Je cherche des informations sur la vie de Eucher de Lyon lorsqu'il était évêque de Lyon
Question d'origine :
Bonjour,
Auriez-vous des précisions et des informations sur la vie de Eucher de Lyon lorsqu'il fut évêque de Lyon ?
Merci,
Bonne journée !
Réponse du Guichet
Eucher de Lyon, Eucherius Lugdunensis, (v. 380 ? - Lyon, 449 ?), d’abord sénateur, puis moine sur les îles de Lérins, enfin évêque au siège de Lyon au Ve siècle peu après 432, fut un grand auteur de l'Antiquité chrétienne, en plus d'être un des grands évêques de son époque, selon son contemporain Claudien Mamert. Issu d'une famille aristocratique, marié à Galla et père de deux fils, Veranus et Salonius, qui seront eux-mêmes évêques, ses textes sont regroupés dans Oeuvres de St Vincent de Lérins et de St Eucher de Lyon, 1834.
Parmi les sources secondaires, il faut citer l'article Saint Eucher II, évêque de Lyon, rédigé dans la Revue du Lyonnais en 1886, dénonçant une confusion faite par de nombreux historiens, dès le IXe siècle, entre deux évêques homonymes de Lyon : d'une part Eucher I, évêque du Ve siècle, et d'autre part Eucher II, évêque du VIe siècle, oublié des catalogues épiscopaux ! Cependant, la question de cette distinction a fait l'objet de vifs débats érudits dès le XVIIe siècle. Au XIXe siècle, Jean-Baptiste Monfalcon dans Histoire monumentale de la ville de Lyon, soutient la thèse de l'évêque unique.
L'ouvrage de réference de l'historiographie contemporaine de l'Antiquité tardive Prosopographie de la Gaule chrétienne. vol.1. A-H [Livre] : 314-614 a pour objectif de de dissocier les faits historiques attestés par des documents d'époque, des réarrangements hagiographiques ultérieurs : si aucun catalogue épiscopal lyonnais ancien ni aucun document contemporain du VIe siècle ne mentionne un Eucher II comme titulaire du siège de Lyon, les auteurs ne nient pas pour autant l'existence du personnage du VIe siècle, contemporain de Césaire d'Arles, évêque d'un siège non mentionné, dont la signature est présente aux conciles d'Orange en 529 et de Marseille en 533.
Bonjour,
Vous souhaitez des précisions et des informations sur la vie de Saint Eucher de Lyon lorsqu'il fut évêque de Lyon. Eucher de Lyon, Eucherius Lugdunensis, (v. 380 ? - Lyon, 449 ?), d’abord sénateur, puis moine sur les îles de Lérins, enfin évêque au siège de Lyon peu après 432, fut un grand auteur de l'Antiquité chrétienne, en plus d'être un des grands évêques de son époque,
très cultivé, probablement né à Lyon, de famille aristocratique, sénateur, père des évêques Veranus (à Vence) et Salonius (à Genève) ; attiré par la spiritualité lérinienne et le renom d’Honorat de Lérins, il séjourna avec sa famille sur l’île Sainte-Marguerite (Lero) jusqu’à son accession à l’épiscopat. Auteur de deux traités exégétiques (Formulae spiritualis intelligentiae, Instructiones), dédiés à ses fils, de deux excellents petits traités ascétiques, L’Éloge du désert (De laude eremi) et Le Mépris du monde (De contemptu mundi), et d’un récit de martyre, La Passion des martyrs d’Agaune.
Cf. C. Mondésert – J.-N. Guinot, Lire les pères de l’Église, dans la collection « Sources chrétiennes », Cerf, Paris 20102, p.118.
Source : BiblIndex
À sa mort, la communauté chrétienne de Lyon le vénère comme un protecteur et un modèle de foi. Sa fête liturgique a été fixée au 16 novembre, date qui figure au Martyrologe romain (Source : Martyrologe universel, contenant le texte du martyrologe romain traduit en françois [...], chez Frederic Leonard, imprimeur ordinaire du Roy, 1709).
Le Dictionnaire historique de Lyon lui consacre également une notice :
EUCHER saint v. 380 ? - Lyon, 449 ?
