Saut à la perche et évolutions techniques
DIVERS
+ DE 2 ANS
Le 18/02/2014 à 10h10
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Question d'origine :
Bonjour précieux guichet,
Existe t-il des études sur l'incidence des modifications techniques nombreuses intervenues au saut à la perche y compris ces tous derniers temps sur la qualité intrinsèque de la performance ?
En d'autres termes : Le tout récent record en salle de Lavillenie est-il athlétiquement comparable à celui de Bubka et ainsi de suite ?
Réponse du Guichet
Le 19/02/2014 à 15h28
Bonjour,
Indéniablement, les modifications matérielles intervenues dans l’histoire du saut à la perche ont eu des conséquences directes sur la performance des athlètes, et leurs gestes techniques :
Quand l’évolution d’un matériel fait évoluer une discipline sportive
Comment l’évolution d’un matériel peut-elle avoir une incidence sur celle d’un geste technique, voire d’une discipline entière ? Le saut à la perche illustre bien ce phénomène : on assiste au passage d’une perche d’abord en bois à la fin du XIXe siècle, en bambou
au début du XXe siècle, devenant ensuite aluminium dans les années 1940, avant d’être en fibre de verre depuis les années 1960 (notons que le tapis de chute en mousse est apparu à cette période). Ces nouvelles matières ne demandent pas les mêmes qualités à l’athlète : en plus de la course d’élan qui diffère, il doit s’élancer en l’air en déployant de la puissance dans les bras pour contenir l’impact violent de la torsion de la perche au moment où celle-ci tape dans le butoir. Le saut en devient plus spectaculaire qu’avec une perche rigide et l’on se rapproche davantage d’une discipline de type gymnastique, alors qu’initialement la course d’élan et la position en l’air caractérisaient davantage les qualités propres des premiers athlètes. Il est donc indéniable que la technologie a influencé l’évolution du saut à la perche et les performances des athlètes.
Source : Technologie et performance sportive, Denis Masseglia.
Le saut à la perche est une discipline dont l’évolution des performances est la plus directement pro¬portionnelle à celles des matériaux (Figure 2). En effet, d’abord en bois (Figure 3a) puis en bambou, l’apparition de l’aluminium a permis d’améliorer la rigidité de la perche permettant ainsi une meilleure restitution de l’énergie élastique. Depuis les années 1960, les perches en matériaux composites (fibres de verre et de carbone), plus légères, plus souples et plus résistantes, ont permis aux athlètes de sauter deux fois plus haut qu’à l’origine de la discipline, avec un record du monde actuel de 6,14 mètres, détenu depuis 1994 par l’Ukrainien Sergueï BUBKA.
En imposant des contraintes plus importantes au niveau du complexe musculo-tendineux, ces nou¬veaux matériaux ont révolutionné la discipline (Burgess, 1998). Outre l’allongement de la course d’élan propice à l’atteinte d’une vitesse maximale, l’athlète doit maitriser l’impact violent de la torsion de la perche au moment où celle-ci touche le butoir. Lors de la phase de suspension, la flexibilité de la perche combinée à l’élan du perchiste provoque le renversement total de l’athlète. L’extension du bassin et des jambes est alors nécessaire pour contin¬uer l’ascension. Enfin l’athlète pivote et produit une forte poussée sur la perche afin de franchir la barre (Figure 3b).
La réception se fait désormais sur des tapis en mousse favorisant ainsi des hauteurs de chute plus importantes tout en garantissant la sécurité de l’athlète qui se récep¬tionne sur le dos.
Source : En quête de performance, UFR Staps Nantes.
Nous vous laissons lire l’interview haut perchée de Damiel Dossevi, qui explique l’importance du choix de la perche pour l'athlète.
La société chimique de France et ostralo.net reviennent aussi sur l’histoire de ces évolutions techniques.
Cependant, il ne semble pas qu’entre 1994 et 2014 le matériel du saut à la perche ait connu une révolution aussi spectaculaire que dans les années 1960, avec l’introduction de la fibre de verre et de la fibre de carbone. Il semble d’ailleurs que ce ralentissement technologique soit plus ou moins traduit dans les performances, puisqu’entre le dernier record de Sergei Bubka en 1994 à 6m14 (son 17e…) et le record à 6m16 de Renaud Lavillenie en 2014, c'est-à-dire une période de 20 ans, aucun autre record mondial n’a été enregistré dans cette discipline.
