Pour nous construire, n'avons-nous pas eu des influences extérieures ?
Question d'origine :
Donald Trump a dit 'My own morality. My own mind. That's the only thing that can stop me.'
Mais le president americain ditcela comme si sa moralite a ete construite par lui meme, tout seul...
Cependant:
Notre moralite, nos valeurs, notre identite ne sont elles pas du moins en partie construites par des influences exterieures? Nous ne sommes pas devenus nous memes comme ca a partir de rien, nous ne nous sommes pas construits tout seuls...
Pour nous construire, pour devenir qul nous sommes, n'avons nous pas eu des influences exterieures?
Réponse du Guichet
Le verbatim de Donald Trump "My own morality. My own mind. It’s the only thing that can stop me, and that’s very good", a été prononcé le 7 janvier 2026, lors d'un entretien du New York Times traitant de la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro et du droit international. Selon Irish Times, Trump s’érige lui-même en arbitre moral de toute limite à son autorité. Pour Peter Singer, ces propos sont un retour à la loi du plus fort, où la moralité invoquée se réduit à la poursuite des intérêts nationaux.
De nombreux travaux en sociologie montrent que les repères moraux des êtres humains se construisent dans un environnement social (famille, culture, religion, travail...) et par des expériences vécues. Nous pouvons toutefois les questionner, les combiner, les hierarchiser ou les rejeter par la réflexion.
Les influences morales, religieuses, politiques et personnelles de Trump ont été documentées par la presse, par l’historienne Maya Kandel et par Trump lui-même, qui a publiquement présenté Norman Vincent Peale, pasteur de l’église fréquentée par sa famille, comme son mentor.
Bonjour,
Le verbatim de Donald Trump est "My own morality. My own mind. It’s the only thing that can stop me, and that’s very good" [Ma propre moralité. Mon propre esprit. C’est la seule chose qui puisse m’arrêter, et c’est très bien ainsi], prononcé le mercredi 7 janvier 2026, pendant un entretien dans le Bureau ovale avec des journalistes du New York Times.
Le journal a publié son article le 8 janvier et le verbatim complet le 11 janvier, dont voici l'extrait comportant la citation sus-citée :
Venezuela, oil and international law
[...]Katie Rogers
Do you see any checks on your power on the world stage? Is there anything that could stop you if you wanted to?
President Trump
Yeah, there is one thing. My own morality. My own mind. It’s the only thing that can stop me, and that’s very good.
Zolan Kanno-Youngs
Not international law?
President Trump
I don’t need international law. I’m not looking to hurt people. I’m not looking to kill people. I’ve ended — remember this, I’ve ended eight wars. Nobody else has ever done that. I’ve ended eight wars and didn’t get the Nobel Peace Prize. Pretty amazing. [President Barack] Obama got it. He was there for a few weeks, and he got it. He didn’t even know why he got it. They asked him, why did he get it? He was unable to answer the question. I ended eight wars. I — If you look at those wars — these were tough wars to end, too. And let me tell you, India and Pakistan were going at it. As you know, they were going at it.
Zolan Kanno-Youngs
Just to follow up there, though, do you —
President Trump
But that was one of eight. But we ended eight strong wars. Some going on for more than 30 years.
Zolan Kanno-Youngs
But do you feel your administration needs to abide by international law on the global stage?
President Trump
Yeah, I do. You know, I do, but it depends what your definition of international law is. But the answer is, I do. But we have to keep the United States safe. We have to keep parts of the world safe that we feel responsible for. NATO is not feared by Russia or China at all. Not even a little bit. We’re tremendously feared because of the fact that I built the military. If I didn’t rebuild the military, we’d be just like them.
Traduction Google
[Venezuela, pétrole et droit international
[...]Katie Rogers
Percevez-vous des obstacles à votre pouvoir sur la scène internationale ? Y a-t-il quoi que ce soit qui puisse vous arrêter si vous le vouliez ?
Président Trump
Oui, il y a une chose. Ma propre morale. Ma propre volonté. C'est la seule chose qui puisse m'arrêter, et c'est très bien.
Zolan Kanno-Youngs
Pas du droit international ?
Président Trump
Je n'ai pas besoin du droit international. Je ne cherche pas à faire de mal à qui que ce soit. Je ne cherche pas à tuer. J'ai mis fin à huit guerres – souvenez-vous-en, j'en ai mis fin. Personne d'autre n'a jamais fait ça. J'ai mis fin à huit guerres et je n'ai pas reçu le prix Nobel de la paix. C'est assez incroyable. [Le président Barack] Obama, lui, l'a reçu. Il n'est resté que quelques semaines, et il l'a eu. Il ne savait même pas pourquoi. On lui a demandé pourquoi il l'avait reçu, et il n'a pas su répondre. J'ai mis fin à huit guerres. Si vous regardez ces guerres, vous verrez que c'étaient des guerres difficiles à terminer. Et croyez-moi, l'Inde et le Pakistan étaient en conflit. Comme vous le savez, ils étaient en conflit.
Zolan Kanno-Youngs
Pour faire suite à cela, est-ce que vous…
Président Trump
Mais ce n'était que l'une des huit. Nous avons mis fin à huit guerres importantes, dont certaines ont duré plus de 30 ans.
Zolan Kanno-Youngs
Mais estimez-vous que votre administration doit respecter le droit international sur la scène mondiale ?