Issu d'une famille aristocratique, marié à Galla et père de deux fils, Veranus et Salonius, qui seront eux-mêmes évêques, l'un de Vence (Alpes-Maritimes), l'autre de Genève (Suisse), il décide, conjointement avec son épouse, de mener une vie monastique, dans les îles de Lérins, où s'est installé Honorat (mort v. 429), futur évêque d'Arles (Bouches-du-Rhône), loin des « hommes enchaînés dans les affaires du siècle », séduits par « le plaisir de la fortune et la dignité des honneurs ».
Il rédige deux traités d'illustration de la vie érémitique, le De laude heremi ou Éloge de la solitude (v. 428), adressé à Hilaire (v. 401-449), futur successeur d'Honorat au siège d'Arles, qui esquisse, avec sensibilité, une théologie du monachisme et le De contemptu mundi et saecularis philosophiae ou Du mépris du monde et de la philosophie profane (v. 430), destiné à un certain Valérien, peut-être le futur évêque de Cimiez (auj. commune de Nice, Alpes-Maritimes), qu'Eucher veut convaincre de quitter le siècle. Ce texte, édité en 1517 par Didier Érasme (1467-1536), est traduit en vers en 1552 par Barthélemy *Aneau, figure majeure de l'humanisme lyonnais, qui y voit un modèle d'éloquence persuasive digne de Cicéron (106 av. J.-C.-43 av. J.-C.). François-Zénon *Collombet donne une traduction des deux traités chez Mathieu-Placide *Rusand en 1834.
Eucher est appelé au siège de Lyon peu après 432. Il s'attache à la glorification des martyrs de l'Église de Lyon et compose entre 435 et 439 le premier récit du martyre de saint Maurice (3ᵉ siècle) et de ses compagnons de la Légion thébaine dans le défilé d'Agaune, aujourd'hui en Suisse, coupables d'avoir refusé d'obéir aux ordres de persécution de l'empereur Maximien (v. 250-310), et dont le culte, qui se développe dans le troisième quart du 4ᵉ siècle, jouera un rôle important au temps des *Burgondes, sous l'impulsion du roi *Sigismond. L'édition princeps en est donnée en 1662 par le *jésuite Pierre-François Chifflet (1592-1682), sur la base d'un manuscrit du début du 7ᵉ siècle ; sa publication entraîne une polémique avec Jean Dubourdieu (1652-1720), un pasteur montpelliérain exilé à Londres, qui publie en 1705 une réfutation de ce qu'il considère comme une légende.
Eucher est aussi l'auteur de deux livres de compilations doctrinales à base d'exégèse biblique dédiés à ses fils, dont la riche tradition manuscrite atteste l'influence jusqu'au 13ᵉ siècle. Il meurt un 16 novembre, sans doute en 449. Il fut qualifié de « plus grand des grands évêques de son siècle ». Une église lui est dédiée depuis 1840 à la *Croix-Rousse.P.B.
Adalbert de Vogüé, Histoire littéraire du mouvement monastique, tome 7 (p. 79-132), Paris, Cerf, 2003
L'ouvrage Oeuvres de St Vincent de Lérins et de St Eucher de Lyon, 1834 regroupe les textes d'Eucher de Lyon, avec des traductions du XIXe siècle réalisées par Jean-François Grégoire et François-Zénon Collombet. il est consultable en ligne sur Numelyo et est aussi conservé au Silo ancien de la BmL, dans le fonds de la Bibliothèque jésuite des Fontaines.
