leurs conséquences doivent donc être examinés séparément.
Pour Blaise Pascal (1623-1662), nos idées de la justice changent selon les lieux et les époques. On ne voit presque rien de juste ou d'injuste qui ne change de qualité en changeant de climat écrit-il dans un fragment sur la justice et les coutumes de ses Pensées (voir Pascal - Pensées, éd. Havet.djvu/124, Wikisource). Puis, avec la formule devenue célèbre : Vérité au deçà des Pyrénées, erreur au delà, il dénonce le fait que les lois et les coutumes humaines varient selon les territoires au point que des pratiques considérées comme justes ici peuvent être jugées injustes ailleurs. Il ne faut cependant pas lui attribuer un relativisme moral pur. Pascal s'interroge aussi sur l'existence d'une justice véritable, qui ne se réduirait pas aux conventions humaines.
Nos jugements sur les personnes sont eux aussi influencés par les normes auxquelles nous adhérons. Avant de qualifier quelqu'un de mauvais, il faut donc examiner les valeurs qu'il défend, les raisons de ses choix et les effets réels de ses actes.
Montaigne et Pascal constatent que les coutumes et les sociétés influencent nos idées du bien et du mal mais Montainge cherche surtout à nous rendre méfiants envers nos propres jugements tandis que Pascal souligne l'instabilité de la justice humaine et s'interroge sur ce qui pourrait la fonder véritablement.
Dans son Dictionnaire philosophique, article « Bien et mal, physique et moral », Voltaire (1694-1778) défend l'idée que le bien et le mal se comprennent à partir de leurs effets sur autrui. Il propose une conception du mal moral fondée sur le tort causé à autrui. Il précise que les actes nuisibles — les violences, les outrages ou les rapines — sont des maux dans la mesure où ils causent du tort.
Ce mal moral n’est qu’un sentiment douloureux qu’un être organisé cause à un autre être organisé. Les rapines, les outrages, etc., ne sont un mal qu’autant qu’ils en causent. Or, comme nous ne pouvons assurément faire aucun mal à Dieu, il est clair, par les lumières de la raison (indépendamment de la foi, qui est tout autre chose), qu’il n’y a point de mal moral par rapport à l’Être suprême.
Source : Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome17.djvu/600, Wikisource
Cette conception ne revient pas à dire que chacun peut décider arbitrairement du bien et du mal. Elle invite plutôt à examiner les effets concrets des comportements sur les autres.
Ce qui signifie, en lien avec votre question, qu'au lieu de définir une personne comme mauvaise parce qu'elle ne partage pas nos valeurs, on peut examiner si ses actes font souffrir autrui, portent atteinte à ses droits ou nuisent à la vie collective. Le désaccord sur les valeurs et le tort effectivement causé sont deux questions différentes.
Plus près de nous, Paul Ricœur (1913-2005) formule ainsi sa conception de l'éthique : La vraie vie avec et pour l'autre dans des institutions justes. En d'autres termes, vivre bien avec et pour les autres. Lire Paul Ricœur, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990, septième étude, « Le soi et la visée éthique ». Texte intégral : Version PDF de l'ouvrage.
Sa réflexion associe trois dimensions. La recherche d'une vie bonne, la sollicitude envers autrui et la justice dans les institutions. Ricœur ne soutient pas que toutes les valeurs sont équivalentes. Il propose plutôt une manière de penser l'éthique qui ne se limite ni aux préférences individuelles ni à l'application mécanique de règles. Nos choix doivent être examinés dans leurs relations avec les autres et dans le cadre d'une vie collective juste.
Nous pouvons avoir des conceptions différentes de la vie bonne, sans que cela suffise à faire de nous des personnes bonnes ou mauvaises. La question devient celle de la manière dont nous vivons nos valeurs avec les autres, dont nous les confrontons aux leurs et dont nous agissons dans des situations concrètes.