Président Trump
Oui, je le crois. Vous savez, je le crois, mais cela dépend de votre définition du droit international. La réponse est donc oui. Nous devons assurer la sécurité des États-Unis. Nous devons assurer la sécurité des régions du monde dont nous nous sentons responsables. L'OTAN n'est absolument pas crainte par la Russie ni par la Chine. Pas même un peu. Nous sommes terriblement craints parce que j'ai bâti l'armée. Si je ne l'avais pas fait, nous serions comme eux.]
Source : Two Hours, Scores of Questions, 23,000 Words: Our Interview With President Trump (New York Times, Jan. 11, 2026).
Le contexte immédiat est donc une question de la journaliste Katie Rogers, qui suivait un échange sur la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro et sur le rôle du droit international. Le journal l'Irish Times voit dans ce verbatim, une conception de la politique internationale, où Trump s’érige lui-même en arbitre de toute limite à son autorité, et où la force et la puissance priment sur les lois, traités et conventions : "I don’t need international law" : Trump lays out a vision of power restrained only by "my own morality" ["Je n'ai pas besoin du droit international" : Trump expose une vision du pouvoir dont la seule limite serait "ma propre morale"] Irish Times, Jan 09 2026.
Une tribune de Peter Singer, publiée par Le Monde, interprète ces propos comme un retour à la loi du plus fort, où la moralité invoquée peut se réduire à la poursuite des intérêts nationaux : "Nous devrions nous demander si la boussole de Trump relève d’une quelconque forme de moralité", Le Monde, 18 janvier 2026. Vous pouvez lire l'intégralité de l'article sur la plateforme Europresse, disponible avec un abonnement BmL.
Voici quelques extraits :
La déclaration de Trump – selon laquelle son administration doit respecter le droit international – est difficile à concilier avec toute définition plausible de ce droit. Celui-ci renvoie à un système de règles et de principes, qui régissent les relations entre Etats souverains. Or, le recours à la force pour capturer Maduro constituait une violation flagrante de la Charte des Nations unies.
Encore plus révélatrice est la déclaration antérieure de Trump, selon laquelle seule sa propre moralité lui sert de limite sur la scène internationale. Mais de quelle moralité parle-t-il ? Dans son premier discours d’investiture, en janvier 2017, Trump a fait part au monde entier de sa conviction profonde : « Toutes les nations ont le droit de faire passer leurs propres intérêts en premier. » Cela n’avait rien de surprenant : son slogan de campagne était « Make America Great Again » [Rendre à l’Amérique sa grandeur].
La formule de Trump, My own morality [ma propre moralité], vous amène par extension, à vous demander si l'appréciation morale d'un individu se construit seule ou par l'intermédiaire d'influences extérieures.
Comme nous avons pu le développer dans nos précédentes réponses, notre appréciation morale se forme dans un environnement social, familial, religieux, culturel, professionnel ainsi que par les expériences vécues. Puis chacun peut reprendre ces repères, les questionner, les combiner, les hierarchiser ou les rejeter par la réflexion. De nombreux travaux en sociologie montrent que nos repères moraux ont des sources sociales, mais que nous pouvons les examiner et les transformer. Parmi eux, citons :
- Durkheim Émile, Gautherin Jacqueline. L'enseignement de la morale à l'école primaire. In: Revue française de sociologie, 1992, 33-4. Organisations, firmes et réseaux. pp. 609-623. Selon cet article, les règles morales ne sont pas créées par l’individu isolé mais s’apprennent dans la vie collective et l’éducation.
- De Singly, F. (2022). Postface. Sur la socialisation secondaire. La Construction sociale de la réalité (3e éd., p. 321-334) chez Armand Colin. François de Singly explique comment famille et école transmettent un monde social que l’individu intériorise, puis peut aussi réinterpréter.
- Emde, R.-N., Oppenheim, D. et Guédeney, A. (2002). La honte, la culpabilité et le drame œdipien : considérations développementales à propos de la moralité et de la référence aux autres. Devenir, 14(4), 335-362. L'article examine comment les parents, les pairs et la culture contribuent à façonner les repères moraux et leur intériorisation.
Nous vous renvoyons aussi vers des réponses récentes du Guichet du savoir à ce sujet :
Nous influençons-nous les uns et les autres ?
A-t-on toujours conscience d'avoir des personnes pour modèle ?
Est-ce que dans la vie les gens ont différentes règles intérieures ?
Se définit-on toujours par rapport aux autres ?
Dans le cas de la citation trumpienne, la formule My own morality [ma propre moralité] revendique un jugement personnel sans énoncer d’où vient ce jugement. Concernant ses influences morales et religieuses, Trump a publiquement présenté Norman Vincent Peale, pasteur de l’église fréquentée par sa famille, comme son ministre et mentor. Une enquête détaillée du Washington Post (2016) documente cette proximité.
Le Monde (Roy Cohn dans « Le Monde », de disciple de Joseph McCarthy à conseiller de Donald Trump, 2024) documente aussi le lien entre Roy Cohn et le jeune Trump dans les années 1970 et décrit l’influence de ses méthodes de confrontation sur sa manière publique de combattre ses adversaires. L’historienne Maya Kandel, dans Une première histoire du trumpisme (Gallimard, 2025), retrace la construction du mouvement et le rôle de stratèges comme Steve Bannon.
Bonnes lectures
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