le "Vivre ensemble"
DIVERS
+ DE 2 ANS
Le 29/10/2015 à 17h06
1719 vues
Question d'origine :
j'aimerais savoir quand est apparue cette expression le "Vivre ensemble"
Quelles sont les occurences où on peut la retrouver ?
De quoi s'agit-il exactement ?
Y a-t-il des expressions similaires à l'étranger ?
Réponse du Guichet
Le 30/10/2015 à 10h17
Bonjour,
En faisant une recherche sur Europresse avec l’expression « le vivre ensemble », le résultat le plus ancien que nous trouvons remonte à 1991 :
Les Echos
Jeudi 8 août 1991, p. 2
Ethique
FAVILLA
Ils ont été tellement galvaudés qu'il est nécessaire parfois de retourner au sens premier des mots. C'est pour ne pas le faire assez souvent que les hommes et les sociétés finissent par dire et donc par faire n'importe quoi. Ainsi le Petit Larousse définit la morale comme « l'ensemble des règles d'action et des valeurs qui fonctionnent comme normes dans une société » ou comme la « théorie des fins des actions des hommes ». Définitions rafraîchissantes pour une époque déboussolée qui semble avoir perdu ses marques et ses normes. En réalité, une société en quête de morale, même si elle ne saurait l'admettre.
Moraliser, c'est « rendre conforme à la morale ». Qui peut prétendre qu'un effort vigilant de moralisation n'est pas constamment (et aujourd'hui plus que jamais) nécessaire compte tenu des dérapages incessants des hommes et institutions ?
Mais la rupture vient de ce que moraliser signifie aussi « faire la morale » et que la morale à été si mal « faite » et surtout pratiquée par ses maîtres, que « moralisateur » s'est enfoncé dans un son sens péjoratif dont il n'a plus pu se dégager. Fais ce que je te dis, mais ne fais pas ce que je fais: les hommes ont compris, en observant ceux qui enseignaient la morale et sa pratique quotidienne, que celle-ci était à deux vitesses, que plus l'on avait de pouvoir et de richesse, plus l'on pouvait obtenir d'elle des indulgences. Devant cet amoncellement de supercherie et d'hypocrisie, ils ne s'en sont plus laissés compter. Nous voilà donc avec une nécessité de morale pour des raisons pratiques de la vie collective, mais sans morale parce que l'usage qu'en ont fait les gardiens de l'ordre l'ont disqualifiée.
Comme il faut vivre ensemble, on est reparti sur d'autres bases. Nous sommes passés à l'Etat de droit où des lois et des principes rationnels fixent le cadre des obligations de chacun et sont sensés, par une définition des droits et devoirs applicables à tous, d'assurer l'harmonie et la cohésion collective.A la différence de la morale, l'Etat de droit n'est pas vécu comme un engagement intérieur à la personne, mais comme des interdits extérieurs à l'individu qui balisent sa conduite et permettent le vivre ensemble . Il laisse le citoyen libre de ses choix, de ses fins et de ses moyens individuels, d'avoir ou non une morale. C'est bien ce que les Lumières ont voulu. Mais dès lors que le corps social est éclaté en autant d'indivualismes à la recherche de leur propre intérêt, comment reconstituer le sens d'un bien commun somme toute facultatif ?
D'où aujourd'hui la nostalgie des valeurs perdues et le besoin éprouvé d'un certain retour à une morale de l'utilitarisme baptisée éthique. Où l'on redécouvre finalement que l'utilité maximum réside dans un long terme qui passe par la valeur ajoutée du contrat de confiance et d'un bon partenariat.
L’expression « du vivre ensemble » nous permet de remonter jusqu’à 1990 :
Un événement unique ce Tour de l'Ile, du moins d'une urbanité unique: 38000 personnes dans la rue, qu'on le veuille ou non, c'est un événement politique, surtout quand on se souvient que le politique, dans la totalité de son sens, est l'art du vivre ensemble...
Source : La Presse, Nouvelles générales, mardi 5 juin 1990, p. A5,La leçon , Foglia, Pierre
Si nous nous basons sur la page du site de l’Académie Française consacrée au vivre ensemble, cette expression (grammaticalement incorrecte) désigne l’art de vivre ensemble ou ceux qui recherchent l’harmonie dans les sociétés.
