Pourquoi certains agissent mal envers nous alors qu'on essaie d'être exemplaire ?
Question d'origine :
Pourquoi lorsque l'on essaie d'etre quelqun de bien on a l'impression que les gens en profitent pour nous marcher sur les pieds, nous faire des sales coups, agir de maniere vraiment incorrect avec nous? On dirait que lorque l'on essaie d'etre quelqun de bien on devient un agneau qui se fait manger par une meute de loups...pourquoi?
Réponse du Guichet
Dans notre réponse, nous revenons sur la toute relativité de quelques termes et de la formulation quelqu'un de bien. Prenez aussi le temps de relire nos anciennes réponses.
Toutefois, certaines personnes profitent des personnes gentilles et agréables par opportunisme, manque d'empathie ou pour établir un rapport de force afin de prendre le pouvoir, contrôler, ou éviter de se remettre en question.
Bonjour,
Nous ne reviendrons pas sur les termes exemplarité, perfection ou modèle sur lesquels vous nous avez souvent questionnés (dans l'ordre d'apparition : 13 résultats, 17 résultats, 52 résultats) et pouvant être utilisés pour désigner une personne ou une chose qui aurait toutes les vertus comme ce quelqu'un de bien qui, selon vous, se fait marcher sur les pieds, serait un agneau qui se fait manger par une meute de loups.
Pas plus nous nous attarderons sur le mot valeur que nous trouvons dans 109 résultats sur 231 de vos questions si nobles soit-elles à l'instar du chevalier William Wallace que vous semblez admirer puisque vous en avez pris le surnom, Braveheart, donné par le réalisateur Randall Wallace dans son film éponyme.
Vous lirez ou relirez dans nos réponses précédentes que ces notions revêtent des qualités différentes selon les un·es et les autres. Par conséquent, quelqu'un de bien peut agacer voire irriter d'autres personnes qui ne partageraient pas à l'identique l'étendue de ces mots. Car oui, en tant qu'humain·es nous avons tous et toutes une sensibilité différente, même s'il n'y a pas de réponses catégorique à votre question Est-ce que notre comportement et nos valeurs sont subjectives ?.
Voir à ce propos Avons-nous tous une sensibilité différente ?
Il est en effet universellement reconnu que chaque personne possède une individualité et une personnalité qui lui sont propres. il est plus délicat de connaître les différents mécanismes à l'origine de ces différences.
De même nous avons tous et toutes des aspects positifs et négatifs, des qualités et des valeurs :
Avons-nous tous des aspects positifs et négatifs ?
Aussi subjectives et modulables soient les notions de positif et négatif en termes de comportements et "aspects" chez les humains, la dualité de présence de ces deux pôles éthiques relève effectivement d'un caractère très humain.
Est-ce que tout le monde a des qualités et des valeurs ?
Nous vous invitons à relativiser vos inquiétudes, la valeur intrinsèque d'un individu ne doit pas être jugée à l'aune des qualités valorisées par une société à un moment donné. Personne n'est en droit de se prononcer sur la supposée "médiocrité" ou "insignifiance" d'une vie. Nous vous partageons également quelques lectures et conseils pour vous encourager à voir les choses sous un autre oeil.
Est-ce que tout le monde a des valeurs personnelles ?
Car chaque individu établit sa propre hiérarchie de valeurs. Lire Avons-nous tous des priorités différentes ?
Et, si les gens très mauvais avaient un très bon côté en eux ?
La complexité de la nature humaine invite à nuancer les jugements, surtout lorsqu'ils concernent un ensemble de personnes peu défini.
Quoi qu'il en soit, il est impossible de plaire à tout le monde et d'échapper aux jugements négatifs et critiques des autres :
Peut-on plaire à tout le monde ?
Si pour certains vivre sans vouloir absolument plaire aux autres demande du courage, pour d'autres c'est une véritable phobie. Or il semble impossible de plaire à tout le monde.
Peut-on échapper aux jugements négatifs et critiques des autres ?
Il est effectivement difficile d'échapper au jugement et au regard des autres. Mais certaines personnes ont tendance à accorder plus d’importance aux remarques négatives qu’aux positives. Cela porte un nom : "le biais de négativité". Nous vous renvoyons vers quelques ouvrages pour en savoir plus.
Car tout le monde juge tout le monde :
Est-ce que tout le monde juge tout le monde ?
Le jugement est une opinion, un avis, un sentiment favorable ou défavorable porté sur quelqu'un ou sur quelque chose. Il repose sur des valeurs qui permettent de se faire une opinion. Comme expliquer dans notre réponse d'avant-hier, il peut y avoir autant d'opinions, de jugements personnels que de personnes sur Terre. Il est donc probable que tout le monde juge tout le monde.
