Je cherche une pluralité de lectures expertes sur les rapports entre Occident et Orient
Question d'origine :
Bonjour !
Je ne me base sur aucune donnée mais il me semble, par l'observation, que le monde oriental (du proche à l'extrême), que ses habitants sont plus curieux, voire intéressés, voire admiratifs du monde occidental et européen en particulier, notamment de ses cultures, de ses arts, que l'inverse.
Si cela est avéré, factuel, faut-il y voir une plus grande largeur d'esprit à mesure que l'on se rapproche du soleil levant ?
Il me semble que si l'Orient fascine les entreprises, les géopolitologues occidentaux, il intéresse bien moins nos peuples (voit-on des touristes occidentaux en Orient comme on les constate en Occident et notamment en Europe ?), alors que les touristes orientaux affluent et que nos musiciens, nos artistes passionnent passablement d'Orientaux ..
Ainsi des faits, incontestés. Qu'en conclure ? Je pencherais vers une ouverture psychologique et sociologique à l'altérité qui manque à l'Occident, ce qui entre parenthèses corrobore l'ascension fulgurante de entreprenariat chinois à travers la planète ...
Il y a en amont du présent des spécificités intemporelles qui caractérisent en particulier les deux blocs que sont l'Occident et l'Orient, mais pas que: n'oublions pas l'Afrique, spécificités qui, à mesure que l'emprise de l'un sur l'autre s'atténue, se déploie avec toute l'énergie du soumis qui s'émancipe et lâche alors toute l'étendue d'une psychologie jusqu'alors en éveil ...
On sait que dans plusieurs pays asiatiques, l'apprentissage des langues étrangères et l'expérience de l'altérité font partie intégrante des parcours éducatifs d'excellence. On ne peut pas en dire autant du côté du soleil couchant.
Peut-être se dessine-t-il ainsi le problème d'une civilisation forte non seulement de sa prétention à l'universalisme de ses valeurs mais aussi de celle à penser que la Raison, au final essentiellement cartésienne voire formelle, la fonde à légitimer la certitude qu'elle détient la Vérité. En somme, l'Occident aurait autant d'avance dans certains domaines que de retard dans d'autres, et que ce qui relève des retards la rattrape pour le pire, si l'on ose dire. Peyreffite avait écrit "Quand la Chine s'éveillera" ; songeons à un "Quand l'Occident se calmera" ?
Des faits et puis leurs explications, davantage nourries que les miennes, tout hypothétiques malgré tout, proposées surtout pour cadrer ce que je recherche, à savoir des références de spécialistes en la matière, celle au final des rapports entre l'Occident et l'Orient. Que me proposeriez-vous comme lectures, quand bien même (et surtout) contradictoires ?
Bien amicalement, comme toujours :)
Réponse du Guichet
L’Orient est-il plus curieux de l’Occident que l’inverse ? Pour éclairer cette hypothèse, plusieurs spécialistes interrogent les représentations héritées de l’histoire coloniale, la prétention occidentale à l’universalisme et les différences de traditions intellectuelles. D’Edward Said à François Jullien, leurs analyses invitent à repenser notre rapport à l’altérité. Mais l’intérêt pour une autre culture suffit-il à témoigner d’une véritable ouverture d’esprit ? Faute d’études comparatives concluantes, la question reste ouverte. Nous vous proposons une bibliographie pour tenter d'y répondre.
Bonjour
Vous recherchez des études et des références de spécialistes y compris des analyses contradictoires permettant de confronter ces hypothèses sur les relations entre Orient et Occident répondant à vos questions : L’Orient manifeste-t-il une plus grande curiosité et une plus grande ouverture à l’égard de l’Occident que l’inverse, notamment dans les domaines culturels, artistiques et éducatifs ? Si cette asymétrie est avérée, comment l’expliquer historiquement, sociologiquement et psychologiquement ? Traduit-elle une plus grande capacité à accueillir l’altérité, tandis que l’Occident, fort de son universalisme et de sa prétention à détenir la vérité, peinerait davantage à se remettre en question ?
