Question d'origine :
bonjour, en quelle année les dernières demoiselles du téléphone ont elles disparue? et dans quel département; merci.
Réponse du Guichet
Le 05/05/2014 à 12h51
Bonjour,
Les demoiselles du téléphone vont disparaître avec l’automatisation de la téléphonie.
L’accroissement de l’équipement en téléphone de la population française entraîna une hausse du nombre d’appels auprès des centres d’appels. Cette augmentation se fit ressentir sur le travail des opératrices, la pression était de plus en plus grande et les utilisateurs de plus en plus pressés. Un système d’automatisation a alors été créé, il permettait aux abonnés dépendants du même centre de pourvoir s’appeler directement sans passer par les opératrices. Ce système a rencontré un fort succès et s’est développé massivement en France.
Ainsi, l’automatisation des lignes téléphoniques nationales sera totale en France en 1979. Pour les lignes internationales, les opératrices ont encore été des relais pendant de nombreuses années.
Les opératrices surnommées les « demoiselles du téléphone » travaillaient dans des conditions difficiles. Elles devaient se soumettre à des règles strictes et une cadence infernale, comme le précise Le téléphone : 130 ans d’innovations :
« Avant la mise en service de l’automatique, il n’y avait pas d’autre solution que de passer par des opératrices que l’on appelait « les demoiselles du téléphone ».
Une curieuse règlementation les empêchait de poursuivre leur métier si elles se mariaient, cela pour éviter que des femmes mariées puissent avoir des conversations légères avec les abonnés masculins(!), qui avaient tendance à les « courtiser ». Leurs conditions de travail étaient très pénibles. A l’origine, elles travaillaient debout. Elles portaient un casque-écouteur, un micro-plastron lourd et incommode, et recevaient un appel toutes les dix secondes.
Leur travail consistait à mettre en relation deux abonnés à l’aide de cordons munis de fiches qu’elles introduisaient dans des petites prises rondes appelées « jacks ». Chaque jack était relié à une ligne d’abonné ou à un circuit de jonction. Si les deux abonnés ne dépendaient pas du même central, l’opératrice devait appeler une collègue d’un autre réseau qui se chargeait de la mise en relation avec l’abonné demandé.
Surchargées, épuisées par les appels qui se succédaient à un rythme infernal, les demoiselles du téléphone, qui, au début du siècle, avaient la réputation d’être charmantes, patientes, aimables, devinrent au fur et à mesure de l’intensité des appels, nerveuses et quelquefois désagréables. Souvent, les abonnés perdaient patience en attendant la mise en relation et devenaient, à leur tour, intolérants et irascibles envers les opératrices.
Heureusement, l’automatique simplifia considérablement l’usage du téléphone. Au début, uniquement dans les grandes villes, et pour les seules communications locales : l’interurbain automatique ne fera son apparition que tardivement et petit à petit. Quant aux appels internationaux, ils continueront bien plus longtemps encore à être traités par des opératrices. »
Nos recherches ne nous ont pas permis de trouver de dates exactes sur les fermetures des centres d’appels dans chaque département. Cependant, l’ouvrage Des « demoiselles du téléphone » aux opérateurs des centres d’appel donne deux exemples de mise ne place de l’automatisation dans deux régions françaises :
« Normandie :
En 1965, le taux d’automatisation est de :
- 51% en Haute Normandie pour les agglomérations de Rouen et du Havre, ainsi que le secteur de Dieppe
- de seulement 23% en Basse Normandie avec 3 centres automatiques : Caen et Deauville (réalisés en 1955) puis Lisieux (en 1961).
En 1970, ces taux sont passés à 70% en Haute-Normandie et seulement 33% en Basse-Normandie. En 1972, la Basse-Normandie passera à 52%.
Le programme d’automatisation s’étalera sur 7 à 8 années. La fin initialement prévue à la fin 1977 sera reportée plusieurs mois plus tard compte tenu du retard dans les investissements et des difficultés rencontrées pour les reclassements des opératrices, notamment dans les petites localités. […]
En Bourgogne Franche-Comté :
Dans la région Bourgogne Franche-Comté, l’automatisation du téléphone s’est terminée mi-1979. […]»
L’automatisation a entraîné un reclassement des opératrices dans d’autres secteurs des télécommunications : renseignements, service des abonnés, bureaux de poste…
Pour aller plus loin :
- Dossier sur le téléphone du CNDP.
