Pourquoi la famille de Luynes n'a pas entretenu la tombe de la duchesse de Chevreuse ?
Question d'origine :
si la dépouille de la duchesse de chevreuse ne fut pas rapatriée à dampierre pour des raisons sanitaires sa tombe au cimetière de loyasse aurait du etre entrenue par la famille de luynes. pourquoi laissa-t-elle la tombe à l'abandon?
Réponse du Guichet
Le monument funéraire en l'honneur de Françoise de Luynes, œuvre remarquable de P. M-Prost, fut transféré de Loyasse à Dampierre-en-Yvelines, laissant dans le cimetière lyonnais une simple croix de fer sauvée en 1937 par Édouard Herriot. Si le cimetière de Loyasse nous a indiqué que cette concession était à l'origine une concession perpétuelle, et n'a donc pas vocation à disparaîtrre, nous ne pouvons qu'émettre des hypothèses pour expliquer son état de délabrement avancé en 1937 (avant le déplacement du cénotaphe) et même après. Sachez qu'elle est depuis 2017 entretenue à titre honorifique par le cimetière de Loyasse. Des éléments d'information supplémentaires pourraient nous parvenir dans les prochains jours.
Bonjour,
Françoise de Luynes, duchesse de Chevreuse est décédée en juillet 1813 à l'âge de 28 ans. Elle a été inhumée au cimetière de Loyasse à Lyon. Un monument funéraire construit par P. M-Prost, alors l'un des plus remarquables du cimetière, a été érigé en son honneur avant d'être transféré dans l’enclos de l’église de Dampierre-en-Yvelines.
Nous expliquions lors de notre précédente réponse que seul le cénotaphe aurait été déplacé en région parisienne dans l'un des fiefs de la famille de Luynes, belle famille de la duchesse. Ce monument sépulcral est toujours visible et référencé à l'inventaire des monuments historique de France (notice lisible sur la plateforme POP, IA00027719).
A Loyasse, cette sépulture a été sauvée de l'oubli grâce aux soins de l'ancien maire de Lyon, Edouard Herriot, qui a ordonné en 1937 des fouilles pour retrouver et remettre en état le tombeau. L'ouvrage d'Henri Hours, Le cimetière de Loyasse (Conseil général du Rhône, Préinventaire des monuments et richesses artistiques,1996), décrit cette croix de fer encastrée d'un petit écriteau qui est l'unique vestige d'une sépulture qui fut en son temps considérée comme l'une des plus belles de Loyasse :
Fichée dans la bordure, croix en fer portant un écriteau en métal jadis émaillé : "Ici repose la Duchesse Françoise Marie Félicité Ermessinde d'Albert Luynes de Chevreuse, née Narbonne Pellet, morte le 6 juillet 1813, dans sa 28ème année".
(...)
La duchesse de Chevreuse, que Napoléon avait exilée de Paris, pour mauvais esprit, vivait à Lyon avec sa mère chez Madame de Parcieux, et fréquentait les milieux proches de Camille Jordan et de Madame Récamier. C'est pour cette raison qu'Edouard Herriot, afin de préserver ce souvenir, quand le monument fut tombé en ruine, trasnféra la sépulture dans ce petit carré, en cet emplacement tout proche.
Source : Le cimetière de Loyasse (Conseil général du Rhône, Préinventaire des monuments et richesses artistiques,1996) (p. 426)
L'emplacement actuel de la tombe (dans l'allée 81/4 du cimetière) ne serait pas son lieu d'inhumation d'origine. Si ce paragraphe n'explique pas pourquoi ce monument n'a pas été entretenu par la belle famille, il atteste d'un état de délabrement avancé du monument au moment de l'intervention d'Edouard Herriot en 1937.
Quelques photos de ce monument sont visibles sur internet, et notamment sur le Cimetières de France et d'ailleurs (elles datent de 2011), mais nous n'avons pas pu obtenir d'informations plus récentes à son sujet. Nous plannifions de contacter la mairie de Dampierre-en-Yvelines d'ici demain après-midi (son secrétariat n'est ouvert que les mardi et vendredi de 16h à 19h) pour en apprendre davantage.
