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Droits des enfants et Neurosciences

par Elodie Cadol, le 24/03/2021 à 17:22 - 402 visites

Bonjour,

Je ne fais pas de mémoire, j'effectue des recherches personnels dans un but thérapeutique et je désire associer à ces recherches toute connaissance scientifique.

Ma question est la suivante : est ce que la négligence infantile est considéré comme une maltraitance ? Et quelle répercussions a t elle sur le développement neuronal?

Merci d'avance

Réponse du Guichet du savoir

par bml_san, le 26/03/2021 à 11:54

Réponse de la Médiathèque du Bachut Santé :

Bonjour,

Votre question porte sur la négligence infantile et ses conséquences sur le développement neuronal de l’enfant.

Tout d’abord qu’est-ce que la négligence infantile ? D’après le site solidarites-sante.gouv.fr, qui définit les négligences infantiles :

Citer:
Les négligences sont le fait, pour la personne responsable de l’enfant (parents, grands-parents, etc.), de le priver des éléments indispensables à son bon développement et à son bien-être. Il peut s’agir par exemple de privations de nourriture, de sommeil, de soins, d’attention… La négligence est ainsi une forme de maltraitance par omission, à savoir l’absence de mobilisation de l’adulte dont dépendent le présent et l’avenir de l’enfant. Invisible et souvent oubliée, la négligence a néanmoins pour enjeu la survie, la sécurisation, l’éveil, l’estime de soi et l’éducation de l’enfant,
La négligence peut ne pas être intentionnelle, mais elle met en danger l’enfant : c’est à ce titre qu’elle entre dans le champ de la maltraitance et doit être signalée.


La négligence est donc bien une forme de maltraitance et peut être punie par la loi d’une amende et d’emprisonnement.

Le site continue sur les conséquences sur l’enfant :

Citer:
La maltraitance est toujours lourde de conséquences pour les enfants qui en sont victimes.
Les séquelles de la maltraitance ne sont pas seulement physiques : cicatrices ou douleurs, troubles sensoriels, troubles du sommeil, perte de capacités, état de santé durablement dégradé, handicap, voire décès prématuré. En effet, l’impact de la maltraitance sur le cerveau, sur la psychologie et sur le développement des enfants est largement documenté, les professionnels allant jusqu’à parler de psycho-traumatisme.
La maltraitance peut générer chez l’enfant des difficultés relationnelles, de la colère, de l’angoisse, ou encore de la détresse. Dans tous les cas, ce stress risque d’avoir des effets néfastes sur la santé :
• « perturbation du développement cérébral, notamment dans le traitement de l’information, augmentant le risque de désordres de l’attention, des émotions, de la cognition et du comportement,
• altération du développement du système biologique de gestion du stress, générant un risque accru de problèmes anxieux, dépressifs et cardiovasculaires, ainsi que d’autres problématiques de santé à l’âge adulte,
• risque significatif de difficultés émotionnelles et interpersonnelles, incluant des niveaux élevés de négativité, une faible maîtrise des impulsions et des désordres de la personnalité reliés à de faibles capacités de motivation, de confiance et d’affirmation de soi,
• faiblesse des capacités d’apprentissage et du rendement scolaire, incluant des déficits des fonctions d’exécution et de régulation de l’attention, un QI peu élevé, des difficultés de lecture et un faible niveau d’étude. » (1)
Plus l’enfant est jeune et plus il est dépendant de son environnement. Ainsi, les négligences commises en début de vie peuvent avoir des conséquences très graves sur le développement de l’enfant.