Ses traités ascétiques, rédigés pendant sa période monastique (428 - 431) à l’abbaye de Lérins sur l’île Saint-Honorat, sont essentiels pour comprendre les débuts du monachisme occidental. Ils sont regroupés avec d'autres auteurs de la même communauté spirituelle dans l'ouvrage collectif L'île des saints chez Migne / Éditions du Cerf :
Voici les textes de deux auteurs du ve siècle, Eucher de Lyon et Vincent de Lérins, tous deux moines de l’abbaye de Lérins sur l’île Saint-Honorat, en face de Cannes, et acteurs du renouveau monastique initié en Provence à l’heure des invasions germaniques. L’Éloge du désert et la Lettre sur le mépris du monde d’Eucher fondent la spiritualité monastique propre à Lérins, très influencée par le monachisme oriental, qui a su allier l’exigence ascétique à une foi joyeuse et sereine. [...] Deux textes essentiels pour comprendre les débuts du monachisme occidental. [source éditeur]
Ses traités exégétiques, rédigés vers 430-434 alors qu'il est moine à Lérins, pour l'instruction de ses fils futurs évêques eux aussi, puisent notamment aux sources de Jérôme et d'Augustin et ont servi de manuels à de nombreuses générations de moines, nourrissant la symbolique européenne au-delà du Moyen Âge. Ces traités, regroupés récemment sous le titre Œuvres exégétiques : Clés pour l'intelligence spirituelle, ont été traduites et commentées par Martine Dulaey dans la renommée collection francophone Sources Chrétiennes :
Deux oeuvres de l'évêque et théologien ayant servi de manuels à nombre de générations de moines, écrites initialement pour la formation exégétique et théologique de ses fils. La première est un dictionnaire des symboles bibliques pour faciliter une lecture spirituelle de l'Ecriture. La seconde répond aux questions qui surgissent à la lecture de la Bible (termes hébreux ou grecs, culture biblique). ©Electre 2021
La 4e de couverture indique :"Avec Eucher, un grand auteur de l'Antiquité chrétienne fait son entrée dans la collection Sources Chrétiennes. Futur évêque de Lyon, il est moine à Lérins quand, vers 430-434, il rédige ces deux oeuvres pour la formation exégétique et théologique de ses fils, Salonius et Veranus, élevés sur l'île et futurs évêques eux aussi. Le premier écrit, intitulé Clés pour l'intelligence spirituelle, est, en 10 chapitres et pas moins de 458 entrées, un dictionnaire des symboles bibliques qui vise à faciliter une lecture spirituelle de l'Écriture ; Eucher y traite d'une grande variété de sujets : Dieu ou le Christ, le monde d'en haut, la terre, les êtres vivants, certaines réalités ou certains mots, Jérusalem, les nombres... Le second écrit, intitulé Instructions, répond en deux livres à diverses questions sur la Bible, de la Genèse à l'Apocalypse (livre I), et fournit nombre d'explications (livre II, en 15 chapitres et 396 entrées) : sens de termes hébreux ou grecs, noms de lieux et noms propres, vêtements sacerdotaux, poids et mesures, calendrier et fêtes bibliques, etc. Puisant aux sources de Jérôme et d'Augustin, et de bien d'autres, les deux oeuvres ont servi de manuels à de nombreuses générations de moines et nourri la symbolique européenne au-delà même du Moyen Âge. Ils sont utiles encore aujourd'hui à tous ceux qui s'intéressent à la Bible, à l'Antiquité tardive et au Moyen Âge, Eucher étant souvent un précieux chaînon – jusqu'à présent manquant – dans la transmission d'un savoir biblique. "
Les informations sur la période épiscopale de Saint Eucher à Lyon (vers 432 - 449) proviennent de trois types de sources historiques complémentaires : les actes officiels de l'Église, les témoignages épistolaires de ses contemporains, et les sources secondaires.
L'encyclopédie de New Advent, version numérique en ligne de la Catholic Encyclopedia originale publiée au format papier entre 1907 et 1914, mentionne qu'il fait partie de la liste des évêques signataires au concile d'Orange (441) : la renommée d'Euchère se répandit rapidement dans le sud-est de la Gaule, au point qu'il fut nommé évêque de Lyon. Ce fut probablement en 434 ; il est certain, du moins, qu'il participa au premier concile d'Orange (441) en tant que métropolite de Lyon et qu'il conserva cette charge jusqu'à sa mort [Traduction Google]. (Source : Clugnet, L. (1909). St. Eucherius. In The Catholic Encyclopedia. New York: Robert Appleton Company).
La vie intellectuelle et pastorale d'Eucher à Lyon nous est parvenue grâce aux lettres et traités des grandes figures lettrées de la Gaule romaine au Ve siècle, comme Claudien Mamert (Claudianus Mamertus), prêtre à Vienne et auteur d'un De statu animae, dans lequel il
dit avoir assisté aux discussions présidées par Eucher, évêque de Lyon entre 434 et 450 (De statu animae II, 9).
