Question d'origine :

Bonjour, ma question concerne l'éviction des "acariens de poussière" (surtout Dermatophagoides farinae et pteronyssinus puisque ce sont les plus allergisants). L'afpral donne de bons conseils. https://allergies.afpral.fr/ Le site catoire-fantasque.be résume beaucoup de chiffres intéressants, avec sources. https://catoire-fantasque.be/categorie/sante/allergie-aux-acariens/ Ces acariens se nourrissent de squames de la peau, que nous perdons naturellement sans nous en rendre compte (renouvellement de la peau). Il faut un certain taux d'humidité pour que ces squames se dégradent. Cette dégradation (champignons, moisissures... je ne sais pas) semble d'ailleurs une condition nécessaire à leur ingestion par les acariens. Ma question est celle-ci. On laisse un matelas normal (donc plein de squames et d'acariens), dans une pièce condamnée jour et nuit, dans une maison habitée en région lyonnaise (avec température et hygrométrie idéales pour les acariens). Au bout d'une certaine durée (d1) les squames seront toutes dégradées. Il n'y en aura plus (car d'où viendraient-elles ?) : sans nourriture au bout d'une certaine durée (d2), les acariens finiront par mourir ou migrer. Quelles sont approximativement les durées d1 et d2 ? C'est surtout d1 qui m'intéresse (durée pour qu'une squame soit complètement dégradée, ou au moins non comestible par les acariens). Merci pour votre pugnacité pour mes précédentes questions.

Réponse du Guichet

Avatar personnalisé gds_et - Département : Equipe du Guichet du Savoir
Le 30/07/2021 à 09h37
Bonjour,

D’après les quelques éléments que nous trouvons dans la thèse d’Alexandre Naegele, Impact des acariens et des micro-organismes de l’habitat dans le développement de l’asthme et de labroncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO), pour qu’une telle stratégie fonctionne il faudrait isoler votre matelas pendant plusieurs mois a minima, puisque la quantité de squames que vous perdez en une journée suffit à nourrir une colonie de D. pteronyssinus pendant cette durée, sans compter les débris kératinisés, les poils et les cheveux. Par ailleurs, le manque de nourriture semble être moins important pour chasser les acariens que la température et l’humidité :

« Parmi les aliments préférentiels des D. pteronyssinus, on retrouve les squames, les débris kératinisés, les poils et les cheveux. Quotidiennement, l’homme peut perdre environ 100 mg de squames qui peuvent nourrir des acariens pendant plusieurs mois. Pour D. farinae, le panel d’aliments est plus vaste allant des squames aux farines de seigle. A. siro consomme également les farines mais aussi les fromages tels que certaines tommes, la mimolette, le cantal (où ils sont ajoutés à la croute pour l’affinage). L. destructor est considéré comme acarien des silos à grain mais peut être retrouvé dans les poussières en Europe. G. domesticusest une espèce qui consomme les débris alimentaires. T. putrescentiae est décrit comme étant fongivore et est présent principalement en zone tropicale mais peut être retrouvé en zone tempérée tout comme Blomia tropicalis qui est considéré comme un véritable acarien des poussières domestiques (Pauli and Bessot, 2013). La nourriture est cependant un facteur secondaire par rapport à l’humidité et la température. En effet, les acariens peuvent être présents dans les logements peu habités ne contenant que très peu de débris humains et être absents des logements situés en altitude où les températures et l’humidité sont plus basses. »

Concernant la dégradation des squames par les moisissures, cela ne semble pas être une condition indispensable pour que les acariens s’en nourrissent. En revanche il semble avéré que la prédigestion des squames par le champignon Aspergillus amstelodami permet aux acariens d’utiliser les acides gras ainsi produits comme nutriments.
(source : Naegele A, et al. L’acarien transporteur d’allergènes.Rev Fr Allergol (2015), voir la vue 139 de la thèse référencée plus haut)

Au vu de ces éléments, il semble donc plus opportun, dans la mesure du possible, de contrôler la température et le taux d’humidité de votre logement (pour tuer les acariens, le taux d’humidité doit être inférieur à 55%. Une température abaissée à 16°C aide à limiter la prolifération des acariens, pour lesquels la température idéale est située entre 23 et 25°C). Ces indications vont d’ailleurs dans le sens des conseils fournis par un des articles du site que vous donnez en référence : Changer les conditions de vie des acariens. Mentionnons également l'article La vie d'un acarien qui précise que dans des conditions défavorables, les nymphes peuvent survivre plusieurs mois en s'accrochant à leur support, avant de se transformer en adultes quand les conditions redeviennent propices...

Au final, il semble peu intéressant d’isoler votre matelas dans la mesure où les acariens reviendront quand vous recommencerez à l’utiliser… Mieux vaut recourir aux mesures préconisées, aussi contraignantes soient elles. Notamment :
- Installer une housse anti-acariens
- Aérer quotidiennement la pièce, au moins 2 fois 15 minutes
- Privilégier un matelas, une couette et des oreillers garnis avec des matières synthétiques, et un sommier à lattes (le sommier tapissier n’est pas recommandé)
- Laver le linge de lit toutes les semaines à 60°c, et les couettes, couvertures et oreillers tous les 3 mois à 60°c
- Changer le matelas tous les 4 ans
- Limiter les peluches pour les enfants, et choisir celles qui sont lavables en machine à 60°C. Dans le cas contraire, les mettre au congélateur quelques heures avant le lavage pour tuer les acariens.
- Utiliser un aspirateur puissant muni d’un filtre HEPA, et nettoyer les meubles avec un chiffon humide pour retenir la poussière.
- Limiter les nids à poussière dans la pièce

Vous trouverez aussi une série de recommandations dans ce document du Centre d'allergie suisse : Allergie aux acariens de la poussière de maison.


Bonne journée.

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