Pour Franz Boas (1858-1942), figure fondatrice de l'anthropologie américaine, nos jugements sont façonnés par notre culture. Il insiste sur le rôle de l'histoire et de l'environnement culturel dans la formation de nos représentations. L'Encyclopédie Stanford de la philosophie le cite dans son article Relativism :
The data of ethnology prove that not only our knowledge but also our emotions are the result of the form of our social life and of the history of the people to whom we belong. (Boas 1940: 636)
Les données de l'ethnologie montrent que non seulement nos connaissances, mais aussi nos émotions, résultent de la forme de notre vie sociale et de l'histoire du peuple auquel nous appartenons. (Boas 1940: 636)
Autrement dit, nous ne jugeons pas uniquement en fonction de règles apprises consciemment. Nos émotions elles-mêmes — indignation, dégoût, culpabilité ou admiration — sont aussi façonnées par notre environnement social.
Ruth Benedict (1887-1948), anthropologue américaine, souligne que les sociétés ne définissent pas toutes de la même façon les comportements acceptables. Dans Anthropology and the Abnormal, The Journal of General Psychology, vol. 10, 1934, p. 59-82, elle écrit :
We recognize that morality differs in every society, and is a convenient term for socially approved habits.
Nous reconnaissons que la morale diffère dans chaque société et constitue un terme commode pour désigner les habitudes socialement approuvées.
Cette observation invite à prendre du recul sur nos propres jugements. Ce qui nous semble naturellement bien ou mal peut aussi refléter les normes que nous avons intériorisées. Cela rejoint la distinction établie dans l'article universitaire Moral Relativism de la Stanford Encyclopedia of Philosophy, Feb 19, 2004, entre deux propositions :
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Les sociétés ont des conceptions morales différentes.
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La vérité ou la justification d'un jugement moral dépend nécessairement des valeurs d'une société.
Les sociétés ont des conceptions morales différentes :
Most often it is associated with an empirical thesis that there are deep and widespread moral disagreements and a metaethical thesis that the truth or justification of moral judgments is not absolute, but relative to the moral standard of some person or group of persons.Le plus souvent, il [le relativisme moral] est associé à une thèse empirique selon laquelle il existe des désaccords moraux profonds et étendus, et à une thèse métaéthique selon laquelle la vérité ou la justification des jugements moraux n'est pas absolue, mais relative à la norme morale d'une personne ou d'un groupe de personnes.
Descriptive Moral Relativism (DMR). As a matter of empirical fact, there are deep and widespread moral disagreements across different societies, and these disagreements are much more significant than whatever agreements there may be.Relativisme moral descriptif (RMD). En tant que fait empirique, il existe des désaccords moraux profonds et étendus entre différentes sociétés, et ces désaccords sont bien plus significatifs que les éventuels accords qui pourraient exister.
Examples of moral practices that appear sharply at odds with moral outlooks common in the United States are not hard to come by: polygamy, arranged marriages, suicide as a requirement of honor or widowhood, severe punishments for blasphemy or adultery, female genital cutting, and so on... At a more general level, Wong... has argued that two different approaches to morality may be found in the world: a relationship-centered morality that emphasizes the goods of family and community, and a rights-centered morality that stresses the value of individual autonomy or freedom.Les exemples de pratiques morales qui apparaissent en nette contradiction avec les perspectives morales courantes aux États-Unis ne manquent pas : la polygamie, les mariages arrangés, le suicide comme exigence d'honneur ou de veuvage, les peines sévères pour blasphème ou adultère, les mutilations génitales féminines, etc. À un niveau plus général, Wong... a soutenu que deux approches différentes de la morale existent dans le monde : une morale centrée sur les relations qui met l'accent sur les biens de la famille et de la communauté, et une morale centrée sur les droits qui souligne la valeur de l'autonomie ou de la liberté individuelle.
La vérité ou la justification d'un jugement moral dépend nécessairement des valeurs d'une société :
... moral relativism, the view that moral truth or justification is relative to a culture or society....le relativisme moral, la position selon laquelle la vérité ou la justification morale est relative à une culture ou une société.