Source : MAMERT (CLAUDIEN), prêtre, † vers 474 (Beauchesnes éditeur)
Toujours dans De statu animae, il décrit Eucher de Lyon, comme "le plus grand parmi les grands pontifes de son siècle (De statu animae II, 9)" (Source : Nouailhat René. Saints et patrons. Les premiers moines de Lérins. Besançon : Université de Franche-Comté, 1988).
Parmi les sources secondaires, nous trouvons un article de recherche historique intitulé Saint Eucher II, évêque de Lyon, publié dans la célèbre revue académique régionale française la Revue du Lyonnais numérisée dans les revues savantes.
Cet article paru très précisément dans la livraison de novembre 1886 (série 5, numéro 5, s'étendant des pages 366 à 382), dénonce une erreur historique, à savoir la méconnaissance de Saint Eucher II, par la confusion faite par de nombreux historiens, dès le IXe siècle, entre deux évêques de Lyon distincts du même nom : d'une part, Eucher I (évêque du Ve siècle), et d'autre part Eucher II (évêque du VIe siècle) qui aurait été oublié des catalogues épiscopaux et privé de culte local à cause de cette fusion erronée !
D'après l'article, les similitudes apparentes masquent des différences : Eucher I s'est retiré sur l'île de Léro près de Lérins, alors que Eucher II vivait en reclus dans une grotte au Mont-de-Mars en Provence ; Eucher I avait deux fils devenus évêques (Salonius et Veranus) alors que Eucher II avait deux filles (sainte Consorce et sainte Tulle) ; Eucher I était un érudit doux et communicatif, tandis que Eucher II était un ascète d'une grande austérité qu'il a fallu amener ligoté à Lyon pour l'enjoindre d'accepter l'épiscopat.
L'article avance des preuves historiques, parmi lesquelles la liste des vénérables signataires du second Concile d'Orange tenu en 529 : au-dessous du nom de Césaire qui le présida, on lit : Eucherius episcopus (p. 377). Il y a aussi l'énorme lacune laissée, grâce à l'inadvertance de nos historiens, entre saint Viventiol et saint Loup [et que] l'épiscopat du second Eucher comble très à propos (p. 376). L'analyse de style des écrits permettrait de plus de distinguer Eucher I qui écrivait dans un latin classique, salué par Érasme, alors que La Passion des martyrs d'Agaune (saint Maurice) présenterait un style en latin tardif, prouvant qu'ils ont été rédigés par Eucher II.
Voici quelques extraits saillants :
Issu d'une famille patricienne, possesseur d'immenses richesses, le pieux sénateur Eucher, deuxième du nom et parent sans doute de son glorieux homonyme, s'était, lui aussi, du consentement de Galla son épouse, retiré au fond d'une de ses vastes propriétés, sur une montagne voisine de la Durance, pour y mener, loin du commerce des mortels, une vie toute de mortification et de prière. C'est là que l'archidiacre de l'église métropolitaine de Lyon vint notifier au solitaire le choix que tous les ordres de la cité avaient fait de lui pour succéder, sur la chaire de saint Pothin, à Viventiol récemment décédé. On dut, après avoir détruit le mur qui fermait l'entrée de la caverne où le reclus habitait, l'en arracher de force; et comme, aux plus pressantes supplications, il répondait obstinément qu'il faudrait, pour le conduire à Lyon, l'y traîner pieds et poings liés, il fut effectivement garrotté avec toutes les marques du plus profond respect. C'est en cet état qu'il arriva dans sa ville épiscopale, au milieu des acclamations enthousiastes du peuple et du clergé.
Le croirait-on ? Ce même pontife appelé par des vœux si ardents, enlevé par la violence aux douceurs de sa chère solitude, a disparu du catalogue de nos évêques. Trompés par des ressemblances qui n'étaient qu'apparentes, nombre d'historiens ont confondu, l'un avec l'autre, deux prélats séparés par un intervalle de soixante-dix ans; ils ont faussement identifié le successeur de Viventiol avec le grand homme dont l'éloquence et les vertus avaient déjà consacré, par tout l'univers catholique, le nom immortel d'Eucher.