Mais n'ayez crainte, l'amitié existe :
Sommes-nous tous susceptibles de rencontrer des amis et des ennemis sur Terre ?
Oui, la vie est un équilibre entre les relations difficiles et celles, merveilleuses, qui enrichissent notre existence. Cultiver des liens positifs comme l'amitié tout en apprenant à gérer les interactions négatives est essentiel pour maintenir son bien être émotionnel et social. Parcourez cette sélection de documents qui vous sera utile pour comprendre comme se tissent nos relations amicales et conflictuelles à l'aide de la sociologie, de la psychologie, des neurosciences ou de l'histoire.
Et l'inimitié n'est que le résultat de l'opportunisme, du manque d'empathie ou du rapport de force car certains utilisent la douceur et la gentillesse de l'autre pour prendre le pouvoir, contrôler, ou éviter de se remettre en question :
Les gens peuvent abuser de la gentillesse pour diverses raisons, souvent liées à des motifs personnels et à des comportements acquis. Certains exploitent la gentillesse des autres par opportunisme, cherchant à obtenir des avantages sans avoir à les mériter ou à les travailler eux-mêmes. Pour d’autres, cela peut découler d’un manque d’empathie ou de compréhension des sentiments des autres, les amenant à ne pas reconnaître les limites ou les besoins des personnes autour d’eux. Il y a aussi ceux qui voient la gentillesse comme une faiblesse à exploiter, utilisant des tactiques de manipulation pour obtenir ce qu’ils veulent. Parfois, les abus de gentillesse sont le résultat d’un manque de conscience de soi ou d’une insensibilité aux conséquences de leurs actions sur les autres.
Source : Il profite de ma gentillesse : 9 raisons pour lesquelles les gens le font et 5 façons de l’éviter, Ouest France, 2023
Mais ce n'est pas la gentillesse le problème. C'est l'absence de limites.
D'après l'article Pourquoi être gentil aide à rester en bonne santé, Santé magazine, janvier 2022, la gentillesse diminue le stress, réduit le risque de dépression, la douleur, participe au bon fonctionnement du système immunitaire, diminue la tension artérielle et renforce l’estime de soi :
Des études ont montré que la gentillesse, à condition qu’elle soit spontanée et désintéressée, aide à préserver sa santé. La gentillesse diminue le stress : parce que se montrer aimable et généreux procure un certain plaisir, les gens naturellement altruistes et sympathiques ont un taux de cortisol – l’hormone du stress – inférieur d’environ 20 % par rapport au reste de la population. Un effet favorable aussi au bon fonctionnement de notre système immunitaire, sensible au stress ; La gentillesse réduit le risque de dépression : agir gentiment entraîne la production de sérotonine, un neurotransmetteur antidéprime ; La gentillesse réduit la douleur : la gentillesse répétée stimule la production d’endorphines, des antalgiques naturels, ce qui se traduit concrètement par moins de douleurs chroniques au quotidien ; La gentillesse diminue la tension artérielle : selon Daniel Fessler, directeur du Bedari Kindness Institute à Los Angeles, "avoir un comportement centré sur la gentillesse, ou même réfléchir à la manière dont on peut l’être davantage", libère l’ocytocine, une hormone qui favorise la dilatation des vaisseaux sanguins ; La gentillesse renforce l’estime de soi : être gentil améliore l’estime et l'image que l’on a de soi, ainsi que la perception qu’en ont les autres."On se sent être une bonne personne, à l’inverse d’un individualiste égocentré", souligne Jacques Lecomte ; La gentillesse rend heureux : être coopératif et généreux, active "les zones de satisfaction et de récompense dans le cerveau", poursuit le docteur en psychologie. Un remède pour la bonne humeur ! ; La gentillesse est communicative : tenir la porte dans le métro, au restaurant ou au bureau... et tous ces petits gestes incitent 60 % des personnes qui ont bénéficié de ce geste à faire de même pour ceux qui suivent, contre 40 % dans le cas contraire, ont démontré les chercheurs en psychologie sociale.
Comment être une personne gentille ?
La gentillesse est une vertu efficace qui se cultive et se transmet facilement. Nourrie de gestes concrets, à la portée de tous, elle exige un peu d’efforts.
1. Être attentionné
Faire preuve de prévenance permet de saisir les humeurs et les besoins de l’autre. Votre ami(e) est chagriné(e) ? Prenez le temps de la/le questionner : "que se passe-t-il ? Tu veux me raconter ?". Votre conjoint(e) est fatigué(e) ? Apportez-lui son petit déj’ au lit. Pas question d’être charitable, ni de se donner bonne conscience, mais de compatir et d’encourager.