... moral judgments nonetheless have moral authority or normative force, not absolutely or universally (as objectivists contend), but relative to some group of persons such as a society or culture. This point is typically made with respect to truth or justification (or both)......les jugements moraux possèdent néanmoins une autorité morale ou une force normative, non pas de manière absolue ou universelle (comme le soutiennent les objectivistes), mais relativement à un groupe de personnes tel qu'une société ou une culture. Ce point est généralement avancé concernant la vérité ou la justification (ou les deux)...
Metaethical Moral Relativism (MMR). The truth or falsity of moral judgments, or their justification, is not absolute or universal, but is relative to the traditions, convictions, or practices of a group of persons.With respect to truth-value, this means that a moral judgment such as 'Polygamy is morally wrong' may be true relative to one society, but false relative to another. It is not true, or false, simply speaking. Likewise, with respect to justification, this judgment may be justified in one society, but not another.Relativisme moral métaéthique (RMM). La vérité ou la fausseté des jugements moraux, ou leur justification, n'est pas absolue ni universelle, mais est relative aux traditions, convictions ou pratiques d'un groupe de personnes.En ce qui concerne la valeur de vérité, cela signifie qu'un jugement moral tel que "La polygamie est moralement mauvaise" peut être vrai par rapport à une société, mais faux par rapport à une autre. Il n'est pas vrai ou faux dans l'absolu. De même, concernant la justification, ce jugement peut être justifié dans une société, mais pas dans une autre.
Ajoutons que nos jugements moraux reposent aussi sur nos sentiments et nos priorités.
David Hume (1711-1776), philosophe écossais, interroge le fondement même de nos jugements moraux dans An Enquiry Concerning the Principles of Morals, 1751. Dans cet ouvrage, Hume cherche à découvrir l'origine et le fondement de nos évaluations morales en appliquant la méthode expérimentale à l'étude des qualités mentales qui constituent le « mérite personnel ». Les grands axes de sa thèse se résument ainsi :
Le débat entre Raison et Sentiment
Hume s'interroge sur la part respective de la raison et du sentiment dans nos jugements. Il soutient que si la raison est indispensable pour établir les faits, analyser les relations de cause à effet et calculer les conséquences d'une action, elle reste « froide et détachée ». Elle ne peut à elle seule motiver la volonté ni fonder la valeur morale. L'approbation ou le blâme moral repose en dernier ressort sur un sentiment interne.
L'Utilité et la Bienveillance
Les vertus sociales (bienveillance, humanité, justice) sont universellement estimées en raison de leur utilité publique. Si l'utilité nous plaît, c'est parce que la constitution humaine comporte un principe naturel de sympathie et d'intérêt pour le bien d'autrui.
La Justice comme vertu artificielle
Contrairement à l'affection naturelle envers ses proches, la justice n'est pas un instinct primaire mais une institution fondée sur la nécessité sociale et la convention. Elle naît de la conjonction entre la rareté relative des ressources et la générosité limitée des hommes.
La classification du mérite
Toute qualité mentale jugée louable tire son mérite de l'un des quatre canaux suivants : elle est utile aux autres, utile à soi-même, immédiatement agréable aux autres, ou immédiatement agréable à soi-même.
Voici les passages dans lesquels Hume pose directement la question de l'origine de nos jugements moraux :
La question initiale : Raison ou Sentiment ? (Section I, § 3)
There has been a controversy started of late, much better worth examination, concerning the general foundation of MORALS; whether they be derived from REASON, or from SENTIMENT; whether we attain the knowledge of them by a chain of argument and induction, or by an immediate feeling and finer internal sense...Une controverse s'est élevée récemment, bien plus digne d'examen, concernant le fondement général de la MORALE : savoir si elle dérive de la RAISON ou du SENTIMENT ; si nous en acquérons la connaissance par une chaîne d'arguments et d'inductions, ou par un sentiment immédiat et un sens interne plus délicat...
