Question d'origine :

Bonjour, Dans la rue Jeanne Koehler (Lyon 3e), devant la résidence universitaire, il y a une plaque "maison Jacques Cavalier". Je n'ai pas trouvé beaucoup de renseignements sur cet établissement et de quand date l'attribution de ce nom à cet établissement. Je suppose que c'est en lien avec le fait qu'il fut administrateur de l'académie de Lyon de 1922 à 1926 ? Mais auparavant, cet bâtiment avait-il une autre vocation : une école religieuse ?... D'avance merci pour votre aide à retrouver des éléments sur ce lieu. Cordialement, JCa

Réponse du Guichet

Avatar par défaut bml_reg - Département : Documentation régionale
Le 12/02/2021 à 15h13
Réponse de la Documentation régionale

Le bâtiment qui abrite aujourd’hui la Maison Jacques Cavalier a une histoire qui remonte au 19e siècle : couvent/pensionnat religieux, il est racheté par la famille Lumière au début du 20e siècle, transformé en hôpital pendant la Première guerre mondiale, puis vendu à la Ville de Lyon qui l'offre à l'université pour en faire une maison des étudiants. Suivons les sources et remontons cette histoire à rebours.

La Maison Jacques Cavalier

Les Annales de l’Université de Lyon comprennent un fascicule spécial publié annuellement sous le titre de L'Université de Lyon en..... Dans l’édition 1949-1950 (publiée en 1951), on trouve p. 139-142 un article consacré à la maison des étudiants Jacques Cavalier, dont voici quelques extraits :

« Maison des étudiants Jacques Cavalier
La Maison des étudiants a été créée en 1923. Elle a été désirée, à la fois, par M. le Président HERRIOT et par M. le Recteur CAVALIER, dont elle porte aujourd’hui le nom. Il faut noter, qu’à cette époque, la Cité universitaire de Paris n’existait pas.
La Maison a été donnée par la Ville à l’Université tout aménagée, ce qui représente un cadeau de plus d’un million de l’époque.
A ce moment, la maison pouvait recevoir 90 étudiants. (…)
En 1930, la Ville de Lyon mit à la disposition de l’Université une petite maison, mitoyenne de la Maison des Etudiants, sur la rue Jeanne-Koehler, ce qui permit un agrandissement d’une vingtaine de chambres. (…). Les demandes d’admission étaient toujours beaucoup plus nombreuses que le nombre de places : un projet d’agrandissement fut donc établi. En 1933, la nouvelle partie de la Maison était terminée. Un bâtiment complet a été construit, alors, en prolongement de l’ancienne maison. (…)A la Libération, un nouvel agrandissement de 18 chambres a pu se faire dans un petit immeuble appartenant à la Ville de Lyon, et mitoyen par le cours Albert Thomas. Pendant la guerre, cet immeuble avait été sommairement aménagé pour l’Ecole des Sciences politiques repliée à Lyon. (…)
Enfin, en 1950, 70 chambres nouvelles ont été terminées. Elles ont été construites en surélévation du bâtiment de 1933. (…) Dans son état actuel, la Maison peut loger de 290 à 300 étudiants.(…)
»
La suite de l’article porte sur le fonctionnement de la maison des étudiants. Il mentionne également les étudiants ayant participé à des groupements de Résistance, dont certains ont été arrêtés, fusillés ou déportés. L’article est accompagné d’une planche de 4 photographies.

Vous pouvez consulter l’intégralité de cet article en demandant cette revue auprès de la Documentation régionale, au 4e étage de la bibliothèque de la Part-Dieu.

Une propriété des frères Lumière

Une consultation des Plans parcellaires de la Ville de Lyon permet d’identifier ses précédents propriétaires.
On peut ainsi voir sur le plan parcellaire au 500e n°269 de 1913 que ce bâtiment se situe dans une zone figurée en rose, avec mention « Lumière et ses fils », « actuellement Ville de Lyon ».
Juste de l’autre côté du cours Gambetta, au sud, se trouvent les usines Lumière. Le plan de 1920 indique seulement les Lumière comme propriétaires de la parcelle. Au vu des informations qui suivent, nous supposons qu’il y a eu une inversion entre les plans de 1913 et 1920.

En effet l’achat de l’immeuble par la Ville de Lyon semble bien s’être fait en 1920, vu l’extrait du Bulletin municipal de la Ville de Lyon de 1920, p. 650 consultable partiellement sur Google books: « Acquisition de l’immeuble Lumière, 231 cours Gambetta, voir p. 456 » . Vous pouvez consulter le Bulletin municipal de la Ville de Lyon à la bibliothèque municipale de la Part-Dieu (4e étage) sous forme papier ainsi qu’aux archives municipales de Lyon.

L’ouvrage Les Lumière, Antoine, Auguste, Louis et les autres: l'invention du cinéma, les autochromes de Guy et Marjorie Borgé paru en 2004 aux Editions lyonnaises d'art et d'histoire nous en apprend un peu plus sur l’usage qui était fait de ce bâtiment par Louis Lumière pendant la Première Guerre mondiale, voir p. 160 et suivantes : « Son frère Louis n’est pas en reste d’activité médicale. A ses frais, il fait édifier, à côté de l'usine, un hôpital militaire annexe moderne, de cent lits . Il y fait intervenir ses deux beaux-frères médecins traitants : Gélibert et Koehler, ainsi que Rose, son épouse, Jeanne Koehler et France Winckler en tant qu’infirmières. »
La photographie représentant l’hôpital correspond bien au bâtiment de l’actuelle résidence universitaire (vu de l’arrière). Légende de la photographie : « Durant la guerre de 1914 , l ' hôpital créé par Louis Lumière peut accueillir jusqu'à 100 blessés au 231, cours Gambetta. »

Mais ce bâtiment n’a pas été construit pour l’occasion, comme nous le montre le plan du Projet de prolongement du cours Gambetta au 1/500e, 1880, reproduit p. 146-147. Il fait alors partie d’une enceinte qui est la propriété de la « Communauté de la nativité de N.S. ».

Couvent-pensionnat des religieuses de la nativité de notre seigneur

Selon l’architecte en charge de la rénovation de la résidence universitaire en 2015-2016, l’ancien couvent a été acheté par la famille Lumière en 1904.
Pour en savoir plus sur les religieuses de la nativité de notre seigneur, vous pouvez lire la page que leur consacre Martin dans son Histoire des églises et chapelles de Lyon parue en 1908, p. 404, reproduite sur Wikipedia.

Dans l’Annulaire ecclésiastique du Diocèse de Lyon de 1874, p. 82, consultable sur Google books, on lit : « Les religieuses de la nativité de notre-seigneur (enseignantes) (…) – Un pensionnat à Lyon, Monplaisir, établi en 1865 »

Voir également aux Archives départementales du Rhône :
Cote 6V19,
Date 1870-1903
Présentation du contenu Etablissement de Lyon-Monplaisir, demande de reconnaissance légale et acquisition d'un immeuble quartier Monplaisir (1870-1873) ; aliénation de l'immeuble (1903) : enquêtes administratives, décret d'autorisation.

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