Les célébrations religieuses sont-elles autorisées sur la place de la Concorde ?
Question d'origine :
Bonjour.
Il me semble avoir vu hier sur nos chaînes d'info continu que le pape Léon XIV envisage de célébrer une messe sur la place de la Concorde (la plus grande de Paris en superficie) en septembre 2026. Soit. Mais il me semble me souvenir que lors des JMJ à Paris en août 1997, le pape Jean Paul II avait souhaité célébrer une messe sur cette même place de la Concorde mais que cela lui avait été refusé car dans la loi de séparation de l'Eglise et de l'état de 1905, il était inscrit qu'aucune célébration religieuse ne pouvait avoir lieu sur la place de la Concorde, place "consacrée" à la réconciliation nationale, entre autres religieuse. Cette messe avait donc été déplacée au Trocadéro, si je me souviens bien. La loi a-t-elle été réformée pour permettre les célébrations religieuses sur la place de la Concorde ? Ou est ce que je me trompe quelque part ?
Cordialement
Réponse du Guichet
Les organisateurs des JMJ, qui se sont tenues à Paris en août 1997 en présence du pape Jean-Paul II, auraient exclu la place de la Concorde des festivités non pas en raison de sa charge symbolique, mais pour des questions de sécurité et d'organisation. Les rassemblements se sont notamment tenus sur le Champs-de-Mars et à l'hippodrome Longchamps, où la messe de clôture a réuni plus d'un million de personnes le 24 août 1997.
Le texte de la loi de séparation des églises et de l'état ne mentionne pas d'interdiction spécifique de rassemblement religieux sur la place de la Concorde. Elle conditionne simplement les manifestations dans l'espace public à une déclaration préalable et à un respect de l'ordre public. C'est pour ces mêmes raisons que la visite du pape Léon XIV, au mois de septembre 2026, passera bien par la place de la Concorde et les Champs-Elysées, cette fois retenus en vertu de leurs bonnes capacités d'accueil par les organisateurs.
Bonjour,
La 12ème édition des Journées mondiales de la jeunesse 1997 s'est déroulée à Paris du 18 au 24 août en présence du pape Jean-Paul II. L'événement s'est déployé sur plusieurs sites de la capitale. Deux rassemblements, réunissant chacun plusieurs centaines de milliers de jeunes, ont eu lieu sur le Champ-de-Mars les 19 et 21 août. Le pape a ensuite procédé à la béatification de Frédéric Ozanam à Notre-Dame-de-Paris le 22, avant de célébrer le 24 août la messe de clôture des JMJ sur l'hippodrome de Longchamp devant plus d'un million de personnes.
Mais que sont les Journées mondiales de la jeunesse ? :
Les Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) ont été instituées par le Pape Jean-Paul II en 1986. Cet événement permet à chaque jeune d’aller à la rencontre d’autres jeunes du monde entier.
Célébrées localement chaque année d’abord le dimanche des Rameaux puis, depuis 2021, le dimanche de la solennité du Christ Roi de l’Univers, les JMJ prennent tous les deux ou trois ans une dimension internationale en se déroulant dans une grande métropole.
Source : JMJ : les journées mondiales de la jeunesse - Eglise catholique de France.
Le déroulé des événements ainsi qu'une vidéo d'archive issue du JT de 1997 peuvent être vus sur le site LUMNI de l'éducation nationale.
Depuis 1986, l'Eglise catholique organise chaque dimanche des Rameaux la Journée mondiale de la jeunesse. Et, tous les deux ou trois ans, un grand rassemblement, les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), réunit dans une ville pendant plusieurs jours des jeunes catholiques du monde entier, en présence du pape. La plus grande édition a eu lieu en 1995 à Manille, aux Philippines, où cinq millions de fidèles catholiques se sont rassemblés. Les XIIe Journées mondiales de la jeunesse se sont, elles, déroulées à Paris, du 18 au 24 août 1997, en présence de Jean-Paul II. Le Champ de Mars accueille dès le 19 août 300 000 jeunes du monde entier, puis près de 500 000 le 21 août, lors d'une messe célébrée par Jean-Paul II. Ce dernier procède ensuite, le 22 août, à Notre-Dame-de-Paris, à la béatification de Frédéric Ozanam, fondateur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Après une veillée ayant rassemblé sur place 750 000 fidèles, Jean-Paul II célèbre le 24 août la messe de clôture des JMJ sur l'hippodrome de Longchamp. Plus d'un million de personnes y participent, même si tous ne sont pas des jeunes au sens strict. Les Journées mondiales de la jeunesse organisées à Paris ont donc connu un succès indéniable, qui a même surpris l'Eglise.
Source : Les Journées mondiales de la jeunesse à Paris - LUMNI enseignement
Pourquoi alors ne pas avoir célébré cet événement sur la place de la Concorde à Paris ?
Vous avez raison de le souligner, la place de la Concorde de Paris est la plus grande place de la Capitale et pourrait prétendre à l'accueil d'un tel événement. Vous supposez donc que les enjeux mémoriaux chariés par ce lieu si particulier de l'histoire de France en auraient découragé les organisateurs.