L'erreur que nous signalons commença dès le IXe siècle. Un religieux bénédictin, Adon, depuis archevêque de Vienne, composait alors son martyrologe. Rencontrant, vers la même époque, parmi les saints de notre ville deux évêques de même nom, revêtus dans le monde du même titre, et dont l'élection était accompagnée de circonstances à peu près semblables, il mêla le tout, les deux fêtes, les deux histoires, les deux familles : il ne resta qu'un seul Eucher. Les martyrologe d'Usuard, moine célèbre de Saint Germain-des-Prés, le martyrologe romain, d'autres encore, reproduisirent la version de l'archevêque de Vienne, et, malgré des réclamations d'un grand poids, presque tous nos écrivains l'ont adoptée dans la suite des temps, sans que rien permette d'espérer un retour de l'opinion à la vérité historique. M. Meynis, par exemple, omet le second Eucher sur la liste des successeurs de saint Pothin par laquelle il termine ses Grands souvenirs de l'Eglise de Lyon ; et ce qui est autrement grave, le même pontife ne reçoit parmi nous aucun culte; il ne compte plus parmi les saints lyonnais.[...]
Viventiol élu à la place de saint Etienne vers l'an 508 tint à Lyon un concile en 516. En 517, on le voit encore siéger à celui d'Epaone, auprès de saint Avite son ami; après quoi il disparaît, et saint Loup qui fait suite à Viven tiol sur le catalogue de nos évêques, n'est mentionné qu'en 538 parmi les Pères du concile d'Orléans. Le silence de l'histoire à partir de 518 est une preuve que saint Viventiol mourut au plus tard en 520 : or, sans nul doute, le siège de Lyon n'est point alors resté vacant dix-huit ou vingt années consécutives. Si la chaîne de nos pontifes ne fut jamais interrompue sous les rois ariens Gundioc et Gondebaud, supposerait-on qu'elle l'ait été sous le règne de saint Sigismond, alors qu'un prince catholique venait de s'asseoir pour la première fois sur le trône des Burgondes, et qu'une entente parfaite régnait dans la cité entre l'auto rité religieuse et le pouvoir civil ? L'énorme lacune laissée, grâce à l'inadvertance de nos historiens, entre saint Viventiol et saint Loup est donc inadmissible, et l'épiscopat du second Eucher comble très à propos un vide qui, certainement, n'a pas existé.
[...]
Sur la liste des vénérables signataires du second Concile d'Orange tenu en 529, au-dessous du nom de Césaire qui le présida, on lit : Eucherius episcopus.
[...]
Je veux parler d'un récit du martyre de saint Maurice et des soldats de la légion thébaine, égorgés à l'entrée du Valais, près d'Agaune, par l'ordre de l'empereur Maximien. Cette relation ne saurait, assurent les meilleurs juges, provenir de la même source que le livre sur les Attraits de la solitude, De laudibus eremi, et l'Exhortation à Valérien sur le mépris du monde.
[...]
Comment se résoudre à mettre sur le compte du grand Eucher ce latin de la décadence qui s'accuse dès les premières lignes de la lettre à Philon ? « Quœso caritatem et dilectionem tuam, quam habes perfectam in domino, ut digneris te fatigare ad monasterium Insulas Barbarae, et videas et exhorteris fra trem nostrum Maximum abbatem qui praeest ipsi monaste rio : quia pervenit ad nos quod velit ex eo decedere et fratres suos deserere, et quod multi, propter metum gentium, obla tiones suas subtraxerint, quas pro dei inluitu dare consue rant... (6). »
Source : Saint Eucher II, évêque de Lyon (La Revue du Lyonnais, novembre 1886 série 5, numéro 5)
La question de la distinction ou de la séparation entre Eucher I (Vᵉ siècle) et Eucher II (VIᵉ siècle) a fait l'objet de vifs débats érudits au XVIIe siècle. Ainsi,
Baronius avait refusé d'abord d'admettre deux Eucher sur le siège épiscopal de notre ville; mais après avoir lu la vie de saint Césaire, il se rétracta. Au tome VII des Annales ecclesiastici, à l'année 529, il donne place parmi nos évêques à un autre Eucher, recommandable aussi par ses grandes qualités et par l'éclat de ses vertus. [...]