Dans un article de 2012 paru dans le Carnet de notes sur les maltraitances infantiles, des professionnels de santé abordent les conséquences neurophysiologiques et cognitives :

Citer:
- Conséquences neurophysiologiques
La négligence chez les enfants, comme la maltraitance, engendre une situation de stress chronique.
L’impact sur le développement cérébral peut être direct. Le manque de stimulation peut conduire à un moindre développement de régions comme les lobes temporaux, impliqués dans la régulation des émotions et le traitement d’informations sensorielles (Balbernie, 2001).
Ces situations de stress chronique peuvent également augmenter la production de cortisol et, par cet intermédiaire, entraîner la mort de neurones ainsi que la diminution du volume hippocampique.
Les troubles de la production de cortisol, néfastes à long terme, peuvent susciter des comportements agressifs, des troubles de la mémoire, etc. (Balbernie, 2001 ; Glaser, 2000).

- Conséquences cognitives
Un retard de développement cognitif dû au manque de stimulations peut apparaître très tôt dans la vie de l’enfant. Certains auteurs l’ont démontré chez de jeunes enfants âgés entre 3 à 30 mois à partir d’un seuil bas de négligence. Les effets délétères semblent plus alarmants lorsqu’un enfant victime de négligence « casse » sa courbe staturo-pondérale (Mackner, 1997). Hildyard et Wolfe parlent du déclin dramatique du quotient de développement, qui a été mis en évidence dans l’intéressant Minnesota Mother-Child Project, chez les jeunes enfants ayant été émotionnellement négligés par des mères identifiées à risque concernant le parenting (Hildyard, 2002).
Outre le manque de stimulations, les rythmes de vie incohérents vont empêcher l’enfant de pouvoir prévoir ce qui va se produire dans son environnement ou quel va être l’effet des signaux qu’il émet.
Or, la possibilité d’anticiper est un des fondements indispensables de la construction de la pensée. De même, l’acquisition des notions de permanence autorise l’accès au principe des « règles » : règles de calcul ou règles de vie. Par ailleurs, vivre dans une atmosphère stressante (violence conjugale…) peut paralyser la pensée. Les enfants concernés peuvent cesser de réfléchir car penser ce qui se passe est trop angoissant (Berger et al., 2007).



Dans un article de niveau universitaire : Benarous X, et al. Abus, maltraitance et négligence : (1) épidémiologie et retentissements psychiques, somatiques et sociaux. Neuropsychiatr Enfance Adolesc (2014)

Citer:
Conséquences sur le développement cérébral

Les traumatismes précoces affectent en particulier les régions cérébrales impliquées dans la réponse face à un stimulus menaçant. Les premiers travaux ont initialement porté sur les effets des stress répétés et précoces sur l’axe hypothalamo-hypophysaire et le système nerveux autonome dans des modèles murins.

Les études translationnels ont retrouvé des résultats similaires chez l’homme en particulier une hyperactivité amygdalienne en imagerie fonctionnelle en cas de traumatismes précoces, ainsi qu’une diminution des récepteurs aux glucocorticoïdes dans l’hippocampe. La réversibilité de cette influence par des soins de maternage modifiant l’expression transcriptionnel a permis de tracer un lien entre théorie de l’attachement et neurobiologie qui avaient déjà été évoqué dans les travaux pionniers de Victor Dennenberg dans les années 1960—1970. Le polymorphisme des gènes impliqués dans ces remaniements épigénétiques expliqueraient en partie la variabilité interindividuelle aux événements traumatiques précoces. Le génotype modulerait l’influence de l’environnement sur les mécanismes impliqués dans la synaptogenèse et la plasticité neuronale. Dans ce sens,les travaux de Caspi et al. sont exemplaires : son équipe a mis en évidence le rôle modérateur d’un allèle du gène de l’enzyme de la monoamine-oxydase sur l’association entre abus dans l’enfance et survenue de comportements violents à l’adolescence et à l’âge adulte. D’autres travaux portent une attention nouvelle aux rôles des facteurs endocriniens et neurotrophiques en cas de traumatismes précoces.