Pour étudier sérieusement ces questions, il faut croiser plusieurs disciplines : Histoire des relations entre l'Europe et l'Asie, sociologie des échanges culturels, psychologie interculturelle et critique de l'universalisme occidental. Il faut toutefois distinguer deux questions : l'Orient manifeste-t-il davantage d'intérêt pour l'Occident, et cet intérêt traduit-il une plus grande ouverture à l'altérité ? La seconde ne découle pas automatiquement de la première.
Voici une sélection de références, avec des pistes de lecture contradictoires.
Occident et Orient : comment les deux mondes se représentent-ils ?
Cette critique postcoloniale est une référence fondamentale. Said analyse la manière dont les savoirs, les représentations artistiques et les discours politiques occidentaux ont construit une certaine image de l'Orient souvent réduite à un monde exotique, irrationnel ou inférieur. Son livre permet d'interroger les rapports de pouvoir qui influencent la curiosité culturelle. Il ne démontre pas que les Orientaux seraient plus ouverts aux Occidentaux. Il étudie surtout la représentation occidentale de l'Orient.
Au XIXe siècle, l'Occident a connu un engouement prononcé pour tout ce qui touche à l'Orient. Selon l'auteur, ce mode de représentation qui, plus qu'une mode, est une idéologie destinée à justifier les entreprises coloniales et néocoloniales, influence encore les rapports entre les deux mondes, et se révèle flagrante dans la littérature et dans l'art en général. ©Electre 2015
4e de couverture
D'Eschyle à Kissinger, de Marx à Barrès, l'Occident a tenu un discours sur l'Orient. Mais, puisque «l'Orient» n'existe pas, d'où vient ce discours et comment expliquer son étonnante stabilité à travers les âges et les idéologies? «L'Orient» est une création de l'Occident, son double, son contraire, l'incarnation de ses craintes et de son sentiment de supériorité tout à la fois, la chair d'un corps dont il ne voudrait être que l'esprit.
À étudier l'orientalisme, présent en politique et en littérature, dans les récits de voyage et dans la science, on apprend donc peu de choses sur l'Orient, et beaucoup sur l'Occident. Le portrait que nous prétendons faire de l'Autre est, en réalité, tantôt une caricature, tantôt un complément de notre propre image.
L'idéologie orientaliste s'est échappée depuis longtemps déjà du cabinet des savants pour précéder Napoléon dans sa conquête de l'Égypte ou suivre la guerre du Liban.
C'est de ce discours qu'on trouvera ici la magistrale archéologie, augmentée de la préface que l'auteur rédigea en 2003 pour le vingt-cinquième anniversaire de la publication originale de l'ouvrage.
1
Le domaine de l'orientalisme
I. Connaître l'Oriental
II. La géographie imaginaire et ses représentations : orientaliser l'oriental
III. Projets
IV. Crise
2
L'orientalisme structuré et restructuré
I. Redessiner les frontières, redéfinir les problèmes, séculariser la religion
II. AI Silvestre de Sacy, Ernest Renan, Karl Marx : l'anthropologie rationnelle, le laboratoire de philologie et leurs répercussions
II. Pèlerins et pèlerinages, anglais et français
3
L'orientalisme aujourd'hui
I. Orientalisme latent et orientalisme manifeste
II. Le style, la compétence, la vision de l'expert : l'orientalisme dans-le-monde
III. L'orientalisme franco-anglais moderne en plein épanouissement
IV. La phase récente
Vous pouvez lire intégralement cet ouvrage dans sa version traduite en français de 2005 et, sur Internet Archive, sa version originale.
