Avez-vous des éléments d'information sur la vogue de Perrache ?
Question d'origine :
Avez vous des éléments sur la vogue de Perrache (qaund , quoi...) et où était-elle située?
Réponse du Guichet
La vogue des choux de Perrache, fête des jardiniers du cours du Midi, est une des premières vogues lyonnaises, tirant son nom des choux cultivés dans ce quartier maraîcher au milieu du XIXe siècle. Antérieure à 1852, la vogue des choux est aussi appelée vogue de Perrache à la fin du XIXe siècle. Les deux appellations se chevauchent dans le temps sans qu'on puisse tracer une frontière nette.
Nizier du Puitspelu évoque la vogue des choux dans ses Vieilleries lyonnaises de 1879 comme un souvenir de jeunesse. L'historien et journaliste lyonnais Gérard Chauvy rapporte même les incidents pittoresques qui s'y produisirent au début du XXe siècle, grâce aux sources des ADRML. Aux Archives municipales de Lyon, il est possible de voir des plans de la vogue de Perrache, le long du cours Verdun, dans les années 60.
Celle-ci disparaît en 1967 mais depuis 1999, la vogue d'hiver de la Confluence (anciennement appelée Luna Park) propose sur les quais de Perrache une sélection d’attractions pour petits et grands, son avenir restant toutefois incertain.
Bonjour,
La vogue des choux est une des premières vogues lyonnaises et doit son nom aux choux cultivés à Perrache, où elle se déroulait, nous apprend la Tribune de Lyon dans son article Le jour où on faisait la vogue des choux (par Maxence Depienne - 1 janvier 2023, mis à jour le 23 avril 2025).
L'article précise que la vogue des Choux se tenait Cours du Midi qui correspond aujourd'hui au cours Verdun et à la place Carnot, comme le montre la Carte postale du dépôt légal de la Bibliothèque municipale de Lyon dont la prise de vue, vers 1870-1918, est accessible sur la base Photographe en Rhône-Alpes. Le fichier des voies de Lyon établi par les Archives municipales de Lyon donne des informations sur l'histoire de cette voie, attestée de 1787 à 1789 et dénommée ainsi de 1870 à 1916.
La base Photographes en Rhône-Alpes comporte également plusieurs photographies de la Vogue de Perrache prises par Vermard, Georges, 1934-20.. (photographe) entre 1964 et 1967.
Cette vogue des choux, qui serait antérieure à 1852 et débutait le dimanche qui suivait l’Assomption, était la fête des jardiniers de Perrache, où l’on cultivait beaucoup de choux, le quartier étant alors largement maraîcher. L'appellation devint vogue de Perrache avant que cette dernière s'éteigne en 1967, la seule survivante de ces fêtes populaires étant la vogue des marrons qui anime le plateau de la Croix-Rousse tous les automnes depuis 1896 :
Dans mon jeune temps, cette vogue, qui avait encore un caractère un peu champêtre, se nommait la vogue des choux, parce qu’elle était la fête des jardiniers de la presqu’île Perrache, où l’on cultivait beaucoup de choux », narrait Nizier de Puitspelu, écrivain et architecte lyonnais, dans son ouvrage Les Vieilleries lyonnaises, à la fin du XIXe siècle.
La vogue des choux était un évènement incontournable de la Presqu’île et sûrement l’une des premières vogues lyonnaises. Elle serait antérieure à 1852. Les badauds s’y affairaient le long des stands : diseuses de bonne aventure, automates, acrobates, boutiques clinquantes, tir à la carabine… Mais aussi pour voir le défilé avec ses tambours-majors qui bâtaient la cadence d’une « musique de vogue, ce qui vaut autant à dire comme musique d’enragés », raconte l’auteur lyonnais.
Et bien sûr, on venait pour manger une brioche en contrepartie d’un sou, des bugnes, matefaims et pâtés aux poires cuisse-dame (pâtisserie que l’on trouve pendant les carnavals dans le Jura et l’Alsace à base de poires trempées dans de l’eau-de-vie). Des gourmandises typiques des vogues lyonnaises, qui embaumaient les allées de leurs odeurs alléchantes. Mais l’une des stars de la vogue, qui lui a donné son nom, est le chou, très cultivé dans le quartier de Perrache.
Dans la ville qui comptait 207 jours de vogues de Pâques à Toussaint, la vogue des choux était celle qui débutait le dimanche qui suivait l’Assomption (15 août). Une fête vraisemblablement d’origine religieuse, selon le glossaire des Gones de Lyon de l’abbé Vachet, mais aucune allusion à la Vierge n’est mentionnée nulle part.