- Le musée des télécoms d’Aquitaine.
- Une "femme machine" au travail : la "demoiselle du téléphone", un article de la revue Quaderni accessible sur Persée.
Bonne journée.
Les demoiselles du téléphone vont disparaître avec l’automatisation de la téléphonie.
L’accroissement de l’équipement en téléphone de la population française entraîna une hausse du nombre d’appels auprès des centres d’appels. Cette augmentation se fit ressentir sur le travail des opératrices, la pression était de plus en plus grande et les utilisateurs de plus en plus pressés. Un système d’automatisation a alors été créé, il permettait aux abonnés dépendants du même centre de pourvoir s’appeler directement sans passer par les opératrices. Ce système a rencontré un fort succès et s’est développé massivement en France.
Les opératrices surnommées les « demoiselles du téléphone » travaillaient dans des conditions difficiles. Elles devaient se soumettre à des règles strictes et une cadence infernale, comme le précise Le téléphone : 130 ans d’innovations :
« Avant la mise en service de l’automatique, il n’y avait pas d’autre solution que de passer par des opératrices que l’on appelait « les demoiselles du téléphone ».
Une curieuse règlementation les empêchait de poursuivre leur métier si elles se mariaient, cela pour éviter que des femmes mariées puissent avoir des conversations légères avec les abonnés masculins(!), qui avaient tendance à les « courtiser ». Leurs conditions de travail étaient très pénibles. A l’origine, elles travaillaient debout. Elles portaient un casque-écouteur, un micro-plastron lourd et incommode, et recevaient un appel toutes les dix secondes.
Leur travail consistait à mettre en relation deux abonnés à l’aide de cordons munis de fiches qu’elles introduisaient dans des petites prises rondes appelées « jacks ». Chaque jack était relié à une ligne d’abonné ou à un circuit de jonction. Si les deux abonnés ne dépendaient pas du même central, l’opératrice devait appeler une collègue d’un autre réseau qui se chargeait de la mise en relation avec l’abonné demandé.
Surchargées, épuisées par les appels qui se succédaient à un rythme infernal, les demoiselles du téléphone, qui, au début du siècle, avaient la réputation d’être charmantes, patientes, aimables, devinrent au fur et à mesure de l’intensité des appels, nerveuses et quelquefois désagréables. Souvent, les abonnés perdaient patience en attendant la mise en relation et devenaient, à leur tour, intolérants et irascibles envers les opératrices.
Heureusement, l’automatique simplifia considérablement l’usage du téléphone. Au début, uniquement dans les grandes villes, et pour les seules communications locales : l’interurbain automatique ne fera son apparition que tardivement et petit à petit. Quant aux appels internationaux, ils continueront bien plus longtemps encore à être traités par des opératrices. »
Nos recherches ne nous ont pas permis de trouver de dates exactes sur les fermetures des centres d’appels dans chaque département. Cependant, l’ouvrage Des « demoiselles du téléphone » aux opérateurs des centres d’appel donne deux exemples de mise ne place de l’automatisation dans deux régions françaises :
« Normandie :
En 1965, le taux d’automatisation est de :
- 51% en Haute Normandie pour les agglomérations de Rouen et du Havre, ainsi que le secteur de Dieppe
- de seulement 23% en Basse Normandie avec 3 centres automatiques : Caen et Deauville (réalisés en 1955) puis Lisieux (en 1961).
En 1970, ces taux sont passés à 70% en Haute-Normandie et seulement 33% en Basse-Normandie. En 1972, la Basse-Normandie passera à 52%.
Le programme d’automatisation s’étalera sur 7 à 8 années. La fin initialement prévue à la fin 1977 sera reportée plusieurs mois plus tard compte tenu du retard dans les investissements et des difficultés rencontrées pour les reclassements des opératrices, notamment dans les petites localités. […]
En Bourgogne Franche-Comté :
Dans la région Bourgogne Franche-Comté, l’automatisation du téléphone s’est terminée mi-1979. […]»
L’automatisation a entraîné un reclassement des opératrices dans d’autres secteurs des télécommunications : renseignements, service des abonnés, bureaux de poste…
Pour aller plus loin :
- Dossier sur le téléphone du CNDP.
- Le musée des télécoms d’Aquitaine.
- Une "femme machine" au travail : la "demoiselle du téléphone", un article de la revue Quaderni accessible sur Persée.
Bonne journée.
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