Question d'origine :
Bonjour
J'ai croisé deux musulmans à la sortie de la mosquée près de chez moi qui avait une marque sur le front, et il est vrai que j'en ai déja vu ailleurs avec une marque similaire, c'est une sorte de tache brune un peu comme une tache de naissance, mais qui revient bizarrement. Y a-t-il un rapport avec la pratique de l'islam ou est-ce une extraordinaire coïncidence ?
Merci.
Réponse du Guichet
Le 10/11/2016 à 09h29
Bonjour,
Il y a effectivement un rapport entre cette marque sur le front et la pratique de l’islam.
Cette marque est appelée Tabaâ ou plus fréquemment Zebîba ou Zabiba. (Wikipédia)
L’ouvrage Les musulmans en France, par Bernard Godard, Sylvie Taussig, en donne la définition : Zabiba : marque sur le front que portent les pratiquants et qui est le signe de leur ferveur et surtout de l’observance stricte du rituel des prières quotidiennes.
Aymon Kreil a travaillé sur le phénomène de la zebîba en Egypte au Caire, notamment dans son mémoire de licence d’ethnologie de 2006 : La piété et la foi. La zebîba, marque de prière, et les signes d’engagement religieux masculins au Caire
En voici un extrait : « La zebîba résulte des prosternations quotidiennes : elle prend d’abord la forme d’une hyperpigmentation de l’épiderme, une tache violacée, puis d’un calot de peau, constamment soumis à de nouvelles frictions. D’autres calots résultants de la prière apparaissent par ailleurs aux chevilles et aux genoux, qu’on appelle aussi zebîba-s, mais qui, moins souvent visibles, n’ont pas la faculté d’influer sur la perception d’un homme comme celle du front, et lorsque pour le décrire on dit de quelqu’un qu’il « a une zebîba », c’est qu’elle se situe sur le visage. »
La piété et la foi
Voici aussi un entretien avec lui sur Religioscope :
ostentation religieuse
et un autre article : Se faire cheikh au Caire, Exemplarité et intériorité religieuse
Cette marque liée à la pratique de la prosternation consistant à poser le front, le nez, les paumes des mains, les genoux et les bouts des orteils sur le sol, donne lieu à quelques débats. En effet, si nombreux sont ceux qui ne la voient que comme une tradition (et non comme une prescription religieuse), d’autres affirment qu’elle est liée au verset 29 de la sourate XLVIII « al-Fath ».
Voici quelques précisions :
« L’extrait du verset très souvent cité à propos de la zebîba s’énonce comme suit : « Tarâhum ruk‘an suğğadan iabtaġûna fadlan min allâhi w ridwânan sîmâhum fî wuğûhihim min atari al-suğûdi ». Le débat porte sur la seconde partie, sîmâhum fî wuğûhihim min atari al-suğûdi, à savoir si la « marque laissée en trace par les prosternations » sur les visages des croyants représente ou non la zebîba. Les traductions reflètent cette ambiguïté ; par exemple celle d’Albin de Biberstein Kazimirski, « (...) tu les verras agenouillés, prosternés, recherchant la faveur de Dieu et sa satisfaction ; sur leur front une marque, trace de leurs prosternations. », ou celle de Régis Blachère, « Tu les vois [, dans la Prière,] inclinés, prosternés, recherchant une faveur d’Allah et Sa satisfaction. Leur marque propre est sur leur visage, à la suite de leur prosternation. ». Quant à Si Hamza Boubakeur, il interprète clairement le passage comme indiquant la zebîba, puisque après l’avoir traduit « On les voit inclinés et prosternés, désireux d’obtenir la grâce de Dieu et [s’efforçant de] lui plaire. Leurs visages sont marqués par la trace laissée par la prosternation. ». La présence d’une possible allusion dans le Coran permet à certains de présenter la zebîba comme un devoir pour les croyants. Le même terme, sîmâ, apparaît de plus en différents passages du Coran, et l’on trouve certaines allusions possibles à la zebîba dans les hadiths, comme nous l’avons vu, mais c’est ce verset-ci qui concentrait l’attention de mes interlocuteurs. En effet, sîmâ, en tant que signe d’élection, y est mis directement en relation avec les prosternations. Ils me citaient fréquemment le verset spontanément. »
Ainsi, à la lecture des textes d’Aymon Kriel, on comprend que la zebîba était plutôt présente chez les « vieux pratiquants », mais que le développement des Frères musulmans dans les années 70 auraient fait se développer ce signe de piété, notamment chez les jeunes. On voit aussi que les interprétations sont très différentes selon le rapport que chacun entretient avec sa propre foi ou piété.
Dans la même mouvance, ce phénomène se développe aujourd’hui en France.
Nous avons fait quelques recherches pour savoir si ce signe était lié à un courant musulman en particulier, mais n’avons pas trouvé de réponses.
Fethi Benslama, psychanalyste, dans son ouvrage récent, Un furieux désir de sacrifice, le surmulman, l’analyse de cette façon : « Concrètement, on peut observer les conduites du surmusulman chez des croyants pour lesquels il n’est plus suffisant de vivre la religion dans le cadre de la tradition, fondée sur l’idée de l’humilité. En effet, l’une des significations majeures du nom « musulman » est l’humble. C’est le noyau éthique fondamental de l’islam. Avec le surmusulman, il s’agit au contraire de manifester l’orgueil de sa foi à la face du monde : Islam pride. Elle se traduit par des démonstrations publiques : stigmate sur le front, prière dans la rue, marquages corporels ou vestimentaires, accroissement des rituels et des prescriptions témoignant de la proximité continuelle avec Allah, évoqué à tout bout de champ. »
Il y a effectivement un rapport entre cette marque sur le front et la pratique de l’islam.
