Durandal
DIVERS
+ DE 2 ANS
Le 21/04/2009 à 12h37
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Question d'origine :
Bonjour,
les sources suivantes viennent de Wikipedia je voudrais savoir si elles sont exactes
Durandal
Son nom est essentiellement la traduction en langue germanique du nom français Roncevaux. Pour le voir, écrivons ce nom ronce-vaux, et traduisons :
* «Ronce» (en français) = «doorn» (en néerlandais ou en flamand) = «Dorn» (en allemand) ;
* «Vaux» (pluriel de "val", en français) = « daal » (en flamand) = «Thal» (ou «Tal», en allemand].
Donc «Ronce-vaux» (en français) = «doorn - daal» (en flamand) = «Dorn - Thal» (en allemand).
La similitude entre «doorndaal» et «durandal» est évidente, ainsi que celle entre «Dornthal» et «durandal», naturellement.
Il semble fort improbable que cette similitude soit accidentelle. En outre Charlemagne parlait un dialecte germanique et non une langue romane. Il n'est donc pas surprenant que le nom d'un objet supposé daté de cette époque soit une traduction du lieu de son emploi dans l'autre langue employée alors.
merci de votre réponse,
bonne journée
Réponse du Guichet
Le 23/04/2009 à 12h34
Réponse du service Guichet du Savoir
Certes, les spécialistes ne sont pas d'accord entre eux, mais nous n'avons pas trouvé trace des explications données dans la notice de wikipedia, que vous citez.
Démonstration avec ces extraits de Mélanges offerts à Rita Lejeune, professeur à l'Université de Liège, dans l'article "Ci conte de Durendal l'espee" (pp. 859-869) de Gerhard Rohlfs :
Parmi les nombreux noms d'épées qui interviennent dans les chansons de geste françaises, aucun n'a atteint la renommée de Durendal, épée de Roland. On peut dès lors trouver étonnant que, contrairement à celui d'autres épées célèbres, [...], le sens du mot Durendal n'ait pas jusqu'à ce jour été déterminé.
Déjà au moyen âge, on a tenté de percer le secret de ce nom énigmatique. L'auteur anonyme de la Chronique du Pseudo-Turpin (entre 1147 et 1165) s'est interrogé sur sa signification [...]
Il ne reste donc qu'à reprendre la question dès le début en essayant de jeter quelque clarté sur ce problème avec les moyens de la philologie moderne. Avant de pouvoir envisager une interprétation, il est absolument nécessaire de déterminer la forme qui peut être considérée comme la plus ancienne ou la plus proche de l'originale.
[...]
Il s'agit alors d'établir laquelle des trois formes, Durendart, Durindart, Durandart peut être retenue comme la plus ancienne. La dernière n'apparaît que dans des textes relativement tardifs et on ne trouve la deuxième que dans des œuvres en Italie du nord. Par contre la forme en -en- paraît être la plus ancienne à cause de la concordance de la forme du moyen-haut allemand avec la forme provençale, où l'on distingue très clairement en et an. La très nette distinction (en fait de en et an) dans le Roland d'Oxford, où l'on lit Durendal en opposition à estandart renforce notre hypothèse. C'est donc avec assez de certitude que nous pouvons considérer la forme Durendart comme la plus ancienne.
Et maintenant, que signifie ce nom ?
L'idée de Rajna de rechercher l'origine du mot dans le domaine germanique était tout à fait légitime, si l'on considère l'immense part germanique dans les noms qui apparaissent dans les épopées françaises.
[...]En fait il n'est qu'un seul nom d'épée de l'ancien français dont l'origine germanique soit tout à fait certaine, et, quoi qu'il en soit, je ne vois guère possibilité d'expliquer l'étymologie de Durendart par une base germanique.
C'est donc dans le français lui-même que l'on devra chercher l'explication. A cette fin, il pourrait s'avérer utile de considérer la manière dont sont construits d'autres noms français d'épée.
[...]
Sa composition apparaît alors manifestement comme "dur end'art" "il brûle fort dehors" (une forte ou mauvaise flamme en sort). Aucune objection n'est possible, du point de vue linguistique, devant une telle interprétation. L'adverbe dur "mal" est souvent attesté en ancien français, surtout dans dur-feü "malheureux", dur-feru "mal blessé" et en français moderne encore : travailler dur, geler dur, il croit dur, il entend dur, ainsi que dans des dialectes actuels dur "violemment", "avec énergie", "fort". End, comme forme prévocale à côté de "en" (<inde) ne pose pas de problème non plus. (...] "Art" est enfin une forme très courante du verbe ardre "brûler", "flamber", encore en usage au début du XVIIe siècle. [...] Le nom de l'épée Dur-end-art s'adapterait donc très bien à l'image de l'épée flamboyante que l'on rencontre souvent au moyen âge.
