Les orgues étaient ils proscrits dans les églises de Lyon jusqu'au XIXème siècle ?
Question d'origine :
bonjour
pouvez verirfiez la veracite de cet article
car il est ecrit qu'il ny avait pas d'orgue dans les eglises a Lyon
car il etait proscrit jusqu'au xix siecle
merci pour tout
Réponse du Guichet
Le rite lyonnais est une très ancienne forme de célébration de la messe propre à l’archidiocèse de Lyon. Il privilégiait traditionnellement le plain-chant non accompagné. L'orgue et le chant polyphonique y étaient longtemps proscrits. Ce n’est qu’à partir de 1841 avec l’installation du premier orgue à la cathédrale Saint-Jean que cet instrument se diffusa progressivement dans les paroisses lyonnaises. Avant cela certains couvents et abbayes, non soumis au rite local, pouvaient toutefois accueillir des orgues et des musiciens dans leurs enceintes.
Bonjour,
Le rite lyonnais est une des manières de célébrer la messe et les sacrements dans l'Église catholique latine. Ce rite est très ancien puisqu'il est attesté dans l'archidiocèse de Lyon à partir du IXème siècle et découle des réformes lithurgiques imposées par Charlemagne afin de reprendre le contrôle sur les anciens rites locaux qui perduraient en Gaulle. Il confie à l'évêque Leidrade la mission de rétablir la liturgie romaine. Le rite lyonnais résulte donc d’une combinaison entre la liturgie romaine et des éléments anciens issus de la liturgie franque. Cette pratique hybride, profondément conservatrice, restera quasiment inchangée pendant des siècles, y compris au moment des réformes décidées par le concile de Trente. Elle ne disparaitra progressivement qu'à partir du XXème siècle, notamment lorsque le pape Pie VI promulgua en 1969 la Constitution apostolique Missale Romanum et publiait deux documents relatifs à la réforme du rituel de la messe.
Le site de la collégiale Saint-Just a partagé un article très complet sur les particularités du rite lyonnais et son développement. En voici un extrait qui reprend les éléments que nous relayions en introduction :
Le rit lyonnais puise ses particularités dans une histoire riche de composantes fixées depuis le bas Moyen-Âge. L’empereur Charlemagne ayant entrepris de poursuivre une réforme liturgique engagée par son père Pépin le Bref entre la fin du VIIIe et le premier quart du IXe siècle dans le but d’établir à tout prix dans les Gaules la liturgie romaine à la place des anciens rits locaux, il envoya à Lyon, un de ses chapelains, Leidrade, avec mission de réorganiser le culte selon les usages observés dans la chapelle palatine d’Aix-la-Chapelle. Depuis la mort d’Adon, évêque de Lyon, en 798, le siège épiscopal de la ville était vacant et il régnait un grand désordre au civil comme au religieux. Le nouvel archevêque connaissait fort bien la liturgie romaine, à laquelle son souverain était si attaché ; il avait vu comment elle se pratiquait, dans ce livre romain appelé « sacramentaire grégorien » (ancêtre du missel), dont le pape Adrien Ier venait d’adresser des exemplaires officiels à Charlemagne, et aussi dans ce vieux cérémonial, « ordo romanus », établi à Rome entre les années 768 et 772, et décrivant les rits solennels de la messe papale, et dont les exemplaires se répandaient à travers les provinces de l’empire, avec cette note ajoutée au texte romain, qui achevait de le rendre plus sympathique : « les évêques célèbrent tout comme le Souverain Pontife. »
Dans l’ensemble, Leidrade adopta ce rit romain-grégorien tel qu’on le suivait à Aix-la-Chapelle et le fit observer dans l’église de Lyon. Cependant le zélé réformateur dut garder bon nombre d’usages et de textes anciens empruntés à la vieille liturgie franque. C’est ce mélange romano-franc qui constitue aujourd’hui la liturgie lyonnaise. Il se situe, comme le rit romain, dans le système liturgique occidental, mais avec des emprunts aux rituels gallicans en vigueur jusqu’au IXe siècle. Ceux-ci furent marginalisés par la romanisation progressive des liturgies franques voulue par Charlemagne, mais le rit lyonnais en conserva un certain nombre. Le socle principal sur lequel repose la liturgie lyonnaise est donc le rit romain du IXe siècle tel qu’il se pratiquait autour de l’empereur, auquel s’ajoutent des reliquats de liturgie d’origine franque. Mais si le rit romain est en constante évolution, le rit lyonnais se caractérise par un conservatisme extrême. Formé vers 850, celui-ci ne connaîtra ses premiers changements qu’au XVIIIe siècle, au moment des réformes de Mgr de Montazet. Défendu ardemment par l’archevêque et le chapitre de la cathédrale Saint-Jean, ceux-ci résistent ainsi aux réformes du concile de Trente.