Cette marque est appelée Tabaâ ou plus fréquemment Zebîba ou Zabiba. (Wikipédia)
L’ouvrage Les musulmans en France, par Bernard Godard, Sylvie Taussig, en donne la définition : Zabiba : marque sur le front que portent les pratiquants et qui est le signe de leur ferveur et surtout de l’observance stricte du rituel des prières quotidiennes.
Aymon Kreil a travaillé sur le phénomène de la zebîba en Egypte au Caire, notamment dans son mémoire de licence d’ethnologie de 2006 : La piété et la foi. La zebîba, marque de prière, et les signes d’engagement religieux masculins au Caire
En voici un extrait : « La zebîba résulte des prosternations quotidiennes : elle prend d’abord la forme d’une hyperpigmentation de l’épiderme, une tache violacée, puis d’un calot de peau, constamment soumis à de nouvelles frictions. D’autres calots résultants de la prière apparaissent par ailleurs aux chevilles et aux genoux, qu’on appelle aussi zebîba-s, mais qui, moins souvent visibles, n’ont pas la faculté d’influer sur la perception d’un homme comme celle du front, et lorsque pour le décrire on dit de quelqu’un qu’il « a une zebîba », c’est qu’elle se situe sur le visage. »
La piété et la foi
Voici aussi un entretien avec lui sur Religioscope :
ostentation religieuse
et un autre article : Se faire cheikh au Caire, Exemplarité et intériorité religieuse
Cette marque liée à la pratique de la prosternation consistant à poser le front, le nez, les paumes des mains, les genoux et les bouts des orteils sur le sol, donne lieu à quelques débats. En effet, si nombreux sont ceux qui ne la voient que comme une tradition (et non comme une prescription religieuse), d’autres affirment qu’elle est liée au verset 29 de la sourate XLVIII « al-Fath ».
Voici quelques précisions :
« L’extrait du verset très souvent cité à propos de la zebîba s’énonce comme suit : « Tarâhum ruk‘an suğğadan iabtaġûna fadlan min allâhi w ridwânan sîmâhum fî wuğûhihim min atari al-suğûdi ». Le débat porte sur la seconde partie, sîmâhum fî wuğûhihim min atari al-suğûdi, à savoir si la « marque laissée en trace par les prosternations » sur les visages des croyants représente ou non la zebîba. Les traductions reflètent cette ambiguïté ; par exemple celle d’Albin de Biberstein Kazimirski, « (...) tu les verras agenouillés, prosternés, recherchant la faveur de Dieu et sa satisfaction ; sur leur front une marque, trace de leurs prosternations. », ou celle de Régis Blachère, « Tu les vois [, dans la Prière,] inclinés, prosternés, recherchant une faveur d’Allah et Sa satisfaction. Leur marque propre est sur leur visage, à la suite de leur prosternation. ». Quant à Si Hamza Boubakeur, il interprète clairement le passage comme indiquant la zebîba, puisque après l’avoir traduit « On les voit inclinés et prosternés, désireux d’obtenir la grâce de Dieu et [s’efforçant de] lui plaire. Leurs visages sont marqués par la trace laissée par la prosternation. ». La présence d’une possible allusion dans le Coran permet à certains de présenter la zebîba comme un devoir pour les croyants. Le même terme, sîmâ, apparaît de plus en différents passages du Coran, et l’on trouve certaines allusions possibles à la zebîba dans les hadiths, comme nous l’avons vu, mais c’est ce verset-ci qui concentrait l’attention de mes interlocuteurs. En effet, sîmâ, en tant que signe d’élection, y est mis directement en relation avec les prosternations. Ils me citaient fréquemment le verset spontanément. »
Ainsi, à la lecture des textes d’Aymon Kriel, on comprend que la zebîba était plutôt présente chez les « vieux pratiquants », mais que le développement des Frères musulmans dans les années 70 auraient fait se développer ce signe de piété, notamment chez les jeunes. On voit aussi que les interprétations sont très différentes selon le rapport que chacun entretient avec sa propre foi ou piété.
Dans la même mouvance, ce phénomène se développe aujourd’hui en France.
Nous avons fait quelques recherches pour savoir si ce signe était lié à un courant musulman en particulier, mais n’avons pas trouvé de réponses.
Fethi Benslama, psychanalyste, dans son ouvrage récent, Un furieux désir de sacrifice, le surmulman, l’analyse de cette façon : « Concrètement, on peut observer les conduites du surmusulman chez des croyants pour lesquels il n’est plus suffisant de vivre la religion dans le cadre de la tradition, fondée sur l’idée de l’humilité. En effet, l’une des significations majeures du nom « musulman » est l’humble. C’est le noyau éthique fondamental de l’islam. Avec le surmusulman, il s’agit au contraire de manifester l’orgueil de sa foi à la face du monde : Islam pride. Elle se traduit par des démonstrations publiques : stigmate sur le front, prière dans la rue, marquages corporels ou vestimentaires, accroissement des rituels et des prescriptions témoignant de la proximité continuelle avec Allah, évoqué à tout bout de champ. »
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