2. S’adapter au moment et à la personne
Difficile de se réjouir du succès d’un proche alors que l’on est soi-même à la peine. Et pourtant, "c’est essentiel dans un couple", explique Delphine Luginbuhl, coach diplômée en psychologie. "Il faut savoir fêter la réussite de l’autre sur l’instant, et différer ses inquiétudes". Dans un autre contexte, la gentillesse peut consister à être ferme. La formule "je te dis cela pour ton bien" peut se révéler juste. "Je pense qu’il vaut mieux que tu cesses de t’accrocher à..." un amour, un boulot, un objet...
3. Se méfier des jugements très hâtifs
Thomas d’Ansembourg, psychothérapeute, formateur en RH, alerte sur les jugements hâtifs portés sur un individu ou un comportement. "Dire 'cela ne se fait pas' ou 'il fait toujours la tête', c’est rester à la surface des choses et interpréter sans savoir." Derrière une attitude, il y a des raisons, et derrière des défauts, il y a des qualités.
4. Réfléchir avant de se fâcher
Se laisser emporter par la colère fait mal à son interlocuteur. "Nous avons besoin de prendre d’abord le temps de nous écouter nous-même, d’accueillir les émotions fortes – peur, colère, stress – pour comprendre ce qu’elles disent de nous et en utiliser l’énergie à bon escient", préconise Thomas d’Ansembourg. Pour autant, cela n’empêche pas de montrer les dents pour protéger un être cher (enfant, ami...) attaqué par un tiers, (collègue, relation…).
Gentil équivaut alors à remettre les pendules à l’heure. C'est quoi être "trop gentil" ? Que faire pour arrêter de l'être ? "Être gentil, ne signifie pas se laisser marcher sur les pieds, précise Delphine Luginbuhl. "On peut exprimer son désaccord sans blesser". Le tout est de le dire de la bonne manière, après avoir pris le temps d’écouter son interlocuteur sans l’interrompre. "J’ai entendu ton point de vue, je le comprends, toutefois le mien est celui-là". Se mettre à disposition d’autrui est un point cardinal de la gentillesse, mais quand l’autre abuse de votre écoute, il faut s’interroger sur ce que vous apporte la relation : faut-il la garder ou la rompre ? À vous de peser les arguments. Dans les deux cas, exposez "votre" vérité : votre ressenti et votre décision, quitte à aménager les choses.
La gentillesse, l'altruisme et les actes de bonté sont donc excellents pour l'humeur, diminuent le stress et renforcent la santé. Donc il ne s'agit pas de devenir dur, froid ou égoïste mais de se protéger en adoptant un nouveau comportement. Voici quelques conseils :
Établissez des limites claires. Définissez jusqu’où vous êtes prêt à céder aux autres. Par exemple, même les personnes généreuses doivent fixer une limite. Utilisez la stratégie « trois coups et vous êtes éliminé », qui implique de « tendre l’autre joue » une ou deux fois. Mais tracez une ligne la troisième (ou la deuxième) fois et refusez de capituler.
Retirez-vous de la situation. Si vous prévoyez qu’une personne pourrait profiter de vous et que vous en avez assez, il est préférable de vous retirer de la situation. Il peut s’agir de mettre fin à la rencontre, de réduire votre investissement dans la relation, voire d’y mettre un terme.
N’évitez pas les conflits. Éviter les conflits peut sembler plus simple, mais cela n’est souvent pas productif à long terme. Il est préférable de s’engager à résoudre les conflits, que ce soit par le biais de compromis en demandant à chaque partie de faire des compromis et de trouver un terrain d’entente, ou par une collaboration visant un résultat mutuellement bénéfique.
Arrêtez de vous blâmer. Apprenez à contrôler vos émotions face à des situations où quelqu’un tente de profiter de vous. Évitez de vous sentir coupable et comprenez quand l’autre personne essaie de profiter de vous. Évitez également de vous blâmer lorsque vous avez l’impression qu’on vous a utilisé. Faites le choix de ne plus vous retrouver dans cette position et efforcez-vous de passer à autre chose.
Source : Pourquoi et comment nous laissons les autres profiter de nous, Ouest France, avril 2024
À lire pour aller plus loin :
Trop bon, trop con ? : la gentillesse n'a pas dit son dernier mot / Delphine Luginbuhl, Aurélie Pennel / Delphine Luginbuhl, 2021
F[u]ck la gentillesse : manuel de survie quand on est trop bon (trop con ?) / Dr Michael Bennett et Sarah Bennett ; traduit de l'américain par Florence Ludi, 2016
Cessez d’être gentil, soyez vrai / Thomas d’Ansembourg, 2012, 2014, 2020
Bonne journée
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