Epi de blé
DIVERS
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Le 22/02/2007 à 10h44
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Question d'origine :
bonjour,
je suis en recherche d'information sur le symbole de l'épi de blé en maçonnerie.
Pouvez vous m'aider ?
Merci.
Réponse du Guichet
Le 24/02/2007 à 14h09
La symbolique de l'épi en franc-maçonnerie repose sur le terme hébreu schibboleth, qui désigne l'épi et le fleuve, et surtout par l'usage qui en a été fait dans le récit biblique du Livre des Juges. Schibboleth est un mot qui tue, ainsi que l'explique cet article de l'encyclopédie Imago Mundi :
Après que Jephté eut battu les Ammonites, ceux de la tribu d'Ephraïm, jaloux de cet avantage remporté par les tribus de delà le Jourdain (dans la Bible, Livre des Juges XII, 6), vinrent en armes dans ce pays et se plaignirent amèrement qu'on ne les eût pas appelés à cette expédition. Jephté leur répondit avec beaucoup de modération. Ce qui n'empêcha pas que les Ephraïmites n'usassent de paroles de mépris envers ceux de Galaad, en leur disant qu'ils n'étaient que des fugitifs d'Ephraïm et de Manassé, ou des espèces de bâtards qui n'appartenaient ni à l'une ni à l'autre de ces deux tribus; en un mot, qu'ils étaient des échappés de Joseph, ce qui était faux puisque Machir, père de Galaad, était propre fils de Manassé (Num. XXVI, 29). On en vint à une bataille où ceux de Galaad eurent l'avantage et tuèrent grand nombre d'enfants d'Ephraïm. Après cela ils se saisirent des gués du Jourdain, et lorsque quelqu'un d'Ephraïm, fuyant du combat, venait sur le bord de l'eau et disait à ceux de Galaad :
Je vous prie de me laisser passer, ils lui disaient : N'étes-vous pas d'Ephraïm? Celui-là répondant que non, ils lui répliquaient : Dites donc : Schibboleth. Mais comme il prononçait sibboleth, ne pouvant bien exprimer la première lettre de ce nom, ils le prenaient et le tuaient sur-le-champ; en sorte qu'il y eut bien quarante-deux mille hommes d'Ephraïm qui furent tués ce jour-là.
Eric Sarner, dans son abécédaire de la Guerre du Liban (Beyrouth, Beyrout à vif, Encre, 1985) rapportait ceci au mot Tomate :
« Comment appelez-vous ça? » En arabe « tomate » se dit « banadoura », le mot, prononcé par une bouche palestinienne devient : « Ban'dora ». Au barrage, une tomate à la main, le milicien oblige celui qui veut passer à jouer au jeu du « Qu'est-ce que c'est? ». La suite dépend de la réponse. Utilisée par les milices chrétiennes, en 1975, pour dépister les Palestiniens du secteur Est, cette méthode a été reprise par les combattants chiites du mouvement Amal lors de « la Guerre des camps » en mai 1985.
Le terme de schibboleth est passé dans l'anglais où il est devenu synonyme de mot de passe. Les schibboleths sont ces signes de reconnaissance qui prétendent tout dire de vous, et malgré vous vous classent et peut-être vous condamnent. Miguel de Unamuno a consacré de belles pages à la dénonciation de schiboleths (in El Caballero de la triste figura, notamment). On assassine et on meurt encore pour des schibboleths.
Plus largement un schibboleth est une épreuve qui sépare et qui classe en jugeant des capacités d'une personne. Nous vous invitons à ce sujet à consulter en ligne ce texte de Pierre Bourdieu, Le sort des étrangers comme schibboleth.
En ce qui concerne plus précisément le contexte maçonnique, schibboleth était le troisième mot de passe au 3ème gardien, 14ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Voici un extrait de l'article schibboleth rédigé par Jean Mourgues pour le Dictionnaire de la Franc-Maçonnerie sous la direction de Daniel Ligou :
Le mot signifie, en hébreu, épi ou fleuve. On lui fait dire aussi nombreux comme les épis de blé. Il est vraisemblable que l'évocation du nombre est liée à la multiplicité des grains dans l'épi, et la continuité de l'écoulement des eaux du fleuve. On voit très bien un fleuve humain traversant le désert en une colonne innombrable. Peut-être était-ce un des visages du nomadisme ?
Le mot sert toujours de mot de passe au grade de Compagnon. Comme toujours, c'est le caractère symbolique du rite qui l'emporte sur le procédé de filtrage.
C'est vrai que l'on reconnait plus sûrement les hommes aux détails révélateurs de leurs attitudes et de leurs discours qu'aux témoignages formels, ou aux déclarations d'allégeance. Un Maçon est souvent deviné malgré sa discrétion, à des réactions significatives, à une attitude à la fois réservée et généreuse, à une prudence dans les jugements que viennent démentir parfois des élans d'enthousiasme soudain.
C'est en somme sa façon de prononcer les mots de tous les jours, les idées admises et les formules en vogue que le Maçon révèle ce qu'il est. Un homme pour lequel la fraternité n'a pas de frontière, et les Vérités nulle tare originelle.
Mais il est difficile de sonder les coeurs, et nul ne peut s'assurer de personne, même pas de lui-même. La race, l'éducation, les moeurs marquent chacun de nous, et nous nous trahissons en prononçant le mot de passe. Mais au-delà de la reconnaissance formelle, il y a la liberté de la foi, dont nul n'est assuré que par un serment à soi-même. Et c'est là que se situe le mystère de la vie communautaire.
Voici enfin un extrait de l'ouvrage de Roger Caro, Rituel F.A.R.+C. :
1° INITIATION : Pour la Materia Prima c'est SOLVE. Il s'agit de rendre Eau, la Terre par le Feu. Les Matières vont mourir, tout va pourrir. L'entité minérale va cesser d'être en tant que telle et c'est au sein même de cette dissolution que va naître et croître le germe d'une vie nouvelle : La GRANULATION. Cette loi est universelle: Il faut qu'un grain de blé soit mis en terre, qu'il y pourrisse, qu'il cesse d'être un grain de blé pour qu'un nouvel épi jaillisse du germe infime né de la pourriture même de ce grain.
Pour le profane, futur Maçon, c'est le premier degré de la Maçonnerie symbolique. Il est reçu Apprenti.
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