Question d'origine :

Bonjour, La pratique de l'équitation étant fortement féminisée en France, je me demandais s'il en était de même aux Etats Unis où la monte du cheval est peut-être culturellement moins féminine. Merci par avance. Bien respectueusement,

Réponse du Guichet

Avatar personnalisé gds_et - Département : Equipe du Guichet du Savoir
Le 06/10/2020 à 09h32
Bonjour,

En mettant de côté les ressources payantes que nous n’avons pas pu consulter, les études que nous trouvons suggèrent que l’équitation aux Etats-Unis est devenue, comme en France (et d’autres pays), une activité majoritairement féminine.

Dans l’enquête conduite en 2018 par l’American Horse Publications (AHP), 92.6% des 9012 répondants sont de sexe féminin.
Un article médical sur la démographie des blessures liées à l'équitation aux États-Unis répertorie 66% de femmes parmi les blessures rapportées.

Du côté de la compétition olympique, les chiffres sont aussi éloquents : dans les 3 disciplines (dressage, concours complet, saut d’obstacle) les compétitrices féminines américaines sont beaucoup plus nombreuses : 91.15% en dressage, 91.12% en concours complet, 84.56% en saut d’obstacle.
En comparaison, pour la France la même tendance s’observe mais dans des proportions moindres : 73.46% en dressage, 62.52% en saut d’obstacle, 58.188% en concours complet.
De manière générale sur l’ensemble des pays, c’est dans le dressage qu’on observe la plus forte présence féminine.
Source : Is Equestrian Gender Equality Upset by Female Domination in Only Olympic Head-to-Head Sports? dressage-news.com

A titre d’information, nous ajoutons les références des ressources payantes dont nous n’avons pas pu prendre connaissance :

- Gender and Equestrian Sport : Riding Around the World, Miriam Adelman, Jorge Knijnik
- Gender and Sports within the Equine Sector – A Comparative Perspective, Susanna Hedenborg
- Gender distribution of horse owners and managers in the United States as of March 2012, statista.com


Concernant la France, l’article de Sylvine Pickel-Chevalier Globalization and Equestrian Cultures: The case ofEquitation in the French Tradition nous éclaire sur les raisons historiques et culturelles qui ont amené à ce changement démographique. Ci-dessous, un extrait traduit avec l’aide de notre ami fidèle :

« La conjonction de l’arrivée de l’équitation dans la société de loisir et de consommation et la redéfinition de la place du cheval dans la société à travers un rapport à l’animal métamorphosé ont favorisé une croissance sans précédent de l’équitation en France. La Fédération équestre française comptait un peu plus de 20 000 membres inscrits en 1949 (Chevalier V., 1998), chiffre qui est passé à 145 071 en 1984 et 434 980 en 2000 avant d'atteindre un maximum de 706 449 en 2012. Depuis, le nombre est resté à un niveau élevé, mais recule légèrement à 673.026 en décembre 2015. Cette croissance est clairement liée au contexte plus large du développement des loisirs: la France comptait 1,8 million de sportifs inscrits en 1949, passant à 7,4 millions en 1975, et presque 15 millions en 2015 (INSEE). Cependant, la croissance des cavaliers est exponentielle: alors que le nombre de sportifs inscrits dans toutes les fédérations sportives a augmenté de 850% sur une période de 62 ans, le nombre de membres inscrits FFE a augmenté de 3500% dans le même laps de temps. Elle est devenue la troisième plus grande fédération au début du XXIe siècle. Cette croissance extraordinaire repose en grande partie sur l'adhésion des jeunes à ce sport, malgré le fait que ses coûts élevés empêchent son intégration dans l'activité scolaire de routine. Cependant, les années 70 marquent un moment clé de changement; le nouvel éclairage sur la psychologie de l'enfant (Dolto, 1985; 1988) a favorisé un changement dans l'éducation et la pédagogie et que l'équitation n'a pas tardé à adopter. Plus important encore, l'émergence des poney clubs avec la création en 1971 du Poney Club de France, institution financée avec le soutien du Haras national (organisme chargé de l'élevage des chevaux en France du XVIIe siècle à 2010). Cette fédération est donc apparue 50 ans après la fondation de la Fédération française des sports équestres (en 1921). Depuis 16 ans, le monde des institutions équestres françaises est divisé en trois entités indépendantes: le sport, le tourisme (créé en 1963) et l'équitation. Ils n'ont uni leurs forces pour créer la Fédération Française d'Equitation qu'en 1987, tout en conservant une certaine autonomie avec trois délégations distinctes: sports équestres, tourisme équestre et équitation (Chevalier V., 2011). Cette fusion a bénéficié du nombre de participants et notamment des poney clubs, dont le nombre a été multiplié par six entre 1983 et 2000 (Tourre-Malen, 2009).
A ce changement d'habitudes, via le phénomène d'une clientèle plus jeune, on peut ajouter la féminisation du sport. Alors que l'équitation et les chevaux étaient identifiés comme liés au travail ou à la guerre (Roche, 2008), ils étaient symboliquement masculins et largement associés à la virilité. Pourtant, dans les années 1960, le sport est devenu plus associé aux femmes. En 1963, la fédération équestre française comptait déjà plus de 50% de femmes en 1963 (Duret, 2001); les chiffres ont atteint plus de 80% en 2009. La fédération équestre est désormais la première fédération sportive à prédominance féminine en France. Ce phénomène est certainement lié à l'émancipation des femmes, qui date des années 1920, des luttes pour l'égalité de statut et la reconnaissance des compétences tant au niveau professionnel que dans les activités sportives et de loisirs (Defrance, 2011). Le cheval a contribué à ce changement, la fédération équestre française encourageant dès 1921 la diversité des pratiques de loisirs (Tourre-Malen, 2006) .Cette égalité précoce au sein d'une fédération sportive émane probablement du profil social de ses membres, les classes privilégiées. En outre, les premières pionnières du sport féminin provenaient en grande partie des classes supérieures, où les femmes étaient plus susceptibles de se libérer des contraintes normatives qu'au sein des classes populaires (Defrance, 2011).

Ainsi, au début du XXIe siècle, on constate que l'équitation en France a subi des changements de caractéristiques séculaires; diverses influences l’ont assoupli dans de nouvelles fonctions sociétales, en tant qu’activité qui encourage le développement personnel des enfants et des adolescents ainsi que l’émancipation des femmes. En 2015, les données révèlent le nouveau profil des cavaliers français, 82% de femmes et issus majoritairement des classes moyennes et moyennes supérieures (Enquête FFE, 20089) et montrant un éventail de générations, comme suit: 25,7% des enfants de 10 ans et moins ; 25,3% des pré-adolescents et adolescents âgés de 11 à 14 ans; 19% des jeunes âgés de 15 à 20 ans et 30% des adultes âgés de 21 ans et plus. »


Bonne journée.

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