Question d'origine :

Bonjour, je cherche des informations au sujet de la Légende des Magonians et de la façon dont l'Evêque Agobard les aurait chassé ainsi que les tempestarii en 815 à Lyon. Je comptais trouver la bibliographie sur la page wikipedia en français dédiée aux magonians mais elle a disparue. Auriez vous des pistes pour trouver un livre français qui en parle moins succintement que la version anglaise de la page wikipedia ? Merci !

Réponse du Guichet

Avatar par défaut bml_reg - Département : Documentation régionale
Le 13/07/2021 à 14h18
Réponse de la Documentation régionale

Bonjour,

La légende que vous mentionnez fait référence à l’histoire de l’archevêque lyonnais Agobard au début du IXe siècle sous le règne de Louis le Pieux (814-840). Elle renvoie à une croyance médiévale très répandue, celle des tempestaires, sorciers capables de lever les vents ou de déclencher la grêle. L’Eglise lutte alors contre ce qu’elle considère comme superstitions : plusieurs capitulaires, texte de lois de l’époque carolingienne, tentent d’éradiquer ces croyances.

En effet, nous devons à Agobard un texte, De la grêle et du tonnerre, rédigé vers 815-817, qui évoque la façon dont, en 812, la foule conduisit devant lui trois hommes et une femme accusés d'être des « tempestaires », c’est-à-dire des sorciers ruinant les récoltes en provoquant la grêle ; ils seraient tombés de vaisseaux aériens venus d'un pays mystérieux nommé Magonia.
Mais l’intérêt du texte d’Agobard vient de l’association entre ces tempestaires et une contrée mystérieuse, Magonia, un thème dont on ne connait pas d’autre occurrence à cette époque. Toutefois, il est impossible de savoir si certains ont prétendu avoir vu les nefs venues de cette Magonie, s’il s’agit d’une croyance partagée par la foule ou s’il faut y voir un ajout de sa part.

En 1670, Montfaucon de Villars, l’auteur du Comte de Gabalis ou Entretiens sur les sciences secrètes mélange les faits décrits par Agobard avec ces sciences secrètes : « On vit à Lyon descendre de ces Navires aériens trois hommes et une femme […] Le peuple allait les jeter dans le feu ; quand le bonhomme Agobard, évêque de Lyon, […] accourut au bruit et ayant oui l’accusation du peuple et la défense des accusés, prononça gravement que l’une et l’autre étaient fausses. Qu’il n’était pas vrai que ces hommes fussent descendus de l’air et que ce qu’ils disaient y avoir vu était impossible ».

Concernant la Magonie, cette mystérieuse contrée, récemment deux interprétations ont vu le jour :
- Pierre Chambert-Protat a découvert à la bibliothèque municipale de Lyon dans un manuscrit du Contra Faustum de Saint Augustin, une note marginale du diacre Florus de Lyon, contemporain d’Agobard, faisant dériver Ma(g)onia de Manès, le fondateur du manichéisme : « ils semblent bien avoir nommé à parti de Manès lui –même ces Maones et leur terre de Maonie. »
- Michel Rubellin propose une hypothèse plus intéressante de celle de Florus. En enquêtant sur la mystique juive pour commenter les textes d’Agobard, l’historien a «été frappée par le nom du 6e ciel, makhon, tiré de la cosmologie juive, d’où il pourrait être tentant de faire dériver Magonie, d’autant plus que ce 6e ciel contient les réserves de neige et de grêle.»
On le voit, la Magonia conserve encore l’essentiel de ses mystères.

Sources bibliographiques consultées :
- Agobard, la Magonie et les ovnis / Pierre Lagrange in L'Histoire, n°440, oct 2017, p.28-29
- Florus de Lyon et les extra-terrestres / Pierre Chambert-Protat, site Hypothèses, novembre 2014.
- L'Église et l'État en France au neuvième siècle : Saint Agobard, archevêque de Lyon : sa vie et ses écrits / par M. l'Abbé P. Chevallard,. 1861

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