Question d'origine :

Bonjour, Je souhaitais connaître les versions de « pute » et « putain » au masculin. Je ne connais que gigolo qui s’apparente plus à escort-girl à mon sens, merci de votre éclairage.

Réponse du Guichet

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Le 09/11/2020 à 14h28
Bonjour,

Vous n'en connaissez pas car il ne semble pas en exister, tout simplement !
Néanmoins, le terme "tapin" peut parfois désigner un jeune homme prostitué.

Voici ce qu'indique un article du journal Libération :

" L’usage du dominant masculin, en pleine vigueur dans la langue française, ne semble pas s’appliquer dans ce cas précis. Les «prostituées», qui pratiquent comme les «sages-femmes» le plus vieux métier du monde, sont vouées à l’éternel féminin, contrairement aux puéricultrices (teurs), autorisés à changer de sexe. Dans le Robert, ouvrage de référence de la langue française, «prostitué, ée» a son entrée, en tant que «nom» et non adjectif. Deux pages d’explications et deux subdivisions : grand A pour les femmes, et un grand B beaucoup plus succinct pour les hommes.
Pour expliquer le nom «prostituée», ses synonymes nombreux, et ses «dérivés argotiques» : catin, fille, horizontale, racoleuse, péripatéticienne, putain, pute, fille de joie, asphalteuse, bifteck, moukère, hétaïre, poule, taxi, turfeuse, tapin, marmite. Au chapitre des «termes injurieux», il y a garce, grue, morue, paillasse, pouffiasse, poule, traînée… on ne peut tout énumérer faute de place. Pour éclairer, des citations de Beauvoir, Céline, Voltaire et Victor Hugo le pacifiste : «La guerre est la prostituée, elle est la concubine infâme du hasard.»
«Prostitué», nom masculin, tient en une ligne, «homme se prostituant le plus souvent à d’autres hommes» et une citation de Roland Barthes : «Lorsqu’un prostitué regardait Abou Nowas, Abou Nowas lisait dans son regard non le désir d’argent, mais le désir tout court et il en était ému.»
Si les hommes se prostituaient pour de l’argent, cela se saurait, et n’aurait pas échappé au Robert. Il n’existe par ailleurs aucun synonyme au nom commun «prostitué», le mot «gigolo» n’ayant pas fait son entrée dans le dictionnaire. "
source : Prostituée, nom toujours féminin / Pascale Nivelle - Libération — 13 juin 2011

Dans un article de Mathieu Lilian L'espace de la prostitution. Eléments empiriques et perspectives en sociologie de la déviance (Sociétés contemporaines N°38, 2000. pp. 99-116), on lit :

" La prostitution de rue nocturne est pour sa part autant exercée par des hommes que par des femmes, souvent plus jeunes que leurs consœurs en studio ou en bord de route. Elle correspond à une position relativement dominée et concerne des fractions davantage précaires de l’espace de la prostitution. Dans son versant masculin, cette prostitution comprend deux formes distinctes : celle des jeunes garçons en tenue masculine se prostituant pour une clientèle homosexuelle (appelés « tapins », « garçons de passe » ou plus rarement « gigolos »), et celle des travestis et transsexuels, hommes de naissance se prostituant avec une apparence féminine pour une clientèle s’affirmant hétérosexuelle. Exerçant dans la rue – pour les premiers, souvent à proximité des lieux de drague homosexuelle –, ils connaissent les conditions de travail les plus précaires et les plus insécures ; les travestis sont notamment les plus exposés aux agressions homophobes (Serre et al., 1996). Jouant sur l’indécision des frontières entre prostitution et drague homosexuelle, les « tapins » affirment rarement une identité de prostitués, d’autant plus que leur prostitution est souvent ponctuelle, destinée à répondre à un besoin immédiat d’argent imposé par une situation d’errance. "

Vous pouvez aussi tenter "greluchon" mais il n'aura pas exactement le même sens que "pute"...


A lire aussi :
- #balancetonmot / Jean-Loup CHIFLET, Marie DEVEAUX ou "Les Curiosités de la langue française pour les Nuls"
- "Salope" : de Nabilla à Taubira, pourquoi les femmes se font toutes insulter / Krief, Barbara - L'Obs; Société, samedi 14 octobre 2017
- Un spectacle, « Looking for the putes mecs », a été monté à partir de ce constat :
" Tout a commencé par une soirée d’anniversaire arrosée. Et si, pour ses 40 ans, Anne Thuot s’offrait les services d’un prostitué ? En compagnie de son amie Diane Fourdrignier, elle se demande où et comment procéder ? Ce qui relevait d’abord d’une bravade humoristique va devenir le point de départ d’une recherche socio-artistique. [...]
Première constatation : « prostitué » se conjugue mais ne se pratique pas beaucoup au masculin, ou alors de manière extrêmement taboue. Ce qui, bien sûr, souligne le machisme à l’œuvre quand on parle du sexe. Pourquoi « péripatéticien » désigne-t-il un disciple d’Aristote alors que « péripatéticienne » renvoie à une prostituée ? Pourquoi n’y-a-t-il pas de masculin à « cougar », « milf », « putain » ? Pour Anne Thuot et Diane Fourdrignier, la recherche d’un pute mec n’est finalement qu’un prétexte pour creuser les ressorts de la sexualité et tout ce qu’elle charrie de besoin de consolation autant que de sentiments de honte et de culpabilité, et pour interroger leurs propres contradictions face au désir. Sous la forme d’une conférence, les deux comédiennes se mettent à nu, sans même ôter un seul vêtement, mais en dévoilant leur timidité, ainsi que les maladresses, les craintes ou les préjugés qui ont parsemé leur enquête. On y rappelle quelques racines étymologiques, on y divulgue les pratiques tarifaires et protocoles saugrenus des travailleurs du sexe, on œuvre pour la parité en projetant quelques œuvres couillues de l’histoire de l’art. "
source : Quand « pute » s’écrit au masculin - Scènes « Looking for the putes mecs » à la Balsamine à Bruxelles/ CATHERINE MAKEREEL - Le Soir - vendredi 13 janvier 2017

PS : En raison du confinement, nous n’avons plus accès aux ressources de la bibliothèque : pour vous répondre nous devons donc nous contenter des informations trouvées sur internet.

Bonne journée.

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