Les conséquences de traumatismes sur la régulation hormonale sont connues en cas de nanisme psychoaffectif, où l’on retrouve un déficit fonctionnel de la sécrétion en hormone de croissance. Les études portant sur la variation du taux de récepteurs intracellulaires à l’ocytocine en fonction des comportements de maternage sont intéressantes compte tenu du rôle que jouerait ce neuropeptide dans les mécanismes d’attachement précoce. Par ailleurs les conséquences sur le développement cérébral des traumatismes précoces doivent aussi tenir compte des carences nutritionnelles souvent associées.

Outre le système de régulation au stress, l’ensemble des fonctions perceptives, cognitives, du langage et de la communication peuvent être affecter en cas de déprivation sensorielle. Dans une expérience clinique classique, Hubel et Wiesel ont montré que l’absence de stimulation visuelle pendant une période critique du développement de l’appareil oculaire du chat conduit à la cécité.

Au cours du développement précoce les remaniements cérébraux en particulier la stabilisation synaptique des réseaux fonctionnels et l’élagage des connections inutiles sont fortement influencés par la richesse et la qualité des stimuli environnementaux. Les travaux menés chez les enfants orphelins roumains victimes de négligence grave ont montré que la durée de la déprivation est bien corrélée au quotient intellectuel ou de développement que présenterait l’enfant six ans plus tard, même si des variations interindividuelles sont importantes. On retrouverait aussi davantage de trouble du langage oral chez les enfants pris en charge par l’ASE, comparé aux autres enfants hospitalisés pour des troubles psychopathologiques divers. Le type de structure anatomique impliquée déprendrait aussi de la période de survenue de la maltraitance en suivant une progression des structures sous-corticales vers le néocortex : la diminution du volume hippocampique est surtout observée pour des traumatismes sexuels entre 3 et 5 ans, alors qu’entre 9 et 10 ans on retrouve davantage d’anomalie du corps calleux, puis du cortex préfrontal entre 14 et 16 ans. Les travaux de Teicher sur les conséquences néfastes du harcèlement (bullying) par les paires retrouvent des anomalies du développement du corps calleux sur des IRM cérébraux, bien corrélées au score de bullying. Le retentissement neurobiologique semble ne pas se limiter à une fenêtre temporelle précoce, comme dans l’étude de Hubel et Wiesel, mais s’étendre tout au long de la maturation cérébrale. Ces résultats sur les modifications neurobiologiques survenant au décours de maltraitance doivent être intégrés dans un modèle interactionniste : les abus peuvent entraîner, soit directement soit indirectement par l’intermédiaire des troubles psychopathologiques causés, des difficultés relationnelles, sociales et scolaires qui altèrent la qualité des échanges avec le milieu, lui-même indispensable pour le développement des aptitudes émotionnelles sociales et le contrôle de l’impulsivité ; de faite la survenue de troubles du comportement qui peut en découler (comme des conduites sexuelles à risque) potentialisent encore davantage le risque d'événements de vie négatifs et peut engendrer de véritables cercles vicieux, qui expliquent en partie qu’une minorité de patient concentrent les facteurs de risque psychosociaux les plus graves.

L’article aborde aussi les conséquences psychologiques dans une seconde partie.


Dans un article de vulgarisation de LCI : Le stress subi durant la petite enfance ferait de gros dégâts sur l’activité cérébrale, lui-même basé sur un article de Anne Teissier et Patricia Gaspar :Comment le stress précoce altère le comportement à l’âge adulte qui présente les résultats d’une étude faite sur des souris. Ces articles montrent une modification de la quantité de myéline dans le cortex préfrontal et les conséquences sur le développement neuronal.


Pour finir, vous pouvez consulter ce livre qui explique les mécanismes de la maltraitance et ses conséquences ainsi que les soins possibles. Il est disponible dans nos rayons :Traiter les victimes de la maltraitance infantile : psychothérapie de l'existence interrompue de Marylene Cloitre, Lisa R. Cohen, Karestan C. Koenen ; traduit de l'anglais par Georges Elia S...


Cordialement,

L’équipe de la Médiathèque du Bachut Santé .
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