On ne sait pas non plus exactement quand elle a débuté ou quand elle s’est arrêtée, mais cette fête populaire, qui se tenait sur le cours du Midi (aujourd’hui cours Verdun et la place Carnot), fut remplacée par celle de Perrache, qui s’est éteinte en 1967. La seule et unique survivante de ces fêtes populaires est la vogue des marrons, qui anime le plateau de la Croix-Rousse tous les automnes depuis 1896.
Source : Le jour où on faisait la vogue des choux (La Tribune de Lyon, par Maxence Depienne - 1 janvier 2023, mis à jour le 23 avril 2025).
Le glossaire des Gones de Lyon de l’abbé Vachet de 1907 comporte une entrée "Vogue" qui met en avant l'origine souvent religieuse de ces fêtes populaires et évoque la vogue des choux à Perrache qui attire encore aujourd'hui [1907] beaucoup de monde :
VOGUE. — Fête baladoire, fête patronale et populaire d'un pays ou d'un quartier. Chaque pays a son mot caractéristique pour désigner ces sortes de réjouissances. Il est à remarquer que c'est presque toujours un mot de piété, parce qu'à l'origine ces fêtes populaires étaient toujours des fêtes religieuses : on les appelle la dédicace en Suisse, le pardon en Bretagne, le voeu en Languedoc et en Limousin. Notre mot vogue vient probablement de ce même mot : votum. Les près de la vogue, à la Guillotière, étaient jadis fort connus.
La vogue des choux, à Perrache, attire encore aujourd'hui beaucoup de monde.
Source : Le glossaire des Gones de Lyon de l’abbé Vachet de 1907 (p. 347).
La réponse du Guichet du savoir du 8 mars 2012 précise qu'à la fin du XIXe siècle, la vogue des choux du cours du Midi s'appelle la vogue de Perrache, tandis qu'une nouvelle vogue des choux se déroule, huit jours après celle de Perrache au milieu de la presqu’île :
La « Vogue des choux », ou « vogue de Perrache », est une des premières vogues lyonnaises ; elle tire son nom de son caractère un peu champêtre au milieu du XIXe : à l’époque elle était la fête des jardiniers de la presqu’île de Perrache où on cultivait beaucoup de choux. Nizier du Puitspelu l’évoque dans ses Vieilleries lyonnaises comme un souvenir de jeunesse, et ce en 1879. Elle est également citée dans l’ouvrage de Vachet, Glossaire des gones de Lyon, comme un évènement qui « attire encore aujourd’hui beaucoup de monde » (en 1907). Si l’on en croit la notice consacrée au cours de Verdun du site ruedelyon, cette vogue est antérieure à 1852.
[...]
Nizier introduit son chapitre sur la vogue par ces quelques mots : « C’était hier la vogue de Perrache, sur le cours du midi [actuel cours Verdun]. L’Empire la faisait célébrer le 15 août, pour coïncider avec la fête de l’empereur, mais en réalité la vogue se doit tenir le dimanche qui suit la Notre-Dame. » Entre la jeunesse de Nizier, et le moment où il écrit ces lignes, la vogue a évolué : elle s’appelle alors « vogue de Perrache », tandis qu’une nouvelle « vogue des choux » se déroule, huit jours après celle de Perrache au milieu de la presqu’île.
Le livre de Nizier du Puitspelu, Vieilleries lyonnaises, est disponible sur Google books dans son édition de 1891. L'auteur y consacre p.42, un long chapitre sur la vogue des choux de Perrache.
L'Influx, webzine de la BmL, s'est penché sur les vogues lyonnaises, et notamment celle de Perrache, dans son article Et si on allait faire un tour au Luna Park ? (29 janv. 2009) :
Nizier de Puitspelu consacre un chapitre à la vogue de Perrache où, autrefois, avait lieu la vogue des choux nommée ainsi parce qu’elle était la fête des jardiniers de la presqu’île Perrache, où l’on cultivait en effet beaucoup de choux. C’était une vogue, elle aussi très renommée.
Il présente ainsi les promenades des vogueurs sur le cours du Midi : "le rit traditionnel veut qu’elles se fassent avec un beau tambour-major « tout galonné d’or », une belle cantinière fortement capitonnée en avant et en arrière, des tambours et « une musique de vogue », ce qui vaut autant à dire comme musique d’enragés… Derrière la musique, une bande de jeunes gens. Deux d’entre eux portent une balle à lessive recouverte d’un linge blanc sous lequel se blottit une foison de brioches qu’on va offrir aux habitants du village ou du quartier, lesquels se fendent en retour d’un petit écu ou d’une pièce de cinq francs, moyennant quoi on leur joue, en manière d’aubade, quatre mesures de bastringue".