Mais retournons à Loyasse. Les agents du cimetière nous ont indiqué par téléphone que cette concession était une concession perpétuelle. Le cimetière de Loyasse a son origine était réputé pour être un cimetière de riche et les prix d'inhumations prohibitifs pour la grande majorité de la population. En 1830, Wikipédia indique que pour 5000 décès annuels à Lyon, 1500 lyonnais étaient enterrés à Loyasse, la plupart des autres finissaient à la fosse commune. Henri Hours confirme ces propos, Loyasse était bien un cimetière pour riches. D'après ses recherches, les prix profitaient même sensiblement à ceux qui installaient des monuments imposants pour honorer leurs morts :
Loyasse, cimetière des riches. Les chiffres ne laissent là-dessus aucun doute. Le tarif des inhumations simples en sépultures géénrales, donc renouvelables sans préavis au bout de 5 ans, suffisait à en écarter la majeure partie des classes populaires : 34 francs pour un adulte, dans les années 30. Que dire alors des concessions perpétuelles ? Le prix en fut d'abord dixé de façon bizarre, le 28 janvier 1811, selon un tarif dégressif, en proportion inverse de la surface du terrain et de l'importance du monument qu'on pouvait uy édifier. Le mètre carré coutait 100 francs pour une "tombe individuelle" de deux mètres et 24 francs seulement pour un "tombeau familial" de 25 mètres carré, le prix étant grevé, suivant le décret de 1804, d'un supplément de 50% pour un "don" obligatoire aux Hospices. Tandis, donc que la concession de deux mètres revenait à 200 francs (plus de 100 aux Hospices), la seconde, douze fois et demie plus grande, ne coutait que le triple : 600 + 300. (...) Cette disparité, favorable à la construction de monuments imposants, fut atténuée par le tarif du 29 mars 1830: le prix du mètre ne variait plus que du simple au double.
Source : Le cimetière de Loyasse (Conseil général du Rhône, Préinventaire des monuments et richesses artistiques,1996) (p. 23-24)
La famille de Luynes était parfaitement en mesure de s'offrir ce type de sépulture.
Résonance funéraire, site d'actualité funéraire a publié une réponse intéressante et documentée sur les concessions perpétuelles au 19ème siècle. Le décret loi du 23 prairial an XII appliquait bien un conditionnement de ces concessions à des donations en faveur des pauvres et des hôpitaux (articles 10 à 12, titre III).
Le cimetière nous a également indiqué que cette tombe était entretenue par la ville depuis 2017 à titre honorifique. Nous avons contacté d'autres personnes à la ville de Lyon qui pourraient nous apporter des éléments supplémentaires. Nous les publierons lorsqu'elles nous parviendront.
Pour l'heure, nous ne pouvons qu'émettre des suppositions pour expliquer le manque d'entretien de la sépulture par la famille de Luynes.
L'exil forcé de la capitale et l'inhumation précipitée à Lyon de Françoise de Luynès, loin du fief en Île‑de‑France (Dampierre‑en‑Yvelines) de cette vieille famille aristocratique, pourrait expliquer le manque d'entretien du monument funéraire.
Nous ne savons pas quand et comment le transfert du monument funéraire s'est effectuée mais ce rapatriement en région parisienne (peut-être le sautons nous demain en appelant la mairie de Dampierre ?) exprime une forme de considération pour la défunte. Diviser les lieux de mémoire en deux endroits si éloignés, a peut-être porté préjudice à la tombe lyonnaise, peu entretenue faute de visiteurs réguliers installés aux alentours.
Mais manifestement, plus aucun descendant ne s'occupait de cette tombe dès 1937. Pour vous donner une idée de l'importance de cette famille, nous vous laissons prendre connaisance d'une partie de son arbre généalogique à la page : Maison d'Albert de Luynes. Il n'est donc pas étonnant que personne ne se soit attelé à cette tâche au XXIème siècle. Aussi, le patrimoine funéraire occupé par l'ensemble de la famille de Luynes doit être considérable. Privée de son apparat et peu visitée, cette tombe serait peu à peu tombée dans l'oubli...
Nous ne manquerons pas de revenir vers vous si des informations complémentaires nous reviennent.
Bonne journée.
Homo criminalis :