[...]
Postscriptum
Depuis la publication de mon article en 1936, plus d'une tentative a été faite pour dévoiler le fascinant mystère qui se rattache au nom de Durendal.
Ce fut d'abord Léo Spitzer qui proposa une onomatopée populaire, variante de drelindal, où la répétition dur-dar devait exprimer le mouvement violent de l'épée. Mais très vite, à la suite d'une critique de Dauzat, l'auteur est sagement revenu sur son opinion, qui ne pouvait convaincre personne [...]
Quant à Dauzat lui-même, grand spécialiste des sciences onomastiques, il a plusieurs fois exprimé sa propre opinion dans ce sens : « Je crois, pour ma part, que ce problème est lié à celui de durand et que le nom d'épée est dérivé d'un nom de personne ».
Le dernier érudit qui, à ma connaissance, ait voulu éclaircir le nom mystérieux, est justement Mme Rita Lejeune, à qui ces Mélanges sont dédiés. C'est un article très substantiel, qui a surtout le mérite d'avoir posé le problème sur une base plus générale et de l'avoir concentré sur un aspect historique et littéraire. En examinant les grandes épopées de l'antiquité, elle se montre surprise de n'y trouver aucun nom propre donné à une épée ou à une autre arme. Pas de traces non plus dans l'épopée latine médiévale, ni dans le monde arabe, ni dans le Waltharius germanique. [...] Tout autre serait, d'après Mme Lejeune, l'importance historique des noms d'épées qui nous sont transmis dans certains poèmes de l'Edda (Gramr) et dans le Beowuif (Naegling, Hrunting). Mme Lejeune conclut donc très justement : « Ainsi, selon toute vraisemblance, l'idée de conférer un nom à une épée s'est répandue en France par les Normands, héritiers des traditions Scandinaves, plutôt que par les Francs et les Germains de l'Est : cela ne nous fait pas remonter plus haut que le Xe siècle ».
Quant à l'explication étymologique que Mme Lejeune a voulu proposer pour Durendal, c'est-à-dire durant dail "faux qui dure", je dois avouer qu'elle est loin de m'avoir également convaincu. Pour ce jugement, que Mme Lejeune voudra bien me pardonner, il me suffit de renvoyer à la critique de Dauzat : « je ne crois pas plus heureuse celle de Mme Lejeune : dail n'est pas attesté en France du Nord ; on ne trouve jamais durandail ; enfin, "faux" n'est pas satisfaisant pour "épée" ».
Certes, les spécialistes ne sont pas d'accord entre eux, mais nous n'avons pas trouvé trace des explications données dans la notice de wikipedia, que vous citez.
Démonstration avec ces extraits de Mélanges offerts à Rita Lejeune, professeur à l'Université de Liège, dans l'article "Ci conte de Durendal l'espee" (pp. 859-869) de Gerhard Rohlfs :
Parmi les nombreux noms d'épées qui interviennent dans les chansons de geste françaises, aucun n'a atteint la renommée de Durendal, épée de Roland. On peut dès lors trouver étonnant que, contrairement à celui d'autres épées célèbres, [...], le sens du mot Durendal n'ait pas jusqu'à ce jour été déterminé.
Déjà au moyen âge, on a tenté de percer le secret de ce nom énigmatique. L'auteur anonyme de la Chronique du Pseudo-Turpin (entre 1147 et 1165) s'est interrogé sur sa signification [...]
Il ne reste donc qu'à reprendre la question dès le début en essayant de jeter quelque clarté sur ce problème avec les moyens de la philologie moderne. Avant de pouvoir envisager une interprétation, il est absolument nécessaire de déterminer la forme qui peut être considérée comme la plus ancienne ou la plus proche de l'originale.
[...]