Selon Louis Gamichon, dans : Quand Lyon s’amusait, les gones se régalaient de bugnes, de matefaims, de gaufres, de pâtes de guimauve ou de berlingots à la rose. Mais le roi de la fête restait le « pâté de vogue », c’était une sorte de beignet en forme de chapeau de gendarme qui renfermait une couche de poires beurrées, marinées pendant vingt quatre heures à l’eau de vie et au sucre .
La surenchère était un des composants majeurs de la fête. Un exemple dans le Progrès illustré du 24 avril 1892 : L’homme le plus fort du monde.
Aux Archives municipales, il est possible de voir les nombreuses demandes d’emplacement manuscrites des forains, des tableaux de roulement des vogues (1927-1944) et, aussi des plans, par exemple, ceux de la vogue de Perrache, le long du cours Verdun, dans les années 60 avec la représentation de chaque emplacement et le nom de chaque occupant.
Pour consulter ces documents d'archives, veuillez trouver ici les modalités d'accès à la salle de lecture des Archives municipales de Lyon (AML).
Nous avons déjà repéré plusieurs cotes dans la base en ligne :
OCCUPATION DU DOMAINE PUBLIC : fêtes foraines : vogue de Perrache : plans (1960-1969)
Cote/Cotes extrêmes 830WP/4
Date : 1960-1969
Vogues : autorisations, arrêtés, ordonnances (Ile-Barbe, Perrache, Pierre-Scize, Point-du-Jour, Quarantaine, Saint-Jean, Saint-Just, Saint-Louis de la Guillotière, Serin, Vaise).
Cote/Cotes extrêmes 1I/246
Date : 1807-1870
Présentation du contenu : On peut consulter pour les autorisations accordées de 1806 à 1822 : 1I/14-1I/17
Droits d'attache, affichage et peinture d'enseigne, chaises, stationnement, voirie ; vente sur la voie publique, circulation.
Cote/Cotes extrêmes : 925W/244
Date : 1849-1879
Présentation du contenu : [...] Vogues ou fêtes, fermes des droits à percevoir (1876-1879). [...]
Dans la bibliothèque des AML se trouvent également des documents susceptibles de vous intéresser :
Vogues et fêtes baladoires. Règlement et tarif. [21 mai 1896]
Date de publication : 1898
Cote 1C/303164
Fêtes foraines, vogues, kermesses ou établissements forains. Règlement. Arrêté. [19 avril 1920]
Date de publication : 1920
Cote 1C/302778
Ferme des droits à percevoir pour les vogues ou fêtes baladoires. Cahier des charges. Clauses et conditions auxquelles sera donnée l'adjudication de la ferme du droit de location des emplacements à occuper tant sur les voies publiques [...] du 1er janvier au 31 decembre 1896
Date de publication : 1896
Cote 1C/702924
Sur la base Europresse (accessible avec un abonnement BmL), nous avons trouvé un article du Progrès de Lyon de 1997 intitulé Des vogues sous surveillance... 1900 : les traditionnelles fêtes lyonnaises se déroulaient aux quatre coins de la ville. Voici quelques extraits rapportant de pittoresques incidents qui eurent lieu lors de la Vogue du cours du Midi :
Les " grandes vogues " en ce temps-là étaient au nombre de onze, d'après un état très officiel dressé par la mairie de Lyon. Cinq s'étalaient sur seize jours, de juin à octobre, à Vaise, aux Brotteaux, à la Guillotière, à Perrache et à la Croix-Rousse. Les six autres (les Facultés, la Boucle, les Choux [, le Tapis, l'avenue du Parc et la Part-Dieu) duraient neuf jours. Pour les vingt et une plus modestes, deux ou trois jours suffisaient, à l'exception de la vogue de Saint-Just qui s'installait pour neuf jours.
Ces événements locaux, qui brassaient toute une population, suscitaient toujours la vigilance des autorités : la préfecture avisait les commissaires de quartiers qu'à l'occasion de la reprise des vogues, M. le Maire de Lyon rappelait la nécessité d'exercer une surveillance active sur les marchands forains " et de "signaler d'urgence ceux qui donneraient des spectacles immoraux ou qui commettraient des actes répréhensibles et contraires aux bonnes moeurs ".
