Poème de Victor Hugo
DIVERS
+ DE 2 ANS
Le 07/01/2014 à 08h22
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Question d'origine :
Bonjour,
Dans le poème "Dans cette ville où rien ne rit" du recueil "Toute la lyre", Victor Hugo décrit sans complaisance une ville qu'il juge sinistre. Je cherche à savoir s'il vise une ville réelle et si oui qu'elle est cette ville?
D'avance merci.
Doud
Réponse du Guichet
Le 08/01/2014 à 08h45
Bonjour,
Le recueil Toute la lyre fut publié de manière posthume par Paul Meurice, l’exécuteur testamentaire de Victor Hugo. Bien que le titre Toute la lyre soit emprunté à Hugo lui-même, l’anthologie confond, dans un classement thématique, poèmes achevés et parfois déjà publiés, ébauches et fragments, empruntés souvent et dans le désordre à des dossiers constitués par Hugo de son vivant. Un titre factice leur confère si besoin une apparente autonomie. (Source : Poésie. 4,. La Fin de Satan, Toute la lyre, Dieu, Les Années funestes, Dernière gerbe, Océan vers, Victor Hugo)
Dans ces conditions, il est évidemment délicat de se prononcer sur les intentions de l’auteur, puisque les fragments et poèmes du recueil, souvent inachevés, ont été piochés dans l’immense réserve de ses travaux, et rassemblés arbitrairement après sa mort, bien souvent sans qu’on en connaisse le contexte d’écriture original. Nos recherches ne nous ont pas permis d’obtenir plus d’informations sur ce poème précis, si ce n’est qu’on lui donne parfois le titre alternatif Ville morte. Nous ne pouvons donc pas vous dire si la ville que décrit Victor Hugo dans ce poème est inspirée d’une ville réelle ou non.
Mais que cela ne vous empêche pas d’apprécier le portrait de cette ville morte :
Dans cette ville où rien ne rit et ne palpite,
Comme dans une femme aujourd'hui décrépite,
On sent que quelque chose, hélas ! a disparu !
Les maisons ont un air fâché, rogue et bourru ;
Les fenêtres, luisant d'un luisant de limace,
Semblent cligner des yeux et faire la grimace,
Et de chaque escalier et de chaque pignon,
Il sort je ne sais quoi de triste et de grognon.
Des portes à claveaux du temps de Louis treize,
Des bonshommes de pierre avec pourpoint et fraise,
Des cours avec arceaux en anses de panier,
Force carreaux cassés, maint immonde grenier,
Des tours, de grands toits bleus sur des façades rouges,
Ce serait des palais si ce n'était des bouges.
Voilà ce qu'on rencontre à chaque pas, et puis
D'affreux enfants tout nus jouant au bord des puits.
Quelques arbres malsains, tout couverts de verrues,
Percent le long des murs le pavé dans les rues.
Les écriteaux sont pleins d'un gothique alphabet ;
Les poteaux à lanterne ont un air de gibet ;
Les vastes murs, les toits aigus, les girouettes,
Font sur le ciel brumeux de mornes silhouettes.
C'est surtout effrayant et lugubre le soir.
Le jour, les habitants sont rares. On croit voir
Partout le même vieux avec la même vieille.
Dans ces réduits vitrés en verres de bouteille,
Dans ces trous où jamais le soleil n'arriva,
On entend bougonner le siècle qui s'en va.
Texte disponible sur Wikisource
Le recueil Toute la lyre fut publié de manière posthume par Paul Meurice, l’exécuteur testamentaire de Victor Hugo. Bien que le titre Toute la lyre soit emprunté à Hugo lui-même, l’anthologie confond, dans un classement thématique, poèmes achevés et parfois déjà publiés, ébauches et fragments, empruntés souvent et dans le désordre à des dossiers constitués par Hugo de son vivant. Un titre factice leur confère si besoin une apparente autonomie. (Source : Poésie. 4,. La Fin de Satan, Toute la lyre, Dieu, Les Années funestes, Dernière gerbe, Océan vers, Victor Hugo)
Dans ces conditions, il est évidemment délicat de se prononcer sur les intentions de l’auteur, puisque les fragments et poèmes du recueil, souvent inachevés, ont été piochés dans l’immense réserve de ses travaux, et rassemblés arbitrairement après sa mort, bien souvent sans qu’on en connaisse le contexte d’écriture original. Nos recherches ne nous ont pas permis d’obtenir plus d’informations sur ce poème précis, si ce n’est qu’on lui donne parfois le titre alternatif Ville morte. Nous ne pouvons donc pas vous dire si la ville que décrit Victor Hugo dans ce poème est inspirée d’une ville réelle ou non.
Mais que cela ne vous empêche pas d’apprécier le portrait de cette ville morte :
Dans cette ville où rien ne rit et ne palpite,
Comme dans une femme aujourd'hui décrépite,
On sent que quelque chose, hélas ! a disparu !
Les maisons ont un air fâché, rogue et bourru ;
Les fenêtres, luisant d'un luisant de limace,
Semblent cligner des yeux et faire la grimace,
Et de chaque escalier et de chaque pignon,
Il sort je ne sais quoi de triste et de grognon.
Des portes à claveaux du temps de Louis treize,
Des bonshommes de pierre avec pourpoint et fraise,
Des cours avec arceaux en anses de panier,
Force carreaux cassés, maint immonde grenier,
Des tours, de grands toits bleus sur des façades rouges,
Ce serait des palais si ce n'était des bouges.
Voilà ce qu'on rencontre à chaque pas, et puis
D'affreux enfants tout nus jouant au bord des puits.
Quelques arbres malsains, tout couverts de verrues,
Percent le long des murs le pavé dans les rues.
Les écriteaux sont pleins d'un gothique alphabet ;
Les poteaux à lanterne ont un air de gibet ;
Les vastes murs, les toits aigus, les girouettes,
Font sur le ciel brumeux de mornes silhouettes.
C'est surtout effrayant et lugubre le soir.
Le jour, les habitants sont rares. On croit voir
Partout le même vieux avec la même vieille.
Dans ces réduits vitrés en verres de bouteille,
Dans ces trous où jamais le soleil n'arriva,
On entend bougonner le siècle qui s'en va.
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