Source : La liturgie lyonnaise ou rit lyonnais - Texte extrait du bulletin de la FSSP Lyon, Communicantes n°108 – Juillet-Août 2017
La page Wikipédia Rite lyonnais dresse la liste des différences principales entre la messe romaine et la messe lyonnaise :
Messe lyonnaise et messe romaine
C’est dans les déploiements de la messe pontificale que se rencontrent les différences entre rite romain et lyonnais les plus nettes, mais des nuances notables sont décelables dès la messe basse. Voici les principales divergences :
« Pour la messe basse, notez avant tout : texte différent des prières au bas de l’autel ; conservation des séquences (disparues au romain après le Concile de Trente) ; utilisation d’un corporal à quinze parties ; offertoire différent (hostie et calice en même temps) ; bras du prêtre en croix pendant l'Unde et memores, en croix sur la poitrine pendant le Supplices te rogamus ; […] transport du missel fermé (ouvert au romain) par le servant […].»
À la messe pontificale, le déploiement maximal de la pompe liturgique lyonnaise accentue encore les différences. Là où la liturgie romaine requiert le service d'une quinzaine de clercs, la messe lyonnaise mobilise trente-six servants. À la cathédrale Saint-Jean par exemple, jusqu'à la réforme liturgique de Paul VI, le chœur descendait jusqu'au commencement des stalles afin de ménager un espace suffisamment vaste pour le déroulement des cérémonies pontificales. Pour les messes solennelles, la plupart des chants étaient psalmodiés sur des tons différents de ceux du rite romain, un sous-diacre se tenait derrière l'autel pendant l'élévation - pour cette raison, l'autel lyonnais n'était jamais adossé au mur de l'abside - et encensait à longue chaîne, à la manière orientale. De plus, les ministres inférieurs utilisaient un manipule, à l'instar du prêtre, et un rite propre à Lyon, l'administration, avait lieu pendant le Graduel
Source : Rite lyonnais - Wikipédia.
Dans les églises suivant le rite lyonnais, la norme musicale était le plain-chant non accompagné. L'orgue était proscrit tout comme le chant polyphonique. A ce titre, il a fallu attendre le XIXème siècle pour que l’usage des orgues se diffuse dans les paroisses lyonnaises. Un article du webzine des bibliothécaires de la BmL a consacré un double article aux orgues et célèbres organistes lyonnais. Il est précisé que le premier orgue a avoir investi une église diocésaine de la ville, fut l'orgue de la cathédrale Saint-Jean en 1841. Le grand organiste Edouard Commette règna en maitre sur cet instrument pendant toute première moitié du XXème siècle :
Le « rite lyonnais » interdisant tout accompagnement lors des cérémonies religieuses, c’est pourtant en 1841 que fut installé le premier orgue de la Cathédrale Saint-Jean, ouvrant progressivement et surtout à la fin du XIXème la liberté aux paroisses de s’éloigner de pratiques moyenâgeuses et de développer un parc d’orgues aujourd’hui reconnu. Inauguré le 16 septembre 1841 par Félix Bélédin titulaire. Jusqu’en 1874, l’orgue Callinet-Daublaine eut très vite besoin de travaux de restauration (1852, 1860) mais aussi d’aménagements afin d’en augmenter sa puissance et sa clarté.
Ce sera Joseph Merklin (1819-1905) installé depuis 1872 dans la capitale des Gaules qui remporte le marché de la reconstruction de l’instrument. Ce facteur à la réputation internationale va laisser une œuvre inestimable dans l’histoire de l’orgue à Lyon. Entre son passage à Lyon (1872-1904) et le développement de son entreprise par ses descendants (Manufacture Michel-Merklin-Kuhn) c’est plusieurs dizaines de paroisses dont il eut la charge.