C'est en effet sur cette même place que Louis XVI a été exécuté en 1793, et que de très nombreux révolutionnaires ont péri sous le couperet de la guillotine (Desmoulins, Robespierre, Danton, Charlotte de Courday, Olympe de Gouges etc.). La ville de Paris estime que pas moins de 2700 têtes seraient tombées place de la Révolution entre 1792 et 1795. Place de la Révolution, puis successivement place Louis XV et place Louis XVI, avant de devenir place de la Concorde (nom choisi par le Directoire en 1795 comme symbole d’apaisement et rétabli après la Révolution de 1830), cet espace reste un lieu de conflits mémoriaux, où se rassemblent encore, par exemple, des royalistes chaque 21 janvier, date de l’exécution du roi.
On pourrait comprendre les réticences de l'Eglise à reconquérir par la religion un espace enfin appaisé et acquis à la cause républicaine, une république de surcroit laïque depuis 1905. Pourtant, la presse de l'époque ne donne pas d'explication symbolique, mais justifie l'abandon de ce choix pour des raisons de sécurité et d'organisation. Voir un article du journal La Croix, le 23 octobre 1996 :
Les JMJ abandonnent la Concorde et pourraient obtenir Longchamp.
Le Pape ne célébrera pas sur la place de la Concorde, à Paris, la messe de clôture des 12es Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), le 24 août 1997, a indiqué le comité d'organisation de cet événement. Il précise que cette décision a été prise pour des raisons de sécurité (foules, proximité de magasins...) et d'organisation (toilettes, ramassage des détritus, approvisionnement en eau potable). Le site retenu, qui devra être suffisamment important pour accueillir les 500 000 personnes prévues, pourrait être l'hippodrome de Longchamp, aux portes de la capitale. Le comité d'organisation a déjà formulé une demande en ce sens auprès des pouvoirs publics.
Source : La Croix, article retrouvé en ligne sur Europresse, accessible grâce à un abonnement à la BmL.
Le Père Paul Destable, sécrétaire du comité épiscopal pour la jeunesse durant les JMJ de 1997, a pourtant exprimé dans un entretien avec Charles Mercier, que si certains souhaitaient que se tienne un rassemblement place de la Concorde pour "laver un petit peu l’affront de la mort de Louis XVI et de Marie-Antoinette", ce n'était ni le voeu ni les intentions des organisateurs qui cherchaient à accueillir les fidèles dans les meilleures conditions. Voir sur Cairn le chapitre de Charles Mercier Les Journées mondiales de la jeunesse à Paris en 1997 dans l'ouvrage de B. Dumons et F. Gugelot Catholicisme et identité : Regards croisés sur le catholicisme français contemporain (1980-2017) (p. 193-209) (2017).
Pour ce qui est d'une mention de l'inscription de l'interdiction de célébrations religieuses sur la place de la Concorde, nous n'en trouvons aucune mention dans le corps du texte de la Loi de sération de l'église et de l'état de 1905, lisible en intégralité sur LegiFrance. La loi de 1905 garantit au contraire le libre exercice des cultes et encadre seulement les manifestations religieuses dans l’espace public par des règles d’ordre public, de déclaration préalable (article 17-1).
Ce qui explique probablement pourquoi le diocèse de Paris a annoncé vendredi 26 juin que le pape Léon XVI célébrerait une cérémonie religieuse à Paris «sur la place de la Concorde et les Champs-Elysées», le samedi 26 septembre, au cours de sa visite en France. Le lieu n'étant pas prohibé par la loi de la République aux rassemblements religieux.
Une fois encore, ces lieux auraient d'abord été choisis pour des questions d'organisation. L'Eglise de France prédisant la venue de plusieurs centaines de milliers de fidèles pour cette grande messe parisienne, il fallait donc choisir un lieu capable de tous les accueillir : «En choisissant ces lieux pour leur capacité d’accueil, d’abord, nous voulons que ces rendez-vous soient ouverts au plus grand nombre, venus certainement de toute la France», a déclaré Monseigneur Laurent Ulrich, archevêque de Paris. Il reconnait néanmoins que les lieux de visite du Pape ont aussi été choisis pour leur charge symbolique : «Mais j’ai voulu également que nous puissions accueillir le Saint-Père dans des enceintes et des points symboliques de Paris et de la France, qui manifestent au-delà même de notre présence, la joie de tout un pays et de sa capitale de se porter à sa rencontre».
Voir sa déclaration complète sur le site du diocèse de Paris : Déclaration de Mgr Laurent Ulrich à propos des séquences parisiennes du voyage apostolique du Pape Léon XIV.
La veille le pape réunira la jeunesse à Saint Denis pour une veillée de prières dans l'enceinte du Stade de France. La ville de Saint-Denis, qui accueille la sépulture des rois de France tout en étant "terre de tant de diversités" n'est pas plus le choix du hasard. La visite se poursuivra ensuite le dimanche 27 à Lourdes, où le Pape célèbrera une messe en plein air, puis le lundi 28 en Lorraine où il sera reçu dans la cathédrale de Metz pour conduire une autre cérémonie (Sonnez hautbois, Léon XIV célébrera une messe sur la place de la Concorde et les Champs-Elysées le 26 septembre - Libération)
Il s'agit de la première visite officielle du pape en France depuis la venue de Benoit XVI en 2008. Les 22 et 23 septembre 2023 le pape François avait quant à lui choisi de célébrer une messe à Marseille dans le stade Vélodrome.
Bonne journée.