The end of all moral speculations is to teach us our duty... But is this ever to be expected from inferences and conclusions of the understanding, which of themselves have no hold of the affections, or set in motion the active powers of men? They discover truths: But where the truths which they discover are indifferent... they can have no influence on conduct and behaviour.Le but de toutes les spéculations morales est de nous enseigner notre devoir... Mais peut-on jamais attendre cela des inférences et des conclusions de l'entendement, lesquelles n'ont par elles-mêmes aucune prise sur les affections et ne mettent pas en mouvement les facultés actives de l'homme ? Elles découvrent des vérités : mais lorsque les vérités qu'elles découvrent sont indifférentes... elles ne peuvent avoir aucune influence sur la conduite et le comportement.
The final sentence, it is probable, which pronounces characters and actions amiable or odious, praise-worthy or blameable... depends on some internal sense or feeling, which nature has made universal in the whole species... But in order to pave the way for such a sentiment, and give a proper discernment of its object, it is often necessary, we find, that much reasoning should precede...Il est probable que la sentence finale qui prononce que les caractères et les actions sont aimables ou odieux, louables ou blâmables... dépend de quelque sens ou sentiment interne, que la nature a rendu universel dans toute l'espèce... Mais pour frayer la voie à un tel sentiment et donner un discernement approprié de son objet, il est souvent nécessaire, nous le constatons, qu'un important travail de raisonnement le précède...
But though reason, when fully assisted and improved, be sufficient to instruct us in the pernicious or useful tendency of qualities and actions; it is not alone sufficient to produce any moral blame or approbation. Utility is only a tendency to a certain end... It is requisite a sentiment should here display itself, in order to give a preference to the useful above the pernicious tendencies. This sentiment can be no other than a feeling for the happiness of mankind, and a resentment of their misery...Mais bien que la raison... suffise à nous instruire sur la tendance préjudiciable ou utile des qualités et des actions, elle ne suffit pas à elle seule à produire le moindre blâme ou la moindre approbation morale. L'utilité n'est qu'une tendance vers une certaine fin... Il est nécessaire qu'un sentiment se manifeste ici pour accorder une préférence aux tendances utiles sur les tendances préjudiciables. Ce sentiment ne peut être autre qu'un sentiment pour le bonheur de l'humanité et un ressentiment face à sa misère...
Thus the distinct boundaries and offices of reason and of taste are easily ascertained. The former conveys the knowledge of truth and falsehood: The latter gives the sentiment of beauty and deformity, vice and virtue. The one discovers objects as they really stand in nature... Reason, being cool and disengaged, is no motive to action... Taste, as it gives pleasure or pain, and thereby constitutes happiness or misery, becomes a motive to action, and is the first spring or impulse to desire and volition.Ainsi, les frontières et les fonctions distinctes de la raison et du goût sont facilement établies. La première transmet la connaissance du vrai et du faux ; le second donne le sentiment de la beauté et de la laideur, du vice et de la vertu. L'une découvre les objets tels qu'ils existent réellement dans la nature... La raison, étant froide et détachée, n'est pas un motif d'action... Le goût, en ce qu'il donne du plaisir ou de la peine, et constitue par là le bonheur ou le malheur, devient un motif d'action et constitue le premier ressort ou la première impulsion du désir et de la volonté.
Deux individus peuvent donc privilégier des valeurs différentes — la liberté, la sécurité, la loyauté, l'égalité ou le devoir — et parvenir à des jugements différents face à une même situation. Cela ne signifie pas que leurs jugements échappent à toute discussion rationnelle. On peut confronter leurs arguments, examiner les conséquences de leurs choix et chercher des critères communs.
Les apports de la psychologie ont montré qu'une personne ne se réduit pas à ses actes.
Albert Bandura (1925-2021), psychologue, a étudié les mécanismes qui permettent à des personnes de commettre des actes nuisibles tout en continuant à se percevoir comme moralement acceptables. Dans Moral Disengagement in the Perpetration of Inhumanities, Personality and Social Psychology Review, vol. 3, no 3, 1999, p. 193-209, il écrit : Nombre d'actes inhumains s'opèrent grâce à un réseau de soutien composé d'entreprises légitimes, dirigées par des personnes par ailleurs bienveillantes, mais qui contribuent à des activités destructrices par une subdivision opaque des fonctions et une dilution des responsabilités (Many inhumanities operate through a supportive network of legitimate enterprises run by otherwise considerate people who contribute to destructive activities by disconnected subdivision of functions and diffusion of responsibility). Bandura explique que des individus peuvent justifier leurs actes au nom d'une cause, minimiser leurs conséquences ou rejeter leur responsabilité sur autrui.