Source : Saint Eucher II, évêque de Lyon (La Revue du Lyonnais, novembre 1886 série 5, numéro 5)
Pourtant, une partie de l'historiographie moderne a préféré conclure à la survenue d'un dédoublement légendaire. Aussi, Jean-Baptiste Monfalcon dans Histoire monumentale de la ville de Lyon, Tome V, 1866, soutient-il fermement la thèse de l'évêque unique. Il y voit la reprise erronée d'un même récit biographique amplifié au cours du Moyen Âge :
L'impossibilité que la vie des deux prélats homonymes offre un certain nombre de situations analogues, sans que cette double histoire soit la répétition maladroite d'une biographie unique. Ainsi raisonne, pour n'en citer qu'un, M. Monfalcon, au tome V de son Histoire monumentale de Lyon : « La plupart des circonstances de la vie d'Eucher II se rencontrent, dit-il, dans celle d"Eucher I. La femme et les filles (sic), portent le même nom; les deux saints renoncent au monde, se retirent dans un ermitage et n'acceptent pas leur nomination. Il y aurait eu quatre-vingt-deux années de distance entre les épiscopats; mais il s'agit évidemment du même personnage. »
Source : Saint Eucher II, évêque de Lyon (La Revue du Lyonnais, novembre 1886 série 5, numéro 5)
L'ouvrage de réference de l'historiographie contemporaine de l'Antiquité tardive Prosopographie de la Gaule chrétienne. vol.1. A-H [Livre] : 314-614 (sous la direction de Luce Pietri et Marc Heijmans, 2013) a pour objectif de de dissocier les faits historiques attestés par des documents d'époque, des réarrangements hagiographiques ultérieurs.
Ainsi, nous vous invitons à lire les pages 653 à 658, qui consacrent deux notices distinctes :
- une pour la figure d'Eucher évêque de Lyon I du Ve siècle, qui apparaît page 653 sous le titre : Eucherius 2, (... entre 412 et 421-449/450), episcopus Lugdunensis (metropolis ciutas Lugdunensium ; Prou. Lugdum I = Lyon ; Rhone) ;
- une autre pour la figure d'Eucher évêque du VIe siècle, qui apparaît page 659 sous le titre : Eucherius 4 (... entre 502 et 542...), évêque de siège non mentionné, accompagne Césaire d'Arles (502-542) lors de l'une de ses tournées pastorales circa Alpina Loca (Les Alpilles ou les Alpes ?) ; E. se laisse convaincre par ce dernier, non sans résistance, de bénir une paralytique, laquelle retrouve miraculeusement l'usage de ses membres1. E. doit être reconnu dans la personne de l'un des deux évêques homonymes, qui participent au concile d'Orange de 529 et à celui de Marseille en 5332 et peut aussi éventuellement être identifié à Eucherius, père de Consortia3 .
Pietri et Heijmans identifient donc bien dans les sources du VIᵉ siècle une personne distincte d'Eucher Iᵉʳ, le célèbre évêque de Lyon du Vᵉ siècle. Dans leur répertoire alphabétique et numérique, ce personnage du VIᵉ siècle porte le numéro d'entrée Eucherius 4, même si les historiens soulignent qu'aucun document d'époque ne précise qu'Eucherius 4 était évêque de Lyon. La mention du voyage avec Césaire d'Arles fait directement référence au récit de la Vie de saint Césaire d'Arles, mentionné dans l'article de la Revue du Lyonnais. Les auteurs indiquent que Eucherius 4 est très probablement l'un des évêques ayant signé le Concile d'Orange (529) et le Concile de Marseille (533), sans toutefois le rattacher formellement au siège de Lyon, sa signature conciliaire ne précisant pas son diocèse. La référence à Consortia fait le lien avec la tradition hagiographique de sainte Consorce qui est présentée dans la Vita Sanctae Consortiae, comme la fille d'un évêque nommé Eucher qui s'était retiré dans un ermitage en Provence.