Le vivre ensemble ! Voilà une expression qu’on entend de plus en plus souvent, mais presque toujours dans les déclarations politiques. Et on voit bien qu’elle fait partie d’un langage très surveillé, calculé pour être convaincant, et donner une impression de sérieux et de responsabilité. Alors, toutes ces nécessités de la création du mot se retrouvent dans sa signification même. Parce que, vivre ensemble, ça implique de ne pas simplement vivre côte à côte, mais de se supporter, et même plus : s’entraider, se comprendre, se respecter, savoir quand se mêler et quand se séparer.
C’est tout une utopie donc, qui correspond à un certain idéal de tolérance et de maturité politique, qui impose de tracer des limites et de trouver des modes de fonctionnement. Alors, il ne s’agit pas seulement de vivre ensemble, mais également de réfléchir à ce que ça implique. Il y a un effet de mode dans la création du terme, mais elle correspond aussi à une signification dynamique : pas seulement « la vie ensemble », qui est un résultat, un état de fait. Mais « le vivre », un infinitif qui donne à la fois l’idée d’un mouvement et d’une volonté, comme si c’était un accomplissement politique en acte, à mi-chemin entre la détermination, l’obligation et le plaisir de vivre ensemble. On voit que l’utopie, elle est là et elle est forte.
Y en a-t-il beaucoup des substantifs formés à partir d’infinitifs ? Jadis, c’était fréquent ! Chez La Fontaine, par exemple, on parlait du manger et du boire : le fait de manger, mais également du désir de manger. Et puis, on en a des traces. Par exemple, on parle du rire, qui vient, bien sur, du verbe « rire ».
La majorité des noms construits de cette façon sont des noms composés. On a « vivre ensemble », mais on a « mieux vivre », « bien être » et puis on a le « savoir vivre ». Et le fait que cette expression existe solidifie le vivre ensemble.
Parallèlement au savoir vivre, on parle parfois du « savoir mourir ». Le verbe savoir est d’ailleurs particulièrement productif, puisque par ailleurs il nous a donné le « savoir-faire » qui, contaminé par la folie de la communication, n’est plus rien sans le « faire-savoir ». Et le « faire-savoir » c’est quoi ? On ne dit plus la publicité, on dit la communication.
Source : Les mots de l’actu, rfi.fr
Avec linguee.fr nous trouvons quelques expressions équivalentes en anglais : « community life », « living together in harmony », « living together in peace », « living together », « coexistence »…
En sélectionnant d’autres langues à partir de ce lien, vous trouverez d’autres expressions équivalentes en allemand, espagnol, portugais, italien, etc.
Bonne journée.
En faisant une recherche sur Europresse avec l’expression « le vivre ensemble », le résultat le plus ancien que nous trouvons remonte à 1991 :
Les Echos
Jeudi 8 août 1991, p. 2
Ethique
FAVILLA
Ils ont été tellement galvaudés qu'il est nécessaire parfois de retourner au sens premier des mots. C'est pour ne pas le faire assez souvent que les hommes et les sociétés finissent par dire et donc par faire n'importe quoi. Ainsi le Petit Larousse définit la morale comme « l'ensemble des règles d'action et des valeurs qui fonctionnent comme normes dans une société » ou comme la « théorie des fins des actions des hommes ». Définitions rafraîchissantes pour une époque déboussolée qui semble avoir perdu ses marques et ses normes. En réalité, une société en quête de morale, même si elle ne saurait l'admettre.
Moraliser, c'est « rendre conforme à la morale ». Qui peut prétendre qu'un effort vigilant de moralisation n'est pas constamment (et aujourd'hui plus que jamais) nécessaire compte tenu des dérapages incessants des hommes et institutions ?
Mais la rupture vient de ce que moraliser signifie aussi « faire la morale » et que la morale à été si mal « faite » et surtout pratiquée par ses maîtres, que « moralisateur » s'est enfoncé dans un son sens péjoratif dont il n'a plus pu se dégager. Fais ce que je te dis, mais ne fais pas ce que je fais: les hommes ont compris, en observant ceux qui enseignaient la morale et sa pratique quotidienne, que celle-ci était à deux vitesses, que plus l'on avait de pouvoir et de richesse, plus l'on pouvait obtenir d'elle des indulgences. Devant cet amoncellement de supercherie et d'hypocrisie, ils ne s'en sont plus laissés compter. Nous voilà donc avec une nécessité de morale pour des raisons pratiques de la vie collective, mais sans morale parce que l'usage qu'en ont fait les gardiens de l'ordre l'ont disqualifiée.