Pour de nombreux lecteurs francophones, la préface du théoricien de la littérature et philosophe Tzvetan Todorov qui accompagne la première édition française est jugée indissociable de l'œuvre tant elle permet de contextualiser avec rigueur la réception de l'essai en France. Cf. L’orientalisme. L’Orient créé par l’Occident. Ouvrage de Eward W SAID, irenees.net. Cet article d'irenees.net qui présente l’ouvrage, propose une déconstruction synthétique et pédagogique de l'œuvre d'Edward Said. Il montre comment les représentations occidentales de l’Orient, en particulier du monde arabe et musulman, ont contribué à justifier la domination coloniale et à opposer un Occident supposé supérieur à un Orient figé dans des stéréotypes. Said remet en question cette séparation entre deux mondes homogènes et défend des identités culturelles multiples, évolutives et interdépendantes. Il appelle les intellectuels à dépasser les préjugés et à étudier l’autre dans une perspective humaniste. L’article souligne aussi les limites de cette approche, notamment le manque de propositions concrètes pour éclairer les décisions politiques. Cette synthèse permet de comprendre comment les rapports de pouvoir façonnent notre perception des autres cultures. Elle éclaire directement la question de l’ouverture de l’Occident à l’altérité, tout en invitant à se méfier de l’opposition trop générale entre Orient et Occident. Il s’agit toutefois d’une présentation critique de la pensée de Said, et non d’une étude comparative démontrant que les sociétés orientales seraient plus ouvertes que les sociétés occidentales.
Pour approfondir :
- L'article fondateur de Said, Edward W. “ORIENTALISM.” The Georgia Review, vol. 31, no. 1, 1977, pp. 162–206. JSTOR
Dans cet ouvrage, Al-Azm ne se contente pas de critiquer les représentations occidentales de l’Orient. Il reproche aussi à Said de présenter parfois l’Occident comme un ensemble homogène, reproduisant ainsi le travers qu’il dénonce chez les orientalistes. Il invite donc à examiner de manière critique les deux côtés de la relation Orient-Occident, sans enfermer l’un ou l’autre dans une identité unique. Ses réflexions sur la censure et l’affaire Rushdie éclairent également les tensions entre liberté intellectuelle, religion et échanges culturels.
Lire
- la recension de Gilbert Achcar, Le Monde diplomatique, août 2009
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De l'universel, de l'uniforme, du commun et du dialogue entre les cultures / François Jullien, 2008 (Philosophie comparée).
Dans ce dialogue interculturel, le philosophe confronte notamment les traditions européennes et chinoises. Il invite à questionner la prétention occidentale à définir seule l'universel, sans tomber pour autant dans le relativisme culturel. L'ouvrage s'adresse particulièrement aux lecteurs intéressés par la philosophie politique, l'interculturalité et les rapports entre l'Europe et la Chine. Son apport majeur est de montrer que construire du commun ne signifie pas produire de l'uniformité, et que la diversité culturelle peut nourrir une réflexion sur l'universel plutôt que lui faire obstacle.
C'est l'une des références les plus directement adaptées à votre interrogation sur la capacité de l'Occident à reconnaître la valeur d'autres traditions intellectuelles.
Jullien commence par retravailler le sol conceptuel de la notion même d’universel. Qu’est-ce qui distingue et en même temps relie cette notion à celle d’ « uniforme » ? Et les deux précédentes notions à celle de « commun » ? Puis il entreprend d’éclairer en profondeur la façon chaotique dont la dimension de l’universel a émergé en Europe. Car lorsqu’on l’examine d’un point historique (et dans le temps long qui est celui des idées), il est frappant de voir à quel point l’universel est une notion composite, voire hétéroclite, en ce qu’elle plonge ses racines dans trois régimes de pensée et d’histoire très hétérogènes : celui de la logique, via la philosophie et les sciences, celui du droit, via l’Empire romain, et enfin celui de la religion, via la christianisme et saint Paul.
