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Invention des gros mots

par megaraquaza0, le 03/02/2019 à 10:53 - 3398 visites

Bonjour

Qui a inventé les gros mots ?

Merci,

Réponse du Guichet du savoir

par gds_db, le 05/02/2019 à 15:58

Bonjour,

Les gros mots ont probablement toujours existé mais on en trouve les premières traces écrites au Moyen-Âge (au XIIe siècle) dans le Roman de Renart ou encore dans les écrits du moine Philippe de Thaon : le Bestiaire.

" PUTAIN ! Voici un des plus anciens gros mots de la langue française, du latin « putidus », puant ; ce terme apparaît sans doutes pour la première fois sous sa forme écrite dans un bestiaire écrit vers 1120 par un moine et poète à ses heures, Philippe de Thaon, qui vécut en Normandie à l’époque d’Henri Ier ; « Putain » a alors le sens de « femme de mauvaise vie », autrement dit de prostituée. […] "
source : Petit livre de - Gros mots et autres noms d'oiseaux / Gilles GUILLERON

" L'histoire nous informe que les gros mots sont moins actuels qu'on ne peut le penser. L'étude de quelques exemples montre comment se constituent les évolutions sémantiques et lexicales.
Selon le Dictionnaire des gros mots de Patricia Vigerie, le terme ancien putain, dans le sens de femme débauchée, apparaît vers 1120 du latin putidus
(puant, mauvais, méchant), avec putois et l'adjectif put, pute. L'expression fils de putain est employée dès le XIIe siècle, on la retrouve chez Molière dans Amphitryon. La langue populaire en fait une interjection (putain, il fait froid !), parfois suivie d'un nom : putain de camion, putain de ta race, putain de bordel de merde. De putain/pute, avec le suffixe péjoratif -asse, se forme putasse en 1558.
Une des désignations du sexe de la femme est le mot con, issu du latin cunnus (1195), qui a été très utilisé en prose et en poésie, du XIIe siècle au XVIIe siècle. Au XIXe siècle, il prend le sens d'imbécile, de stupide, par rapport à l'image de passivité attribuée au sexe de la femme. Le mot perd son emploi érotique et se retrouve dans d'innombrables expressions : con comme un balai, con comme un panier, une valise, la lune ; à la con (1908), avoir l'air con, vieux con, bande de cons, roi des cons, piège à cons. Le mot s'inscrit dans les dérivés : connasse (désignation péjorative du sexe dès 1610, injure vers 1810), connard (1200), connerie (1845 chez Flaubert), déconner (sortir du vagin en 1655), déconneur (1910), Ducon-la-joie (1977).
Les excréments sont désignés par de nombreux termes dont le plus courant est merde, attesté dès 1179 et issu du latin merda.
Considéré comme vulgaire, le terme a exprimé la colère, le mépris, et, depuis le XXe siècle, l'étonnement (merde alors !); de merde se forme dès 1547 (des rameurs de merde), c'est de la merde en 1865, foutre la merde en 1977. L'adjectif merdeux est daté de 1180 (Roman de Renart), merder de 1597 (ne pas réussir), démerder de 1900, démerdard de 1915. Le mot entre dans la composition d'un certain nombre de jurons renforcés (bordel de merde, putain de merde). "
source : Maîtrise de la langue : les gros mots - BD n° 99 - avril 2007 - INSPECTION ACADEMIQUE DU NORD

A l'origine des jurons, on trouve les serments. C'est ce qu'indique le Dictionnaire des jurons :
" Jurer dans son premier sens, c'est prononcer un serment, c'est-à-dire prendre solennellement Dieu à témoin d'une affirmation. De très nombreux jurons ont des serments pour origine proche ou lointaine, et la forme de certains d'entre eux se confond aujourd'hui encore avec ce type de locutions, lorsque l'on jure - dans le sens dérivé "proférer un juron" - par quelque chose ou quelqu'un. [...] La variété de ces types de "jurements" profanes au Moyen-Âge (le mot juron n'est apparu que plus tard) est très remarquable. Certains exemples parmi les plus anciens se trouvent dans un sermon prêché en français, à une date incertaine entre 1276 et 1288, par un moine qui condamne des "serments" mettant en cause [...] la couronne, la tête, les plaies, les souffrances, le coeur, le foie, les clous, la lance et la passion de Dieu [...].
Disait-on au XIIIe siècle quelque chose comme "C'est vrai, par la tête de Dieu", qui doit être considéré comme un serment plutôt que comme un juron, ou s'exclamait-on déjà "Tête Dieu !" dans un mouvement de colère, ce qui paraîtrait moins vraisemblable à cette époque ?

A noter, il existait des gros mots en langue latine et grecque. Vous en trouverez quelques traces dans ces documents :
- LE MARCHÉ AUX INJURES À ROME : Injures et insultes dans la littérature latine / Philippe Dubreuil
- Savoir-vivre et grossièreté dans l'antiquité romaine / Nicole FICK - Camenae n° 19 – 2016
- Les gros mots : une forme romaine de communication ? / Christian NICOLAS
- Manuela Giordano, « Injure, honneur et vengeance en Grèce ancienne », Cahiers « Mondes anciens », 5 | 2014
- Vincent Azoulay et Aurélie Damet, « Paroles menaçantes et mots interdits en Grèce ancienne : approches anthropologiques et juridiques », Cahiers « Mondes anciens », 5 | 2014

Pour aller plus loin :
- Les gros mots / Catherine Rouayrenc
- "Sanglant coupaul ! Orde ribaude !" : les injures au Moyen Age / Nicole Gonthier - dont vous pouvez consulter quelques extraits sur Google Livre.
- Espèce de savon à culotte !...et autres injures d'antan /Catherine Guennec
- Moïse, Claudine. « Gros mots et insultes des adolescents », La lettre de l'enfance et de l'adolescence, vol. 83-84, no. 1, 2011, pp. 29-36.
- Gros, Gérard. « La truculence et son revers. Illustration et défense du jurement dans les Miracles de Gautier de Coinci », Le Moyen Age, vol. tome cxx, no. 1, 2014, pp. 27-52.
- Christin Olivier. Sur la condamnation du blasphème (XVIe-XVIIe siècles).In: Revue d'histoire de l'Église de France, tome 80, n°204, 1994. pp. 43-64.
- BELMAS (E.), « La montée des blasphèmes à l’âge moderne, du Moyen Age au XVIIe siècle », in Injures et blasphèmes, sous la direction de J. DELUMEAU, Paris, Imago, 1989, pp. 13-33.
- Dictionnaires d'injures à la Bibliothèque municipale de Lyon.

Bonne journée.
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