Question d'origine :
Bonjour
Est_il exact que la forme des minarets traduit le courant religieux (ex: chiite ou sunnite ) dont relève la mosquée dont il fait partie ? MERCI
Réponse du Guichet
Le 19/01/2010 à 17h07
Nous ne connaissons pas vos sources et pour notre part, nous n’avons pas trouvé, dans les nombreux documents que nous avons consultés, de mention de différences de forme qui indiquerait qu'un minaret est chiite ou sunnite. Formes et décorations semblent dépendre au cours de l’histoire plutôt des cultures, des régions, des traditions locales et des différentes invasions et influences, qui ont pu être successivement sunnite et chiite dans un même pays.
« Il [le minaret] est l'un des sept éléments d'une mosquée, avec le kibla , mur qui borde le grand côté du rectangle, le mirab , niche figurant une porte symbolique vers la vie spirituelle, le minbar , chaire appuyée sur ce même mur (plus guère en usage), une cour extérieure, un bassin ou une fontaine pour se laver pieds, mains et visage, et enfin le minaret. De l'arabe manâra (le phare), il est à la fois symbolique (lumière) et pratique pour porter la voix du muezzin. Les premiers seraient apparus au premier siècle de l'hégire (VIIe siècle). Bilal, muezzin de Mahomet, montait simplement sur un auvent de la maison du Prophète, à Médine. Ils ont pris des formes très variées, au fil des siècles, en fonction des cultures, de la géographie, du matériau, du climat ou des constructeurs (chrétiens, Byzantins, Mamelouks, Ottomans, etc.). Les minarets cylindriques de Turquie résistaient, par exemple, mieux aux secousses sismiques. «Au départ, ils étaient de base carrée, énumère Patrick Mestelan, puis il y eut des variantes hélicoïdales, à la manière de la tour de Babel, ou pyramidales en Afrique, et des modèles octogonaux et cylindriques.»
Article Le minaret, élément de mémoire de l’islam à l’architecture variable, Le Matin.ch
« Dérivé de l'arabe manara, le terme minaret s'appliqua aux tours à feu avant de désigner toutes les tours islamiques et plus particulièrement celles qui, près des mosquées, servent à l'appel à la prière (ma‘dhana) ; au début de l'islam, cet appel se faisait d'une terrasse voisine. Dans chaque région, le type du minaret dérive d'une construction locale à silhouette de tour : les tours carrées paléochrétiennes en Syrie, le phare d'Alexandrie pour la côte sud-méditerranéenne, les tours de vigie circulaires en Asie centrale. La forme et la hauteur des minarets, leur décor, leur place même varient selon les régions et les époques. Trois types de minarets caractérisent les trois grandes aires du monde musulman. Le minaret carré, parti de Syrie, domine d'abord l'Orient méditerranéen ; il gagne l'Occident - nous le trouvons à Cordoue et à la Giralda de Séville - et se multiplie au Maghreb où ses proportions sont de un (en largeur) pour quatre (en hauteur), comme à la Kutubiyya de Marrakech. Ces minarets carrés, dont il n'existe pas deux semblables, comportent plusieurs étages de salles superposées. Celles-ci sont éclairées par des fenêtres ornées extérieurement d'un décor géométrique en relief qui crée, à l'intérieur, des jeux d'ombre et de lumière. Le minaret à fût cylindrique connaît, par contre, une grande expansion dans l'Orient musulman dès le XIe siècle, avec les conquêtes seldjoukides. L'imagination et le talent des architectes s'expriment par des variantes à la base, au pied du fût, à la galerie et au sommet, mais il n'y a aucun logement ni étage dans le fût où s'enroule, autour d'un noyau central, un escalier en colimaçon menant jusqu'au sommet. Le minaret oriental est construit en brique, parfois vernissée, qui permettent de composer de larges registres décoratifs (minaret de Kalyan, à Bukhara, XIIe s.). Né en Iran et au Turkestan, le fût cylindrique gagne l'Inde : on trouve ainsi à Delhi le prestigieux Qutb Minar (XIIIe s.). Vers l'ouest, il y en aura en Djézireh au XIIe siècle. C'est surtout en Anatolie que le type cylindrique connaîtra une fortune remarquable, de Konya (Ince Minareli, XIIIe s.) à Istanbul (Sultan Ahmet au XVIIIe s.). Le minaret à fût polygonal, à l'image de la tour de Ghazna, comme ceux de la madrasa timouride de Bibi Hanum à Samarqand (début XVe s.), constitue une variante du minaret cylindrique. Le Caire, avec ses mosquées de toutes les époques, offre une grande variété de formes. Le plus ancien minaret, celui de la mosquée d'Ibn Tulun (fin IXe s.), imite la Malwiya de Samarra : sur une base carrée se dresse une tour tronconique autour de laquelle s'enroule une rampe hélicoïdale extérieure permettant l'accès au sommet. »
Voir la suite de l’article Minaret, Nikita Elisséeff sur l’Encyclopaedia Universalis, consultable en ligne à la BML.
« En tant qu'esclaves militaires, les Turcs firent tôt leur apparition dans l'empire arabo-islamique. Les premiers États turco-islamiques ne se constituèrent cependant qu'à partir de la fin du Xe siècle (ce sont essentiellement les Qarakhanides, les Ghaznévides et, plus tard, les Saldjoukides). Les Saldjoukides, sunnites, s'installèrent à Bagdad en 1055 et établirent un vaste État strictement organisé dont le calife restait abbasside, donc arabe, dont la bureaucratie était iranienne et l'armée turque. Artistes et artisans appartenaient probablement aux trois groupes ethniques. À partir de 1071, les Saldjoukides prirent l'Anatolie, jusqu'alors byzantine, s'imposèrent au Proche-Orient et purent pénétrer jusqu'au Yémen et à Bahrein. Leur fortune militaire et politique a fondé leur gloire et a amené les historiens de l'art à surestimer leur rôle dans la création du langage artistique qui va dorénavant s'imposer - grâce à eux - dans le monde irano-turc et jusqu'au Proche-Orient arabe. En effet, il n'est guère possible, actuellement, de différencier clairement les caractéristiques propres à l'art de chacun des centres du monde irano-turc au XIe siècle. Dans toute la région, on construisait selon les techniques déjà rencontrées chez les Samanides à Boukhara. Les thèmes architecturaux qui semblent surgir ex nihilo au moment où les Saldjoukides prennent le pouvoir et qui vont déterminer l'architecture du Proche-Orient jusqu'au Penjab pendant les siècles à venir apparaissent en fait presque tous dès le début du XIe siècle, sinon auparavant, aussi bien dans les régions saldjoukides que ghaznévides et qarakhanides. Ce sont essentiellement la cour à quatre iwans, la salle à coupole devant le mihrab (la maqsura monumentale), le pishtaq et le minaret cylindrique dont les Saldjoukides et leurs alliés assurent la propagation vers l'ouest jusqu'en Anatolie et, de façon indirecte, jusqu'en Égypte. »
Article Islam. L’art et l’architecture, Marianne Barrucand.
Vous pouvez lire aussi l’article très développé Manara, Manar, minaret de l’Encyclopédie de l’Islam, qui développe l’histoire de l’architecture des minarets et s’interroge sur leurs fonctions religieuses, profanes et politiques.
Illustration de l'article Minaret, sur Wikipedia
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