Oui, il y a bien une « idéologie européenne ». Oui, les notions de « démocratie » et de « Droits de l’homme » subissent une torsion lorsqu’elles passent en Chinois. Non, cela ne signifie pas pour autant que le relativisme est la seule option rationnelle et le fin mot de tout. Et encore moins que les jeunes Chinois de la place Tian an’Men ne savent pas de quoi ils parlent lorsqu’ils revendiquent de telles valeurs. Oui, on peut dire quelque chose de neuf, aujourd’hui encore, sur l’universel et sur le dialogue des cultures. Source : site de l'éditeur
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Repères pour un dialogue interculturel / Vincent Billerey et Hélène Hatzfeld, ministère de la Culture et de la Communication, 2010, propose un cadre d'analyse pluridisciplinaire (anthropologie, philosophie, sociologie, histoire et politiques culturelles) pour dépasser la simple observation passive de la « diversité culturelle » et fonder un dialogue interculturel concret. Le texte examine les relations entre cultures, les limites de l’universalisme, les identités culturelles et les conditions concrètes du dialogue interculturel. Il est particulièrement utile pour trois aspects de votre interrogation :
1. La prétention de l’Occident à l’universalisme
Il questionne les conceptions universalistes et multiculturalistes et cherche à penser des identités culturelles dynamiques, sans réduire les cultures à des ensembles figés.
2. Les rapports de pouvoir et l’histoire coloniale
Il souligne que les relations entre cultures sont marquées par les héritages historiques, les conflits de mémoire et les inégalités, ce qui aide à comprendre les différences de position entre sociétés.
3. L’ouverture à l’altérité
Il insiste sur le rôle de l’éducation, des arts, des langues et des institutions dans la connaissance de l’autre, tout en rappelant que les échanges culturels ne garantissent pas, à eux seuls, un véritable dialogue.
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La psychologie interculturelle : les sociétés occidentales sont-elles particulières ?
Henrich explique que les populations occidentales modernes présentent, sur plusieurs dimensions psychologiques, des particularités qui ne sont pas représentatives de l'humanité entière. Il étudie notamment l'individualisme, les rapports aux groupes et certaines manières de raisonner. Cette approche permet de questionner l'idée selon laquelle les habitudes intellectuelles occidentales seraient naturellement universelles. Elle ne prouve cependant pas que les sociétés asiatiques soient plus tolérantes ou plus curieuses. Son principal intérêt est de remettre en question l’idée d’une psychologie humaine universelle. Il propose une explication historique des liens entre famille, religion, individualisme et développement économique. Malgré sa longueur et le caractère débattu de certaines conclusions, il constitue une contribution importante aux discussions sur les origines culturelles des sociétés modernes.
Lire à son sujet
- The Weirdest People in the World review – a theory-of-everything study, Nicholas Guyatt, The Guardian, Fri 20 Nov 2020
- Review: THE WEIRDEST PEOPLE IN THE WORLD / Joseph Henrich, Concordia Theology, February 15, 2022
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The Geography of Thought: How Asians and Westerners Think Differently... and Why / Richard E. Nisbett, 2003
Psychologie comparative
Nisbett compare des tendances cognitives observées dans différentes populations d'Asie orientale et d'Occident, notamment l'attention portée au contexte et aux relations, par opposition à celle portée aux objets et aux catégories.
L'ouvrage a contribué à populariser l'idée que les processus cognitifs ne sont pas entièrement indépendants du contexte culturel. Sa principale limite réside dans le risque de généraliser excessivement les différences entre « Asiatiques » et « Occidentaux », deux ensembles très hétérogènes. Les résultats décrivent des tendances statistiques, non des caractéristiques universelles ou immuables des individus.
C'est une piste pour comprendre les différences de traditions intellectuelles, mais pas une mesure directe de l'ouverture à l'étranger. Les moyennes culturelles ne permettent pas de caractériser chaque individu.
Lire
- la recension THE GEOGRAPHY OF THOUGHT: How Asians and Westerners Think Differently... and Why / Richard E. Nisbett, . . Free Press, publishersweekly.
Le choc des civilisations / Samuel P. Huntington ; traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean-Luc Fidel et Geneviève Joublain, Patrice Jorland... [et al.], Odile Jacob, 2021. Titre original : The clash of civilizations and the remaking of world order, Simon & Schuster, 1996
Ouvrage majeur et controversé des relations internationales, il propose une nouvelle lecture des conflits mondiaux après la guerre froide. Huntington soutient que les appartenances civilisationnelles et les différences culturelles peuvent structurer les conflits et les rapports internationaux. Sa perspective constitue un contrepoint utile aux approches qui privilégient le dialogue et les échanges entre cultures. Sa thèse est controversée et ne doit pas être considérée comme une description incontestable du monde. Elle permet surtout de confronter deux interprétations : les cultures comme ressources de dialogue ou comme facteurs de différenciation et de rivalité.