Il s'agit alors d'établir laquelle des trois formes, Durendart, Durindart, Durandart peut être retenue comme la plus ancienne. La dernière n'apparaît que dans des textes relativement tardifs et on ne trouve la deuxième que dans des œuvres en Italie du nord. Par contre la forme en -en- paraît être la plus ancienne à cause de la concordance de la forme du moyen-haut allemand avec la forme provençale, où l'on distingue très clairement en et an. La très nette distinction (en fait de en et an) dans le Roland d'Oxford, où l'on lit Durendal en opposition à estandart renforce notre hypothèse. C'est donc avec assez de certitude que nous pouvons considérer la forme Durendart comme la plus ancienne.
L'idée de Rajna de rechercher l'origine du mot dans le domaine germanique était tout à fait légitime, si l'on considère l'immense part germanique dans les noms qui apparaissent dans les épopées françaises.
[...]En fait il n'est qu'un seul nom d'épée de l'ancien français dont l'origine germanique soit tout à fait certaine, et, quoi qu'il en soit, je ne vois guère possibilité d'expliquer l'étymologie de Durendart par une base germanique.
C'est donc dans le français lui-même que l'on devra chercher l'explication. A cette fin, il pourrait s'avérer utile de considérer la manière dont sont construits d'autres noms français d'épée.
[...]
Sa composition apparaît alors manifestement comme "dur end'art" "il brûle fort dehors" (une forte ou mauvaise flamme en sort). Aucune objection n'est possible, du point de vue linguistique, devant une telle interprétation. L'adverbe dur "mal" est souvent attesté en ancien français, surtout dans dur-feü "malheureux", dur-feru "mal blessé" et en français moderne encore : travailler dur, geler dur, il croit dur, il entend dur, ainsi que dans des dialectes actuels dur "violemment", "avec énergie", "fort". End, comme forme prévocale à côté de "en" (<inde) ne pose pas de problème non plus. (...] "Art" est enfin une forme très courante du verbe ardre "brûler", "flamber", encore en usage au début du XVIIe siècle. [...] Le nom de l'épée Dur-end-art s'adapterait donc très bien à l'image de l'épée flamboyante que l'on rencontre souvent au moyen âge.
[...]
Depuis la publication de mon article en 1936, plus d'une tentative a été faite pour dévoiler le fascinant mystère qui se rattache au nom de Durendal.
Ce fut d'abord Léo Spitzer qui proposa une onomatopée populaire, variante de drelindal, où la répétition dur-dar devait exprimer le mouvement violent de l'épée. Mais très vite, à la suite d'une critique de Dauzat, l'auteur est sagement revenu sur son opinion, qui ne pouvait convaincre personne [...]
Quant à Dauzat lui-même, grand spécialiste des sciences onomastiques, il a plusieurs fois exprimé sa propre opinion dans ce sens : « Je crois, pour ma part, que ce problème est lié à celui de durand et que le nom d'épée est dérivé d'un nom de personne ».
Le dernier érudit qui, à ma connaissance, ait voulu éclaircir le nom mystérieux, est justement Mme Rita Lejeune, à qui ces Mélanges sont dédiés. C'est un article très substantiel, qui a surtout le mérite d'avoir posé le problème sur une base plus générale et de l'avoir concentré sur un aspect historique et littéraire. En examinant les grandes épopées de l'antiquité, elle se montre surprise de n'y trouver aucun nom propre donné à une épée ou à une autre arme. Pas de traces non plus dans l'épopée latine médiévale, ni dans le monde arabe, ni dans le Waltharius germanique. [...] Tout autre serait, d'après Mme Lejeune, l'importance historique des noms d'épées qui nous sont transmis dans certains poèmes de l'Edda (Gramr) et dans le Beowuif (Naegling, Hrunting). Mme Lejeune conclut donc très justement : « Ainsi, selon toute vraisemblance, l'idée de conférer un nom à une épée s'est répandue en France par les Normands, héritiers des traditions Scandinaves, plutôt que par les Francs et les Germains de l'Est : cela ne nous fait pas remonter plus haut que le Xe siècle ».
Quant à l'explication étymologique que Mme Lejeune a voulu proposer pour Durendal, c'est-à-dire durant dail "faux qui dure", je dois avouer qu'elle est loin de m'avoir également convaincu. Pour ce jugement, que Mme Lejeune voudra bien me pardonner, il me suffit de renvoyer à la critique de Dauzat : « je ne crois pas plus heureuse celle de Mme Lejeune : dail n'est pas attesté en France du Nord ; on ne trouve jamais durandail ; enfin, "faux" n'est pas satisfaisant pour "épée" ».
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