Comme il faut vivre ensemble, on est reparti sur d'autres bases. Nous sommes passés à l'Etat de droit où des lois et des principes rationnels fixent le cadre des obligations de chacun et sont sensés, par une définition des droits et devoirs applicables à tous, d'assurer l'harmonie et la cohésion collective.
D'où aujourd'hui la nostalgie des valeurs perdues et le besoin éprouvé d'un certain retour à une morale de l'utilitarisme baptisée éthique. Où l'on redécouvre finalement que l'utilité maximum réside dans un long terme qui passe par la valeur ajoutée du contrat de confiance et d'un bon partenariat.
L’expression « du vivre ensemble » nous permet de remonter jusqu’à 1990 :
Un événement unique ce Tour de l'Ile, du moins d'une urbanité unique: 38000 personnes dans la rue, qu'on le veuille ou non, c'est un événement politique, surtout quand on se souvient que le politique, dans la totalité de son sens, est l'art du vivre ensemble...
Source : La Presse, Nouvelles générales, mardi 5 juin 1990, p. A5,
Si nous nous basons sur la page du site de l’Académie Française consacrée au vivre ensemble, cette expression (grammaticalement incorrecte) désigne l’art de vivre ensemble ou ceux qui recherchent l’harmonie dans les sociétés.
Le vivre ensemble ! Voilà une expression qu’on entend de plus en plus souvent, mais presque toujours dans les déclarations politiques. Et on voit bien qu’elle fait partie d’un langage très surveillé, calculé pour être convaincant, et donner une impression de sérieux et de responsabilité. Alors, toutes ces nécessités de la création du mot se retrouvent dans sa signification même. Parce que, vivre ensemble, ça implique de ne pas simplement vivre côte à côte, mais de se supporter, et même plus : s’entraider, se comprendre, se respecter, savoir quand se mêler et quand se séparer.
C’est tout une utopie donc, qui correspond à un certain idéal de tolérance et de maturité politique, qui impose de tracer des limites et de trouver des modes de fonctionnement. Alors, il ne s’agit pas seulement de vivre ensemble, mais également de réfléchir à ce que ça implique. Il y a un effet de mode dans la création du terme, mais elle correspond aussi à une signification dynamique : pas seulement « la vie ensemble », qui est un résultat, un état de fait. Mais « le vivre », un infinitif qui donne à la fois l’idée d’un mouvement et d’une volonté, comme si c’était un accomplissement politique en acte, à mi-chemin entre la détermination, l’obligation et le plaisir de vivre ensemble. On voit que l’utopie, elle est là et elle est forte.
Y en a-t-il beaucoup des substantifs formés à partir d’infinitifs ? Jadis, c’était fréquent ! Chez La Fontaine, par exemple, on parlait du manger et du boire : le fait de manger, mais également du désir de manger. Et puis, on en a des traces. Par exemple, on parle du rire, qui vient, bien sur, du verbe « rire ».
La majorité des noms construits de cette façon sont des noms composés. On a « vivre ensemble », mais on a « mieux vivre », « bien être » et puis on a le « savoir vivre ». Et le fait que cette expression existe solidifie le vivre ensemble.
Parallèlement au savoir vivre, on parle parfois du « savoir mourir ». Le verbe savoir est d’ailleurs particulièrement productif, puisque par ailleurs il nous a donné le « savoir-faire » qui, contaminé par la folie de la communication, n’est plus rien sans le « faire-savoir ». Et le « faire-savoir » c’est quoi ? On ne dit plus la publicité, on dit la communication.
Source : Les mots de l’actu, rfi.fr
Avec linguee.fr nous trouvons quelques expressions équivalentes en anglais : « community life », « living together in harmony », « living together in peace », « living together », « coexistence »…
En sélectionnant d’autres langues à partir de ce lien, vous trouverez d’autres expressions équivalentes en allemand, espagnol, portugais, italien, etc.
Bonne journée.
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