Les gardiens de la paix étaient spécifiquement chargés " de prêter aide et assistance au régisseur de la ville soit au moment de la distribution des places qui avait lieu le mardi précédant la date des vogues ", soit pendant le déroulement de celles-ci. Existait-il des fraudeurs ? Il était signalé aux représentants de l'ordre " les petits industriels (sic) qui, le dimanche ou le soir les jours de semaine, s'installaient sur les champs de vogues sans autorisation". Dans certains cas, des mesures d'exclusion étaient prises. Ainsi, au cours de l'été 1900, la police s'inquiéta de la possible récidive d'un certain Redonnet, expulsé d'une vogue pour son mauvais comportement. Mais il s'avéra qu'un Redonnet pouvait en cacher un autre, comme l'expliqua le commissaire du deuxième arrondissement : " L'individu expulsé récemment de la vogue du cours du Midi est le sieur Redonnet père qui représentait dans sa baraque " La danse du ventre " ".[...]
En cette année 1900, une autre affaire allait défrayer la chronique des vogues lyonnaises. Cela à l'initiative du rédacteur de " L'Industriel forain ", l'organe national de l'Union syndicale des industriels forains qui écrivit ceci, le 8 août 1900, à la préfecture de Lyon." Les ménageries réunies actuellement cours du Midi, à l'occasion de la " vogue " de Perrache, se proposent, dans le but de corser leur spectacle, de produire de nombreuses représentations d'amateurs dans les cages aux fauves. Les propriétaires de ces établissements prétendent individuellement être hostiles à ce genre de spectacle et ne l'organiser qu'afin de ne pas être distancés par les concurrents. Mais il est à craindre qu'à cause même de cette concurrence, les propriétaires de ces ménageries n'aillent trop loin dans leur aventureuse entreprise, ne dépassent leurs moyens et ne risquent par trop délibérément la santé et jusqu'à la vie de personnes absolument étrangères à leur industrie. Sans préjudice des accidents pouvant résulter d'une panique dans la foule ".
Un exemple précis était donné : " ... Déjà, escomptant peut-être le fait de cette concurrence excessive, des artistes lyriques nous ont demandé à chanter quelques romances dans la cage aux lions ". L'auteur de cette lettre, apparemment inquiet, demandait à la préfecture de se prononcer et celle-ci par un petit billet rédigé le même jour, enjoignait au commissaire de police du quartier de Perrache " de surveiller et empêcher autant que possible l'entrée d'amateurs (sic) dans la cage des fauves, à moins d'autorisation de M. le Maire de Lyon ".A notre connaissance, il n'existe pas d'éléments confirmant que des artistes lyriques aient pu servir de repas aux lions lors de ces spectacles qui animaient naguère certaines vogues lyonnaises...
L'auteur de cet article Gérard Chauvy, historien et journaliste lyonnais, cite comme source de son texte, la série 4M des Archives du Département du Rhône et de la Métropole de Lyon.
Aujourd'hui la Vogue d’hiver de la Confluence (anciennement appelée Luna Park) transforme les quais lyonnais en terrain de jeu festif. Installée quai Perrache, au cœur de Lyon, cette fête foraine hivernale propose une sélection d’attractions pour petits et grands, accessibles en famille ou entre amis. Mais son avenir reste invertain. Vous pouvez lire à ce sujet un article de Tout Lyon : Vogue d’hiver de Confluence : où ira-t-elle en 2026-2027 ? (23 février 2026).
Pour aller plus loin :
Voir le chapitre intitulé la vogue et les joutes dans La Lyonnitude : dictionnaire historique et critique par Bruno Benoit, ELAH, 2000 ;
Le quartier Perrache [Livre] : 1766-1946 : étude d'histoire et de géographie urbaines / Félix Rivet ; [éd. par l'] Institut des études rhodaniennes de l'Université de Lyon, 1951 ;
La fête foraine d’autrefois : les années 1900, par Christiane Py et Cécile Ferenczi, La Manufacture, 1987
De cette étude faite à partir de l’observation de fêtes parisiennes, fête à Neu-Neu (de Neuilly), Foire du trône et d’autres, ressort une réalité de la fête d’autrefois beaucoup plus complexe que son image traditionnelle. Fête populaire certes, mais lieu de rencontre de toutes les classes sociales où bourgeois, ouvriers, gens du monde venaient s’encanailler. Duchesses et demi-mondaines séduisent lutteurs et dompteurs, les militaires courtisent les nounous, gommeux et voyous draguent les jeunes grisettes. A la Belle Epoque, elle connaît vraiment son apogée. Un document passionnant sur ces lieux insolites qui apparaissent comme le miroir des mutations sociales et aussi des innovations techniques qui ont marqué le passage de la fin du XIXe au XXe siècle. L’abondante iconographie existante (cartes postales, affiches, gravures, peinture sur toile…) illustre l’ampleur et l’impact qu’avait, à cette époque là, la fête foraine. Source : L'Influx
Très belle journée à vous
Lug, pionnier lyonnais des super-héros