La principale critique concerne le caractère réducteur du découpage civilisationnel. Les sociétés ne constituent pas des blocs homogènes. Elles connaissent des divisions internes, des transformations et des intérêts contradictoires. Des chercheurs reprochent également à Huntington de sous-estimer les facteurs économiques, territoriaux et politiques. Sa théorie reste donc un cadre d'interprétation influent plutôt qu'une explication universellement admise des conflits.
Lire :
- le mémoire Le scénario du choc des civilisations. Analyse critique d'une théorie pseudo-scientifique / Gabriel GIRAUD, Sciences Po Grenoble Université de Grenoble, 2015. Celui-ci déconstruit la pseudo-scientificité de la démarche de Huntington qui a contribué à légitimer ses thèses très à la mode dans les milieux néo-conservateurs.
- la critique The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order. Samuel P. Huntington. Simon & Schuster, publishersweekly.
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L'imposture du choc des civilisations / Marc Crépon, 2002
Cet essai, publié en 2002 dans le contexte des attentats du 11 septembre 2001, conteste la thèse de Samuel Huntington selon laquelle les conflits mondiaux seraient de plus en plus déterminés par les oppositions entre grandes civilisations.
Cet ouvrage présente un intérêt pour votre question car il invite à se méfier de l’opposition générale entre Orient et Occident. Il permet de questionner l’idée de différences culturelles immuables et de réfléchir aux mécanismes qui favorisent la méfiance ou, au contraire, le dialogue entre les sociétés. Il ne cherche toutefois pas à démontrer que l’une serait plus ouverte que l’autre.
Lire
- Huntington ou la culture de l’ennemi / René-Éric Dagorn, Espacestemps, 2003, qui propose un compte-rendu approfondi de l'ouvrage de Marc Crépon, L'imposture du choc des civilisations (2002). Il constitue une déconstruction méthodique de la thèse célèbre de Samuel Huntington, en démontrant que sa grille de lecture des relations internationales ne relève pas d'une analyse scientifique neutre mais d'une entreprise idéologique et d'une arme de guerre.
Les échanges culturels : l'intérêt pour l'autre est-il réciproque ?
Au-delà du livre de Said, l'ouvrage de Varisco, Reading Orientalism: Said and the Unsaid, 2007, est intéressant pour confronter les critiques de l'eurocentrisme aux objections qui leur ont été adressées. Il aide à éviter de remplacer une vision simplificatrice de l'Orient par une vision tout aussi simplificatrice de l'Occident.
Lire
- Philip A. Mellor, Orientalism, representation and religion: the reality behind the myth, Religion, Volume 34, Issue 2, 2004, Pages 99-112
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Dans cet ouvrage Said montre que l’impérialisme ne repose pas uniquement sur la conquête militaire ou la domination économique. Il s’appuie aussi sur les œuvres littéraires, les représentations artistiques et les discours culturels qui contribuent à rendre la domination européenne naturelle ou légitime. En analysant notamment des écrivains européens comme Jane Austen, Joseph Conrad et Rudyard Kipling, il met en évidence la manière dont les empires et les territoires colonisés sont représentés, parfois au cœur même d’œuvres qui ne traitent pas directement du colonialisme.
L’ouvrage traite également des résistances à l’impérialisme. Said s'intéresse aux écrivains et aux mouvements de décolonisation qui contestent le récit dominant et font entendre les voix des peuples colonisés. Il souligne enfin que les héritages impériaux continuent d'influencer les rapports politiques et culturels contemporains.
Ce livre aide à comprendre comment la puissance historique de l'Occident a façonné les échanges culturels et les représentations réciproques. Il invite à remettre en question l'idée que les valeurs et les productions occidentales seraient naturellement universelles. En revanche, il ne démontre pas que les sociétés orientales seraient aujourd'hui plus ouvertes à l'Occident. Il analyse surtout les liens entre culture, pouvoir et héritage impérial.