Cette analyse conduit à une distinction importante. Une personne peut agir de façon condamnable sans que l'ensemble de sa personnalité puisse être résumé par cet acte. Inversement, des qualités reconnues chez quelqu'un ne rendent pas acceptables les actes nuisibles qu'il commet.
Comprendre les motivations d'une personne permet donc de mieux expliquer son comportement mais ne suffit pas à l'excuser.
Dans l'article déjà cité, Moral Relativism, Stanford Encyclopedia of Philosophy, vous pourrez prendre connaissance des positions mixtes qui cherchent à dépasser l'opposition rigide entre objectivisme absolu et relativisme strict en reconnaissant que la morale comporte à la fois des éléments objectifs universels et des dimensions relatives aux cultures.
David Copp et les besoins sociaux fondamentaux
Copp avance qu'un code moral n'est justifié que s'il répond aux besoins fondamentaux de la société (comme le maintien de la population et de la coopération entre générations), ce qui garantit une grande similarité entre les codes moraux justifiés. Toutefois, la sélection précise du code dépend aussi des valeurs non morales propres à chaque culture, ce qui réintroduit une part de relativisme.
Philippa Foot et Martha Nussbaum (la tradition aristotélicienne)
En partant de l'éthique des vertus, ces autrices soutiennent que la nature humaine et les contraintes conceptuelles imposent des limites objectives à ce qu'est une « vie bonne » ou une vertu (ex. le courage ou la justice). Cependant, elles concèdent que ces contraintes universelles laissent une marge d'interprétation et de spécification selon les traditions locales.
Pour avoir d'autres apports sur la question, vous pourriez lire aussi :
- Macnamara, C. Holding others responsible. Philos Stud 152, 81–102 (2011).
La philosophe C. Macnamara distingue l’évaluation du caractère de celle des actes isolés : « Nous évaluons moralement les vertus et les vices d’autrui, pas seulement leurs manquements à un devoir ». Cela laisse place à l’idée qu’un caractère peut être moralement critiquable, sans pour autant résumer toute une vie à un verdict global.
- Levy, Neil. “The Good, the Bad, and the Blameworthy.” Journal of Ethics and Social Philosophy 1, no. 2 (2005): 1–16.
N. Levy souligne aussi que être mauvais et mériter le blâme ne sont pas la même chose : « nous devrions pouvoir dire qu’une chose est mauvaise sans dire qu’elle est blâmable ». Une personne peut donc avoir des traits ou des attitudes condamnables sans être pleinement responsable de les avoir — par exemple, si sa connaissance ou sa maîtrise était altérée.
- Brink, David O., Situationism, Responsibility, and Fair Opportunity (July 18, 2013). Social Philosophy & Policy (Forthcoming).
Les circonstances comptent également. David Brink résume la portée des travaux situationnistes ainsi : « ils portent sur les variations du comportement selon les situations, non sur les capacités de l’agent ». Autrement dit, le contexte peut infléchir une conduite. Cela ne prouve pas que le caractère n’existe pas, ni que toute responsabilité disparaît.
- Francesco Allegri. Konflikt wartości i pluralizm moralny w etyce normatywnej. Kultura i Wartości No 34 (2022).
- Wilson, A.T. Vice-based accounts of moral evil. Philos Stud 180, 2825–2845 (2023).
Des philosophes défendent même l’idée qu’on puisse parler de personnes moralement mauvaises tout en exigeant des critères exigeants. Alan T. Wilson propose de lier le mal moral à une inversion extrême des motivations fondamentales et non à une simple faute.
Bonne journée
Peine Kapital