L’orgue de la Cathédrale Saint-Jean est intimement lié à ses illustres titulaires. D’abord Paul Trillat de 1874 à 1904 qui inaugura le nouvel orgue le 15 avril 1875.
Il laisse son pupitre pour celui de Saint-François-de-Sales à Edouard Commette âgé alors de 21 ans. Ce dernier sera titulaire pendant plus de 60 ans du Grand orgue de la Cathédrale jusqu’à sa mort en 1967. Connaissant une renommée internationale, il enregistre pour la marque Columbia plus d’une cinquantaine de 78 tours à la Primatiale St-Jean entre 1928 et 1938. Nous n’en possédons qu’une petite dizaine.
Source : A la découverte des orgues lyonnais (1/2) - Influx (2024)
Mais ce premier orgue ne veut pas dire qu'il n'existait pas de musique sacrée par instrument à Lyon avant le XIXème siècle. La Base de données prosopographique des musiciens d'Église en 1790 rappelle justement que les communautés religieuses du diocèse, non soumises au rite lyonnais, avaient la possibilité d'y célébrer les offices différemment, apparaissant alors comme des refuges pour la musique d'Eglise :
Contrairement à la primatiale et aux églises collégiales et paroissiales du diocèse, les couvents, abbayes et prieurés lyonnais ne sont pas nécessairement tenus de se conformer au rit local. En ce sens, les offices peuvent s’y célébrer différemment. Ces communautés se dotent ainsi parfois, pour certaines, d’un ou de plusieurs orgues au fil du temps, et l’on peut donc y rencontrer des organistes, alors même que la pratique instrumentale dans les enceintes religieuses est exceptionnelle dans la région. Ainsi, certaines congrégations religieuses peuvent apparaître comme des refuges pour la musique d’Église.
Dans ces communautés religieuses, l’activité musicale bénéficiant de la meilleure visibilité archivistique est indéniablement celle des organistes et des facteurs d’orgues. Les registres de comptes de ces établissements attestent notamment le versement de gages à des organistes ou contiennent des contrats passés avec des facteurs en échange d’une construction, d’une restauration ou d’un entretien d’instruments. Les travaux de Léon Vallas puis de Pierre Marie Guéritey et de Jean-Marc Baffert ont bien mis en évidence les interventions de ces artistes et de ces artisans dans les couvents lyonnais. Complétés par de nouvelles recherches, leurs travaux permettent d’identifier, à la fin de l’Ancien Régime, cinq organistes en activité dans six établissements réguliers, tous situés à Lyon, le reste du territoire départemental demeurant alors privé de toute pratique instrumentale documentée. Citons tout de même le cas des annonciades bleu-céleste de Lyon, qui possèdent assurément un orgue à la fin de l’Ancien Régime mais qui ne semblent pas avoir recours à un musicien en 1790.
Source : Musique et musiciens d’Église dans le département du RHÔNE autour de 1790 - Base de données prosopographique des musiciens d'Église en 1790 - hébergée sur le site du Centre de musique Baroque de Versailles.
En guise d'exemple, nous savons que couvent des jacobins de Notre-Dame-de-Confort dispose d'un orgue depuis le début du XVIIIème siècle tandis que l’orgue du couvent des cordeliers de Saint-Bonaventure est construit à la toute fin du XVIIème siècle par Joseph Ferry. Les bénédictines du prieuré de Saint-Benoît détiennent quand à elles un orgue depuis seulement 1770. (Cf. Musique et musiciens d’Église dans le département du RHÔNE autour de 1790).
Notez que l'Église Saint-Georges de Lyon (située Quai Fulchiron dans le 5e arrondissement, dans le Vieux-Lyon) est l'une des rares églises de France où la liturgie catholique continue d'être célébrée selon le rite lyonnais historique : Livret de messe rite lyonnais.
Pour aller plus loin à la bibliothèque :
L'ancienne liturgie romaine : le rite lyonnais / Dom Denys Buenner, O.S.B (1934)
Ordinaire de la Sainte Messe au rite lyonnais : dialogue entre le célébrant et les fidèles / René Marchal (1937)
Bonne journée.
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