Source : Men’s pole vault world record progression, Wikipedia.
Pour aller plus loin :
- Les records sportifs auront-ils une fin ?, pour la science.
- Athlètes et science, exposition interactive, le musée olympique.
Indéniablement, les modifications matérielles intervenues dans l’histoire du saut à la perche ont eu des conséquences directes sur la performance des athlètes, et leurs gestes techniques :
Quand l’évolution d’un matériel fait évoluer une discipline sportive
Comment l’évolution d’un matériel peut-elle avoir une incidence sur celle d’un geste technique, voire d’une discipline entière ? Le saut à la perche illustre bien ce phénomène : on assiste au passage d’une perche d’abord en bois à la fin du XIXe siècle, en bambou
au début du XXe siècle, devenant ensuite aluminium dans les années 1940, avant d’être en fibre de verre depuis les années 1960 (notons que le tapis de chute en mousse est apparu à cette période). Ces nouvelles matières ne demandent pas les mêmes qualités à l’athlète : en plus de la course d’élan qui diffère, il doit s’élancer en l’air en déployant de la puissance dans les bras pour contenir l’impact violent de la torsion de la perche au moment où celle-ci tape dans le butoir. Le saut en devient plus spectaculaire qu’avec une perche rigide et l’on se rapproche davantage d’une discipline de type gymnastique, alors qu’initialement la course d’élan et la position en l’air caractérisaient davantage les qualités propres des premiers athlètes. Il est donc indéniable que la technologie a influencé l’évolution du saut à la perche et les performances des athlètes.
Source : Technologie et performance sportive, Denis Masseglia.
Le saut à la perche est une discipline dont l’évolution des performances est la plus directement pro¬portionnelle à celles des matériaux (Figure 2). En effet, d’abord en bois (Figure 3a) puis en bambou, l’apparition de l’aluminium a permis d’améliorer la rigidité de la perche permettant ainsi une meilleure restitution de l’énergie élastique. Depuis les années 1960, les perches en matériaux composites (fibres de verre et de carbone), plus légères, plus souples et plus résistantes, ont permis aux athlètes de sauter deux fois plus haut qu’à l’origine de la discipline, avec un record du monde actuel de 6,14 mètres, détenu depuis 1994 par l’Ukrainien Sergueï BUBKA.
En imposant des contraintes plus importantes au niveau du complexe musculo-tendineux, ces nou¬veaux matériaux ont révolutionné la discipline (Burgess, 1998). Outre l’allongement de la course d’élan propice à l’atteinte d’une vitesse maximale, l’athlète doit maitriser l’impact violent de la torsion de la perche au moment où celle-ci touche le butoir. Lors de la phase de suspension, la flexibilité de la perche combinée à l’élan du perchiste provoque le renversement total de l’athlète. L’extension du bassin et des jambes est alors nécessaire pour contin¬uer l’ascension. Enfin l’athlète pivote et produit une forte poussée sur la perche afin de franchir la barre (Figure 3b).
La réception se fait désormais sur des tapis en mousse favorisant ainsi des hauteurs de chute plus importantes tout en garantissant la sécurité de l’athlète qui se récep¬tionne sur le dos.
Source : En quête de performance, UFR Staps Nantes.
Nous vous laissons lire l’interview haut perchée de Damiel Dossevi, qui explique l’importance du choix de la perche pour l'athlète.
La société chimique de France et ostralo.net reviennent aussi sur l’histoire de ces évolutions techniques.
Cependant, il ne semble pas qu’entre 1994 et 2014 le matériel du saut à la perche ait connu une révolution aussi spectaculaire que dans les années 1960, avec l’introduction de la fibre de verre et de la fibre de carbone. Il semble d’ailleurs que ce ralentissement technologique soit plus ou moins traduit dans les performances, puisqu’entre le dernier record de Sergei Bubka en 1994 à 6m14 (son 17e…) et le record à 6m16 de Renaud Lavillenie en 2014, c'est-à-dire une période de 20 ans, aucun autre record mondial n’a été enregistré dans cette discipline.
Source : Men’s pole vault world record progression, Wikipedia.
- Les records sportifs auront-ils une fin ?, pour la science.
- Athlètes et science, exposition interactive, le musée olympique.
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