Si aucun catalogue épiscopal lyonnais ancien ni aucun document contemporain du VIe siècle ne mentionne clairement un « Eucher II » comme titulaire du siège de Lyon, les auteurs ne nient donc pas pour autant l'existence du personnage du VIe siècle, contemporain de Césaire d'Arles, évêque d'un siège non mentionné, dont la signature est présente aux conciles d'Orange en 529 et de Marseille en 533.
En revanche, pour en savoir plus sur Eucher, évêque de Lyon du Ve siècle, nous vous invitons à lire sa notice complète, très fournie et très documentée, dans Prosopographie de la Gaule chrétienne. vol.1. A-H [Livre] : 314-614 (sous la direction de Luce Pietri et Marc Heijmans, 2013), consultable sur place à la Bibliothèque municipale de Lyon. Voici un extrait du début de la notice :
considéré par Hilaire d’Arles comme splendidus mundo¹, et apparenté par le sang à Valerianus dont le père et le beau-père ont rang d’illustres², est donc membre de l’ordre sénatorial. E. est l’époux de Galla³, dont il a deux fils : Salonius, vraisemblablement l’aîné, et Veranus⁴.
Avec sa femme et ses fils, renonçant aux biens terrestres (terrestria)⁵, il gagne les îles de Lérins⁶, avant 421 car Salonius, âgé alors d’à peine 10 ans⁷, ne pouvait avoir moins de 30 ans vingt ans plus tard, en 441, quand il participe au concile d’Orange en tant qu’évêque de Genève⁸, et sans doute plusieurs années après 412 car le même Salonius est certainement plus jeune qu’Hilaire d’Arles, né en 401⁹, dont il fut le disciple à Lérins¹⁰, différence d’âge confirmée par une lettre ultérieure d’Hilaire qui qualifie les enfants d’E. de iuuenes, alors que lui-même se dit atteint par la décrépitude de l’âge¹¹. Confiant Salonius (et sans doute aussi Veranus) au monastère de Lerinum (île Saint-Honorat) dirigé par Honoratus¹², E. se retire à Lerus (île Sainte-Marguerite) avec Galla¹³.
Peu après son arrivée, E. écrit à Paulin de Nole une lettre (perdue) pour l’informer de sa retraite à Lerus¹⁴. Un an plus tard, il est le destinataire, ainsi que son épouse, d’une lettre de Paulin qui, ayant eu de leurs nouvelles par trois messagers porteurs d’une lettre d’Honoratus, Gelasius, Augendus et Tigridus, se réjouit de savoir qu’ils sont en bonne santé et poursuivent « d’un même cœur » leur projet religieux et leurs études afin de gagner le Ciel¹⁵ [...]
Pour aller plus loin :
Saint Eucher [Livre] : Lérins et l'église de Lyon au Ve siècle / Le P. André Gouilloud, 1881 ;
Saint Eucher, évêque de Lyon [Livre] / Paul Richard, 1897 ;
Lérins et ses fondateurs [Livre] / Mgr Léon Cristiani, Saint-Wandrille, Éditions de Fontenelle, 1946 ;
Eucher de Lyon [Revue] / Connaissance des Pères de l'Eglise ; N°114, juin 2009 ;
La tradition lyonnaise d'Eucher de Lyon et le manuscrit Paris, BNF, Lat. 9550 [Article] / L. Holtz, 2008 ;
Gioanni, S., & Ripart, L. « Le monachisme d’Eucher et sa mémoire, de Lérins à l’Église de Lyon : lieux, textes et culte », in G. Bady (dir.), Sur des épaules de géants. Les sources chrétiennes de l'Antiquité et du Moyen Âge aujourd'hui, Paris, Cerf, 2024, p. 179-243 (en collaboration avec Laurent Ripart) ;
Dulaey, M. M. DULAEY, « Eucher de Lyon : du monachisme à l’épiscopat », Connaissance des Pères de l’Église, t. 92, 2003, p. 19-2 ;
Dulaey, M. M. DULAEY, « Jérôme maître d’exégèse au monastère de Lérins : le témoignage des Formulae d’Eucher de Lyon ».
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