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Les recherches sur les langues étrangères et les échanges touristiques
Pour tester concrètement votre hypothèse, il faudrait aussi consulter les études empiriques portant sur l'apprentissage des langues, les mobilités étudiantes, les pratiques touristiques et la consommation des productions culturelles étrangères.
Par exemple, l'article David Leslie, Hilary Russell. The importance of foreign language skills in the tourism sector: A comparative study of student perceptions in the UK and continental Europe. Tourism Management, Volume 27, Issue 6, 2006, Pages 1397-1407.
Il compare les perceptions de l'apprentissage des langues dans le secteur touristique au Royaume-Uni et en Europe continentale. Il fournit un point de départ sur les compétences linguistiques et les attitudes envers les visiteurs étrangers sans établir une opposition générale entre Orient et Occident.
Comment vérifier l'hypothèse de départ ?
Les ouvrages précédents permettent d'élaborer des pistes explicatives, mais ils ne suffisent pas à établir que les populations orientales seraient globalement plus ouvertes aux cultures occidentales. Il faudrait confronter plusieurs indicateurs :
➣ Les publics asiatiques s'intéressent-ils davantage aux arts occidentaux ?
🔎Données à rechercher : Fréquentation des expositions, concerts, cinémas et musées ; consommation des productions étrangères.
➣ Les touristes asiatiques visitent-ils davantage l'Europe que les Européens ne visitent l'Asie ?
🔎 Données à rechercher : Arrivées touristiques rapportées à la population, dépenses et nuitées, en distinguant les pays d'origine et de destination.
➣ Les sociétés asiatiques sont-elles plus ouvertes aux langues étrangères ?
🔎Données à rechercher : Niveau de compétence, apprentissage scolaire, usages effectifs et motivation à communiquer.
➣ Cette ouverture traduit-elle une plus grande tolérance ?
🔎Données à rechercher : Enquêtes comparatives sur les attitudes envers les étrangers, les minorités et les pratiques culturelles différentes.
➣ Le rapport de force historique joue-t-il un rôle ?
🔎Données à rechercher : Études sur la colonisation, les échanges économiques, les industries culturelles et les stratégies de mobilité sociale.
Il faudrait notamment distinguer l'intérêt pour une culture, la volonté de l'adopter, la capacité à la comprendre et l'acceptation de ceux qui la portent. Ces dimensions peuvent être très différentes.
Les trois approches de François Jullien, Edward W. Said et Joseph Henrich se complètent mais aucune ne permet à elle seule de conclure à une supériorité de l'Orient en matière d'ouverture d'esprit. Pour établir ou réfuter cette proposition, il faudrait ensuite s'appuyer sur des enquêtes comparatives mesurant directement les comportements et les attitudes, plutôt que sur les seules impressions de fréquentation touristique ou de succès artistique.
Des titres qui pourraient vous intéresser dans les collections de la BmL
Mythes de l'Orient en Occident / Jean-Louis Tritter, 2012
Orient-Occident, le choc ? : les impasses meurtrières / Christian Chesnot, Antoine Sfeir, 2009
Orient-Occident, la fracture imaginaire / Georges Corm, 2002
Les deux Occidents : les arènes / Nayla Farouki, 2004
Le retour du voyage en Orient : tribulations d'un Occidental désorienté et d'un Japonais westernisé / Bruno Etienne et Suzuki Masaaki, 2007
La Chine et le spectre de l'Occident : contestation poétique, modernité et métissage / Gregory B. Lee ; trad. de l'anglais par Eliane Utudjian Saint-André, 2002
L'islam et l'Occident : rencontre avec Jacques Derrida / Mustapha Cherif, 2006
L'Europe et l'islam : quinze siècles d'histoire / Henry Laurens, John Tolan, Gilles Veinstein, 2009
La conscience métisse / Daryush Shayegan, 2012
Bonne journée
Tekoha.